Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

PCF : que veulent les contestataires ?

· Inprecor n° 31, 22 juin 1978 · p. 3-9 · 6 009 mots

France Syndicalisme

équivaut à dire que toute la campagne qu'elle a mené pendant plus de quinze ans pour l'Union de la gauche était de la frime et que, les élections passées, elle continue

Pierre FRANK

La défaite électorale de l'Union de la Gauche a déclenché une crise dans chacun des deux grands partis ouvriers qui la composaient. Au sein du PS, elle n'a pas encore pris de formes aiguës. Par contre la crise du PCF atteint des dimensions inconnues jusqu'alors. Ce n'est pas en effet la première crise de ce parti depuis la fin de la guerre, c'est-à-dire depuis le moment où il est devenu prépondérant dans la classe ouvrière. Il a connu des crises lors de la rupture de Staline avec la Yougoslavie; lors de la révélation du rapport Krouchtchev au XXe Congrès du PC de l'URSS ainsi que lors des mouvements de la même année 1956 en Hongrie et en Pologne; lors de la guerre d'Algérie; lors de la guerre du Vietnam et de mai 68. Mais toutes ces crises avaient été relativement minimes; elles avaient affecté des intellectuels, des jeunes, d'anciens résistants, en un mot des couches peu nombreuses et plutôt périphériques du parti; la base ouvrière, notamment celle des militants de base de la CGT qui assurent l'influence de ce parti sur la classe ouvrière, n'était guère touchée par ces crises. Les problèmes qui provoquèrent ces crises engendraient tout au plus un malaise chez les militants ouvriers du PCF. La crise actuelle est à la fois plus étendue et plus profonde.

La politisation qui se développa après mai 68 aussi bien dans les entreprises que dans de nouveaux domaines sociaux ne manqua pas d'avoir des répercussions au sein

France

Dire que la direction du PC ne voulait pas gagner les élections à défendre une politique dont elle ne veut pas assurer le triomphe. du PCF. Avec du retard et de façon bureaucratique, la direction céda du terrain sur quelques points, mais elle conserva largement son crédit du fait de la signature du pacte de l'Union de la gauche et du Programme commun : les travailleurs, en grande majorité, y voyaient une perspective politique réaliste à échéance relativement proche. Les critiques d'extrême-gauche étaient encore écoutées mais leur impact était devenu moins grand. UN PROBLEME INATTENDU

Peu après la signature du pacte de l'Union de la gauche, la direction du PCF se trouva placée face à un problème qui allait à l'encontre de ses perspectives. Dans l'histoire de leurs rapports, PC et PS s'alliaient pour la troisième fois: la première fois en 1935 dans le Front populaire (alliance avec le Parti radical), la deuxième fois au lendemain de la guerre (tripartisme avec le MRP). L'Union de la gauche était la troisième alliance (avec les radicaux de gauche). Les deux premières expériences avaient mal fini pour les travailleurs; cependant, dans chacune, le PC avait grandi aux dépens du PS. Or, l'Union de la gauche n'allait pas donner le même résultat.

A la signature du pacte, en 1972, le PS était électoralement minoritaire par rapport au PC. Dès les élections législatives de 1973, le PS grandissait tandis que le PC ne pro-

PCF : que veulent

les contestataires ?

gressait plus que lentement. Au Comité central de mai 1973, Marchais signala le fait et manifesta une certaine inquiétude. La même tendance se confirmait lors d'élections législatives partielles à l'automne 1974, et la direction du PC réagit pendant quelques semaines par des attaques violentes contre la direction du PS. Le PC était et reste toujours dominant dans les entreprises; mais pour qui a en vue une marche au socialisme par la voie parlementaire, la montée électorale du PS tandis que le PC piétinait, ne constituait pas un problème secondaire.

Les élections municipales de mars 1977 - un an avant les élections législatives - furent plus qu'un signal d'alarme pour la direction du PC : le parti avait bien gagné plusieurs municipalités importantes et fêtait extérieurement ces succès; mais il perdait des voix (en pourcentage) jusque dans de vieux bastions. Par contre le PS gagnait bien davantage en municipalités, en voix et apparaissait comme le premier parti de France. D'autre part, pour la première fois, l'extrême-gauche obtenait un score appréciable dans les quartiers ouvriers de grandes villes. Ainsi le PC reculait à la fois sur sa droite et sur sa gauche. La direction de ce parti se gardait bien de faire publiquement le bilan de ces élections. L'UNION DE LA GAUCHE SE DECHIRE

C'est peu après les élections municipales que les rapports entre le PS et le PC commencèrent à se dé-

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tériorer. La direction du PS, se croyant d'autant plus certaine de la victoire aux élections de 1978 que giscardiens et chiraquiens se querelpubliquement, ne songea qu'à attirer davantage de couches petites-bourgeoises en mettant de l'eau dans son vin déjà bien pâle. La direction du PC, visant à la fois à enrayer la montée du PS et à réduire les positions de l'extrême-gauche, donna une apparence « gauche » à sa politique. Elle reprocha au PS ses avances aux couches petites-bourgeoises, ignorant dans la foulée sa propre politique antérieure en direction des techniciens, cadres, etc. et donnant à sa propagande un tour misérabiliste - les pauvres contre les riches. A partir du mois de septembre 1977, à six mois de l'échéance électorale, la propagande du PC fut essentiellement dirigée contre son «allié», sous une forme et en des termes qui ne pouvaient que heurter les membres du PS, même ceux qui avaient des positions critiques par rapport à direction. La direction du PC laissait même planer la menace d'un refus de désistement pour le second tour. Au lendemain du premier tour, une grossière comédie entre les directions des deux partis aboutissait à un «accord» dont personne n'était dupe. On connaît les résultats de mars 1978. Le PC ne mordait pas sur l'extrême-gauche, il subissait un léger recul de voix en pourcentage bien que l'âge pour être électeur ait été abaissé de 21 à 18 ans; le seul « succès» du PC était d'avoir limité la croissance électorale du PS. On a dit que la direction du PC a voulu la défaite, soit par ordre de Moscou, soit pour rester dans l'opposition dans cette période de crise économique. Ces explications ne tiennent pas. Il y a certes des liens entre la direction du PC et le Kremlin, mais ils ne sont pas du tout la subordination d'antan et les rapports entre le PC et Moscou sont même conflictifs dans certains domaines. Dire que la direction du PC ne voulait pas gagner les élections équivaut à dire que toute la campagne qu'elle a menée pendant plus de quinze ans pour l'Union de la gauche était de la frime et que, les élections passées, elle continue à défendre une politique dont elle ne veut pas assurer le triomphe. La réalité est que la direction du PC voulait la victoire électorale de l'Union de

En résumé, position de classe, mise en œuvre d'une théorie véritablement scientifique, efficacité de son organisation démocratique, unité, combativité - voilà les traits qui font de notre Parti un parti d'avant-garde. Et c'est à chaque instant qu'il en fait la preuve devant les travailleurs.

Par exemple, qu'a fait notre

Parti quand, il y a 18 mois, le pouvoir a cherché à réaliser • l'union sacrée autour de sa politique d'austérité ? Il a affirmé que ce qui était bon pour le grand capital était nécessairement vais pour les travailleurs. Il ne s'est pas laissé prendre aux apparences ni aux plaidoyers du pou• voir giscardien; il a immédiatement désigné les causes et les responsables de la crise. Il n'a pas donné le visage d'un parti dont tel membre dit une chose pendant qu'un autre écrit le contraire. Il a immédiatement appelé à la lutte. Grâce à sa lucidité et à sa combativité, les luttes se sont • développées, l'union s'est renforI cée, le rapport de forces a conti• nué d'évoluer en faveur du mou• vement démocratique. Ou en serait-on aujourd hui, de tous ces points de vue, sans le Parti communiste? la gauche, mais pas dans n'importe quelles conditions. Deux éléments qu'il ne faut pas oublier pèsent lourd dans ses déterminations. D'abord, le PC a été pendant près de quinze ans le parti de loin hégémonique dans la classe ouvrière et il ne s'accomode pas d'une situation, fût-elle électorale, où le PS le dépasserait. Il ne s'en accomode pas parce qu'elle met en cause l'ensemble de sa perspective, à savoir celle du PC, seul parti de la classe ouvrière, assurant l'Union de la gauche et l'Union du peuple français et, ainsi, grâce à des victoires électorales, des changements profonds qui conduisent au socialisme. La croissance du PS se poursuivant mettrait en cause cette perspective, car la direction du PC garde également en mémoire l'expé-

DEUX ANS ET DEMI APRES LE XXIème CONGRES IL FAUT UN PARTI COMMUNISTE PLUS FORT, PLUS INFLUENT, PLUS ACTIF

Tout le montre décidément pour sortir le pays de la crise, pour défendre aujourd'hui cause des travailleurs et pour la faire triompher demain, pour battre aujourd'hui la grande bourgeoisie et pour l'empêcher de remettre en cause demain les choix démocratiques de notre peuple, il faut un Parti communiste plus fort encore, plus influent et plus actif. C'est la condition décisive pour la victoire du socialisme en France.

(Rapport du Comité central présenté par Georges Marchais,

Février 1976)

« Le socialisme pour la France», page 138 (Editions sociales).

Le moins qu'on puisse dire est que cette appréciation politique sur le rapport de forces entre les classes, sur les luttes impulsées par le PC, sur l'unité du parti, sur le renforcement de l'union... mérite d'être rediscutée avec des arguments autres que ceux « c'est la faute au PS»...! rience de 1947 où c'est un président du Conseil, socialiste, Ramadier, qui a chassé les communistes du gouvernement; il redoutait que la chose ne se reproduise la bénédiction de Giscard. Il voulait donc rétablir un bon rapport de forces avec le PS; c'était son objectif premier au risque de perdre les élections. LA CRISE ECLATE ET SE POURSUIT

Dès que la direction du PC engagea en septembre 1977 une bataille acharnée contre le PS, des voix se firent entendre dans le parti qui, sans défendre les socialistes, n'approuvaient pas la forme donnée à la bataille. Au lendemain des élections, la crise éclata avec force. Ce

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1) Nous employons le terme de « contestataire » à défaut d'un autre plus précis pour désigner les membres du PC qui ont soulevé des problèmes, formulé des critiques, etc. sans vouloir procéder d'une façon quelconque à un amalgame politique entre

3) Lire la critique de la brochure d'Althusser par E. Mandel, parue dans « Rouge », no des 8 juin, 9 juin, 10-11 juin, 12 juin n'était plus comme par le passé seulement des couches périphériques subissaient un choc sur une question éloignée des préoccupations immédiates de la grande majorité du parti; tous les membres du parti avaient participé depuis des années à la lutte pour l'Union de la gauche, ils avaient perçu que la campagne anti-PS était incomprise des masses. Ils avaient eu pendant cinq ans au moins une perspective politique qu'ils avaient presque touché du doigt, et tout d'un coup elle disparaissait sans que rien d'autre ne lui soit substitué. Ajoutons que certaines indiscrétions permettaient de penser que le Bureau politique n'avait pas été unanime sur la politique à suivre à l'égard du PS. Une discussion dans le parti était inévi-

Mais la direction lui donna une forme qui ne pouvait qu'exaspérer tous ceux qui avaient des critiques à formuler. Elle renvoya la tenue du CC à environ cinq semaines, disant que chacun pouvait s'exprimer dans ses organismes (cellules, sections), qu'il n'y aurait aucune sanction, mais elle refusa l'ouverture de «tribunes libres» dans la presse du parti et stoppa les rédactions des journaux où se trouvaient formulées des critiques. Ceux qui voulaient s'adresser aux membres de leur parti n'hésitèrent pas alors à se tourner vers une presse extérieure au parti, d'autant plus que le Bureau politique affirmait d'entrée que «le PCF ne porte aucune responsabilité dans (20 mars), rejetant la pleine responsabilité sur les dirigeants socialistes (Fitermann, 29 mars). Au CC des avril, Marchais présenta un rapport qui ne contenait aucune analyse de la situation, qui ne parlait pas de défaite électorale, qui avait la forme d'un livre diplomatique où l'on rejette la responsabiformelle sur l'adversaire. Le rapport défigurait en outre les critiques qui s'étaient fait jour chez des membres du parti dans et hors celui-ci et attaquait grossièrement, sans les nommer, les intellectuels 2) Editions Maspéro.

qui les avaient exprimées. Plus encore, l'Humanité publia le rapport de Marchais et la résolution du CC l'approuvant, paraît-il, unanimement, mais ne donna aucun compte rendu des interventions pendant la discussion du rapport. On croit savoir maintenant que le CC vota à la fin des débats une résolution à la majorité selon laquelle il serait dit publiquement que le CC était una-

Avant la tenue du CC, des articles avaient paru dans divers organes de presse, entre autres trois articles d'Elleinstein et quatre d'Althusser. Loin de mettre un point final à la crise, le rapport de Marchais et le refus du CC d'accorder des tribunes libres, déclenchèrent un tollé. D'autres articles furent adressés au Monde, au Matin, à Politique Hebdo, au Nouvel Observateur, à Rouge, des pétitions circulèrent signées par de nombreux membres du parti, dont la plus importante, originaire de la cellule de l'Université d'Aix-en-Provence, reçut avant sa publication trois cents signatures. Le 3 avril, Marchais déclarait publiquement qu'il n'avait reçu que 31 lettres de contestation en provenance de membres du parti; le 29 mai, il indiquait à la télévision que « cinq sections et 65 cellules seulement» s'étaient prononcées contre la politique de la direcau plus un millier d'adhérents ». La direction continue de dire qu'elle n'exeluera pas, bien que les statuts lui permettrait de le faire, et qu'elle mènera une forte bataille politique contre les contestataires. En fait, depuis un certain temps, l'Humanité publie chaque des articles occupant d'une demi-page à une page et parfois plus à combattre des points de vue d'on ne sait qui, mais qui, en fait, selon la plus pure école stalinienne, visent à attribuer aux contestataires des positions plus ou moins fabriquées de toutes pièceset à présenter ceux-ci comme des instruments plus ou moins conscients de la bourgeoisie ou de la social-démocratie. Une fois encore, la politique de la direction peut s'exprimer comme suit : le parti a toujours eu raison, le parti a raison et, comme il continuera sur la même ligne, demain il aura encore raison. FORCE ET FAIBLESSE DES «CONTESTATAIRES»

On présente parfois les contestataires (1) comme relevant de deux oppositions, l'une de droite autour d'Elleinstein, l'autre de gauche autour d'Althusser. Il est vrai qu'ils sont les figures les plus marquantes se sont publiquement exprimées; il est vrai aussi qu'Elleinstein a une ligne droitière caractérisée qui le situe près des positions de Santiago Carrillo, non seulement à l'égard de l'Union de la gauche, mais aussi à l'égard des scissions des années 1920, résultant de la création de l'Internationale communiste. En ce qui concerne Althusser, dire que, dans la crise actuelle, il a progressé en passant du terrain de la théorie où il s'était jusqu'alors cantonné... et isolé de la masse du parti, sur un terrain plus politique et donc, plus accessible. Ses articles, réunis dans une brochure Ce qui ne peut plus durer dans le Parti communiste (2) sont une des plus vigoureuses critiques du régime du parti et d'un certain nombre ses positions (abandon de la dictature du prolétariat, dénonciation du stalinisme qui subsiste dans le parti, condamnation de la «théorie» du capitalisme monopoliste d'Etat, etc.) et pourrait servir à orienter un courant critique de gauche (3). Mais il serait à notre avis erroné de classifier d'ores et déjà les opposants et de parler de courants. Plus qu'à des oppositions, c'est à des manifestations critiques multiples auxquelles nous assistons qui pourront conduire ceux qui les expriment dans des directions différentes. Ce qui nous plus important, l'état actuel de la crise, c'est de relever toutes les critiques les plus diverses qui s'expriment de la part des membres d'un parti qui n'a pas eu et qui, en tant que parti, n'a toujours pas la possibilité d'exprimer les pensées qui le traversent et, par suite, d'élaborer politiquement.

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Le dénominateur commun de tous les contestataires, c'est ce qu'ils appellent l'insuffisance de démocratie dans le parti. C'est d'ailleurs sur ce point que se concentre la déclaration des 300 qu'ont signée entre autre Elleinstein et Althusser, arrêtant au moins temporairement, la tentative de la direction d'isoler

Althusser du gros des contestataires. L'absence de démocratie dans le parti, c'est la direction elle-même qui a fait de son mieux pour la taire ressentir auprès C'est par des déclarations de Marchais à la télévision, avant toute autre information dans la presse du parti et sans discussion préalable connue au CC que les membres du PC ont appris, entre autre, que le parti renonçait à la dictature du prolétariat, qu'il ne lutterait pas contre la force de frappe et défendrait une politique de défense nationale avec des arguments nucléaires dirigés tous azimuts, etc. On leur apprenait, apres coup, que ces militaires avaient longtemps discutées avec des « spécialistes» (4). Tous les contestataires ont également compris que la décision de tourner le feu contre le PS avait été prise et appliquée d'une façon trouble où n'apparaissait pas franchement les véritables raisons et les véritables objectifs de la direction du parti. A présent, ils ressentent cette même absence de démocratie dans la façon dont ils sont corsetés dans les organismes auxquels ils appartiennent, dans l'impossibilité de faire connaître leurs positions aux autres membres du ne vertical bloque parti autrement que dans un cheminement vertical bloqué au sommet, que le fait d'échanger des vues avec d'autres membres que ceux de sa cellule ou de sa section est dénoncé comme «fractionnel», contraire aux statuts, en un mot comme une attitude « anti-parti». LE DROIT DE TENDANCE

Mais, tout en manifestant leur aspiration à un régime démocratique dans leur parti, les contestataires se déclarent tous opposés à la constitution de tendances ou de fractions. Ils ne comprennent pas qu'il n'y a pas de démocratie là où des mem4) Parmi ces «Spécialistes » se trouvent des officiers généraux de l'armée française. 5) Voir encadré bres ne peuvent créer des tendances, c'est-à-dire des regroupements temporaires pour détendre dans leur parti un point de vue sur une question donnée. L'interdiction des tendances n'est que le point de dé part vers le parti unique. Une telle interdiction n'a absolument rien de léniniste. La direction du PC a abandonné en un tournemain la dictature du prolétariat, une question principielle sur laquelle Lénine a écrit livres et articles et fait adopter des thèses par l'Internationale communiste. Par contre, la résolution du Xe Congrès qui a été utilisée par Staline pour écraser toutes les tendances qui se formèrent dans le parti soviétique n'avait qu'un caractère purement conjoncturel, Lénine ne la justifiant que par la situation extrêmement grave du moment et déclarant qu'elle ne pourrait servir par la suite dans l'élection du Comité central. Cette résolution qui ne fut pas soumise à un vote dans l'Internationale communiste du temps de Lénine, pour laquelle il n'a donmotivation principielle, a été tranformée en un dogme par les directions bureaucratiques staliniennes et post-staliniennes.

La production des contestataires est déjà volumineuse : trois livres ont paru - celui d'Althusser déjà cité, celui de Molina et Vargas, Dialogue à l'intérieur du Parti communiste français, celui de Rony Trente ans de parti : un communiste s'interroge (5); des textes collectifs nombreux, signés qui, de 300 membres, ayant déjà recueilli 900 autres signatures, qui de cent membres, etc., le plus récent étant un texte side cinq militantes mettant en cause les positions du PC sur le problème «femme», de nombreuses lettres, des interviews, etc. On y trouve non une ligne ou des lignes politiques - ce qui n'est pas surprenant -, mais beaucoup de remarques et d'observations très pertinentes. Ce qui distingue généralement ces textes de ceux qui étaient apparus lors de crises précédentes par des minorités qui disparurent rapidement, c'est qu'ils affirment tous leur volonté de rester dans le parti en même temps qu'ils s'attaquent à une série de mythes qui constituaient pour beaucoup l'idéologie fondamentale du parti - idéologie étant pris dans le sens marxiste du terme, à savoir une fausse conscience. Dans ces textes, on voit mettre en cause que le PC est le seul parti ouvrier, que le regime du parti est véritablement le centralisme démocratique, que la spontanéité de la classe est dangereuse, que le parti a toujours raison, etc. Tout cela ne tombe évidemment pas du ciel; tout cela provient d'un long cheminement intérieur, comme on peut le voir à la lecture des livres de Molina-Vargas et de Rony, et tout cela n'est pas cantonné aux seuls contestataires d'aujourd'hui, mais s'étend très largement dans le parti et atteint même les milieux qui, aujourd'hui encore, se rangent derrière la direction.

Nous ne procéderons pas ici à un examen détaillé de ce qu'ont déjà exprimé les contestataires; peut être faudra-il le faire à un stade ultérieur de la crise quand elle aura dépassé les réactions immédia-

LIVRES SUR LE PCF

1. Trois livres d'«oppositionnels» :

Jean Rony : «Trente ans de parti :

un communiste s'interroge » (Bourgeois).

Louis Althusser : «Ce qui ne peut plus durer dans le PCF » (Maspéro).

Gérard Molina et Yves Vargas :

«Dialogue à l'intérieur du PCF»

(Maspéro).

2. Sur le fontionnement du PCF :

Annie Kriegel : «Les communistes français » (Seuil).

Jean Elleinstein : « Le PCF » (Grasset).

André Harris et Alain de Sedouy :

«Voyage à l'intérieur du PCF».

3. Sur l'histoire du PCF :

Philippe Robrieux : « Thorez - Vie publique, vie privée», (Fayard).

Philippe Robrieux : « Notre génération communiste » (Laffond).

Louis Couturier : «Les grandes affaires du PCF » (Maspéro).

4. Sur la théorie économique du PCF :

Bruno Théret et Michel Wieviorki :

«Critique de la théorie du capitalisme monopoliste d'Etat» (Maspéro).

Jacques Valier : « Le PCF et le capitalisme monopoliste d'Etat» (Maspéro).

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de mai 68. Cette interview a suscité des propos furibonds de la direction du PC et de Séguy. Garaudy s'était permis de révéler le contenu de certains débats au BP en mai 1968. Calomnies, ont dit ses contradicteurs, sans spécifier lesquelles; Séguy ajoutant que le BP n'avait pas porté atteinte à « l'indépendance» de la CGT.A qui fera-t-on croire qu'en mai 1968 le BP n'a pas discuté des événements, qu'il ne voulait pas tout comme Thorez en juin 1936, « arrêter la grève » et, comme Séguy le dit alors à

Marchais, que c'était difficile à faire et que cela pourrait coûter cher à la CGT. Rony, dans son livre, approche du problème quand il écrit : « Le Programme commun était à la fois le fils de mai-juin 1968 et une revanche sur l'humiliation que ce moutes. Nous voulons, par contre, relever ce qui, dans cet ensemble, constitue à notre avis une lacune considérable d'une part, un grand pas en avant prometteur pour l'avenir, d'autre part.

quelle lacune voulons-nous parler? Plusieurs des contestataires notent le piétinement et même le recul de leur parti dans la classe ouvrière; ils le font en termes généraux, en se servant uniquement des résultats des élections législatives ou municipales. Aucun d'entre eux n'a osé poser le problème

27 mai de l'orientation donnée à la CGT par les militants du PC et n'a soulevé la question de la situation de la CGT. Or, toutes les statistiques des élections au sein des entreprises concordent pour mettre en lumière le fait que la CGT subit depuis plusieurs années une érosion sérieuse; 6) Dans la crise actuelle du PC est venue se greffer une interview de Garaudy à «Rouge» vement avait été pour les partis de gauche. » (p.167).

il ne s'agit pas d'accidents dû ici ou là à l'incapacité ou à des erreurs de quelques délégués, mais d'une tendance qui affecte de nombreuses industries et de nombreuses régions. Alors qu'à la suite de juin 1936 et au lendemain de la Libération, la CGT avait énormément grandi et, avec elle, l'influence du PC dans la classe, mai 68 ne donna pas un résultat semblable : depuis, la CGT tend plutôt à perdre du terrain. On ne peut attribuer ce fait, ni à l'existence du chômage ni à un manque de combativité des travailleurs; le recul de la CGT se 1878 - Forum au rassemblement organisé par «Rouge» Elleinstein (à droite) à côté de Pliouchtch fait en partie au profit de la CFDT et même de Force ouvrière. Et une chose est certaine : les membres du PC dans la CGT, surtout au sommet, portent les plus grandes responsabilités dans la direction de cette centrale, de ses fédérations et de ses syndicats de base. Ils ne peuvent invoquer en l'occurrence le «tournant à droite» du PS; ils ont entraîné la CGT à la remorque du PC dans sa campagne électorale récente contre le PS. Cette érosion traduit le recul du PC auprès de larges couches ouvrières sur le plan syndical et pas seulement sur ce plan. La direction du PC se garde bien de poser ce problème - ce serait, semble-t-il, porter atteinte à «l'indépendance » des syndicats (6). La direction de la CGT a récemment fait publier un article dans l'Humanité répondant à des statistiques parues dans le Monde visant

RANCAISE DE LA QUATRIC QUATRIE

RASSED

Porte ANIMAT à minimiser cette perte d'influence dans les entreprises. Mais elle ne peut ignorer ce fait et aussi la faute qu'elle a commise durant la campagne électorale; sans le reconnaître, elle procède à un repli où, du suivisme envers le PC, elle passe à de l'économisme du type Force à l'occasion du dixième anniversaire

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ouvrière. Ainsi, elle n'a rien fait contre les interventions de l'impérialisme français au Tchad et au Zaïre dans la demière période.

Soumettre à un examen critique la politique syndicale du PC de mai 68 à maintenant est indispensable car toute la politique suivie dans l'Union de la gauche en découle, cette politique qui, après avoir sabordé la grève générale, s'est concentrée sur une combinaison parlementaire avec le PS. Il est également indispensable de procéder à cet examen critique, comme nous le verrons plus loin, pour définir une perspective d'avenir.

Mais, à côté de cette lacune qui affaiblira l'impact des contestataires auprès des militants ouvriers du PC, un certain nombre d'entre eux a effectué un pas en avant qui pourrait la plus grande importance pour les batailles à venir de la classe ouvrière française. Certains ne se sont pas limités à critiquer le régime intérieur du PC, le manque de démocratie en son sein. Ils ont compris et montré que ce régime intérieur avait un prolongement non moins bureaucratique dans les rapports du PC avec toute la classe ouvrière. En substance, ils disent que la direction du parti dirige - ou veut diriger - la classe ouvrière à la manière dont le gouvernement bourgeois dirige la société :

« En combinant... le modèle du cloisonnement avec le modèle de la démocratie parlementaire, le parti ne peut s'empêcher de reproduire, en le renforçant, le mode de fonc tionnement bourgeois de la politique.» (Althusser, op. cit., p.77)

"...On sait que, de 1972 à 1977, rien n'avait été fait pour susciter ou développer les initiatives de la base et les formes d'unité des travailleurs manuels et intellectuels. Mieux: toute suggestion en faveur des comités populaires avait été repoussée au nom des risques de « manipulation ».» (Althusser, p. 115).

Sans être aussi précis, d'autres contestataires font le reproche à la direction d'avoir mené la lutte contre le PS pour un programme commun dit « bien réactualisé» comme une querelle entre états-majors qui paraissait étrangère à la base des deux partis et à la classe ouvrière.

LE CONGRÈS SOCIALISTE

S'ACHÈVE DANS LA CONFUSION Alors que la courant poar l'amion de la gauche grandit dans le payr la motion Mitterrand l'emporte • Rej grace aur adnersaires de l'unite Congrès modèle? - L'Humanité - des 14 juin 1971 et 3 février 1975

Il y a là une critique vraiment fondamentale. L'absence d'organismes de base, de comités démocratiquement élus a constitué la plus grande faiblesse du mouvement ouvrier français au cours des trois grandes luttes généralisées qu'il a menées en juin 1936, au lendemain de la Libération et en mai 68; ces mouvements sont restés canalisés par les directions des partis et des syndicats qui ont étouffé les initiatives possibles de la classe ouvrière au lieu de les stimuler. Aujourd'hui encore, malgré l'exemple de Lip, l'idée de comités de base est encore

LES MARXISTES-REVOLUTIONNAIRES ET LE PCF

1. wInprecor». ancienne série, no

4,12, Nouvelle série, no

7, 14, 15, 20, 27.

2. « Critique Communiste». по 5,

14-15, 16, 17, 22 et spécial 68-78

Cahiers de la Taupe, no 5, 12,

15, 16, 17, 20, 21, 22

Brochure «Coup pour coup » no 5 4 Après le XXIIe congrès : questions au PCF».

5. Thèses du Ile congrès de la LCR

: (brochure).

6. Résolution du BP de la LCR dans

« Rouge » du 5 avril 1978

7. Réponse à Louis Althusser par

: Ernest Mandel « Rouge» des 8, 9

: 12 et 13 juin.

8. Débats au forum «Rouge» des 27-

:28 mai : « Rouge » du 10 juin.

THum

AU CONGRÉS DU PIRTI SOCINISTA

François MITTERRAND

CONFIRME SON REFUS

DE L'ACTION COMMUNE avec le Parti Communiste

Ar la dire ton trantrent un @formet à dente de 1'5

De tolérance 1. F en tolérance peu répandue. Or, quelle que soit la revendication de départ, quel que soit le nom qu'ils peuvent prendre (fût-ce comités d'Union de la gauche), pourvu qu'ils soient de vrais comités de masse fonctionnant démocratiquement, permettant à tous les travailleurs et à tous les courants en leur sein de s'exprimer, l'existence de ces courants constitue la véritable voie qui peut conduire au pouvoir des travailleurs. A ce propos, il y a lieu de rappeler qu'à un Comité central, en octobre 1974, Thorez avait fait une «autocritique», déclarant qu'une erreur du parti consistait à ne pas avoir créé de comités de base lors du Front populaire et à la Libération; mais ce fut une déclaration sans lendemain, venue après des batailles perdues et toujours oubliée lors de montées du mouvement de masse.

Cette idée de comités de base est évidemment également valable sur le plan syndical où Séguy et Maire partagent l'opinion hostile envers eux que Bergeron vient de répéter récemment :

«Le comportement de la CGT-FO ne doit jamais être subordonné à des décisions prises à main levée dans la cour de l'usine. On sait ou cela mène. Je préfère le dire maintenant plutôt que de voir demain les militants de Force ouvrière engagés dans des aventures dont ils ne

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Le

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maitriseront pas les développements» (Discours au Congrès des fonctionnaires FO, le Monde, 8 juin 1978).

L'idée des comités de base doit avoir sa première application dans l'élection de comités de grève au cours des luttes revendicatives, sous forme de comités de grève élus auxquels les syndicats et les partis apportent leurs conseils et leurs propositions, mais où ce sont les élus des travailleurs en lutte qui décident en dernier ressort. UNE NOUVELLE PERSPECTIVE POLITIQUE

Il était inévitable et indispensable que les militants fassent en premier lieu la critique de la politique passée de leur parti et de son régime intérieur, que la crise qui se développe soit tournée à présent surtout vers les problèmes intérieurs. Mais la situation ne peut en rester là. Bien que la direction emploie de grands mots contre les contestataires, elle assure qu'elle ne prendra pas de mesures d'organisation contre eux. Elle espère probablement que le temps travaillera pour elle et dispose de l'appareil.

LE PCF PAR LUI-MEME 1. Documents complets et interventions du XXIle congrès : « Cahiers du Communisme", février-mars

1976.

2. Rapport du CC et document final adopté par le XXIle congrès : « Le socialisme pour la France» (Editions sociales). 3. Bilan des élections de 1978 : rapport de Charles Fitermann : «Humanité» du 30 mars: rapport de

Georges Marchais : «Humanité». du

28 avril; «Cahiers du Communisme», no 4 et 5, 1978. 4. Sur le centralisme démocratique article de Paul Laurent, « France nouvelle » 1697, 22 mai; article de

Henri Malberg, « France nouvelle»,

1699, 5 juin. 5. Les «contestataires» s'expriment dans :

«Dialectique», no 23, juin 1978.

«Les Nouvelles littéraires», no

2639, 8 juin 1978.

« La nouvelle critiques, no 113, avril 1978.

«Le Monde»: des 11-12 juin (Femmes).

En outre, elle commence déjà à chercher à exploiter un argument éculé mais qui porte toujours sur les éléments peu politisés: il y a maintenant l'offensive gouvernementale et patronale, c'est le moment d'y faire face, de riposter, et au lieu de cela un nombre infime s'égarent, attaquent le parti, etc. Effectivement, gouvernement et patrons, enhardis par une victoire électorale dont ils avaient douté pendant des mois, exploitent la déception de la classe ouvrière pour mener une politique qui engendre vie chere et chomage. Mais, moins de trois mois après les élections, les signes de résistance ouvrière commencent à se multiplier, au point que le même Bergeron est allé dire au Premier ministre Barre : vous tirez trop sur la corde. Quoi qu'il en soit, la défaite électorale a créé une situation nouvelle dans laquelle il ne s'agit pas pour les contestataires de se prêter au jeu de la direction du PC de noyer la critique intérieure sous les tâches quotidiennes de la lutte de classe. La défaite électorale a éliminé la perspective politique d'une accession au gouvernement de l'Union de la gauche. S'ils ne veulent pas succomber aux manœuvres de la direction du PC, les contestataires devront passer de la critique du passé et du régime intérieur à la formulation d'une perspective politique nouvelle qui ne repose pas sur les combinaisons de sommets et les illusions parlementaires du passé. Une perspective qui conduira à une généralisation des luttes, qui ne limitera pas celles-ci à une somme de luttes revendicatives, qui contribuera à produire ce mouvement d'une « ampleur inégalée», c'est-à-dire la grève générale que les dirigeants du PC et de la CGT n'ont pas voulu voir en mai 68 et à laquelle ils ont renoncé pour le plat de lentilles d'élections législatives.

L'expérience de l'Union de la Gauche telle qu'elle s'est déroulée de 1972 à 1978 est désormais une page tournée. L'enthousiasme dépourvu d'esprit critique qu'elle avait suscité a disparu; la méfiance s'est développée entre les deux partis et aussi, dans chaque parti, à l'égard des directions respectives.

Ces directions se trouvent chacune dans une situation embarrassée :

elles peuvent se lancer mutuellement des accusations qui ne sont pas dénuées de fondements; mais la direction du PC n'a pas de politique de rechange et celle du PS ne peut pas à présent envisager une combinaison avec une partie de la majorité gouvernementale sous peine de perdre l'influence électorale qu'elle a acquise et de connaître une scission. Ces deux directions auront à faire face à des militants plus critiques et à des exigences démocratiques plus grandes au sein du mouvement ouvrier. Les conditions objectives sont done favorables pour que la crise dans le PC se poursuive et s'approfondisse. Il n'est pas clair qu'elle puisse aboutir à quelquechose de concret dans un proche avenir en raison de l'hétérogénéité et de la confusion politique des contestataires d'aujourd'hui. Mais, de toute façon, il y a désormais quelque chose de changé dans le mouvement ouvrier, notamment dans les rapports entre les masses et les membres du Parti communiste avec la direction de ce Parti. Un changement dans un sens tout à fait positif.

démocratie socialiste VIVE LA COMMUNE et dictature du prolétariat Résolution du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale. Parue dans Inprecor No 10, du 7 juillet 1977) 5 franes - toutes commandes à : Editions «La Brèche» 99, rue de l'Ouest, 75014 Paris En vente également au 10 Impasse Guéménée, Paris 4e. (Métro Bastille).

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