Inprecor 1974–2004

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TCHECOSLOVAQUIE

A qui profite l'anti-communisme ?

· Inprecor n° 306, 6 avril 1990 · p. 9-10 · 1 258 mots

А цит lanti-com Quatre mois après la "révolution de velours" de novembre 1989, l'opposition triomphante en Tchécoslovaquie se trouve dans une impasse. Des rumeurs abondent sur le fait que la police essayerait de diviser l'opposition, et il existe une grande inquiétude quant au fait que les forces de l'ancien régime seraient en train de se recycler sous de nouvelles formes. En même temps, le nouveau gouvernement lui-même est accusé de lenteur quant à l'épuration de la police et l'armée. Dans cette atmosphère, une pétition pour interdire le Parti communiste a reçu un appui considérable. Nous publions ici de larges extraits d'un commentaire de notre camarade Petr Uhl sur cette situation, publié dans le journal tchécoslovaque indépendant Lidové noviny.

profite

munisme ?

Petr UHL

Le mécontentement vis-à-vis du Forum civique (FC) a augmenté durant ces dernières semaines. Dans les districts et les communes, dans les entreprises et les institutions, les vieilles mafias bureaucratiques continuent à fonctionner, et dans les forums civiques locaux les "retournements de vestes" sont la règle. Les gens pensent que la purge des services armés se déroule avec une lenteur scandaleuse. La police secrète (StB) n'a pas encore été totalement abolie. La préférence du FC pour la politique de couloirs est critiquée de plus en plus fortement, tout comme son manque de démocratie.

Cependant, si nous sommes d'accord pour dire que la possibilité d'un putsch armé a été éloignée, nous devons aussi accepter que, pour résoudre ces questions, une préparation soigneuse, une prévoyance et une large ouverture d'esprit sont préférables pour notre démocratie à

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la précipitation ou, pire encore, à la volonté de revanche, au châtiment et à la satisfaction personnelle.

L'effondrement des structures bureaucratiques durant les premières semaines a été étonnamment rapide. L'éthique de la Charte 77 — sa priorité aux droits de l'homme, l'offre d'un dialogue avec le régime précédent, la tolérance et la conviction explicite que la liberté de parole et de réunion s'appliquerait à tous ceux qui seraient prêts à respecter les règles démocratiques — tout ceci a conduit à l'organisation de tables rondes à chaque niveau, durant la passation pacifique des pouvoirs législatif et exécutif. En conséquence, les communistes ont appuyé Vaclav Havel qui, comme président, représente une garantie de justice et de sécurité pour eux et pour leurs familles. Pour cette raison, une majorité des membres du Parti communiste s'es aussi sentie libérée par la révolution. Elle a ouvert pour eux la perspective d'une vie nouvelle. Beaucoup ont quitté le parti et ceux qui y sont restés — peutêtre à cause d'un sentiment de propriété — se sont graduellement libérés de sa discipline. Il existait l'espoir que la majorité d'entre eux ne voterait pas pour la Parti communiste tchèque (PCT) lors des élections. (...)

Maintenant que les structures de l'Etat et que le PCT en tant que tel ont éclaté et ont été remaniés à tel point qu'il est évident que le vieil ordre ne pourra plus être restauré, nos "révolutionnaires" ont lancé une offensive effrénée contre le communisme et les communistes. Un phénomène culturel spécifique est présent : le PCT a toujours promu — et, malgré sa faiblesse, il le fait encore plus vigoureusement aujourd'hui — un aspect extérieur petit bourgeois. Toute la force de notre révolution s'est lancée contre cette mentalité petite bourgeoise. Cependant, parallèlement, nous y avons incorporé aussi, comme dans chaque autre révolution, un esprit petit-bourgeois, enragé, avec une soif de revanche et de solution finale. Une parcelle de ce petit bourgeois vit dans chacun d'entre nous, même si certains essayent de le supprimer.

«Comment se comportaientils donc ? » « Ils n'étaient pas si tendres avec nous. » Ces expressions font froid dans le dos des personnes qui, précisément, ont été les victimes des communistes, ou qui occupent des positions où ils sentent qu'ils ont eu des responsabilités envers d'autres gens, et qui refusent donc d'accuser tous les communistes sans avoir la preuve concrète qu'ils ont - personnellement -réellement fait du mal. Allons-nous répéter l'expérience des purges de 1969-1970 ? Ceci dit, évitons les malentendus : il n'y a aucune raison pour que les fonctionnaires de la StB arrêtent des salariés qui ne se rendent pas à leur travail et je ne pense pas que les dirigeants des départements régionaux de la police devraient garder leur emploi. Je ne crois pas non plus que les forums civiques locaux devraient être dirigés par des fonctionnaires du parti ou d'autres mafiosi. Mais le problème est ailleurs.

Les élections vont arriver. Ou nous proclamerons le PCT organisation criminelle et nous essayerons de condamner ou de persécuter tous ses membres, ou nous continuerons le dialogue avec toutes les composantes de la société, donc, y compris les communistes, et nous refuserons toute discrimination. Si nous entamons des poursuites judiciaires contre des membres du PCT, ou si nous devons les démettre de leurs fonctions, cela doit être fait sur la base de preuves concrètes de leurs crimes et non tout simplement parce qu'ils ont appuyé l'ancien régime. Sinon, les anciens dissidents pourraient accuser d'avoir soutenu l'ancien régime tous ceux qui ont voté lors des élections, qui participaient au mouvement syndical officiel ou qui n'ont pas signé le document dissident "Quelques phrases".

En même temps, de nombreuses personnes disent qu'il n'est pas nécessaire de mettre le PCT hors-la-loi, mais qu'il faut simplement dénoncer les communistes. Tant les actuels que les anciens. Même ceux qui ont quitté le PCT il y a vingt ans, mais qui en étaient membres dans les années 50. Il ne s'agit pas d'une invention, mais tels sont les réels accents de la vague actuelle d'anti-communisme primaire et

Cette démagogie, qui appelle la population à une guerre "juste" contre les communistes, utilise une terminologie trompeuse. On se renvoie des slogans tels que "démocratie d'en bas", "démocratie directe", "révolution permanente". En tant que personne qui utilise cette terminologie depuis des années, je dois catégoriquement dire que le fanatisme et l'esprit de vengeance n'ont rien à voir avec leur contenu réel. Cela ne veut évidemment pas dire que notre révolution ne devrait pas se référer constamment à ces idées ou lutter pour qu'existe la démocratie pour tous, en complétant sa base parlementaire par l'autogestion et la démocratie directe. Les conflits sociaux, la lutte autour de la propriété des moyens de production et la période de deux ans pour préparer une Constitution et le développement de la vie politique nous en donnerons de nombreuses opportunités.

Mais à qui profite cette vague croissante d'anti-communisme effréné ? La réponse se trouve dans les enquêtes d'opinion publique. La popularité du Forum civique est en train de diminuer et tous ceux qui sont menacés se regroupent. Sans cette campagne, le PCT aurait probablement perdu encore plus de monde et aurait eu du mal à dépasser la barrière des 5 %. Si la campagne se renforce, nous pouvons nous attendre à ce que le PCT recueille entre 20 et 30 % des voix. Les résultats des élections locales de l'automne pourraient être encore pire. Les gens qui voteraient dans ce sens ne voteront pas pour un programme global, mais pour des institutions qui défendraient leurs droits fondamentaux — un travail qui corresponde à leurs qualifications, le droit de leurs enfants à l'éducation, etc.

Nous pouvons cependant nous demander qui est responsable de cette campagne. Et nous pouvons nous demander si ces gens se rendent compte combien le comité central du PCT se frotte les mains de plaisir. Dans des cas individuels, nous devons même nous demander si cette convergence d'intérêts entre anticommunistes et apparatchiks communistes est accidentelle ou si quelqu'un les manipule. *

21 mars 1990

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