parlementaire anticipée dans le Mid-Staffordshire, la majorité conservatrice (14
600 voix) s'est transformée en majorité travailliste (9 400 voix) - transfert vers le Parti travailliste de 21 % de voix, le plus grand glissement électoral depuis
1935. Si le Parti travailliste aura une majorité de plus de 200 sièges. En outre, bénéficieraient d'une avance de 28 % sur les conservateurs dans tout le pays, politique : l'introduction de la Poll Tax (impôt par tête) comme nouvelle base
La Dame de fer a du plomb dans l'aile
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le 22 mars, lors d'une élection selon un sondage d'opinion paru dans l'Observer du 25 mars, les travaillistes chiffre le plus élevé depuis que ces sondages existent. Tandis que plusieurs facteurs montrent l'impopularité actuelle du gouvernement Thatcher, une question en particulier a focalisé la colère populaire envers sa pour financer les gouvernements locaux.
Bernard GIBBONS
AUJOURD'HUI, les secteurs les plus sensés de la bourgeoisie se rendent davantage compte de la
"miracle"
fragilité du
Thatcher et de la profondeur du ressentiment populaire envers la Poll Tax
— comme l'a écrit le quotidien conservateur Sunday Telegraph : « Dans une société au bord de la violence (...) les gougrande échelle. »
Les commentateurs politiques britanniques se demandent comment une démagogue aussi experte que Mme Thatcher a pu si profondément se tromper sur l'opinion de la population. Les explications les plus courantes tournent autour de la psychologie personnelle de Thatcher, de son obstination et de son arrogance légendaires, etc. En fait, la stratégie qui soustend la Poll Tax est une continuation logique de celle que poursuit Thatcher depuis son arrivée au pouvoir en 1979. Quelque chose de plus fondamental va mal pour les conservateurs : la faiblesse structurelle fondamentale de l'économie britannique devient de plus en plus apparente, et les indicateurs économiques ne vont plus du tout dans le sens de Thatcher.
Elle a caractérisé la Poll Tax de "cheval de bataille idéologique" de son admi-
GRANDE-BRETAGNE nistration. Cela cristallise deux de ses principales obsessions : premièrement, sa croisade pour battre le Parti travailliste dans les municipalités des grands centres urbains, qui représentent pour elle les derniers bastions du socialisme en GrandeBretagne ; deuxièmement, la nécessité de maintenir l'appui de la classe ouvrière qualifiée et des couches de la classe moyenne la moins aisée qui sont restées dans le camp des conservateurs grâce à un boom de la consommation basé sur des réductions d'impôts, des facilités de crédit et toute une série de mesures populistes.
Durant plusieurs années, les finances des gouvernements municipaux en
Grande-Bretagne se sont basées sur le paiement d'impôts locaux payés par chaque foyer. Bien que loin d'être équitable, l'ancien système avait un certain contenu progressiste étant donné que la somme payée dépendait de la taille et du niveau de confort de chaque domicile. Le système offrait aussi une autonomie considérable aux autorités locales pour déterminer leurs propres niveaux de recettes et, en particulier, cela permettait aux autorités municipales contrôlées par le Parti travailliste de répondre jusqu'à un certain point aux besoins de leurs électeurs. Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs, ce système s'est détérioré de plus en plus et la Poll Tax a été instaurée dans le but d'y mettre fin. Maintenant, chaque personne de plus de 18 ans devra payer la même somme (mais la somme exacte variera selon les endroits) indépendamment de son revenu ou de la taille de son logement. Un jeune chômeur devra donc payer autant qu'un millionnaire.
Il est clair que ce sont les moins riches qui souffriront d'un tel système mais Thatcher ne s'est jamais vraiment préoccupée d'eux. Son plan était que la classe ouvrière la plus aisée et les électeurs de la classe moyenne la plus défavorisée, dont la plupart souffraient de l'ancien système, bénéficient de la redistribution de l'enveloppe fiscale. Les conseils contrôlés par des conservateurs devaient attribuer des taux raisonnables et sensés à la Poll Tax, tandis que les conseils travaillistes dans les grandes villes, qui luttent déjà pour ap porter même les services minimums à ceux qui ont été le plus durement frappés par le thatchérisme, seraient obligés de couper encore plus drastiquement les dépenses, ou de fixer des taux de Poll Tax beaucoup trop élevés. Ce scénario, com-
biné à une attaque permanente des médias à la botte de Thatcher contre les conseils municipaux de la "gauche" du Parti travailliste (en prétendant qu'ils offrent à profusion de l'argent aux gays et aux lesbiennes et également à certaines minorités ethniques fauteuses de troubles) aurait ouvert la voie à un autre triomphe électoral des conservateurs.
Mais tout s'est très mal passé pour Thatcher. Comme prévu, les plus pauvres souffriront, et les plus riches gagneront -des chercheurs de l'Ecole d'économie de Londres ont montré que les 20 % de la population les plus pauvres payeront 5 % de plus par an avec le nouveau système, tandis que les 20 % les plus riches gagneront 5 %. Il est clair maintenant que les couches moyennes dans les lieux les plus riches, la réelle base de Thatcher, vont aussi en pâtir. Des enquêtes ont démontré qu'avec le nouveau système un ménage moyen payera 33 % de plus qu'auparavant, et dans certains endroits 50 % de plus. Thatcher elle-même reconnaît que ces chiffres sont exacts.
36 des 39 conseils de comté, dont plusieurs administrations loyales aux conservateurs dans des régions relativement aisées, ont établi des taux pour la Poll Tax bien plus élevés de ce qu'envisageait le gouvernement. Des contingents de conseillers conservateurs ont quitté le parti, et certains des affrontements les plus radicaux et les plus violents ont eu lieu dans les régions les plus tranquilles, traditionnellement aux mains des conservateurs.
Le "miracle" thatchérien
L'erreur de calcul de Thatcher est le produit des problèmes économiques auxquels son gouvernement fait face. Par exemple, en calculant le taux moyen pour la Poll Tax, le gouvernement s'était basé sur un taux d'inflation de 4 % - en fait, le taux d'inflation a atteint 7,5 % et l'on s'attend à ce qu'il augmente encore durant l'été. La diminution du chômage a redonné confiance aux travailleurs : le taux des augmentations salariales est de 9,25 % par an, et l'on pense qu'il augmentera davantage. Bien entendu, face à cela, le dogme monétariste et les apologies du "marché libre" ont été abandonnés, et les problèmes économiques britanniques sont de nouveau attribués aux ouvriers trop gourmands" qui utilisent leur force de travail bien mal à propos pour présenter des revendications excessives. Plus fondamentalement, il devient clair que onze années de thatchérisme ont peu fait pour remédier à la réelle faiblesse de l'économie britannique dans la sphère de la production : le "miracle" thatchérien commence à apparaître bien creux.
Au centre des problèmes de Thatcher, on trouve un déficit énorme de la balance des paiements, à un niveau jamais atteint jusqu'alors - la moyenne du déficit étaient de 20,9 millions de livres sterling l'an dernier et, pour la première fois dans l'histoire, les gains du commerce invisible (banques, assurances, voyages, investissements à l'étranger) sont devenus déficitaires durant les trois derniers mois de 1989.
Il paraît que l'on va devoir payer la Poil Tax... Alors, on va pouvoir avoir chacun son propre banc!
Le gouvernement y a répondu par une augmentation constante des taux d'intérêts, une fois encore à des niveaux historiques jamais atteints. Mais, à son grand effroi, cela a eu pour effets de ralentir l'épargne plutôt que de mettre un frein des consommateurs. Les milieux financiers ont attendu qu'un buddes Finances, John Major, n'a pas osé courir le risque d'approfondir l'impopularité actuelle du gouvernement. Le consumérisme frénétique que Thatcher avait encouragé à la belle époque a dû être res-
Aujourd'hui, les conservateurs sont hantés par le spectre d'une hausse de l'impôt sur le revenu, sacrilège pour un parti qui est arrivé au pouvoir en affirmant que le gouvernement ne pèserait plus sur le dos des contribuables. Mais, bien sûr, le problème est fondamentalement politique et non idéologique — comment le gouvernement peut-il à la fois appliquer les politiques de récession qu'exigent les milieux d'affaires et regagner l'appui populaire dont il a besoin remporter la prochaine élection générale ? plus de raisons d'être inquiets si le Parti travailliste de Neil Kinnock représentait une alternative plus crédible. Plutôt que de canaliser la colère populaire actuelle
GRANDE-BRETAGNE= vers une alternative radicale cohérente au thatchérisme, la politique du Parti travailliste peut être résumée en ces termes : « Ce sera nous après Thatcher ». Leur avancée massive dans les sondages d'opinion est plus le fruit de l'impopularité de Thatcher que d'un authentique enthousiasme envers leur ligne politique qui reste d'ailleurs extrêmement floue à tout point de vue.
L'indécision du
Parti travailliste Le porte-parole des travaillistes pour les questions économiques, John Smith, a déclaré que le Parti travailliste devra « maintenir une politique fiscale responsable avec un contrôle prudent sur les finances publiques, ne dépensant qu'en fonction de ce que les ressources permettent et que l'économie peut supporter ». Par rapport à la contestation de la Poll Tax, Kinnock s'est contenté d'exprimer son total accord avec Thatcher sur le fait que les « manifestations organisées par l'extrême gauche (...) sont une négation de la démocratie ». Kinnock et la direction du Parti travailliste se sont toujours opposés aux revendications de la gauche (voir Inprecor numéro 299 du 11 décembre 1990) qui demande que le parti appuie ceux qui refusent de payer la taxe. Et le Parti travailliste a refusé d'organiser une manifestation nationale d'opposition à la taxe.
L'attitude de la direction du Parti travailliste contraste de manière aiguë avec la confiance et la croissance du Mouvement anti-Poll Tax. La Fédération britannique des anti-Poll Tax, qui représente plusieurs milliers de groupes locaux s'engageant à ne pas payer, et qui a empêché la mise en place et la perception de la taxe, estime qu'environ dix millions de personnes refuseront de payer la taxe. Ce chiffre ne semble pas déraisonnable, étant donné l'expérience de l'Ecosse, où la Poll Tax avait déjà été introduite : dans certains quartiers de Glasgow un résident sur trois ne l'a pas payée et 700 000 Ecossais ont des arriérés de trois mois ou plus.
Les efforts pour la perception ou pour la punition de ceux qui ne payent pas sont susceptibles de faire augmenter encore davantage le niveau de la résistance. La vigueur de la campagne a déjà contraint le gouvernement à effectuer des concessions et des reculades humiliantes sur de nombreux fronts. Le mythe de l'invincibilité de Thatcher a été visiblement entaillé. *
3 avril 1990