Et cela ne vaut pas seulement pour les pays coloniaux ou semi-coloniaux.
Femmes Jacqueline HEINEN
Malgré les mobilisations massives impulsées durant la dernière période par un front uni de femmes se battant pour obtenir le droit à l'avortement, le gouvernement de Nouvelle-Zélande a adopté début avril un texte de loi se conformant au rapport de la Commission royale chargée d'étudier le « problème» de l'avortement. Mis à part les lois fascistes, cette loi s'avère être l'une des plus répressives et des plus inhumaines au monde. Même une femme violée n'a pas le droit d'avorter. Seuls les cas d'inceste et de déficience mentale sont retenus comme des raisons « valables » pour justifier un avortement. Le Centre d'Aide médicale d'Auckland qui prenait en charge près de 83% des avortements effectués en Nouvelle-Zélande devra vraisemblablement fermer ses portes faute de patientes. Seules quinze femmes ont obtenu le droit d'avorter depuis que la loi a été passée... On imagine le désespoir de toutes les autres.
Certes, il s'agit d'un cas extrême et d'un retour en arrière particulièrement brutal par rapport à une situation de fait qui permettait à bon nombre de femmes d'avorter dans des conditions relativement acceptables. Mais on aurait tort d'interpréter ce fait comme une « bavure» dans la politique de la classe dominante d'un pays donné.
Dans la plupart des pays du gonde, les femmes n'ont -toujours pas le droit d'avorter. Elles n'ont toujours pas le droit de décider librement si oui ou non elles veulent des enfants. Et cela ne vaut pas seulement pour les pays coloniaux ou semi-coloniaux. Ni pour un pays
Femmes est necessaire
Dans la plupart des pays du monde, les femmes n'ont pas le droit de décider librement si oui, ou non, elles veulent des enfants. comme l'Espagne où la « démocratisation » de la vie politique n'est pas encore venue à bout de quarante ans de franquisme et de la toute-puissance de l'Eglise catholique en ce qui concerne le statut social des femmes. Il semblerait que près de 80% des femmes qui sont actuellement en prison dans ce pays y soient pour des soi-disant «crimes féminins», dont l'avortement en première instance.
En Hollande, en Belgique, Suisse, en Allemagne, pour ne citer que quelques exemples des pays capitalistes où les femmes se battent depuis des années pour obtenir ce droit, l'avortement reste punissable, en dehors de situations tout à fait exceptionnelles. L'application de la loi s'avère variable selon les pays et les régions, mais une chose est certaine : la classe dominante utilise tous les moyens en son pouvoir pour reculer le moment où elle devra reconnaître les femmes comme des individus à part entière, libres de contrôler leur corps et de décider du cours de leur vie. quand elle finit par céder, acculée par un mouvement de masse exigeant la libéralisation de la loi, elle s'arrange en général pour le faire aux moindres coûts, comme on l'a vụ en France avec la loi Veil qui, de toutes les restrictions qu'elle impose, ne prévoit pas le remboursement de l'avortement par la Sécurité sociale.
Mais ce qui apparaît le plus clairement aujourd'hui, en cette période de crise économique et sociale, c'est que même dans les pays où la loi a été libéralisée, les gouvernements en place sont les premiers à soutenir l'aile la plus réactionnaire
Avortement, contraception, drolts des femmes :
Une nouvelle bataille
de la bourgeoisie qui ne cesse de réclamer l'abolition des maigres droits acquis. Que ce soit de manière indirecte en effectuant des coupes sombres dans les budgets sociaux (ce qui, comme par hasard, a toujours pour effet de restreindre d'abord les crédits affectés aux avortements dans les services hospitaliers). Ou que ce soit de manière ouverte, en introduisant des clauses restrictives à la loi à la faveur de débats parle mentaires et souvent sous prétexte de mieux «protéger les femmes contre les abus».
On connaît la situation en Grande-Bretagne où, depuis trois ans, les amendements se succèdent et se ressemblent - qu'ils soient le fait de membres du Parti travailliste ou du Parti conservateur - tous aussi réactionnaires et ne prétendant qu'à une chose : empêcher la femme de faire usage d'un droit pourtant déjà bien limité, et remettre la décision entre les mains du médecin, du mari, de l'administration, des juges..., de tout le monde en un mot, sauf des principales intéressées.
On vient de voir les appels du Pape pour tenter de prévenir toute concrétisation de la loi qui a été votée récemment en Italie, une loi restrictive qui soumet l'avortement au consentement de l'époux et le rend quasi inaccessible aux mineures. Une loi qui, si l'on en croit les derniers sondages, a peu de chances de se voir appliquée, dans ce pays où la majorité des hôpitaux se trouvent encore sous le contrôle de l'Eglise (nombre d'entre eux sont propriété des ordres religieux). Les exhortations du Pape aux médecins et au personnel médical, le
jour même de l'entrée en vigueur de la loi, pour qu'en bons chrétiens ils usent de la clause de conscience et du droit que leur reconnaît la loi de refuser d'effectuer des avortements, semble en effet avoir rencontré un écho très large. Le premier recensement effectué dans la capitale montre que 90% à 95% du personnel des hôpitaux - les religieuses forment une grande part des infirmières - refuse de pratiquer les avortements légaux.
La tentative de diviser les femmes entre elles, majeures et mineures, autochtones et immigrées, blanches et noires, riches et pauvres, est une solution qui semble faire recette.
Témoin la façon dont la bourgeoisie américaine a soutenu l'amendement Hyde qui entraîna la suppression des crédits fédéraux destinés à venir en aide aux femmes les plus pauvres devant avorter dans des établissements aux coûts extrê mement élevés (près de 40% des femmes noires se trouvent dans ce cas). Une mesure qui a eu des effets décuplés puisqu'une série d'Etats se sont empressés de suivre cet exemple en coupant à leur tour les crédits des gouvernements régionaux. Une mesure qui s'est accompagnée, dans plus d'un Etat, de tentatives des Cours régionales de réintroduire dans la loi une clause exigeant le consentement de l'époux ou des parents dans le cas des mineures). Sans parler de la proposition d'un amendement qui permet aux patrons de refuser de payer son salaire à une femme qui prend un congé pour avortement, ni des exigences absolument démesurées concernant l'équipement des cliniques qui effectuent des avortements, dans le but de prévenir l'ouverture du plus grand nombre d'entre elles et de rendre leur fonctionnement impossible en raison de charges financières insupportables.
Une mesure donc, qui a ouvert toutes grandes les portes à la réaction. Durant la demière période, cela s'est traduit par la violence ouverte avec laquelle les forces d'extrême-droite sont intervenues contre toutes celles et tous ceux qui prétendent appliquer la loi. Les attaques physiques contre les cliniques faisant des avortements ne comptent plus. La mise à feu de celle de Cleveland en Ohio n'est hélas qu'un exemple de la longue série de forfaits perpétrés par des groupes qui ne font d'ailleurs pas mystère de leurs idées racistes. Ceux-là même qui, à Porto-Rico ou ailleurs, soutiennent la politique de contrôle des natalités imposée par l'impérialisme aux minorités ethniques ou aux populations colonisées. Près de la moité de la population féminine de cette île et près d'un tiers des femmes indiennes aux USA ont en effet été soumises à la stérilisation forcée. On parle d'un plan de l'AID (lié à la CIA qui prévoit la stérilisation forcée de rien moins que cent millions de femmes, à savoir près du quart de la population féminine du globe...).
Point n'est besoin de préciser que ces mesures visent avant tout les femmes des pays du tiers-monde. Mais il faut souligner qu'en Europe aussi, la stérilisation forcée est souvent imposée aux femmes immigrées qui viennent à l'hôpital après une fausse-couche qu'elles ont provoquée elles-mêmes, faute d'avoir le droit d'avorter légalement. On en a de nombreux exemples en France notamment.
Une campagne pour la liberté de l'avortement et la contraception, et contre la stérilisation forcée est donc une tâche d'urgence. C'est ce dont ont discuté les femmes qui, à l'appel du NAC (Campagne nationale pour l'avortement en GrandeBretagne) se sont réunies à Londres les 10 et 11 juin derniers. UNE CAMPAGNE INTERNATIONALE POUR LE DROIT A L'AVORTEMENT
Pour insuffisamment représentative qu'elle ait été, cette première coordination internationale sur l'avortement a néanmoins permis aux déléguées et aux observatrices présentes de jeter les bases d'une campagne qui se veut massive et ouverte à toutes les forces du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier susceptibles d'appuyer une telle initiative.
Il y avait là des représentantes du NAC, des coordinations nationales sur l'avortement de Hollande et de Belgique, du CISAI (campagne d'information sur l'avortement) de Bologne en Italie, des centres de femmes pour l'avortement et la contraception de Barcelone et Madrid en Espagne, de groupes du Mouvement des femmes en Suisse, de groupes parisiens qui cherchent à impulser une campagne pour l'application de la loi Veil, du Labour Party et de la IVe Internationale.
Une date a été retenue pour une journée d'action internationale en avril prochain, étant entendu qu'il faudrait tenir des coordinations régulières d'ici là. (Les déléguées du NAC ont en principe accepté d'être responsables du travail central de coordination.). Dès l'abord, la volonté s'est exprimée de ne pas limiter une telle campagne au cadre européen, mais de tout faire pour qu'elle prenne une dimension véritablement internationale. D'où l'importance de répondre aux problèmes spécifiques auxquels sont confrontées les femmes des pays coloniaux et de ne pas centrer toute la sur les exigences des femmes des seuls pays capitalistes.
C'est dans ce sens que le slogan central est le suivant : AVORTEMENT CONTRACEPTION DROITS DES FEMMES NON A LA STERILISATION FORCEE
D'autres revendications, ves à l'application de la loi, aux modalités financières, aux centres à mettre en place, à l'éducation sexuelle et au problème des moyens contraceptifs, etc., pourront être discutés dans chaque pays en fonction des situations spécifiques et faire l'objet d'affiches tenant mieux compte des particularités. Mais il a été proposé maintenant qu'une affiche interationale, traduite dans les diverses langues, structure l'ensemble de la campagne et qu'un projet soit adopté dans ce sens dès la prochaine coordination qui se tiendra à Bruxelles les 23 et 24 septembre prochains.
On y discutera entre autres d'un projet d'appel, des moyens d'agitation permettant de trouver les fonds nécessaires à une telle cam-
pagne et des méthodes de propagande à employer pour donner à cette demière l'écho le plus large.
Le Bulletin Donna édité par le groupe du CISAI de Bologne s'est offert pour faire office de bulletin de liaison dans cette campagne, et les contributions écrites qui ont été demandées pour la réunion de septtembre serviront de base pour des articles à publier dans la presse féministe des divers pays où, éventuellement, pour un bulletin d'information au niveau national. blant le plus grand nombre de groupes féministes et d'organisations politiques ou syndicales prêtes à
Iran s'engager dans une bataille active pour ce droit imprescriptible des• femmes : celui de contrôler leur corps et de décider de leur propre destinée.
(Toute correspondance est adresser au NAC, 30, Camden Road, London NW1, et les articles de contribution à Donna-CISAI, via Massarenti, 190, Bologne, Italie).