Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA - RDA

Nouvel antisémitisme et ancienne hypocrisie

Inprecor n° 306, 6 avril 1990 · p. 26-27, 27, 27 · 1 021 mots

Allemagne Europe de l'Est

RFA-RDA Nouvel antisémitisme et ancienne hypocrisie

Le 29 janvier 1989, l'extrême droite ouest-allemande, les Républicains, entrait triomphalement au Sénat de Berlin avec onze députés et 7,5 % des suffrages. Des résultats comparables se sont répétés dans les autres régions. Le principal dirigeant de ce mouvement néo-nazi, Franz Schönhuber, un ancien instructeur des WaffenSS, est ouvertement antisémite. Dans ses déclarations publiques (très modérées, vu le profil de son parti) il s'est limité à affirmer qu'il « ne faut pas réduire l'histoire de l'Allemagne à Auschwitz », mais sur les murs de Berlin sont soudainement apparus slogans racistes et antisémites du genre « Liquider les Turcs » et « Transformer les Juifs en fumée » (voir Le Monde du 10 février et El País du 5 février 1989).

Aujourd'hui, avec la perspective d'une réunification allemande, la propagande tapageuse des Republikaner prend une ampleur nouvelle et, malheureusement, risque de trouver un certain écho. Pour Schönhuber, le retour à la

Allemagne d'avant la "mission divine" pour le peuple allemand. Si cela s'accompagne d'une nouvelle montée de l'antisémitisme « ce sont les Juifs qui

Sous une forme ouest-allemands. La cible de cette campagne est le nouveau secrétaire du Parti démocratique socialiste (PDS, ancien Parti socialiste unifié de RDA) Gregor Gysi. Ce dernier incarne la tentative désespérée de la bureaucratie de se présenter avec une image nouvelle. Jamais impliqué dans les louches affaires de l'"ancien régime", bénéficiant d'une réputation d'inté grité morale et d'une image de démocrate sincère, Gysi ne pouvait pas être attaqué comme un nouveau Honecker. Mais c'est un intellectuel de gauche et il est juif, deux éléments suffisants pour exhumer des vieux clichés antisémites.

A la fin 1989, l'hebdomadaire Der Spiegel brossait le portrait suivant de Gysi : « Juriste âgé de 41 ans, divorcé avec deux enfants, il répand la froideur autour de lui. La vocation des intellectuels rusés issus des familles de la grande bourgeoisie juive et placés à la tête du SED, n'était pas la générosité mais le calcul » (Der Spiegel, numéro 51, 1989). Quel dessein politique se cache derrière de telles phrases ? L'antisémitisme se greffe sur le discours anticommuniste traditionnel. Il s'agit, selon un cliché antisémite bien connu, de présenter les Juifs comme les étrangers" "ennemis" les non-Allemands, voire les de l'Allemagne. Il faut ensuite les identifier au "communisme" pour montrer que la réunification de l'Allemagne doit surmonter la résistance de deux forces "antinationales" : les Juifs et les communistes. Hitler prononçait des discours hystériques contre le "judéo-bolchévisme", l'ennemi mortel de la "race aryenne". Aujourd'hui on utilise d'autres expresSIOnS — le langage de la biologie raciale n'a plus droit de cité mais la logique reste la même.

Le terrain de cette offensive antisémite avait été déjà préparé, depuis quelques années, par les historiens révisionnistes de RFA : Ernst Nolte, Andreas Hillgruber, Klaus Hildebrand, etc. Dans les colonnes du quotidien conservateur le plus prestigieux, la Frankfurter Allgemaine Zeitung, ils avaient exprimé leur désir de "normaliser" l'histoire allemande, en considérant finalement le nazisme comme une étape de plus du passé national. Il s'agirait de surmonter « un passé qui ne veut pas passer », afin de réaffirmer la volonté de l'Allemagne de jouer un rôle de grande puissance « au cœur de l'Europe ».

Selon E. Nolte, le vrai responsable du génocide serait plutôt la révolution d'Octobre, qui engendra le "totalitarisme bolchevique" et déclencha une spirale de violence et de "barbarie asiatique" aboutissant à la Seconde Guerre mondiale (voir Devant l'histoire, Editions du Cerf, Paris, 1988): Si Auschwitz fut bien l'œuvre de

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Hitler, il n'aurait jamais vu le jour sans Lénine, voire sans Marx, autre méchant juif bien connu !

Et en RDA ? Ici, l'antisémitisme avait "officiellement" disparu depuis la fin de la guerre. Pour Walter Ullbricht et Erich Honecker le régime nazi n'avait qu'un seul ennemi, l'Union soviétique et le Parti communiste allemand (KPD). Auschwitz n'était qu'un "détail" de l'histoire. Mais la révolution de novembre a permis de faire la lumière sur quelques unes des pages les plus sombres de l'histoire du stalinisme. Dans un effort pathétique, le SED réformé a changé son point de vue sur la question juive mais, hélas, en choisissant la pire façon de le

Le 8 février dernier, le Premier ministre Hans Modrow a déclaré solennellement que la RDA reconnaissait « la responsabilité du peuple allemand dans son ensemble » pour les crimes perpétrés contre les Juifs par le régime nazi (voir Le Monde du 9 février 1990). Or, cette déclaration est assez grotesque, sous plusieurs aspects. D'une part, elle ne fait que renver-

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ser l'idée d'une "essence négative" du peuple juif cultivée par les nazis, en l'attribuant aux Allemands.

D'autre part, elle apparaît d'autant plus grotesque qu'elle est faite par un Parti qui, loin de représenter "le peuple allemand dans son ensemble", ne représente même plus ses propres inscrits. Que devraient penser de cette déclaration les anciens communistes allemands — il y en a encore un certain nombre - qui ont connu d'abord les prisons de Hitler et ensuite celles du stalinisme prussien?

Plus modestement et plus honnêtement, les dirigeants du SED pourraient reconnaître — ce qu'ils n'ont jamais fait — leurs propres responsabilités. Entre 1928 et 1933, les ancêtres du SED -- le KPD de l"héroïque camarade Thälman" — n'hésitèrent pas à s'allier aux nazis pour combattre le "social-fascisme". Selon Die Rothe Fahne, le quotidien du KPD, il ne fallait pas faire barrage contre le nazisme, car la victoire d'Hitler aurait ouvert la voie à la révolution prolétarienne.

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la gauche socialiste en RDA, tâches encore à l'ordre du jour en RFA.» été indiqué comme étant de 90 000 alors qu'il s'agissait de 900 00.

ERRATA

Dans notre numéro 305, page 31, la résolution du SU "La situation en RDA

— que nous avons d'ailleurs datée du 5 mars 1989 au lieu de 1990 1 — un mot a sauté dans le point 2. Il fallait lire : « Elle impliquerait en tout cas des tâches particulières pour les marxistes révolutionnaires et l'ensemble de

Toujours dans ce numéro, à la suite d'une coquille, dans l'article "L'avenir du communiste" d'E. Mandel, le nombre de morts lors de la guerre au Mozambique a

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