Inprecor 1974–2004

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RFA

La direction syndicale désavouée au congrès du DGB

· Inprecor n° 31, 22 juin 1978 · p. 16-18 · 2 590 mots

Syndicalisme Allemagne Stalinisme

de toute sa mise en scène, de tous ses mécanismes de contrôle bureaucratiques,

RFA

La direction syndicale

désavouée

au congrés du DGB

Winfried WOLF

Si l'on juge le XIe congrès ordinaire du DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund : Confédération des syndicats allemands), qui s'est tenu fin mai 1978 à Hambourg, d'après les conséquences qu'il aura pour la lutte de classes, alors on peut immédiatement passer à l'ordre du jour. Le congrès restera en grande partie sans conséquences aucunes, en ce qui concerne les escarmouches quotidiennes entre le travail salarié et le capital, en ce qui concerne les luttes autour des conventions collectives sur les salaires réels ou les conditions de travail et en ce qui concere l'engagement politique des syndicats.

La composition même des délégués au congrès - dans leur immense majorité des fonctionnaires permanents des syndicats - garantit une mise en scène devenue classique en RFA. Sous l'enseigne du slogan « les syndicats - remparts de la démocratie au sein de la société», il y eut un défilé de personnalités à la tribune du congrès syndical, allant du président de la République au Chancelier fédéral, des présidents des partis. aux ministres du gouvernement Schmidt.

Finalement, un processus qui filtre soigneusement toutes les motions soumises à la discussion pour , ne pas dire au vote et qui fonctionne avant le congrès et pendant le congrès, doit assurer que tout se passe comme désiré par la bureaucratie syndicale.

Si l'on juge le déroulement du congrès en fonction et de ce qu'on croyait qu'il allait être, notamment à la lumière des congrès précédents, alors on peut conclure qu'il a apporté quelques surprises.

Mais si l'on juge le déroulement du congrès justement en fonction de toute cette mise en scène, de tous ces mécanismes de contrôle bureaucratique et de ce qu'on croyait qu'il fallait être, notamment à la lumière des congrès précédents, alors on peut conclure qu'il a apporté quelques surprises. Celles-ci expriment le fait que même au sein de la bureaucratie (car ce fut un congrès de bureaucrates à 85 ou 90%), les changements de conscience qui sont en train de se produire au sein de la base des militants syndicaux finissent par avoir des

Ces modifications peuvent se résumer en deux points : une combativité plus grande par rapport aux attaques patronales; une prise de distance plus accentuée à l'égard du gouvernement de coalition SPDFDP (Parti social-démocrate, Parti libéral-démocratique). A cela s'ajoutent des fissures plus profondes au sein de la bureaucratie syndicale elle-même, qui avait pourtant réussi à maintenir une attitude monolithique lors du Xe congrès du DGB. LES SYNDICATS PRENNENT LEURS DISTANCES PAR RAPPORT AU CABINET HELMUT SCHMIDT

Le changement de climat par rapport au gouvernement fut l'aspect le plus net du congrès. Le vieux copinage n'existe plus. Helmut Schmidt lui-même fut suffisamment réaliste pour comprendre qu'on ne pouvait plus rétablir cette atmosphère à l'aide de quelques formules.

Avant le congrès, il avait mis les syndicalistes en garde - de manière fort tiède d'ailleurs - contre le « danger d'un auto-isolement des syndicats». Il avait même publiquement exprimé l'espoir que le congrès reviendrait sur le « non » conditionnel prononcé par la direction syndicale à l'égard de «l'action concertée» avec le patronat, ou du moins qu'il ne l'aggrave pas. Mais au cours du congrès lui-même, il se contenta du rôle d'« intermédiaire honnête» et de «politicien réaliste et sobre». Son discours déplut aux congressistes.

Il n'appuya pas la revendication syndicale d'une interdiction des lock-out patronaux, revendication mise en avant après l'expérience des grèves du printemps 1978 et qui est appuyée par la direction du SPD. Il se mit à « espérer» que les patrons n'utiliseraient pas de manière « démesurée » l'arme du lock-out.

Il demanda que les syndicats conservent un «sens de la mesure» dans leurs revendications salariales, tout en ajoutant de manière démagogique que le même «sens de la mesure » devrait s'appliquer aussi à l'augmentation de l'indemnité parlementaire (celle-ci fut accrue de plus de 50%, alors que le patronat et le gouvernement considèrent des augmentations des salaires de 5% comme « excessives»).

Il estima qu'il ne faut pas « exagérer » le lien entre les mesures de rationalisation prises dans les entreprises et le chômage. Il mit les congressistes en garde contre un «retour au luddisme» (mouvement de destruction des machines à l'aube du mouvement ouvrier) et condamna l'emploi dans la presse syndicale de manchettes sensationnelles du type «un bouffeur d'emplois s'est mis en route » .

Il réitéra bien son « crédo » concernant « la lutte prioritaire contre le chômage », mais il réclama en même temps « davantage de mobilité et de flexibilité», ce qui provoqua une interruption de la salle : «Société de caravanes». Le ministre du Travail Ehrenberg répéta la vieille démagogie concernant « les salaires allemands les plus élevés du monde » et affirma que «notre taux de chômage est parmi les plus bas de tous les pays».

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Le même Ehrenberg n'hésita pas à se lancer dans une attaque calomniatrice scandaleuse contre les chômeuses, de plus en plus en vogue dans les pays impérialistes : «On ne les voit plus seulement dans les iles frisonnes et d'autres stations balnéaires. On les voit aussi ailleurs. Des épouses de cafetiers et de commercants, déclarées comme employées par leurs maris, se font inscrire comme chômeuses en fin de saison et touchent l'allocation de chômage ».

Helmut Schmidt ne put déclencher des applaudissements que lorsqu'il eut recours aux trucs oratoires classiques pour une assemblée de bureaucrates syndicaux : lorsqu'il en appela aux « jeunes» pour qu'ils montrent du respect envers « l'effort de construction de l'organisation » accompli par la génération des syndicalistes plus anciens, et lorsqu'il mit en garde contre toute illusion en des «solutions magiques».

Mais son effort pour se présenter comme un «humaniste», inquiet de ce que les « hommes et les femmes ne sont plus capables de tenir de véritables conversations les uns avec les autres», et son plaidoyer en faveur d'« une soirée par semaine sans télévision», coulèrent à pie.

Cette réaction négative des congressistes à l'égard du cabinet Helmut Schmidt embarrassa la direction du DGB. Son chef, Vetter, s'efforça de garder une amicale envers le chancelier. Mais il ne put s'empêcher de traiter le sujet des rationalisations et du chômage de manière explicitement opposée à celle de Helmut Schmidt. Il souligna ce que pendant des années, les directions syndicales avaient pourtant nié : que les nouvelles technologies suppriment massivement des postes de travail et que ces suppressions ne sont pas compensées par la création de nouveaux emplois dans les branches produisant les installations des technologies nouvelles, car ces branches appartiennent elles-mêmes aux branches les plus automatisées. Et il conclut qu'il n'y avait pas d'autre solution que des réductions du temps de travail sous les formes les plus diverses « jusques et y compris la semaine des 35 heu-

En ce qui concerne les lock-out, Vetter s'efforça de distinguer entre Schmidt, en tant que chef de gouvernement, et la direction du SPD (dont Schmidt est le vice-président). Il remercia la direction de ce parti pour son appui au DGB. Mais le président du SPD, Willy Brandt, jeta de l'eau froide sur cet enthousiasme. Il expliqua aux congressistes que son parti ne s'était pas prononcé pour une interdiction des lockout mais avait seulement contesté «le droit moral» des patrons de l'utiliser. Comme s'il pouvait y avoir des « vainqueurs moraux» dans la lutte de classe... DES MOTIONS IMPREVUES ADOPTEES PAR LES CONGRESSISTES

Il y eut au moins trois questions soumises au congrès où la « préparation sans failles» de la bureaucratie s'avéra hâtive.

Le cas le plus dramatique fut celui des nationalisations. Pendant 18 heures, le DGB s'était trouvé lié par un vote de son instance suprême, le congrès, en faveur de la « nationalisation des industries de base, des banques et des compagnies d'assurances». Cela provoqua des réactions indignées dans la presse bourgeoise, qui amenèrent le congrès à réviser ses positions.

Tout avait commencé avec une proposition de résolution de la commission confédérale des jeunesrésistance des dirigeants nationaux et leur appel à voter contre le projet de résolution. Ce vote indiqua que même dans la bureaucratie syndicale, ou du moins dans cette aile de la bureaucratie sensible aux fluctuations de l'opinion de la base, de telles revendications deviennent de plus en plus populaires; et c'est là une conséquence de la dépression de l'économie capitaliste.

A prés les réactions violentes de la presse et de la TV, le lendemain, la séance fut levée, des sessions privées de conditionnement des délégués furent tenues, puis le congrès fut réouvert et, « à une majorité écrasante ». une motion fut votée, annulant le vote précédant. L'argument utilisé à cette fin est particulièrement significatif et perfide : la motion en faveur de la nationalisation « dépasserait le programme du DGB» et ne pourrait être soumise au vote qu'au prochain congrès, en 1980.

Or, il se fait que le congrès du DGB réclame explicitement «transformation des industries-clé et des autres entreprises occupant une position dominante sur le marché, en propriété collective». Les banques et compagnies d'assurances occupent sans aucun doute pareille «position dominante». C'est justement la direction du DGB qui cherche à réviser ce point du programme, ou du moins cherche à le reformuler de manière plus floue et plus prudente.

Elle avait d'ailleurs l'intention de le faire à ce congrès de Hambourg, - mais s'en était prudemment gardée vu le changement de climat au sein des syndicats. Elle avait donc remis cette opération à 1980, - et s'était vue confrontée avec une initiative de la jeunesse syndicale tendant à confirmer le programme en vigueur, initiative à laquelle elle reprocha de vouloir... dépasser ce* programme! Belle hypocrisie.

Mais si la direction a pu rattraper la balle dans l'affaire - de toute façon largement platonique - des nationalisations, il n'en alla pas de même dans deux autres votes. SUR LA SEMAINE DE 35 HEURES

Le plus important est celui d'une motion, émanant également de la commission confédérale des jeunesses syndicales, en faveur de la semaine des 35 heures. Cette motion fut votée contre l'avis de la direction confédérale, et contre l'avis de la commission des résolutions. Ce vote confirme celui du congrès des métallurgistes de Düsseldorf, où un incident analogue s'était produit. Il confirme la sensibilité très grande des travailleurs ouest-allemands en faveur d'une réduction de la durée légale du tra-

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vail, sensibilité qui trouve des échos croissants au sein de l'aile « gauche» de la bureaucratie syndicale elle-même.

L'adoption de cette motion est importante tout d'abord parce qu'elle neutralise la manœuvre de récupération de la bureaucratie qui consiste à plaider en faveur d'une réduction du temps de travail global (annuel), puis à traduire cette revendication par la demande de supplémentaires, d'abaissement de l'âge de la retraite pour des travailleurs partiellement invalides et d'autres dérivatifs du même genre. Grâce à cette motion du congres, il sera plus facile pour les syndicalistes de combat de lutter pour que la revendication de la semaine de 35 heures, mesure centrale et unificatrice contre le chômage, soit introduite dans toutes les négociations contractuelles courantes, et devienne l'objet de luttes syndicales concrètes et immédiates.

En outre, cela accroît la difficulté pour la bureaucratie de passer outre au vote du congrès des métallurgistes,- ce que fit d'ailleurs un des dirigeants principaux de l'IG Metall, qui fit voter «ses» délégués contre les 35 heures au congrès de Hambourg, malgré la motion adoptée à Düsseldorf ! Déjà les manœuvres se multiplient pour affirmer que ce vote n'implique pas une introduction «immédiate » des 35 heures, mais seulement son introduction « par étapes»; sinon, les «charges financières des entreprises deviendraient insupportables» etc. Les syndicalistes de combat devront donc veiller au grain... UNE FISSURE AU SEIN DE LA BUREAUCRATIE

Une troisième motion importante fut adoptée de manière imprévue par le congrès de Hambourg, contre la volonté de la direction confédérale : ce fut la motion confirmant le rejet de «l'action concertée». L'adoption de cette motion résulta d'une controverse publique entre deux ailes de la bureaucratie syndicale, la première représentée par le dirigeant des travailleurs de l'industrie chimique, Hauenschildt, la seconde par le dirigeant du syndicat des travailleurs des Transports et de la Fonction publique (OeTV - Oeffentliche Dienste, Transport und Verkehr), Kluncker.

Hauenschildt avait commis l'imprudence de reprendre au bond la balle lancée par le chancelier Helmut Schmidt en faveur d'un retour des syndicats à l'action concertée avec le patronat. Mal lui en prit, car ce plaidoyer provoqua une riposte massive des congressistes, avant tout articulée par Kluncker. Celui-ci alla même jusqu'à proposer le rejet de « l'action concertée» «sous toutes ses formes». Malgré l'opposition de la direction confédérale, cette motion radicale fut adoptée !

Mais dans ce domaine également, les dirigeants du DGB s'apprêtent cyniquement à violer leur propre légalité, c'est-à-dire proclament publiquement qu'ils ne vont point respecter les décisions de leur congrès.

Le chef du DGB Vetter affirma dès le lendemain du congrès dans une interview donnée à Bild am Sonntag : « S'il s'agit du plein emploi, nous sommes prêts à renouer le dialogue à tout instant», et à retourner « à des conversations continuelles communes» avec le patronat, pourvu que « quelque chose de raisonnable en résulte». Le chef de l'IG Metall, Eugen Loderer, déclara : «Nous n'avons pas rompu l'action concertée par principe. C'est la composition des réunions qui est décisive...». Ici aussi, il faudra veiller au grain.

Vetter reste donc Vetter, et Loder reste Loderer. La bureaucratie n'a point changé à la lumière du congrès de Hambourg. Vetter a même affirmé qu'au cours des trois dernières années, il n'y a pas eu de changements importants en RFA. Il mentionna cependant de manière prudente une « contradiction» entre le capital et le travail. Mahlein, le dirigeant du Syndicat des travailleurs de l'imprimerie et du papier, engagé dans un dur combat contre le patronat, rectifia sèchement : la contradiction entre le capital et le travail est la contradiction fondamentale en RFA. En effet. LE GROUPE D'ACTION SYNDICALE CONTRE LA MENACE NUCLEAIRE

En marge du congrès, le Groupe d'action syndicale contre la menace nucléaire avait organisé une assemblée et une conférence de presse pour attirer l'attention des congressistes et de l'opinion publique sur ses activités.

Ce Groupe d'action a réussi à rassembler au cours des derniers mois l'appui (les signatures) de milliers de membres du DGB et de plus de 1000 syndicalistes exerçant des fonctions syndicales au niveau des entreprises ou des organisations syndicales locales et régionales. Il a constitué des groupes locaux dans une vingtaine de villes. Parmi les groupements qui ont accordé un soutien collectif au Groupe d'action, figurent, entre autres, le Syndicat des postiers de Francfort, le Syndicat de l'enseignement de Berlin, les Jeunesses socialistes de Hesse (distriet du sud).

Il faut se rappeler qu'il y a à peine un an, Heinz Brandt, ancien rédacteur du journal de l'IG Metall, Metall, avait été exclu du syndicat des métallurgistes parce qu'il avait dénoncé la complicité de conseillers d'entreprises avec le patronat privé de l'industrie électro-nucléaire dans la défense irresponsable de toutes les constructions de centrales nucléaires en cours. Cette exclusion avait dû être annulée plus tard, sous la pression de la protestation venue de la base.

Au congrès syndical de Hambourg, le chef du DGB, Vetter, fut obligé lui-même de dénoncer la «déviation syndicaliste» (mieux aurait valu dire : corporatiste) qui consiste à faire appuyer des initiatives dans l'intérêt du patronat par des conseillers d'entreprises. Là aussi la pression de la base et les progrès - lents mais réels-de la conscience de classe commencent à avoir des échos au sein de l'appareil syndical lui-même.

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