paysanne et Verts), est arrivée en tête aux élections à la chambre socio-politique communistes slovènes, LCS, depuis sa rupture, en février dernier, avec la Ligue des communistes yougoslaves, LCY), n'a quant à lui obtenu que 17 % des voix.
Milan Kucan, ancien président de la LCS, est arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle. Mais malgré ses 44 %, il n'est pas certain de pouvoir l'emporter au second tour, le 22 avril, face à Joze Puenik, candidat de Demos, qui pourra peut-être ajouter à ses 26,6 %, les voix des deux autres candidats.
Les poursuites intentées par l'Armée yougoslave contre Pucnik, pour « offense à
Le conflit serbo-albanais
La coalition Demos (chrétiens-démocrates, démocrates sociaux, Alliance du Parlement slovène, du 10 avril dernier, avec 55% des voix. La Ligue des communistes-Parti du renouveau démocratique (LC-PRD, ex-Ligue des l'Armée », ainsi que la répression au Kosovo et suivi par la démission des sept ministres d'origine albanaise, dont le Premier ministre Jusuf Zejnulahu, du gouvernement régional font peser de lourdes menaces sur le processus de démocratisation en Yougoslavie.
Nina JERKIC-Jean ZUNDEL
L'
AGENCE de presse yougoslave Tanjug était la première à donner des informations sur de prétendus événements insurrectionnels en Albanie.
Selon Tanjug, les affrontements entre la police albanaise et les manifestants auraient été sanglants, et suivis de persécutions.
Devenir le "parrain médiatique" d'une éventuelle libération du peuple albanais se révèlerait, en effet, d'une utilité extrême pour redorer le blason du régime yougoslave qui voudrait faire oublier pour l'occasion la situation dramatique du
Kosovo, où la majorité de la population est de souche albanaise (1). La répression qui sévit depuis dix ans dans cette province peuplée à 90 % d'Albanais ne fait certes pas l'objet d'une si aimable publicité de la part des organes de presse officiels qui ont passé sous silence le premier anniversaire de l'instauration de l'état d'urgence, décrété en février 1989 après la grève des mineurs de Trepca (2).
Cet anniversaire a donné lieu à des manifestations, des grèves et à une montée en flèche de la répression (voir l'interview de V. Surroi, p. 5). Les affrontements entre la police et les Albanais sont devenus quasi quotidiens. Selon un rapport d'Amnesty International, un demi-million d'Albanais sont passés par les mains de la police spéciale ; les tortures sont monnaie courante. Il faut rappeler que la Yougoslavie n'a pas signé la Convention internationale contre la tor-
Dans le cas du conflit serbo-albanais, il s'agit avant tout d'une question symbolique : en 1389, les Serbes sont écrasés aux Champs du Kosovo par l'armée turque. Cette défaite sonne le glas d'un royaume indépendant, et le Kosovo devient alors le cœur de la nation serbe. Actuellement, le taux de natalité des Albanais dépasse de loin celui des Serbes, et ces derniers ont le sentiment de se faire de nouveau déposséder de leur symbole historique par des étrangers ou, pire encore, par des citoyens de troisième ordre. Or, il se trouve que les Albanais résident dans cette région depuis plusieurs milliers d'années ; leur langue n'est même pas indo-européenne.
Les Slaves, eux, arrivent dans les Balkans vers le VIe siècle, au moment des grandes invasions.
La fin de la Seconde Guerre mondiale ne donne aucun droit réel aux Albanais en Yougoslavie. Ce n'est qu'en 1974 que la nouvelle Constitution leur accorde des droits minimes, à savoir l'albanisation des écoles et des universités. Mais les manifestations qui se déroulent en 1981, induisent la fameuse thèse du complot
"contre-révolutionnaire", et les Albanais sont réduits au rang de citoyens de seconde zone. En l'absence d'informations confirmées, on ignore presque tout de ce problème pendant longtemps.
En fait, le problème yougoslave date de la création du pays, en 1918. Il s'agissait alors de démembrer l'empire austro-hongrois, et de réunir des peuples turbulents et mal connus dans une même entité, plus facilement contrôlable. Cette vision d'un "Pays des Slaves du Sud" était née (dès la fin du XIXe siècle) chez certains intellectuels (Pribicevic, Supilo), soucieux de proposer une alternative aux siècles passés sous les dominations autrichiennes, hongroises et turques. C'était brader une myriade d'autres peuples présents dans la région : Bulgares, Turcs, Hongrois, Albanais, Roumains, Tziganes etc., qui ne pouvaient imposer une aussi forte identité culturelle. C'était également négliger un passé de domination coloniale différent pour chaque peuple slave : l'Autriche pour la Slovénie, la Hongrie pour la Croatie et l'Empire ottoman pour la Serbie. Malgré une résistance culturelle permanente, les divers occupants ont laissé des traces durables dans les mentalités, réduisant ainsi les possibilités de dialogue et ouvrant la voie à un racisme latent.
Suspicion mutuelle
Cette incompréhension généralisée conduira les Slovènes à considérer que tout ce qui se trouve au-delà de Zagreb vaut moins que rien, les Croates à tenir les Slovènes pour des snobs prétentieux et à se hérisser quand ils entendent parler de "serbo-croate" (il ne faut pas "mélanger les torchons et les serviettes"...), et les Serbes à se méfier des "séparatistes bourgeois du nord". Quant au reste, une dénomination bien pratique, "nationalités musulmanes", sert de fourre-tout pour qualifier les divers peuples non-slaves de tradition islamique. Une telle classifica-
1) Peuplé à 90 % d'Albanais, le Kosovo abrite aussi des Serbes et des Monténégrins. Le Kosovo était une province autonome, rattachée à la République de Serbie. Cette autonomie a été largement supprimée en mars 1989 (voir inprecor numéro 283, du 6 mars 1989):
2) Voir Inprecor numéro 285 du 3 avril 1989
tion permet de passer outre les particularités de chaque communauté et de rejeter le tout dans l'obscurité d'une ignorance tranquille. L'exception qui confirme la règle, l'union entre Slovènes et Albanais, inimaginable il y a seulement cing ans, est le fruit de la haine contre l'ennemi commun. C'est grâce à la revue slovène Mladina que les événements du Kosovo trouvent un écho à l'extérieur de la province.
Les ambitions de Milosevie
Ce n'est pas un hasard si ce conflit éclate maintenant. Ces nationalismes exacerbés puisent leur force dans une crise économique majeure, dûe à un système de corruption pratiqué à l'échelon national. Quand Fikret Abdic tombe lors du scandale Agrokomerc, cet homme d'affaires bosniaque très lié à Tito entraîne dans sa chute toutes les illusions d'un pays qui avait voulu jouer dans la cour des grands (3). L'ère des pseudo-capitalistes était terminée, arrivait celle de Slobodan Milose-
"Slobo", comme l'appellent familièrement ses partisans et ses détracteurs, a des aspirations qui dépassent ses fonctions de représentant de la République serbe ; il se veut le garant de l'unité yougoslave, l'homme que la Yougoslavie attend depuis la mort de Tito. Ce dernier avait d'ailleurs un défaut majeur : il n'était pas Serbe, mais Croate. En plus c'est lui qui avait accordé une certaine autonomie au Kosovo ; lui encore qui avait pris soin de ne pas désigner de successeur et de mettre en place cette "présidence nante" (chaque République prenant la tête de l'Etat pendant un an), quitte à laisser pourrir la situation. On comprend que le mythe de Tito ait pris du plomb dans l'aile, et que ses effigies se fassent mainte-
Milosevic veut donc resserrer l'unité du pays et le sortir de la crise par les séparatistes de toutes nationalités et les hommes d'affaires véreux. Simplification ? A peine. Mais on aurait tort de le prendre pour un simple "demago-va-t-enguerre"; l'homme est un politicien expérimenté, qui manie la démagogie avec aisance, en prônant éventuellement les libertés — dans certaines limites, bien sûr. Il a un talent réel de tribun. Son discours à l'occasion du 600e anniversaire de la bataille des Champs de Kosovo a constitué un grand moment ; "Slobo" est apparu suivi de centaines de cars spécialement décorés pour l'occasion, ainsi que d'une délégation remarquablement fournie du clergé orthodoxe serbe : tout appui est bon à prendre ! armes contre les directions des Ligues communistes des autres Républiques qui oseraient montrer une quelconque fiance à l'égard des Serbes. Il a ainsi démis les directions des Ligues de Voïvodine, de Bosnie-Herzégovine et du Mon-
Oil a éloigné le peuple, censé aimer les Serbes et la Yougoslavie, du pouvoir local séparatiste. Cette tactique a fonctionné jusqu'à ce que les Slovènes qui avaient vu le piège — aient interdit un de ses meetings à Ljubljana ; en rétorsion, la Serbie a riposté en décidant de cesser toute relation économique avec la Slovénie, mais Milosevic oubliait que cette mesure porterait surtout préjudice... à sa Ré-
"Le journal "miloséviste" Politika a été obligé de préciser immédiatement que le blocus ne concernait pas le
La défiance de la Slovénie envers son puissant voisin serbe se voit donc justifiée par les méthodes expéditives employées dans le domaine politique et paramilitaire. Et les Slovènes ne peuvent pas rester indifférents : s'ils ne condamnent pas l'intervention au Kosovo, que feront-ils dans le cas — hypothétique mais envisagé par tous — d'une action dirigée non plus contre Pristina, mais contre Ljubljana ? Le ZSMS, ancienne organisation de la Jeunesse Slovène, devenue parti politique, vient d'appeler les conscrits à refuser de faire leur service militaire au Kosovo.
Le fantôme de l'éclatement
Pour la Serbie, le plus grand danger qui guette l'ensemble du pays est la sécession de la Slovénie. En effet, cette république de deux millions d'habitants fournit 30 % du produit national brut (PNB) de la Yougoslavie ; le chômage se maintient à 2 % malgré la crise, contre 20 % dans le reste du pays. La scission, dont le principe a d'ailleurs été récemment adopté par le parlement slovène, provoquerait un cataclysme non seulement politique — par l'explosion de la fédération —, mais aussi économique, en laissant sur la touche les républiques défavorisées et leurs populations. De plus, la Ligue communiste serbe reste un des derniers partis européens à prôner un communisme traditionnel avec centralisme démocratique, parti unique et nationalisation de l'économie ; il s'oppose donc à la libéralisation économique et à l'esprit iconoclaste de la Slovénie.
La Serbie se pose ainsi — à juste titre — en défenseur d'une redistribution équitable de la production. Mais la Slovénie, elle, a l'impression de servir de vache-à-lait pour le reste de la fédération et ce, grâce justement à une base industrielle dont ne disposent pas les "frères du sud". Les échanges s'intensifient entre la
Slovénie et la Communauté économique européenne (CEE), ainsi qu'avec l'Autriche ; il ne serait pas surprenant qu'elle dépose sous peu une demande officielle d'adhésion à la CEE.
Les Croates suivraient peut-être la Serbie. Ils ont toujours joué un rôle conciliateur entre une Serbie, dont ils sont proches au moins par la langue, mais qu'ils craignent un peu, et une Slovénie progressiste mais un peu trop capitaliste. Mais il faut souligner que leur culture les pousse plutôt vers le nord et l'ouest que vers le sud et l'est. Depuis un an, le chancelier Ante Markovic a, en outre, entrepris une série de réformes économiques portant notamment sur la convertibilité du dinar, l'entreprise privée et l'investissement étranger. Cependant, l'attitude des délégués croates au dernier congrès extraordinaire de la Ligue des communistes yougoslave a permis à la Serbie de refuser toutes les propositions de la Slovénie concernant la mise au goût du jour du système politico-économique : les représentants slovènes ont alors claqué la porte du congrès. Avec un système politique archaïque, une dette extérieure de 16 milliards de dollars et plus de 2 000 % d'inflation en 1989, la Yougoslavie, naguère pionnière d'un socialisme autogestionnaire indépendant de Moscou, se retrouve donc en queue du peloton des pays d'Europe centrale dans pratiquement tous les domaines.
Le pire est-il encore à venir ? Probablement. Le pouvoir fédéral a une marge de manœuvre limitée : soit il laisse chaque république prendre du large (au risque de perdre tout contrôle sur les mouvements séparatistes), soit il gèle la situation en espérant que la tempête se calme. Cette dernière option est actuellement choisie (voir également Inprecor numéro 303, du 23 février 1990) ; mais elle pourrait inciter les deux peuples les moins dociles dans la voie de mesures radicales. On peut alors s'attendre à une réaction en chaîne dans toute la Yougoslavie, avant un émiettement aux conséquences tragiques pour certaines populations ; d'autant plus que les territoires concernés intéressent beaucoup les pays frontaliers. Trieste a déjà été annexée en douceur par l'Italie et si Tirana soutient les nationalistes albanais, ce n'est sûrement pas par altruisme.
Mais quelle solution de remplacement reste-t-il à un gouvernement central quasi absent au début des événements du Kosovo, et qui a laissé la Serbie régler ses comptes avec les Albanais ?
Mars 1990
3) L'affaire Agrokomerc est un des scandales majeurs qui a conduit à la démission du vice-président de la Bosnie-Herzégovine en septembre 1987.