Xiaoping, limogé quinze mois plus tôt par ce dernier. Les deux mois qui suivirent révolution culturelle. Le plus important, car il a catalysé toutes les revendications économiques de Deng. Le plus spectaculaire aussi car, pendant six semaines, la place Tiananmen de Pékin, lieu symbole de l'histoire de la Chine populaire, a été retransmirent jour après jour les événements jusqu'au matin du 4 juin 1989 où
Le 15 avril 1989 mourait Hu Yaobang, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) — entre 1981 et 1987 — et bras droit de Deng cette mort virent le plus important mouvement populaire depuis la fin de la sociales des couches urbaines dix ans après la mise en marche des réformes aux mains des manifestants qui y érigèrent, en défi au pouvoir, une déesse de la Démocratie. Le "mai chinois" rencontra un large écho international car, suite à la visite de Gorbatchev à Pékin à la mi-mai, tous les média internationaux avaient installé sur place des équipes de télévision qui l'armée mis fin au mouvement par un massacre (voir encadré p. 10)
Laurent CARASSO
EN PLUS de Pékin, de nombreuses autres villes de Chine connurent durant ces semaines des manifestations et une violente répression, notamment Chengdu, au cœur de la Chine continentale, et Shangaï, où le mouvement continua plusieurs jours après Pékin.
L'interprétation donnée de ce mouvement par la presse et les gouvernements capitalistes fut ássez simple : pour eux, le sens profond des manifestations était la volonté de la jeunesse, suivie par le reste de la population de voir les réformes aller plus vite dans le sens à la fois de la démo-
CHINE cratie et d'un développement d'une économie libre, capitaliste. Hu Yaobang et après lui son successeur, Zhao Ziyang, représentaient ce courant du PCC ouvert aux réformes, face à la vieille garde stalinienne symbolisée par Deng Xiaoping. Selon les média occidentaux, en mettant fin dans le sang au mouvement, la vieille garde marquait ainsi sa volonté de faire un pas en arrière par rapport aux réformes économiques et à l'ouverture aux
Avec cette explication, les gouvernements occidentaux veulent signifier non seulement qu'ouverture au marché capitaliste et démocratie vont évidemment de pair, mais aussi que le maintien de la planification bureaucratique s'accompagne forcément d'une dictature féroce.
La réalité est autre car, autant la deuxième assertion est vraie, autant la première ne l'est évidemment pas et des centaines de millions d'hommes et de femmes en font la triste expérience tous les jours.
Les racines profondes de ce mouvement viennent des conséquences multiples et parfois contradictoires de la politique engagée depuis la fin des années 70 sous la direction de Deng. Il faut rappeler seulement les grands traits de cette politique qui présentait quatre grandes caractéristiques économiques et sociales :
— dans les campagnes, elle supposait le retour à une exploitation de type familial avec la volonté d'inciter les paysans à diversifier leur production et à se lancer dans la petite industrie privée. Les conséquences furent multiples : différenciation sociale importante avec augmentation moyenne du niveau de vie, mais aussi développement d'un chômage massif et augmentation importante de la production céréalière avec la libération partielle des prix;
— elle encourageait aussi le développement des sociétés à capitaux étrangers localisées sur le littoral pacifique (dans les zones économiques spéciales et les "villes ouvertes", seules zones franches ouvertes aux capitaux étrangers, sous stricte contrôle de l'Etat chinois, où ont été installées des entreprises étrangères ou mixtes qui bénéficient du dédouanement), avec un important effort de subvention de l'Etat pour l'équipement et l'industrialisation de ces régions au détriment de la Chine intérieure. Même si seulement 4 millions de travailleurs (sur les 128 millions de la population active citadine) sont concernés par ces entreprises qui représentent 1 % de la production industrielle du pays, elles ont marqué la volonté des dirigeants chinois de s'ouvrir au marché capitaliste et aux technologies nouvelles;
- les populations urbaines, elles, n'ont guère été favorisées par ces dix années, même si rares sont les Chinois qui regrettent la période d'insécurité de la révolution culturelle. La modeste avancée du niveau de vie a été contrebalancée par la précarité de l'emploi et, surtout, ces dernières années, par l'inflation galopante. Aussi, l'introduction des réformes dans l'entreprise s'est soldée, même partiellement, par le contrôle des horaires et l'augmentation des normes de production;
— enfin, l'introduction d'éléments de marché "libre", en dehors même des zones économiques spéciales, a entraîné un développement impétueux de la cor-
CHINE ruption et du marché noir, même dans le domaine industriel.
Par ailleurs, sur le terrain des libertés politiques, au-delà des grandes déclarations sur la séparation du Parti et de l'Etat, la mainmise de la bureaucratie sur la vie politique et économique s'est lourdement maintenue, entraînant notamment un mécontentement grandissant parmi les intellectuels et la jeunesse étudiante.
Toutes les contradictions économiques et sociales ont commencé à se crisper en 1988, lorsque, face au dérèglement économique, la direction du Parti communiste, conseillée en cela par le Fonds monétaire international (FMI), a lancé un plan d'austérité de grande envergure, dans le cadre de "la politique de rectification".
Inflation et austérité
La libéralisation à la campagne et la corruption ont alors commencé à conjuguer leurs effets, notamment par une augmentation vertigineuse du prix des engrais et de la production céréalière. L'Etat ne pouvait plus payer comptant les paysans sans répercuter la hausse des prix dans les villes. En quelques semaines, durant l'été 1988, les prix des produits de première nécessité dans les villes ont augmenté de plus de 50 % entraînant des phénomènes de panique. Le plan d'austérité, lancé à l'automne de la même année, visait à juguler cette inflation en mettant un frein à la libération des prix agricoles et en faisant porter le poids des restrictions aux populations urbaines. Parallèlement, le mécontentement populaire montait comme l'a témoigné une enquête réalisée dans une vingtaine de villes chinoises. Dans cette étude, il apparaissait nettement que la hausse des prix, la montée des inégalités, les incertitudes face à l'avenir constituaient les premières préoccupations des salariés (1). Les auteurs de cette enquête dénonçaient les abus de pouvoir des cadres du Parti, la corruption et l'enrichissement éhontés de certains.
De même, le sous-emploi rural commençait à gonfler sérieusement la population urbaine de travailleurs "clandestins" : on en comptait de 1 à 2 millions dans chacune des trois principales villes du pays (Shangai, Pékin, Canton).
Le mécontentement se généralisait parmi les populations urbaines, mis à part les quelques nouveaux riches et, comme à d'autres occasions, les intellectuels furent le ferment de la révolte. Ceci ne doit cependant pas faire oublier, et il faudra y revenir, que la crise des campagnes, profonde et durable, prenait inévitablement, sous d'autres formes, une importance considérable dans un pays à 80 % rural.
La tradition chinoise a toujours fait des intellectuels les valets méprisés du pouvoir. La révolution chinoise, venue des campagnes, laissa cette situation en état, l'aggravant même lorsque la révolution culturelle prit comme cible les intellectuels.
Les intellectuels face au pouvoir
La politique de Deng, la modernisation, était pourtant censée s'appuyer sur les élites, notamment les chercheurs et les universitaires à qui on a demandé de devenir les ambassadeurs de la Chine auprès des pays capitalistes.
Durant ces dix années, les intellectuels furent non seulement laissés à l'écart du pouvoir, mais, surtout, leurs conditions de vie élémentaires et leurs salaires restèrent en dessous de ceux des autres couches sociales. Le professeur vendant des casse-croûte à ses élèves pour joindre les deux bouts n'est pas une image d'Epinal.
Evidemment, ce sentiment d'injustiu fut accentué pour tous ceux, chercheurs et étudiants, qui furent amenés à comparer la place faite aux scientifiques de haut niveau dans les pays capitalistes.
Le rôle d'impulsion réel joué par ces
7X 8·13 cercles intellectuels dans le lancement et la stimulation du mouvement est plus que prouvé (2).
Ce réseau, souvent lié au courant dit réformateur (Hu Yaobang, Zhao Ziyang) traduisait d'ailleurs la filiation revendiquée par le mouvement de 1989 avec le Printemps de Pékin de 1979, mouvement plus limité que celui de 1989 mais qui vit l'éclosion de nombreuses revues de critique radicale de la bureaucratie, en conjonction avec le mouvement des "plaila révolution culturelle qui réclamaient justice à Deng Xiaoping. A l'époque, Deng réprima radicalement ce mouvement et sa principale figure, Wei Jingsheng, est toujours emprisonné (3). Mais cette impulsion et le rôle joué par ces cercles d'universitaires ne doit pas faire oublier les caractéristiques essentielles du mouvement de 1989.
S'il n'a pas eu la richesse politique de celui de 1979, le mouvement a été marqué par une ampleur remarquable et s'est étendu à l'ensemble de la population urbaine ; il a surtout vu l'éclosion d'organisations indépendantes du pouvoir. Des dizaines d'associations étudiantes, dont l'Union autonome des Etudiants de Pékin ont fleuri en quelques semaines
Les mouvements précédents, auxquels on peut comparer celui de 1989, semblaient se déterminer en fonction des luttes de fraction au sein du Parti. La caractéristique essentielle de celui de 1989 est que la revendication principale du droit à pouvoir s'organiser librement s'est rapidement dégagée ; la population voulait former ses propres associations et nombre de discours et de tracts expliquait que la seule garantie face à la corruption et pour les droits démocratiques était la vigilance organisée.
Pratiquement aucun courant réel prônant la création d'un nouveau parti ne s'est dégagé, à la fois pour ne pas heurter frontalement le pouvoir et aussi par absence de mûrissement suffisant du mouvement. La tendance dominante voulait mettre le Parti "sous surveillance", sachant qu'aucune fraction, même le courant de Zhao Ziyang, n'était réellement favorable à ses revendications.
Pour saisir les limites et la portée du mouvement de mai-juin 1989, il faut le resituer dans le contexte des luttes politiques à l'œuvre dans la société chinoise.
Depuis 1948, le Parti communiste chinois monopolise la vie politique de la Chine. Mais, à la différence du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) ou de ses pseudopodes d'Europe de l'Est, le PCC a toujours connu une intense lutte de fractions publique, de nombreux tournants et des tourmentes, dont évidemment celle de la révolution culturelle. L'appareil et la direction du Parti représentent donc la somme et le cumul de l'ensemble de ces politiques. En effet, à chaque tournant, seule une petite partie des protagonistes de la politique antérieure furent mis à l'écart. Ainsi, après la mort de Mao et l'élimination de la "bande des quatre" (4),
1) Zhu Qingfang "L'état d'esprit des travailleurs urbains en 1988", Liaowang, Pékin, n° 2- publié en français dans PPS n° 612.
2) Voir notamment l'enquête de Romain Franklin dans Libérationdu 25 avril 1990.
3) En 1978, les intellectuels chassés des universités et renvoyés aux champs qui protestaient sont devenus les porte-parole de tous les gens frappés par la révolution culturelle. Les manifestations étudiantes eurent lieu en octobre 1979.
4) Ce groupe de dirigeants du PCC (dont la veuve de Mao) avait soutenu Mao lors du lancement de la révolution culturelle contre les autres fractions du Parti. Au pouvoir après le chute de Lin Biao, ils poursuivent la politique de la révolution culturelle avant d'être mis en cause à la suite des émeutes de 1976. Arrêtés en septembre 1976, ils ont été jugés et condamnés en 1980-81.
la plupart des cadres provinciaux maoïstes restèrent en place... Il y a une cohésion d'appareil très grande à l'intérieur d'une bureaucratie qui, à la différence de la bureaucratie stalinienne, s'est forgée directement à partir de la direction révolutionnaire. Il faut d'ailleurs noter que cette lutte intense de fractions ne s'est traduite jusqu'à présent que par très peu d'éliminations physiques dans la haute sphère dirigeante (à part celles de Lin Biao en 1971 et de la "bande des quatre").
Le mouvement de 1989 s'en prenait à l'ensemble de la bureaucratie et de la direction du Parti communiste, jugée globalement responsable de la corruption, des inégalités et de l'absence de libertés démocratiques ; ceci prouve le discrédit croissant de la bureaucratie dans son ensemble. Le mouvement démocratique de 1978 manifestait, lui, à tort sa confiance en Deng Xiaoping pour établir une réelle démocratie socialiste et rendre justice aux victimes de la bureaucratie.
Cette différence constitue une rupture fondamentale dans la conscience de masse : plus aucun dirigeant du Parti ne semble capable de restaurer une confiance dans le PCC. C'est dans ce même mouvement qu'est apparue avec force l'exigence et la mise sur pied d'organisations autonomes, symbole de cette absence de confiance dans une aile quelconque de la bureaucratie.
En même temps, et ce n'est pas contradictoire, les étudiants, au moins ceux de Pékin, avaient le sentiment d'être soutenus par une aile du Parti. En 1986, Hu Yaobang avait été limogé de la présidence du Parti pour avoir refusé d'envoyer l'armée contre le mouvement étudiant qui manifestait surtout pour protester contre ses mauvaises conditions de vie dans les universités ; depuis, il était devenu une sorte de martyr pour les jeunes. En 1989, de même, les dirigeants étudiants ont joué consciemment la pression sur l'aile dite libérale de la direction autour du Premier secrétaire Zhao Ziyang, pour voir aboutir des revendications qui, pendant plusieurs semaines, se sont limitées à la simple reprise de slogans officiels (contre la corruption, pour l'indépendance de l'Assemblée nationale populaire — ANP — et du gouvernement vis-à-vis du PCC).
Cette politique, qui essayait de jouer une aile du PCC contre une autre et exigeait la concrétisation des promesses officielles, explique l'énorme sentiment de légitimité qu'a eu le mouvement essentiellement conforté d'ailleurs par l'adhésion de toute la société urbaine — son audace insolente face au pouvoir - illustrée par le refus d'évacuer Tiananmen malgré la proclamation de la loi martiale - et l'exigence de négociations d'égal à égal avec le pouvoir. Le mouvement a aussi été marqué par un légalisme forcené qui, jusqu'au bout, refusera d'enépreuve de force directe. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre le rôle joué par plusieurs intellectuels proches de Zhao Ziyang, sinon dans la direction, du moins, dans la liaison permanente entre les dirigeants du mouvement et des hauts cadres du Parti. C'est dans ce contexte aussi qu'il faut comprendre la revendication d'unions autonomes (d'organisations indépendantes), qui fut une traînée de poudre dans les principales villes du pays, comme l'expression d'une profonde maturation politique. Là, l'expérience des mouvements antérieurs (1978, 1986) a porté ses fruits.
L'éveil de la elasse ouvrière
Il est, par contre, frappant de constater qu'en ce qui concerne une vision plus globale de la société et des revendications économiques et politiques, les étudiants ont été bien en deçà du mouvement de 1978 et ont répercuté en fait les thèses développées par Deng et Zhao eux-mêmes sur l'ouverture à l'Occident et la libéralisation. Mais ces exigences sont restées quasiment au second plan ; les questions les plus souvent mises en celles des droits démocratiques et de la corruption. Cette orientation générale apparaît plus visible aujourd'hui dans les déclarations faites par des porte-parole de la Fédération pour la démocratie en Chine, issue du mouvement en exil.
L'autre élément majeur de ce mouvement a été l'entrée en scène des ouvriers des villes. Déjà l'année 1988 avait vu la multiplication des grèves. Là, l'aiguillon du mouvement étudiant a eu comme répercussion l'apparition discrète de cor-
CHINE tèges ouvriers le 27 avril 1989 et massive lors de la grande manifestation du 17 mai 1989. C'est de ce jour que date la mise sur pied à Pékin de l'Union autonome des ouvriers qui — malgré sa courte existence et ses quelques centaines de membres — a rencontré un grand écho dans toutes les usines de Pékin, inspirant la création d'unions identiques dans toutes les villes du pays. Il est incontestable que, même dans leur caractère limité et élémentaire, les déclarations publiées par l'Union autonome des ouvriers de Pékin manifestent clairement l'exigence de voir les ouvriers assumer réellement le pouvoir : « La République populaire de Chine est sous la direction de la classe ouvrière, nous avons le droit de chasser tous les tyrans. » Face au caractère politique plus confus des déclarations étudiantes, celles des ouvriers pouvaient donner une dynamique puissante à un mouvement auquel participaient ouvriers et chômeurs des grandes villes. Quoiqu'il en soit, le pouvoir, toutes fractions confondues, ne pouvait accepter le développement d'un mouvement qui contestait directement la bureaucratie et dans lequel les ouvriers commencaient à s'organiser.
Le massacre de Tiananmen
Le massacre du 4 juin fut l'aboutissement de la crise au sein de la direction et évidemment un aveu de faiblesse, alors que la population de Pékin défiait la loi martiale.
Ce n'était pas un coup d'Etat militaire, mais une décision bel et bien assumée par la direction du Parti dans son ensemble, même si le Premier secrétaire en fit les frais ; elle ne traduisait donc ni un tournant radical de la politique du Parti, ni une liquidation massive de son aile libérale. Preuve en est que l'Assemblé nationale, majoritairement favorable à Zhao Ziyang, a assumé complètement le bilan de la répression. En contre-partie, ce dernier, même écarté de son poste, n'a pas été désigné comme responsable du mouvement et nombre de ses collaborateurs
Le mouvement de mai-juin avait trouvé un écho favorable chez de nombreux militants et cadres locaux du Parti, beaucoup d'entre eux participant aux manifestations. Le mouvement et la répression ont mis en lumière un affaiblissement du rôle de l'armée dans les sphères dirigeantes de la bureaucratie dont témoigne d'ailleurs le plus grand rôle pris par Yang Shankun — qui avait fait partie du groupe des "28 bolchéviques" qui, dans les an-
CHINE nées 20, étaient des partisans de Staline et s'étaient opposés à Mao , actuel président de la République et plusieurs de ses proches.
La situation chinoise connaît une différence essentielle par rapport à celle des autres pays d'Europe de l'Est. Le pays a vécu dix ans de réformes économiques et le mouvement de mai 1989 était à la fois porteur d'exigences démocratiques comparables à celles apparues en Europe de l'Est et de revendications sociales dûes directement aux effets négatifs de la réforme engagée. Ce double phénomène se traduira inévitablement dans les prochains mouvements.
Les dirigeants chinois ont engagé depuis deux ans une "politique de rectification", de "réforme dans la réforme", vise justement à prévenir et limiter les plus graves conséquences économiques, en particulier la crise urbaine. Mais la plupart des problèmes actuels découlent directement de cette réforme, notamment le déséquilibre entre l'intérieur du pays et les zones côtières, le développement de la corruption, du népotisme et des privilèges.
Quel avenir ?
Or, le fond de cette politique d'introduction du marché et d'appels aux règles et aux investissements capitalistes n'est nullement remise en question par la bureaucratie. Les pays capitalistes, de leur côté, ont surtout utilisé la situation pour obtenir de plus grandes facilités et des placements plus intéressants. Le boycott ou la rupture des relations économiques n'ont été que des leurres idéologiques. Ainsi, le président Bush a envoyé discrètement un de ses conseillers dès le mois de juillet 1989 et s'est opposé à toute prise de position « excessive » du Congrès des Etats-Unis contre le gouvernement chinois.
Dans les campagnes, plusieurs facteurs de crise se cumulent : aggravation du chômage chez les paysans, accentué depuis un an par la fermeture d'un grand nombre d'industries rurales ; impossibilité pour le gouvernement de payer les récoltes aux prix demandés par les paysans et réduction de tous les investissements agricoles traduisant l'inquiétude généralides lariés fond la poursuite d'une politique qui entraîne uns. Le pouvoir lui-même programme la mise au chômage de 20 à 30 millions d'ouvriers urbains dans les prochaines années, qui s'ajouteront aux 30 millions de
• qui chômeurs reconnus actuellement. Les réformes sociales accentuent le démantèlement du système de protection sociale.
des mesures
Ainsi, le financement par l'Etat des services médicaux n'a cessé de diminuer ; de même, le prix des loyers, jusque là modisociale dans l'accès au logement.
n'est guère favorable à la bureaucratie chinoise. Les mouvements à l'Est ne vont que renforcer le volonté des intellectuels d'en finir avec l'absence de droits démocratiques. De plus, ce contexte diminue l'intérêt politique majeur qu'avaient, dans
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Ainsi, la couche de la paysannerie qui avait profité de la réforme va elle-même créer un déséquilibre qui accentuera la pénurie et la cherté produits alimentaires dans les villes. De même, le maintien de l'austérité contre les sadans les villes ne pourra qu'entretenir le mécontentement prodes couches urbaines et augmenter le nombre des sans-emploi.
Quant à la corruption et à l'augmentation des inégalités, elle est le produit à la fois du pouvoir de la bureaucratie et de artificiel de quelques accentuant une discrimination
D'autre part, le contexte international justices.
Articles parus sur la Chine dans Inprecor
Le développement de l'entreprise privée les quinze dernières années, les pays capitalistes vis-à-vis de la Chine face au glacis soviétique. Au niveau économique, la pénétration économique de certains pays de l'Est peut sembler plus facile. On peut donc penser qu'une nouvelle crise se produira à brève échéance, d'autant plus que la mort prochaine de Deng remettra sans doute en cause le fragile équilibre élaboré en juin 1989 au sommet du pouvoir.
Seuls quelques réseaux clandestins d'opposition et de résistance ont sans doute pu se maintenir depuis l'année dernière. Le gouvernement a affirmé, en novembre 1989, avoir démantelé une nouvelle Union autonome d'étudiants de Pékin. La féroce répression qui a frappé les ouvriers limite aussi sûrement le maintien de noyaux urbains. Quant à la Fédération pour la démocratie en Chine, constituée dans l'exil, elle rassemble surtout dans sa direction d'anciens proches de Zhao Ziyang comme Yang Jiagi, ancien directeur de l'Institut de Sciences politiques, ou Xan Rennan, ancien directeur d'une grande entreprise privée, qui était à la pointe de la réforme économique. Ceux-ci se font désormais les porte-parole d'une restauration du capitalisme, et condamnent la révolution chinoise de 1949. C'est pourtant bien contre les conséquences de cette réforme économique "pro-capitaliste" que le mouvement de 1989 s'est soulevé !
Pour autant, une perspective réellement socialiste et révolutionnaire aura son chemin à faire dans un pays où, au nom du socialisme et de la planification, les bureaucrates du PCC ont accumulé lors des premières réformes — faites sous les auspices du Grand bond en avant ou de la révolution culturelle — misère et in-
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