Inprecor 1974–2004

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ISRAEL

La course aux rabbins

· Inprecor n° 306, 6 avril 1990 · p. 11-12 · 1 754 mots

Palestine et Israël Grande-Bretagne

pour bloquer les négociations, et créer des conditions favorables pour donner un

Naplouse conclut son analyse des différents événements qui ont amené à la chute du gouvernement Shamir. Comme tous ses compatriotes, Fathi analyse la réalité israélienne en termes de rationalité politique et d'intérêts nationaux, et refuse de télévision. Pourtant, quiconque connaît la scène politique israélienne un peu plus à fond ne sentira aucun besoin de trouver une rationalité politique plus profonde

La course aux rabbins

«C' grand coup à l'Intifada... ». C'est en ces termes que Fathi Abu Dakka de prendre au premier degré la farce qu'il a vue pendant plusieurs jours à la aux pitreries qui ont fait, pendant une semaine, la une de la presse locale.

Michel WARSHAWSKI

INTIFADA palestinienne avait poussé les deux grandes formations politiques à mettre sur pied un gouvernement d'union nationale, afin de pouvoir faire face à la pression qui en résulterait en faveur d'un règlement pacifique. Mais la ténacité de la population palestinienne de Cisjordanie et de la bande de Gaza allait provoquer une polarisation dans la société israélienne et au sein même du gouvernement.

C'est pour maintenir l'Union sacrée et relancer la balle du refus dans le camp palestinien que le Premier ministre Shamir acceptait, en mai 1989, les grandes lignes du "plan de paix" de son ministre de la

Défense, Rabin, à savoir des négociations avec une délégation de Palestiniens des territoires occupés pour préparer des élections devant déboucher sur un statut d'autonomie élargie. Pour Shamir, et il ne l'a jamais vraiment caché, ce plan n'était pas opératoire, son seul but étant de gagner du temps en espérant que les Palestiniens le rejeteraient tôt ou tard; pour les travaillistes, au contraire, il était devenu de plus en plus évident que l'intérêt d'Israël exigeait un déblocage de la situation, et que le plan Rabin-Shamir offrait les conditions optimales pour une solution politique.

Les travaillistes avaient un avantage important : leur politique s'adaptait par-

ISRAEL est une manœuvre très intelligente. Les différents partis se sont mis d'accord faitement à celles de Washington et du président égyptien, et le ministre Weizman, qui représente au sein du gouvernement la gauche travailliste pour qui l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) doit être ouvertement intégrée au processus négocié, se chargeait même de coordonner les initiatives israéliennes avec Yasser Arafat.

La tentative de Shamir d'exclure Weizman du gouvernement (voir Inprecor numéro 300 du 12 janvier 1990), voire de l'inculper pour contacts avec l'ennemi a fait long feu, ce qui a renforcé l'aile droite du Likoud qui, depuis longtemps, affirme que l'interprétation travailliste est la plus réaliste et que le plan de paix ne mène pas à une impasse mais à des négociations indirectes avec l'OLP.

Pris entre deux feux

Il devenait de plus en plus clair que le autour de l'initiative de paix israélienne, comme on l'appelle, ne pouvait plus continuer longtemps. Si Shamir et Rabin ont continué à chercher des formules susceptibles de ménager la chèvre et le choux, à savoir surtout l'unité du gouvernement, ils se sont de plus en plus heurtés à une coalition large de ceux qui, dans le Likoud et chez les travaillistes, voulaient se débarrasser du Premier ministre Shamir.

La "modération" de Shamir est devenue le cheval de bataille de tous ceux qui, au sein du Likoud, convoitent la direction du parti et du gouvernement et, en particulier d'Ariel Sharon et du vice-Premier ministre, David Levy. Il y a six mois déjà, ils avaient réussi à imposer au Comité

Shamir central du Likoud toute une série de limitations au plan Shamir, le rendant de fait inopérant. C'est à partir de ce moment que le président du Parti travailliste, Shimon Pérès, a commencé à manœuvrer pour mettre sur pied un gouvernement de coalition entre les travaillistes et les religieux. Coincé entre les "faucons" de son propre parti et le Parti travailliste soutenu par Washington et Le Caire, Shamir a renforcé son alliance avec Rabin qui ne voulait en aucun cas que le gouvernement d'union nationale tombe et que Shimon Pérès devienne Premier ministre.

Shamir, champion du monde toutes catégories de l'immobilisme, a joué la montre : comme un élève qui ne sait pas répondre à un examen, le Premier ministre israélien a demandé aux Américains toute une série de clarifications, puis exigé des garanties, puis ajouté des conditions nouvelles au plan qui porte son propre nom, jusqu'au jour où le secrétaire d'Etat américain, Baker, a dit « ça suffit comme ça, c'est oui ou c'est non ? ».

C'est exactement ce qu'attendaient à la fois Pérès et les "faucons". Pérès a exigé un vote au cabinet. Sharon et Levy ont exigé un rejet de l'ultimatum américain au Comité central du Likoud. Shamir a empêché le débat au Comité central et en sabotant le vote des délégués de son propre parti, il a repoussé par deux fois le vote exigé par Pérès au Cabinet.

Rabin, quant à lui, a continué à trouver des compromis entre le chef du Likoud et celui de son propre parti jusqu'au 11 mars dernier, date à laquelle Shamir a décidé de sortir de l'attentisme qui le caractérise et d'exclure Pérès de son gouvernement. Rabin a été obligé de se

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L'

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ISRAEL joindre aux autres ministres travaillistes qui ont démissionné en solidarité avec Pérès. Shamir était persuadé que les promesses faites par les partis religieux à Pérès, comme quoi ils voteraient pour la chute du gouvernement Shamir, n'étaient que du bluff. C'est là qu'il s'est, une fois de plus, trompé.

Alors que Shamir n'était pas certain d'avoir le soutien de tous les députés du Likoud, sans parler de l'extrême droite qui le juge trop modéré, Pérès pouvait compter sur l'ensemble des voix des formations de gauche qui toutes voulaient mettre à bas le gouvernement Shamir. Mais ce n'était pas suffisant pour avoir la majorité à la Knesset : les voix des partis religieux allaient, une fois de plus, décider du sort du gouvernement. Le Parti national religieux, qui se trouve depuis plusieurs années à l'extrême droite allait soutenir Shamir; le Parti intégriste Agudat Israël avait depuis plusieurs mois promis son soutien à Pérès, Shamir ayant cyniquement refusé de respecter les accord qu'il avait signé en déclarant « vous pouvez les mettre au musée », provoquant ainsi leur départ du gouvernement, il y a huit mois. Il restait les deux autres formations intégristes dont le vote n'était pas évident : les deux députés du Deguel Hatorah et les six députés du Parti Chass.

La mascarade

Pendant cinq jours, ministres travaillistes et ministres du Likoud se sont succédés, coiffés de la calotte, dans les antichambres de vieillards, dont la plupart ne parlent pas l'hébreu, pour leur expliquer les grandes lignes de leurs stratégies, sans oublier d'alléchantes pour leurs institutions. Car, pour les partis intégristes, ce ne sont pas les institutions dirigeantes qui décident, mais des conseils de sages composés de vénérables — et souvent séniles — rabbins.

Le sommet de cette mascarade a été atteint cinq minutes avant le vote sur la motion de censure, quand Shamir a demandé une suspension de séance pour se rendre chez le grand rabbin Ovadia Yossef, autorité incontestée des Juifs orientaux et patron spirituel du parti intégriste Chass. Ce dernier a soumis un ultimatum à Shamir et Pérès : le premier devait s'engager à accepter les propositions du secrétaire d'Etat américain et à réintégrer les ministres travaillistes dans son gouvernement, auquel cas le dirigeant travailliste promettait de ne pas tenter de former un gouvernement alteratif jusqu'aux pro-

By TOM in Troww (Amsterdac). CEW Syndicate chaines élections. En acceptant la proposition du grand rabbin, Shamir perdait la face ; en la rejetant, il perdait le soutien du Chass et donc la majorité. Shamir a choisi de perdre la première manche et de voir, pour la première fois dans l'histoire d'Israël, son gouvernement renversé par

Dès la chute du gouvernement, il est devenu clair que ni Shamir ni Pérès n'avaient de majorité parlementaire pour former un nouveau gouvernement, et Rabin s'est empressé de pousser à la formation d'un d'union nationale, ce qui était le meilleur moyen d'empêcher Pérès de devenir Premier ministre. Mais, contrairement à ce qui s'est passé il y a un an et demi, le président de l'Etat, Haim Herzog, ne s'est pas laissé tenter par cette solution de facilité et a nommé Shimon Pérès candidat à la formation d'un nouveau gouvernement.

Une victoire de l'intifada

La raison en est simple : depuis la formation du gouvernent d'union nationale, l'Intifada n'a pas pu être neutralisée, et a su imposer une polarisation politique dans la classe dirigeante israélienne : solution militaire, c'est-à-dire répression massive, détention de dizaines de milliers de Palestiniens, ou ouverture de négociations ne serait-ce qu'indirectement avec l'OLP ; la voie médiane n'existe plus et les douze mois de répit qu'avaient donné les Américains touchent à leur fin. En ce sens, Yasser Arafat a raison quand il affirme : « Le soulèvement dans les territoires occupés a fait s'écrouler le front ennemi. Pour la première fois, un gouvernement israélien tombe grâce à notre lutte et grâce à l'initiative de paix palestinienne. » La question est de savoir qui va composer le nouveau gouvernement, et quelle va être sa politique.

Comme l'ont confirmé les déclarations des autorités rabbiniques contrôlant les partis intégristes, il existe à la Knesset une claire majorité pour la solution

Si Pérès parvient à neutraliser son frère ennemi Rabin, il a de bonnes raisons d'espérer être le prochain Premier ministre. Auquel cas, le nouveau gouvernement répondra positivement aux dernières propositions du secrétaire d'Etat Baker et, après une rencontre avec le ministres des Affaires étrangères égyptien, les négociations avec une délégation palestinienne ratifiée par l'OLP s'ouvriront.

L'intérêt de Pérès est, dans une première étape, de ne pas faire traîner les choses, afin de persuader les Palestiniens d'une part, et l'opinion publique et internationale de l'autre, que le "processus de paix" est sorti de l'ornière où Shamir l'avait embourbé. Dans la mesure où la première étape est couronnée de succès, le gouvernement israélien pourra s'atteler à la tâche difficile de neutraliser l'Intifada, en créant un nouveau statu quo qui, selon la vieille tradition travailliste est appelée à durer indéfiniment sous le couvert du provisoire.

Ce que ni Pérès ni Rabin, ni même les doctes rabbins ne peuvent prédire, c'est dans quelle mesure la population palestinienne des territoires occupés est prête à jouer leur jeu et à remettre en question les acquis de deux ans et demi de lutte exemplaire et de très lourds sacrifices.

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2 avril 1990

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