Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Le Front sandiniste et la crise de direction révolutionnaire

· Inprecor n° 31, 22 juin 1978 · p. 25-32 · 6 409 mots

Nicaragua

dialogue avec le régime et la spontanéité révolutionnaire des masses est apparue au moment où le manque de perspectives politiques propres et l'absence de

Fausto AMADOR

I Une nette remontée du mouvement des masses se produit au Nicaragua depuis le milieu de l'année 1977. La censure de la presse et l'état de siège virtuel (la loi martiale et l'état de siège sont restés en vigueur officiellement du 28 décembre 1974 au 19 septembre 1977) interdisant toute forme d'activité politique, rendaient difficile l'appréciation de la dynamique sociale latente. L'activité des masses apparaissait déguisée, essentiellement sous des dehors religieux. Des centaines d'associations communales, ouvrières et paysannes, d'un caractère apparemment purement chrétien, virent le jour. Inévitablement, chacune de ces associations finissait par centrer toutes ses activités autour de revendications économiques concrètes. Les affrontements entre la garde nationale (GN) et les groupes organisés autour des paroisses devinrent des phénomènes fréquents.

A la fin 1977, les syndicats commencèrent à se sentir obligés de lancer un vaste mouvement pour l'augmentation générale des salaires. Dans la ville de Managua où est concentrée la majorité de la classe ouvrière, eut lieu à la même époque une mobilisation explosive sur le problème des transports. La reconstruction de Managua après le tremblement de terre a laissé, en prime, de gigantesques quartiers ouvriers dans des conditions infra-humaines et éloignés de plusieurs kilomètres de la zone industrielle. Les entreprises de transport se sont converties

Nicaragua

Le front sandiniste

révolutionnaire

L'assassinat de Chamorro brisa les apparences mêmes de possibilité de directions ouvrières reconnues et indépendantes combinaient tragiquement. en monopole privilégié des chefs militaires et des partisans du régime. Le coût des transports est le plus élevé de l'Amérique centrale et représente plus de 15% des revenus d'un ouvrier spécialisé qui vit, par exemple, dans le quartier Open, où résident plus de 40% des travailleurs de Managua.

De plus, dès le début de 1978 commence une vaste campagne de dénonciation des crimes du régime. « Où sont nos frères? », se mettent à demander plus de 300 familles paysannes dont des membres, capturés par la GN, ont disparu.

Le mouvement étudiant et de vastes secteurs ouvriers avaient réalisé en même temps une puissante campagne en relation avec la lutte pour l'amélioration des conditions d'emprisonnement des détenus politiques.

Dans ce panorama de luttes ouvrières, communales, étudiantes et paysannes, les scandales du régime (vols, abus, crises) se sont succédés à un rythme accéléré. Les assassinats de paysans continuent. Le 26 décembre, un instituteur a été assassiné dans un autobus par une patrouille de la GN, devant des centaines de témoins, et sans le moindre prétexte. Ce n'est pas un cas isolé : des faits divers semblables sont fréquents. De fausses sociétés, crées par des hommes de main du régime qui ont obtenu des crédits de plusieurs millions du gouvernement, ont été découvertes, mais leurs membres restent impunis. Dans cette ambiance de corruption effrénée, même la banque Somoza s'est fait escroquer de plusieurs millions.

et la crise de direction

de la bourgeoisie se

II

Les conditions favorables à une montée rapide du mouvement de masse étaient donc réunies au début de 1978. Le régime et la bourgeoisie l'ont compris clairement et essayé de le freiner en favorisant une sorte de « dialogue » entre l'opposition bourgeoise et la dictature. Le problème était posé comme un processus à long terme sur la base duquel on restructurerait l'appareil d'Etat en réussissant éventuellement à remplacer Somoza au pouvoir. Pour la bourgeoisie, opposée au régime, il s'agissait de toute façon de se libérer autant de Somoza que du mouvement de masse montant. En clair : se libérer de Somoza pour parvenir à stopper la montée des luttes populaires qui trouvaient finalement dans la dictature sanguinaire leur plus violent et plus puissant stimulant.

Quelques secteurs de la bourgeoisie, cependant, étaient arrivés à ces conclusions par des chemins détournés. En octobre 1977, tous les bourgeois ne pensaient pas de la même façon. A la suite d'une soudaine et spectaculaire maladie de Somoza, les illusions sur un déroulement rapide des événements s'avivèrent. Un groupe de personnalités, représentant des banquiers, de grands propriétaires terriens, des recteurs d'université, des membres du clergé et de « l'élite» intellectuelle opposée à Somoza, appelé par la suite le «groupe des 12» fonda le Mouvement démocratique national.

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Ce mouvement est né, étroitement lié au Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Son projet politique avoué est de développer un climat de chaos et d'instabilité politiques tels qu'il soit possible de regrouper des secteurs bourgeois militaires et impérialistes suffisamment larges pour obliger Somoza à abandonner le pouvoir. La force principale leur permettant d'atteindre ce but est, bien sûr, le FSLN lui-même. Il s'agit de lancer une offensive a grande échelle en attaquant les casernes des principales villes et de mener d'autres actions armées sur tout le territoire du Nicaragua.

San Carlos, Masaya et Granada ont vu les actions de petits groupes armés du Front; ils connurent échec sur échec. Malgré le courage et l'héroisme déployés par les combattants sandinistes, au prix de nombreuses vies, leurs plans ne pouvaient pas réussir. Ils affrontaient seuls les forces de l'Etat. Seules les masses peuvent affronter avec succès la puissance extraordinaire du régime. Les sandinistes comptaient sur un soulèvement massif stimulé par leurs actions. Rien de tout cela n'est arrivé. L'initiative des masses est rarement la conséquence d'actions extérieures à leur propre processus, à leurs problèmes les plus immédiats, à leurs propres organisations.

Au début de l'année, l'échec de l'offensive du FSLN fut évident. Le « groupe des 12» se plaça sur le terrain de la propagande, dénonçant la « tromperie » que constitue le dialogue avec Somoza, dont il était exclu, mais avec peu d'espoir réel de pouvoir peser sur le cours des événements.

III Pendant ce temps, le mouvement de masse poursuivait son cours silencieux de façon discrète mais constante, se préparant à occuper le devant de la scène politique. L'assassinat de Joaquin Chamorro, le 10 janvier dernier, a servi de catalyseur à toute la colère contenue des masses travailleuses, précipitant un mouvement spectaculaire, né spontanément et sans direction révolutionnaire.

Bien que sur le terrain revendicatif, se produise une forte montée des luttes, sur le terrain strictement politique, face au problème du gouvernement de la société, les masses ne parviennent pas à exprimer organiquement leurs propres aspirations. Entre le «dialogue» cherché par l'opposition bourgeoise et les illusions « à court terme », de type putschiste, alimentées par le «groupe des 12» et le FSLN, aucun mouvement politique de masse, proprement anti-Somoza et de caractère politique n'avait réussi à s'ouvrir un chemin. (

Quand Joaquin Chamorro fut assassiné, son association politique, l'Union démocratique de libération (UDEL) à laquelle se sont intégrées les deux fractions publiques du Parti socialiste nicaraguayen (PC du Nicaragua), était engagée dans un processus de pressions sur Somoza pour l'obliger à un certain type de « dialogue», avec l'opposition bourgeoise.

L'assassinat de Chamorro brisa les apparences même les plus minimes d'une perspective de dialogue avec le régime, et la spontanéité des masses est apparue au moment où le manque de perspectives politiques propres et l'absence de directions ouvrières reconnues et indépendantes de la bourgeoisie, se combinaient tragiquement. Les masses ont exprimé alors leur colère irrépressible, sans être politiquement dégagées de leurs illusions dans un secteur ou un autre de la bourgeoisie.

Soudain, certains phénomènes sont devenus quotidiens: des centaines d'incendies dans les usines, des supermarchés pillés, des attaques de banques, des affrontements avec une police qui tente de rester dans ses casernes, pour laisser passer la tourmente de la colère populaire, sans retenue, audacieuse... et sans direction politique aucune.

La bourgeoisie se voit alors contrainte de «rompre» avec Somoza. A certains moments, même les secteurs qui pratiquent le plus la collaboration avec le régime, comme le Parti conservateur, |' «opposition» officielle fabriquée par le gouvernement lui-même à l'Assemblée législative, en viennent à la rupture. Quelques jours plus tard, le 23 janvier, une « grève générale » est décidée par les associations patronales. Les ouvriers, payés d'avance, étaient engagés à rester chez eux. L'arrêt général des activités s'est étendu à tout le pays. Terence Todman, le Sous-secrétaire d'Etat nord-américain pour les Affaires latino-américaines, a dû annuler son voyage au Nicaragua, prévu pour le 25 janvier.

Le lock-out patronal était autant dirigé contre Somoza que contre le mouvement même des masses. L'ambassade nord-américaine, devint le centre des échanges d'idées et des réunions des divers groupes patronaux. Il s'agissait de créer les conditions pour un passage pacifique à une nouvelle équipe gouverementale. Il s'agissait en même temps de donner une réponse bourgeoise au mouvement de masse en le paralysant.

Toutes les formules furent examinées et réexaminées en ces jours d'expectative et de silence national menaçant. Les groupes et clans au sein de l'armée furent « touchés» et différentes combinaisons proposées, sans trouver de solution. Pendant ce temps, on commençait à ne plus pouvoir contenir le mouvement de masse. Le lock-out devait cesser car le manque de résultats palpables stimulait la combativité des masses plus qu'il ne la contenait. Les rues commencèrent à se remplir à Managua, Diriamba, Matagalpa, Léon, Granada, Masaya... Des manifestations spontanées surgissaient de partout.

Il fallut cesser le lock-out au bout de deux semaines sans aucun résultat et cependant, la bourgeoisie ne perdit à aucun moment l'initiative. D'une façon ou d'une autre, les secteurs dirigeants les plus importants réussi à ôter apparemment tout caractère de classe à la crise. Les uns avec un secteur bourgeois, les tres avec d'autres, tant le Parti socialiste nicaraguayen et les princisyndicats, que le FSLN, avaient laissé la direction politique et l'élaboration du programme aux mains de la bourgeoisie.

Avec la fin du lock-out, un léger reflux se produisit, mais il devait forcément n'être que provisoire. Aucun des problèmes politiques n'avait été résolu et même sur le terrain revendicatif, nulle solution, même partielle n'était apparue.

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Malgré la direction bourgeoise, les masses sortaient intactes du lockout, sans avoir subi de défaite importante, sans affrontement ouvert décisif. Il a suffi de quelques semaines pour que l'armée doive s'ouvrir un chemin par le feu et le sang, dans le quartier indigène de Monimbo de Massaya et à Diriamba, où étaient apparues les premières formes d'organisation autonome des masses. Le massacre de Monimbo ne représenta pas une défaite décisive pour le mouvement des ouvriers, paysans et étudiants.

AQUI CAYO Pudiro & Chamorro C Managua, mars 1978 - manifestation de la presse après l'assassinat du propriétaire du journal «La Prensa», J.Chamorro.

La montée du mouvement po-* pulaire ne s'est pas arrêtée, car il n'y a pas eu de défaite et qu'aucun changement ne s'est produit®au niveau politique officiel. Mais elle est également restée sans issue. La situatioh est grosse d'affrontements futurs plus décisifs et le besoin d'une direction révolutionnaire reste toujours aussi pressant.

IV

Le FSLN est une organisation guérillériste, née en 1962, dans le feu de la révolution cubaine et de la stratégie foquiste. Au cours des années qui ont suivi sa fondation, ses premiers dirigeants ont peu à peu disparu. En novembre 1976, Carlos Fonseca Amador, est mort assassiné par le régime; c'était le principal dirigeant et fondateur, une figure natiohale de grande popularité et prestige. La mort de Carlos, dans l'isolement où il se trouvait à la suite des luttes fractionnelles internes, fut le coup le plus rude pour le FSLN. Avec sa disparition, le Front perdait la figure politique de gauche de plus grand renom national. Tomas Borges, actuellement emprisonné et dans des conditions extrémement précaires, est le dernier survivant de la génération fondatrice du FSLN.

A la fin de 1975, la division in- . teme du Front en deux fractions s'achève. Des militants sandinistes avaient commencé à développer des divergences par rapport à l'orientation de la direction. Ces divergences étaient nées surtout à l'étranger. Une fois au Nicaragua, leurs partisans commencèrent à gagner quelques sympathies à la base et finirent par rompre toutes relations et toute collaboration avec le reste du Front. La Tendance prolétarienne naquit et bien qu'apparaissant avec une ligne politique différente, ne regroupant qu'une petite minorité du FSLN et s'opposant évidemment à sa trajectoire et à sa tradition foquistes et aventuristes, elle s'obstine à conserver le nom de Front sandiniste de libération nationale. Sans doute le fait-elle pour profiter du prestige de ce sigle, mais elle contribue ainsi bien peu à faire la clarté sur sa propre ligne.

Autoproclamée marxiste-léniniste et prolétarienne, la forme organisationnelle de la Tendance prolétarienne est très loin d'être celle d'un parti léniniste. Sans congrès, sans droit de tendances organisées internes, son projet avoué pourtant, semble être la construction d'un parti révolutionnaire de masse. Deux aspects politiques centraux la sépare de l'autre secteur du FSLN : la nécessité d'un travail de masse et l'indépendance de classe.

Pour ce qui est du travail de masse, la Tendance critique l'autre partie du FSLN, qu'elle appelle « terceriste ». Ce nom leur vient de l'analyse que fait la direction nationale du Front qui se proclame la troisième (tercera) force politique du pays, les autres étant le somozisme (de Somoza) et la bourgeoisie anti-somoziste. «Pour la tendance marxiste du FSLN, le caractère capitaliste de la société nicaraguayenne fait que la lutte fondamentale qu'on vit dans le pays n'est rien d'autre que la lutte de classes du prolétariat contre la bourgeoisie et son régime polit-

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tique; la lutte d'autres classes n'a qu'un caractère complémentaire et de deuxième ordre. En ce sens, la lutte de petits groupes de conjurés ne se mène pas seulement en dehors de la lutte des classes, mais en gé néral contre elle. La lutte des classes dans le système capitaliste est d'abord la lutte de classe du prolétariat, ce n'est pas le combat d'éléments isolés, un putsch, un complot. Cependant, pour le groupe « terceriste », détaché du FSLN dans le processus de clarification politique de l'année dernière, la lutte des classes est celle que mène le groupe lui-même, dans le dos, et independamment des masses. Le millimètre de déviation politique est devenu des années-lumière. Pour les « terceristes», la réalité nationale est formée d'actes isolés, réalisés par des individus isolés...» (Notre programme, une discussion nécessaire. In Unité révolutionnaire, No3, page 47, 1977).

Ils critiquent aussi les relations avec la bourgeoisie : « Le Parti socialiste, en s'accrochant comme wagon de queue à un mouvement démocratique bourgeois, a . renoncé de fait à son indépendance politique et a confié la direction de son action à la bourgeoisie; il s'est dilué dans le mouvement bourgeois, devenant alors incapable d'impulser la lutte au-delà des limites étroites qu'imposent les intérêts des classes exploiteuses. Les actions aventuristes de la fraction terceriste du FSLN, isolées des masses, ne contribuent pas à fortifier le mouvement révolutionnaire et c'est la bourgeoisie qui les utilise comme moyen de pression pour exiger des concessions de la dictature. La politique des terceristes, comme celle du Parti socialiste, favorise uniquement la bourgeoisie et affaiblit la lutte révolutionnaire contre la dietature. » (Cause sandiniste No 2, 1978, La situation actuelle et nos tâches, p.3).

Ils défendent d'autre part la nécessité d'une large unité ouvrière contre la dictature : «Travailler infatigablement pour l'unité de toutes les organisations démocratiques et révolutionnaires dans un seul front populaire qui réunisse toutes les énergies populaires pour se lancer contre notre ennemi hai. Ce front devra être en sa lutte indépendamment de la bourgeoisie. Cette unité devra se réaliser autour du programme ré volutionnaire proletariat.» (Cause sandiniste, op. cit.).

L'axe programmatique de leur lutte semble être correct : «Il s'agit essentiellement d'impulser résolument le mouvement pour les libertés démocratiques, indépendemment de la bourgeoisie, et de l'orienter vers l'insurrection armée des masses la révolution la dictature militaire de Somoza et d'établir un régime de démocratie populaire qui permette d'aller vers le socialisme sans s'arrêter à la démocratie bourgeoise.» (Op. cit. p. 4).

La tendance prolétarienne aborde donc les éléments centraux à partir desquels une direction révolutionnaire pourrait se construire. Cependant la traduction concrète de leurs positions n'est pas exempte de confusion.

Sur le travail de masse leur ligne passablement contradictoire. Avant le lock-out patronnal leur tâche dans le mouvement de masse était de : «a) mobiliser résolument pour réclamer la liberté d'organisation politique et syndicale, repousser toute agression de la dictature contre tout secteur du peuple, appuyer de façon effective toute revendication démocratique dressée contre la dictature et essayer de transformer tout conflit particulier en conflit général du peuple contre la dietature; impulser avec n'importe quel motif l'action des masses pour approfondir et radicaliser le mouvement populaire pour les libertés démocratiques. b) créer toutes sortes d'organisations démocratiques pour le prolétariat et ses alliés, pour organiser sa lutte contre la dictature. Nous devons impulser la création de syndicats, ligues paysannes, associations professionnelles, associations démocratiques de travailleurs, de femmes, de jeunes, des comités démocratiques de soldats, et toutes sortes d'organisations de masse lé gales et illégales, déclarées ou clandestines. Sans organisations de masse, la lutte révolutionnaire contre la dictature ne peut se renforcer effectivement» (op. cit. p. 4).

Cependant, pendant et après le lock-out, c'est dans la traduction concrète de ces propositions organisationnelles, dans des conditions particulièrement cruciales, qu'en sont apparues les limites :

«Ce n'est que la violence organisée des masses qui pourra faire exploser l'appareil d'oppression et de mort qui soutient la dictature militaire.

masses elles-mêmes ont pleinement compris cette nécessité, et en plusieurs endroits du pays sont apparus des commandos révolutionnaires du peuple, qui depuis leur création combattent la dictature par tous les moyens qu'ils possèdent. Ces commandos ont posé des bombes chez des sbires notoires, ont incendié de petites installations militaires, ont saboté les transports; ils défendent les manifestations et autres activités des masses, ont détruit les locaux du parti somoziste, etc. A mesure que les masses travailleuses s'organinisent en commandos, et donnent libre cours à leur initiative créatrice, le type d'action et leurs dimensions augmentent de jour en jour». (L'organisation combat des masses dans « les leçons de janvier», avril 1978, p.14).

La forme concrète des organisations de masse est donc les commandos révolutionnaires.

«Tout groupe de deux, trois ou quatre personnes prêtes à combattre la dictature peut former un commando, sans que l'âge ou le sexe importent, la seule chose importante étant le désir ardent de voir notre Patrie libérée de l'oppression somoziste, pour construire un pays démocratique où les travailleurs aient une vie digne assurée. Ces commandos doivent s'armer avec tout ce qu'ils ont sous la main ou peuvent se procurer, mechete, revolver, cocktail molotou, bombe... tout sert à combattre l'ennemi. On peut fabriquer une bombe, un couteau peut servir à obtenir un révolver, et celui-ci pour obtenir un fusil ». (Op. cit. p. 15-16).

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De toute évidence, on voit que ces positions sont peu différentes de celles qu'ils critiquaient au départ chez ceux qu'ils appellent « terceristes». D'une certaine façon, ils sont conscients d'appliquer une ligne qui n'est guère différente de celle qu'ils critiquaient.

C'est pourquoi ils se sentent obligés de lui donner une justification idéologique, essayant de présenter leurs consignes comme une forme de travail de masse, tout en la distinguant de la ligne de la direction nationale du Front sandiniste « terceriste » .

«Il ne s'agit pas que de petits groupes armés fassent des actions spectaculaires. Il s'agit que tout le peuple travailleur, dans la mesure de ses possibilités, s'incorpore à la lutte armée révolutionnaire, il s'agit de lever une vague irrepressible de violence populaire partout, et sous toutes les formes possibles, depuis lancer des pierres sur un Becat, jusqu'à attaquer et détruire une installation militaire». (Op. Cit. p. 16).

«Un jour proche ces petits cômmandos qui commencent à se former et à combattre, deviendront une véritable armée du peuple, instrument indestructible du combat pour écraser l'ennemi hai, et assurer le régime de démocratie populaire que nous devrons construire sur ses ruines». (Op. cit. p. 15).

Cette confusion sur les formes du travail de masse, et des organisations populaires n'est pas un phénomène nouveau ou isolé chez la Tendance prolétarienne. Dans sa façon d'aborder le problème du travail de masse, elle a toujours eu des aspects ultra-gauches.

Quand elle critiquait les actions spectaculaires de ceux qu'elle appelle «terceristes », elle ne le faisait pas sur la forme de la ligne politique, en soi, mais sur la méthode et l'opportunité de sa mise en pratique.

«Au moment où a été menée l'action du 27 décembre 1974, la crise n'était pas assez profonde, et les masses aussi bien que l'avant-garde n'étaient pas suffisamment préparées pour se lancer résolument à la conquête de la « forteresse ennemie. » (Unité révolutionnaire, no 1, p. 27, janvier 1977).

Et plus récemment : «La grande erreur de ces camarades, qui les conduit rapidement à la banqueroute politique, est leur profond manque de confiance dans le potentiel révolutionnaire des classes laborieuses de notre pays. Apparemment ils exaltent la capacité combative de notre peuple en disant que les masses sont avides de se lancer dans l'insurrection, mais n'y croient pas. Sinon ils se seraient préoccupés d'organiser la population avant les combats, afin que les masses y prennent part.» (Cause sandiniste, no 2, p. 7, janvier 1978).

Ils montrent une méfiance évidente dans le fait que la classe ouvrière puisse combattre avec ses formes traditionnelles de lutte et es•saient de la supplanter en introduisant de nouveaux éléments.

«Nous voyons done que ce qui en d'autres temps fut l'instrument de lutte le plus efficace des travailleurs nicaraguayens est réduit aujourd'hui à n'avoir qu'une faible portée, toujours douteuse, et qu'il faut définitivement d'autres formes de lutte qui, se produisant en même temps que la grève, frappent durement la bourgeoisie.

«Tout semble donc indiquer que nous devons chercher de nouvelles formes, de nouvelles méthodes de lutte, de nouvelles formes de pression; utilisées conjointement avec les mouvements résolus des masses, et laissant au second plan les luttes à contenu légal, elles seraient dirigées de façon certaine contre les capitalistes, et parviendraient à être des moyens de pression efficaces pour obliger le capital à céder deculentes de la dern que la grève elle-même, qui pourront aller du boycottage de la production au boycottage des machines et jusqu'aux actions directes et spécifiques des masses en conflit avec des éléments du patronat.» (Unité révolutionnaire, no 3, p. 30).

Quant à la question de l'indépendance de classe, nous voyons aussi que la Tendance prolétarienne, tout en critiquant correctement les alliances bourgeoises existantes, n'est pas exempte de confusion dans sa façon de poser les problèmes. Sa formule de gouvernement par exemple :

«Un gouvernement populaire formé de représentants ouvriers, paysans, étudiants et intellectuels progressistes où auraient leur place toutes les couches démocratiques de la société». (Cause sandiniste, no 2, p. 6).

Le 27 janvier 1978, elle lance un appel à l'union des forces contre la dictature:

«Le Front sandiniste FSLN prolétarien appelle les travailleurs et le peuple entier à organiser des Comités populaires de lutte sur tous les lieux de production, dans tous les quartiers, et partout où il y a des travailleurs et des patriotes nicaraguayens. Ces comités doivent montrer aux masses les objectifs démocratiques et révolutionnaires de la lutte, mobiliser le peuple autour de ces objectifs, et impulser le mouvement vers le renversement de la dictature militaire. Ces comités doivent être les instruments des masses exploitées et opprimées dans leur lutte pour la démocratie populaire, et tous doivent s'unir, se coordonner pour impulser la lutte indépendamment de la bourgeoisie. L'union et l'organisation des travailleurs sont les axes du triomphe révolutionnaire.

«Le FSLN prolétarien, conscient de ce que l'unité des forces démocratiques et progressistes est aujourd'hui la condition indispensable pour achever cette lutte par la victoire des masses exploitées, appelle les organisations révolutionnaires et démocratiques à unir leurs forces autour des objectifs que nous avons avancés. » (Communiqué no 6 publié dans Cause sandiniste, no 2, p. 22).

Dans le même appel, sa formule de gouvernement est confuse:

... Un gouvernement démocratique, populaire et révolutionnaire où tous les travailleurs puissent s'assurer une réprésentation qui corresponde à leur poids dans la société». (Op. cit. p. 22).

A cet endroit, la Tendance expose les tâches de ce gouvernement avec beaucoup moins de clarté que lorsqu'elle parle de la révolution socialiste sans étapes capitalistes. Il est significatif que ceci se produise

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précisément au moment où la grève générale - le lock-out - commence à poser aux yeux des masses le problème du pouvoir.

«Ce gouvernement devra être l'instrument des travailleurs pour ourir la voie au progrès social, et pour effectuer les transformations sociales et économiques qui nous mènent à une société libre de l'exploitation et de l'oppression.» (Op. cit., p. 22).

De toutes façons, il est évident que la problématique que pose la Tendance prolétarienne, nous permet un terrain commun de discussion et une clarification politique dont nous, marxistes-révolutionnaires, devons profiter.

La Tendance prolétarienne a eu peu d'influence dans les propres rangs du FSLN. Bien qu'elle tende à dominer dans les groupes en exil, sa présence dans le pays est faible, fondamentalement concentrée dans des cercles universitaires, étudiants, et travail au niveau communal, réalisé conjointement avec une organisation chrétienne, le MCR. Elle tend a exagérer, a l'extérieur surtout, sa propre participation aux événements.

"... des milliers et des milliers de personnes se regroupèrent le long de la Route du Nord, pour atteindre le nombre total de 10000.

«Ce fut réellement un soulèvement populaire

« Ce fut réellement un soulèvement populaire (souligné par l'auteur). Si nous avions eu plus d'organisation, nous aurions pu le géneraliser a toute la ville, a tout le pays. Si nous avions eu des armes, nous aurions parfaitement pu prendre les casernes de la GN, et prendre la ville. C'est pourquoi nous devons progresser dans ces deux aspects: organisation et armes ».

« La réponse de la GN a été incapable de dissimuler notre immense victoire (souligné par l'auteur) (Cause sandiniste, no 2, p. 13).

Il est possible aussi que la confusion politique de la Tendance prolétarienne exprime un manque d'homogénéité dans ses rangs, car elle possède très probablement des cadres extrêmement proches des positions marxistes-révolutionnaires. La discussion avec cette tendance est donc d'autant plus importante pour renforcer en son sein les aspects progressistes d'une ligne qui, bien que de taçon contuse, touche aux axes de la politique révolutionnaire.

Par ailleurs le FSLN, que la Tendance prolétarienne appelle « terceriste », se contente de lutter dans l'immédiat pour le renversement de la dictature, et tout en proclamant cet objectif, il s'unit à des secteurs de la bourgeoisie et appelle à un Front large antisomoziste, en ces termes:

Nicaragua - Le corps du général Perez Vega, retrouvé mort, recouvert du drapeau du FSLN - mars 1978.

«Dans ces groupes de l'Initiative privée, apparaît dans la conjoncture pontique actuelle une tendance qui regroupe des chefs d'entreprise, des membres de professions libérales et des cadres; ils ne prétendent pas se constituer en parti politique; ils se qualifient de défenseurs des droits de centre-gauche, sur la base de l'unité politique nicaraguayenne; ils tentent de trouver une issue dé mocratique à la situation actuelle. Nous nous référons au Mouvement démocratique national récemment constitué. Il existe le groupe appelé «groupe des douze». Formé membres de professions libérales, d'intellectuels, de chefs d'entreprise et de religieux, ils épaulent patriotiquement la lutte populaire dirigée par le Front sandiniste. (...)

«Pour les forces populaires dont le Front sandiniste forme l'avant-garde, et pour les autres forces politiques il y a un point de convergence stratégique pour en arriver à ce moment-là : le renversement de la dictature de Somoza. (...)

«Nous observons une modalité tout à fait nouvelle dans l'histoire politique du Nicaragua : les forces politiques non populaires se regoupent autour du Front sandiniste. (...)

« Et c'est donc quand le programme minimum (revendicatif) FSNL s'impose comme le seul guide capable de rassembler les forces révolutionnaires populaires et les forces démocratiques bourgeoises et de les diriger vers le renversement de la dictature de Somoza par un gouvernement démocratique et populaire, qu'il porte le développement de la révolution populaire sandiniste. (...)

«Il en ressort que pour mener à bien le renversement de la dictature de Somoza, à court terme et avec la participation des forces politiques concernées, l'alliance de toutes ces forces en un Front large antisomoziste, fondé sur les convergences programmatiques et l'unité d'action, est nécessaire.» (Sur le Front large antisomoziste, dans Lutte sandiniste, d'avril 1978, p. 9).

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Une autre tendance du FSNL qui s'appelle tendance de la «Guerre prolongée » et dont la principale divergence avec le Front sandiniste était le choix de ce demier de l'escalade militaire à court terme, se trouve à l'heure actuelle engagée dans un processus de réconciliation avec les «terceristes». Le développement des événements au Nicaragua et sa propre faiblesse l'ont amenée à considérer ses divergences comme mineures et à travailler dans une seule organisation centralisée.

Le FSLN est reconnu et considéré par les masses populaires comme l'organisation la plus prestigieuse. Pas de manifestation populaire sans qu'il soit question du FSLN. Malgré son peu de liens avec les organisations de masse, le FSLN, ce qui contraste avec les deux autres fractions du PSN, focalise toute la population du pays et symbolise même la lutte contre la dictature. C'est pour cette raison que les erreurs politiques, les conceptions ambigues ou confuse qu'on rencontre au sein du FSLN risquent d'avoir des effets désastreux pour le mouvement de masse lui-même.

Pour le moment, dans le déve loppement de la plus importante montée des masses de l'histoire du pays, le FSLN se montre tout simplement incapable de former, avec toutes ses tendances, la direction du mouvement. Le problème de la direction révolutionnaire reste sans solution au Nicaragua.

Somoza n'est pas tombé après 15 jours de lock-out, et aucune fraction de la bourgeoisie n'a reçu un appui suffisant de l'impérialisme pour tenter une formule de rechange. La montée elle-même du mouvement de masse rendait sérieusement risquée toute nouvelle solubourgeoise. Le meilleur garant immédiat des intérêts bourgeois restait l'appareil d'Etat somoziste lui-même, mais en même temps, le somozisme restait le facmajeur d'instabilité sociale et politique.

C'est là la contradiction qui fait que les camps politiques se délimitent chaque fois plus précisément.

La crise progresse sans changements importants et sans que soient résolus les problèmes politiques les plus élémentaires. Ce qui tend à l'aiguiser est en même temps ce qui ruine les solutions de rechange bourgeoises et crée une situation dans laquelle les masses sont chaque fois mieux préparées pour comprendre les clivages politiques de classe et rejeter les solutions de collaboration avec des secteurs de la bourgeoisie.

A ce niveau, les masses prennent spontanément entre leurs mains les revendications les plus directement liées à leurs propres intérêts de classe. Cela apparaît dans les luttes quotidiennes et le problème fondamental est de construire un parti capable de mener un combat réel pour l'unité indépendante du mouvement des classes exploitées et de centraliser toutes ces exigences autour d'une formule prolétarienne de gouvernement.

La crise économique, amplifiée par la crainte logique de la bourgeoisie de faire de nouveaux investissements est un facteur qui accroit la combativité des masses. Les aspirations ouvrières et paysannes centrent sur le problème de la terre, du logement, des libertés politiques et de façon particulière et immédiate, sur le problème de l'armée, de la répression et des prisonniers politiques. Dans cette période de reflux relatif, la lutte pour l'amnistie des détenus politiques revendication mobilisatrice.

En face du problème de l'armée somoziste, les organisations de gauche n'ont pas toujours su prendre un cours politique correct pour accentuer la décomposition interne de la Garde nationale. Une chose doit être claire, ce qu'il faut au mouvement ouvrier, c'est le démantèlement complet de l'armée. L'appareil parasitaire de la Garde nationale se confond en grande partie avec T'Etat, et sa destruction mettrait à découvert et démantèlerait l'Etat bourgeois. La GN doit être désarmée, détruite. Le mot d'ordre central pour s'adresser aux secteurs de larmée sensibilisés par le mouvement de masse doit être de les appeler à quitter l'uniforme. Le mot d'ordre central pour les masses doit être de désarmer, paralyser et démanteler l'armée.

Toute incohérence sur cette question risque d'avoir des conséquences désastreuses. Ces conséquences seront maximales quand la montée du mouvement de masse sera capable, et les délais en sont imprévisibles, de mener à bien, même partiellement, ces objectifs.

Au Nicaragua l'armée est composée de volontaires, d'origine paysanne. Le faible niveau de la solde est partie intégrante d'une structure qui « éduque» le soldat au pillage et au crime pour compléter, abondamment, sa paie mensuelle. Même lorsqu'ils ne sont plus soldats, les membres de la GN font partie de la réserve civile, ils continuent à jouir de nombreux privilèges et pratiquent la rapine.

Dans ces conditions, nous, révolutionnaires, ne considérons pas les forces de répression comme des travailleurs, l'armée du Nicaragua est un gigantesque appareil de policiers-gangsters. Ce ne sont pas des travailleurs. L'exercice de leurs fonctions répressives n'est pas une dépense de force de travail. Nous ne , considérons pas la répression comme un travail.

La gauche nicaraguayenne n'a pas été claire sur ce problème. Elle a souvent considéré l'armée comme un secteur de travailleurs opprimés comme les autres, ouvriers et paysans. Quand, le 27 décembre 1974, les sandinistes prirent plusieurs otages, parmi les demandes formulées pour leur libération on trouvait celle-ci : augmentation immédiate de la solde des soldats et sous-officiers de la GN.

Dans les dernières semaines et au milieu d'une montée extraordinaire des masses, certains secteurs de la gauche considéraient toujours que la lutte pour la syndicalisation (!) de la GN était un élément d'accélération de sa liaison avec le mouvement populaire. Ce problème est un élément important d'un débat éducatif et politique, les marxistes-révolutionnaires sauront l'utiliser.

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VI

Quelques secteurs de la gauche, à l'étranger, arborèrent pendant quelques temps la formule de gouvernement : «Tout le pouvoir au Front sandiniste». Le mouvement de masse du Nicaragua n'est pas encore parvenu à établir une forme propre de pouvoir. Cela est lié aux illusions qui existent dans les masses qui font confiance à des secteurs bourgeois. Il en résulte des conséquences directes pour le mouvement : si les masses mettent leur confiance dans des secteurs bourgeois, elles se désarment elles-mêmes politiquement et organisationnellement. Le développement d'organes autonomes de pouvoir du mouvement populaire est lié à une rupture politique avec la bourgeoisie.

Les révolutionnaires doivent faire de la propagande pour un gouvernement ouvrier et paysan, à chaque phase de la lutte. A certains moments précis, quand apparaissent des organes de pouvoir, il faut identifier devant les masses l'organe concret de leur propre pouvoir indépendant. Cela ne se produit pas toujours et parfois les masses identifient leurs aspirations au pouvoir avec leurs organisations politiques de masse. Dans ce cas, la propagande et l'agitation révolutionnaire appellent pédagogiquement à une formule de pouvoir de ces organisations politiques ouvrières, indépendemment de tout secteur bourgeois.

Est-ce que, par exemple, il serait révolutionnaire et pédagogique d'appeler, dans les conditions actuelles, le FSLN à assumer tout le pouvoir ? Malgré toute la sympathie populaire dont il jouit, il est loin d'etre une organisation de masse. Par ailleurs, et ceci est dû à la ligne politique même des sandinistes, les masses ne considèrent pas le FSLN comme une organisation de classe, elles ne focalisent pas sur lui leurs aspirations de lutte classe contre classe. Le Front sandiniste lui-même n'a qu'un poids politique assez réduit si nous le comparons, par exemple, à celui du Mouvement du 26 juillet à Cuba en 1959.

L'appel general au pouvoir du Front est une tormule contuse politiquement parce qu'elle fait abstraction des alliances qu'il a conclues avec des secteurs bourgeois. Si l'on fait cette abstraction, le caractère de classe de l'appel au pouvoir du Front reste occulté.

Il est un fait évident : le secteur le plus important de l'avant-garde, radicalisé et poliquement engagé au Nicaragua, se trouve soit dans les rangs du Front, soit parmi ses sympathisants actifs. La construction du parti révolutionnaire au Nicaragua ne peut se réaliser sans tenir compte de ce phénomène patent. Le dialogue et la polémique avec le Front sont une tâche nécessaire dans le processus de construction du parti révolutionnaire.

Voiler les divergences ou adopter des formes opportunistes d'adaptation au Front ne rendront pas cette tâche plus aisée.

Un autre danger pour le développement du marxisme-révolutionnaire serait de développer une politique octroyant un certain crédit politique à la Tendance prolétarienne, par opposition aux autres tendances. Sans aucun doute, la Tendance prolétarienne a un certain aspect progressiste dans son approche du problème politique des masses et nous, marxistes-révolutionnaires, devons nous efforcer de nous appuyer là-dessus pour la pousser à se rapprocher de nos positions.

Le Front sandiniste (la fraction appelée «terceriste») d'une majortié écrasante de militants dans le pays, sa direction est celle qui a le plus de prestige social et c'est à elle que les masses pensent chaque fois qu'elles crient «vive le FSLN». Il n'y a aucune raison politique qui puisse nous amener à donner un crédit politique relatif à une des fractions plutôt qu'à une autre. Ce sont là les conditions générales qui nous permettront aussi bien d'ouvrir le dialogue, la coopération et la polé-

Taider ve la clarification neestique t'aider du débat.

VII

Un nouveau spectre menace le mouvement des opprimés, la terreur d'extrême-droite. Dans les derpières semaines, plusieurs groupes paramilitaires ont été organisés, le plus connu d'entre eux est la Main Blanche (Mano Blanca). Les premiers assassinats de dirigeants politiques ont commencé. L'expérience du Guatémala montre que ce terrorisme de droite est capable de tuer des milliers ou des dizaines de milliers de personnes. L'impuissance de Tappareil d'Etat à réaliser lui-même, ouvertement, un tel génocide au moins dans les zones urbaines, l'entraîne à construire cet instrument organique «secret» qui n'est rien d'autre que l'armée elle-même déguisée en civil.

Le Nicaragua a devant lui un long processus de luttes et d'affrontements de classes, de crises politiques, d'intrigues de palais et de guerres intestines entre clans militaires et fractions de la bourgeoisie. Les aspirations des masses ne peuvent être satisfaites que par leur propre action indépendante. Malgré les retards que peuvent entraîner les coalitions et les compromis de leurs organisations politiques avec des secteurs bourgeois, la lutte pour la terre, pour le logement, pour les libertés démocratiques, pour le démantèlement du crime organisé sous l'uniforme militaire, resteront toujours à l'ordre du jour et ne trouveront pas de solution. Ce long processus de luttes populaires de caractère massif qui s'annonce, donnera aux marxistes-révolutionnaires nicaraguayens, organisés dans la Ligue Marxiste révolutionnaire, malgré leurs faibles forces actuelles, l'occasion de démontrer aux masses capacités de construction d'une direction révolutionnaire. La clarté programmatique et politique du marxisme révolutionnaire dote les trotskystes nicaraguayens d'un instrument inappréciable pour pouvoir répondre sous la forme adéquate aux aspirations des masses et à la crise de direction révolutionnaire dont souffre le Nicaragua.

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