Cette interview avec Bernadette Deulin-McAliskey a été obtenue par Gerry Foley, à Coalisland, en Irlande du Nord, au début avril. G. Foley est membre du comité de rédaction de Inprecor-Intercontinental Press publié à New York. Question : la conférence des groupes anti-répression à Coalisland en février semble avoir été l'événement politique le plus important en Irlande du Nord de toute la période récente. Elle constitue le point de référence de tous les gens actifs politiquement avec qui j'ai pu discuter ici. Qu'a-t elle permis de réaliser selon toi ? Réponse : La première chose que la conférence a permis de réaliser, c'est de prouver ce que presque tous les groupes de gauche, ici, disaient depuis quelque temps, c'est-à-dire que la courbe des luttes déclinant depuis 1973-74 a commencé à se renverser. Près de Belfast, lorsque les comités d'action des parents prisonniers commencé à se développer, il a été difficile de voir cela clairement, bien que certains indices existaient de façon très embryonnaire. Mais presque tout le monde a trouvé difficile d'apprécier l'ampleur du renversement de tendance et encore plus dur de savoir ce qu'il devenait désormais possible de faire.
comité d'action des familles de prisonniers politiques de Coalisland, initiateur de la conférence,
Une Interview de Bemadette Devlin Pour la première fois depuis longtemps, nous avons été capables d'offrir aux Provisoires une perspective qu'ils pouvaient adopter, au lieu de nous contenter de réagir à leurs faits et gestes à eux, et ceci, c'est bien un pas en avant.
s'était développé à l'exemple de ceux de Belfast. Mais il n'en était pas partie intégrante. Ce qui avait dès lors l'avantage de le rendre indépendant du Sinn Fein provisoire en particulier, sans pour autant lui être opposé. Les gens qui formaient le comité d'action des parents de Coalisland étaient les mères, pères et autres proches des jeunes « provisoires» emprisonnés. Par conséquent, ils sympathisaient avec le mouvement provisoire tout en demeurant suffisamment indépendants par rapport à lui pour pouvoir agir en toute liberté. Quand on parla pour la première fois de la conférence, on la voyait réunissant entre 150 et 200 personnes discutant la situation actuelle et les tâches possibles. L'idée de mettre sur pied une conférence en invitant syndicats, organisations anti-répression et personnalités, vint de l'expérience que j'avais eue personnellement aux Etats-Unis, en août 1977, en observant comment le SWP avait préparé la conférence Chicano. Il fut tres vite clair, d'aprés les réponses à notre invitation, que le besoin sous-jacent de se réunir pour discuter notre expérience des dix demières années et pour parvenir à quelque accord fondamental sur ce qu'il fallait réaliser, était plus profond et plus répandu que ce que nous avions cru. La conférence allait être plus importante que prévu. En réalité, c'est un millier de personnes qui vint. L'une des choses les plus frappantes au sujet des participants, et nous avons tous tiré une leçon de cette observation, c'est que moins d'un tiers des présents militait activement dans quelque organisation républicaine ou socialiste. Nombreux étaient les vétérans des luttes du temps du mouvement de la résistance civile, de la grève du loyer et des impôts, et des premières marches pour les droits civils, qui reprenaient de l'activité pour la première fois.
Autre aspect important : la conférence permettait, pour la première fois depuis des années, à des non membres d'organisations politiques, de discuter l'unité d'action. Durant un jour entier, ils prirent la parole, participèrent aux débats et à la prise de décisions.
La conférence constitua aussi, sans doute depuis 1973 ou 74, la première réunion unissant dans la même salle des organisations représentant la gauche, le mouvement républicain, et divers éléments modérés. Elle permit aussi d'associer à son travail nombre d'organisations locales et de groupes ne s'occupant pas ordinairement d'activités anti-répression.
été surpris nous-mêmes par quelques-uns des résultats de la conférence. Par exemple, on avait discuté un certain temps, à gauche, de l'importance de la revendication du retrait de l'armée britannique. On pensait généralement que les gens, n'étant pas prêts à mettre cette revendication-là en avant, préféreraient insister sur la torture. En fait, l'une des motions votées à l'unanimité par la conférence fut celle exigeant le retrait immédiat des troupes britanniques. C'était la première fois depuis le début du combat qu'un rassemblement de cette taille et aussi représentatif en Irlande même, s'exprimait aussi clairement à ce propos.
Quoi qu'il en soit, au lendemain de la conférence, quelques camarades ont exprimé leur déception et adopté une attitude pessimiste. Je crois qu'ils attendaient de la conférence plus qu'elle ne pouvait donner. Telle qu'elle, elle constitua un pas en avant considérable, en ce sens qu'elle ramena au combat des gens qui, d'une façon ou d'une autre, l'avaient quitté dans les dix demières années. Elle engendra aus-
si la formation de comités d'action de parents des prisonniers politiques en de nombreux endroits, par exemple à Dungiven, Urgan, Strabane, Dungannon, Galbally. Ce fut spontanément, en rentrant chez eux, que les gens prirent ces initiatives.
Mais quelques camarades pensaient que nous aurions dû obtenir des résultats plus consistants: un front uni, ou un large front, ayant une liste de revendications permettant un accord de travail, quelquechose qui n'avait plus qu'à rouler droit devant soi. Un tel espoir, selon moi, n'était pas réaliste, et je considère qu'il s'agit au moins d'un début. Plusieurs résolutions essentielles furent discutées et adoptées lors du rassemblement. L'une de ces questions portait sur le statut politique des prisonniers politiques. Elle était posée pour la première fois en dehors du mouvement républicain provisoire strictement dit. On ne la posa pas en termes de droit au statut politique pour les prisonniers républicains provisoires parce qu'ils sont différents des autres emprisonnés. Mais dans le contexte de la campagne générale des britanniques de flétrir comme criminels tous ceux qui résistent ici à la domination impérialiste.
Tous les aspects de la condition des emprisonnés furent alors discutés, aussi bien que le problème de la torture. Pour la première fois depuis 1973-74 la base du parti social-démocrate et du Labour Party fut impliquée dans la discussion.
Mais, à la suite de la conférence, le travail semble lent, et les gens, se rappelant les luttes de masse passées, sont impatients. Il est difficile de leur faire comprendre que faire sortir dans la rue 5 ou 6000 personnes dans une petite bourgade de la banlieue de Belfast constitue un progrès qualitatif par rapport à la situation d'il y a deux ou trois ans, et que ceci doit constituer le critère d'appréciation, et non pas la période 1969-70.
J'estime pour ma part que les résultats de la conférence sont à venir, qu'ils sont lents et en voie de réalisation. L'un des résultats les plus prometteurs de la conférence
• SDLP : Social Democratie and Labour
Party : Voir «Inprecor» No 24. • ISP : Independant Socialist Party. Issu d'une scission de l'IRSP en 1975. Les scissionistes accusaient l'IRSP de n'opérer que dans le cadre militariste du républicanisme traditionnel et par conséquent dans l'incapacité d'offrir une ligne alternative à PIRA provisoire. • SLP : Constituté en novembre 1977, par un courant du parti travailliste irlandais, le comité de liaison de la gauche, lequel s'était opposé à la coalition du parti travailliste irlandais avec Fine Gael, celui des deux partis bourgeois d'Irlande du sud, le plus ouvertement pro-impérialiste. Il bénéficie d'un soutien électoral et a une certaine base syndicale dans la région de Dublin. Il permet le droit de tendances et quelques marxistes-révolutionnaires travaillent en son sein. ORSP : Parti républicain socialiste ir landais. A scissionné de TIRA officielle en 1974 sur la base d'un désir d'acpérialisme britannique. Son dirigeant Seamus Costello, a été assassiné en octobre 1977; il a été victime d'une répression féroce de la part des deux gouvernements britannique et de l'Irlande du Sud. • Sinn Fein : signifie en irlandais « Nous mêmes, seuls». C'est l'aile politique de l'IRA provisoire qui devint légale en 1973. Sinn Fein maintient une indépendance organisationnelle par rapport à l'IRA pour être en mesure de mener des activités légales •Les Provisoires : le terme courant pour désigner l'IRA provisoire. Née en 1971 à la suite de la scission du mouvement été adopté pour bien marquer la contile gouvernement «proviirlandais proclamé par les Répendant la rébellion de Dublin de Pâques 1916. L'autre aile des Républicains a pris le nom d'«officielle» prétendant ainsi à la continuité du mouvement. Depuis la scission, les «officiels» ont évolué vers la droite, adopté des positions économistes et ouvriéristes et en sont arrivés à dissoudre leur aile militaire à leur conférence
Democracy: Démocratie du peuple. Groupe né à la fin des années 60 durant le soulèvement pour les droits civiques. Bien que quelques-uns de ses fondateurs aient été influencés par le marxisme révolutionnaire, il a été marqué, jusqu'aux dernières années par des conceptions spontanéistes, Il a eu une influence de masse dans les premières années 70. Bernadette Devlin en était sympathisante quand elle fut élue députée au Parlement britannique. Ce groupe garde encore une influence de masse dans les ghettos catholiques d'Irlande du Nord. Il n'a cessé de se rapprocher du trotskysme et est actuellement en processus de fusion avec le MSR Mouvement pour une république socialiste, la section irlandaise de la IVe Internationale.
aura été d'élargir le champ des discussions inter-organisations, et d'approfondir notre compréhension commune du problème de la répression et de la façon d'y riposter. Elle a préparé le terrain favorable à la remobilisation du mouvement de masse. Nous ne pouvons pas aller aussi vite que le voudraient certains camarades car nous n'avons pas l'organisation ad-hoc nécessaire, du type SWP américain par exemple. Seuls les Provisoires ont une réelle organisation, il était donc naturel que la plupart des possibilités ouvertes par la conférence leur incombent; malheureusement, ils ne les exploitent pas comme ils le pourraient. Mais tout ceci était inévitable et ne doit nullement porter au pessimisme.
Le terrain est prêt pour un travail commun avec les Provisoires dans le cadre d'un large front au sein duquel nous maintenons notre indépendance. Je refuse d'appeler ça : rester à la traîne des Provisoires . Pour la première fois depuis longtemps, nous avons été capables d'offrir aux Provisoires une perspective qu'ils pouvaient adopter, au lieu de nous contenter de réagir à leurs faits et gestes à eux, et ceci, c'est bien un pas en avant. Question : Comment s'est développée la récente campagne de répression des Britanniques ? Réponse : La Sécurité britannique a astucieusement exploité les erreurs des Provisoires . Il y a eu une séne d'erreurs désastreuses culminant dans le lancement de bombes de La Mon. Ces incidents ont laissé les gens en pleine confusion à la base de la lutte militaire, et aux résultats éventuels d'une telle lutte, ces activités apparaissaient imprudentes.
C'est dans des situations comme celles créées par le bombardement de La Mon, où les gens ne savent pas vraiment ce qui est en train d'arriver, que l'armée pénètre dans les zones républicaines. Au lieu d'arrêter les personnalités républicaines ou les militants les plus connus, les militaires s'arrêtent au bas de l'échelle, et s'en prennent aux 8 gens les moins impliqués. Ils arrétent, emprisonnent, brutalisent et
accusent de crimes tels que « détention d'informations», «secours et soutien à personne connue comme criminelle », « hébergement d'individu suspecté de terrorisme»... des gens dont l'activité se borne à conserver des endroits sûrs, à rester aveugles et silencieux ou au contraire à informer qui de droit selon les nécessités du moment.
Ces accusations sont portées contre les gens les plus inoffensifs. Un homme de 64 ans a été emmené au centre de tortures de Castlereagh pour «interrogatoire ». Conséquence de son séjour là-bas : six semaines dans un asile d'aliénés. Vieillards, femmes enceintes, soutiens de tamille... sont indifféremment arrêtés. Ce n'est pas par simple brutalité que les Britanniques procèdent à de telles arrestations. Ils ont de claires raisons politiques. Il s'agit de terroriser la population. Ils espèrent, ce faisant, couper les Provisoires de la communauté.
Bien entendu, le fait que l'armée britannique s'en prenne à présent aux larges masses soutenant le mouvement républicain, aurait pu mettre le feu et déclencher en riposte une insurrection massive. Cela aurait pu se produire si les Provisoires s'étaient montrés plus actifs dans la remobilisation du mouvement de masse. Ils pourraient faire beaucoup pour mobiliser ces gens dans les activités de protestation et dans les manifestations.
En revanche, si les Provisoires continuent à négliger ces problèmes, ils devront payer le prix forti Car l'armée britannique tente de les isoler de la population, par la terreur et les Provisoires ne lui donnent aucun moyen efficace de riposter. Ces gens-là ne sont pas prêts à se défendre à coup de M6. Ils comprennent qu'ils sont aux avant-postes, soutenant le choc de la réponse de l'armée britannique à la stratégie militariste des Provisoires , sans que quiconque ne leur porte secours ni n'élève la voix pour protester.
C'est dans ce cadre qu'il devient d'autant plus urgent de construire des comités d'action et des groupes anti-répression, et de commencer à offrir des moyens d'expression concrets à la colère populaire. Je pense que l'armée britannique a sous-estimé la population d'ici, et je ne parle pas de gens comme nous, les socialistes, je parle des gens qui vi vent dans des quartiers républicains traditionnels tels que le mien. Ces gens-là n'ont jamais accepté la défaite sauf de façon extrêmement temporaire. Or, à présent, la répression a atteint un niveau qu'ils jugent presque insupportable.
Je ne parle pas des conditions qui sévissent dans le seul bloc H, mais des brutalités et de la torture échelle de masse. Je ne parle pas seulement des cas les plus dramatiques mais des cas quotidiens de gens emmenés au poste de police pour les effrayer, pour les tabasser, les cas des gosses qu'on arrête sur la route et qu'on harcèle. Tout ceci crée une situation telle que, même sans victoire à l'horizon, les gens ont décidé de ne plus en supporter davantage. Le sentiment de confusion et de quasi-désespoir qui prévalait au sein des masses est en train de tourner à la fureur. Notre tâche est de faire en sorte que cet état de fait engendre quelque chose de plus durable qu'un accès de rage. Question : Quel a été, penses-tu, le succès des Britanniques, dans leur campagne pour faire passer comme criminels les républicains arrêtés pour leur soi-disant participation à des actions armées ? Réponse :Ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'ils n'avancent en rien dans la direction qu'ils souhaitaient. Ils ne réussissent pas un instant à convaincre le population catholique que les Provos sont des criminels et que les emprisonnés ne méritent pas le statut politique. Le •problème dans cette campagne de défense du statut politique est que nombreux sont ceux qui, en dehors Belfast et de Derry, n'en comprennent pas l'enjeu réel. La raison de ceci est que la plupart des prisonniers politiques à qui l'on dénie le statut poltique provient de ces deux
Le problème est illustré par un petit exemple pris à la conférence de Coalisland. Un homme de Belfast est venu, revêtu en tout et pour tout d'une couverture, comme les prisonniers du bloc H, mais la plupart des gens ne comprirent pas jusqu'à ce qu'il explique pourquoi il restait nu sous sa couverture. Les gens emprisonnés dans le bloc H à Long Kesh et à la centrale d'Armagh (pour les femmes), à qui l'on refuse le statut politique, restent enfermés dans leur cellule 23 heures par jour. Certains sont là depuis 2 ans, maintenant et durant tout ce temps n'ont porté aucun autre vêtement qu'une couverture. Ils n'ont droit ni à leur courrier, ni à la lecture, ni à converser avec qui que ce soit sauf quand les autorités pénitentiaires, poussées par le « surpeuplement », doivent mettre deux ou trois prisonniers dans la même cellule.
Un système sinistre est à l'origine de cela. Un prisonnier arrive accusé de crimes commis prétendument après une date arbitrairement choisie, après laquelle il a été décrété que les actes de résistance à la loi britannique ne sont plus passibles de l'accusation politique mais du simple droit commun. Les jeunes, hommes et femmes, accusés après cette date refusent de porter l'uniforme des emporté leurs vêtements personnels et on refuse de les leur rendre. Ils sont appelés le lendemain chez le directeur et parce qu'ils ne portent aucun vêtement, sont accusés de rupture de discipline et mis au ca-
Puis le jour suivant, ils sont de nouveau appelés chez le directeur et ils refusent une nouvelle fois de mettre les vêtements pénitentiaires, et ainsi le système pénal continue, jour après jour, ou semaine après semaine, jusqu'à ce que, très vite, le prisonnier ne jouisse plus d'aucun soi-disant privilège. C'est-à-dire plus de lit, plus de chaise, plus de table, plus de lettres, plus de visites, plus de lecture, plus de contacts d'autres prisonniers.
Et cette situation là dure jusqu'à ce que les prisonniers acceptent de revêtir l'uniforme pénitentiaire. Mais malgré le fait que le statut politique ait été supprimé il y a deux ans, aucun des prisonniers n'a accepté de troquer sa couverture contre l'uniforme pénitentiaire.
C'est ainsi que chaque semaine, nous avons un nombre croissant de jeunes gens soumis à ces conditions absolument inhumaines. Et un de
ces jours, l'un d'entre eux va devenir fou ou va mourir. Les informations filtrant de la prison indiquent que les emprisonnés souffrent de désorientation, de perte de poids, qu'ils deviennent anémiques, que la plupart ont rasé totalement leurs cheveux de façon à rester propres. Ils ne font aucun exercice, ils ne sortent jamais. Ils n'ont la permission de quitter leurs cellules que pour vider leur pot de chambre mais ils les vident dans les toilettes... qu'ils n'ont d'ailleurs pas le droit d'utiliser au cours de leur séjour là-bas. Ils se lavent dans des bassines dans leur cellule, ils vident ces bassines dans les salles d'eau. qu'ils n'ont pas le droit d'utiliser. Toutes ces mesures punitives ne visent qu'à forcer ces jeunes gens à revêtir l'uniforme pénitentiaire et à accepter le statut criminel, parce qu'un responsable britannique a décrété qu'à partir d'une certaine date, il ne s'agissait plus d'un combat politi-
Mais le bloc H n'est jamais que l'aspect le plus extrême de tout un système d'intimidation, de torture, et de déshumanisation. Les coups et la torture sont massivement utilisés pour obliger les gens à avouer des crimes imaginaires. Le cas le plus flagrant est celui de Ronni Runting, un dirigeant de l'Irish Republican Socialist Party (IRSP). Il fut pris par la police et on le marqua des lettres UVF (Ulster Volunteer Force - l'une des organisations terroristes protestantes). Les examens faits en prison reconnurent la réalité des lettres et des meurtrissures. Il fut donc relâché sans être accusé. Mais par la suite, il fut poursuivi, pour avoir, lui, accusé la police fondement. Pour être précis, il fut reconnu coupable d'avoir « fait perdre son temps à la police ». Car, ce jeune homme, a-t-on dit, a été en prison, s'est battu lui-même, a meupropre corps et a ensuite gaspillé le temps de la police en l'accusant d'avoir commis tout cela. C'est évidemment d'une totale absurdité, mais c'est aussi absolument sinistre. C;est l'aboutissement d'un processus systématique d'aveux extorqués qui, dans une mesure non négligeable a fourni aux Britanniques ce qu'ils espéraient. Le nombre des condamnés à des peines de prison s'est accru dans des proportions dramatiques. Au cours des derniers mois 77 personnes ont été condamnées.
Le Père Paul de Dungannon qui étudie minutieusement ces cas, a récemment démontré de façon irréfutable devant les tribunaux que plus de 80% des accusés sont reconnus coupables sur la seule base de leur propre témoignage. C'est de cette façon que les Britanniques réussissent à mettre en prison un nombre croissant de gens. Question : Comment expliques-tu que, durant les derniers mois, dans leur presse et leurs prises de position, les Provisoires aient érigé la lutte armée en ligne de démarcation sectaire, proclamant qu'ils ne feraient aucun travail commun contre la répression avec ceux qui ne soutiendraient pas leur lutte armée? Réponse : Cette attitude des Provisoires fait vraiment problème. Elle est complètement irréaliste. Hors d'Irlande, c'est tout simplement ridicule de poser de tels ultimatums. Même en Irlande du Nord, et en tout cas en Irlande du Sud, région cruciale pour construire un mouveIment véritable, il n'est pas possible, de façon réaliste d'avancer une telle exigence.
Il y a en effet, de larges secteurs de la population qui ne peuvent pas s'impliquer et qui ne s'impliqueront pas dans la lutte armée. L'idée de s'impliquer totalement les effraie et les éloigne de toute autre activité. Elle engendre chez eux la confusion. Ce qu'ils voient c'est un cercle vicieux : des gens qui n'entreprennent que des actions militaires et sont emprisonnés pour cela par la suite. Quelle que soit leur compréhension de la responsabilité fondamentale de la présence britannique dans toute cette affaire, ils ne sont pas prêts, pour autant, à s'embarquer dans une aventure qui ne semble pas devoir déboucher où que ce soit.
En subordonnant complètement la défense des prisonniers à l'accord avec leur ligne de lutte armée, les Provisoires, de fait, n'augmentent ni le soutien aux prisonniers ni le soutien à leur lutte armée; ils aboutissent exactement au contraire; la solidarité aux deux déclinera. L'attitude des Provos est extrèmement dangereuse en ce qu'elle aide l'armée britannique dans sa tentative de les isoler.
Je suppose que s'ils ont adopté une telle ligne, c'est en raison d'un conflit grandissant entre leur aile droite et une gauche naissante. Certains dirigeants républicains, tels que Jimmy Drumm et Gerry Adams ont essayé de faire appel à la population mais cette tentative semble avoir été bloquée. La réaction traditionnelle dans le mouvement républicain dès que des divergences politiques apparaissent, c'est de s'accrocher au chemin de l'unité et le chemin de l'unité dans toute la tradition républicaine, c'est la lutte armée contre l'oppression.
Mais les Provisoires se trompent s'ils croient qu'à ce stade, ils peuvent maintenir l'unité du seul fait de leur campagne militaire et en écartant toute critique. Si les choses continuent comme récemment, il va y avoir encore davantage de divisions et leur aile droite peut leur causer des surprises. C'est difficile de croire que les Provisoires peuvent penser qu'il leur est possible aujourd'hui de remporter une victoire militaire et que tout le reste est secondaire...
Quand les Provisoires écartent les critiques de leurs partisans, qui, en général, sont plutôt favorables à la lutte armée à la condition qu'elle ait un sens, qu'elle offre des perspectives tangibles, quand ils les traitent comme si ces gens-là étaient contre toute lutte anti-impérialiste, la tension monte. Je crois donc que vous avez des tensions entre les sympathisants des Provisoires et l'organisation. Et vous avez tension également entre la direction et la base. Question : Les marxistes-révolutionnaires sont-ils en mesure d'offrir une perspective aux forces engagées dans la lutte ? Où en est le regroupement de leurs forces ? Réponse : Je pense que nombre d'obstacles essentiels pour construire un parti révolutionnaire unifié ont été surmontés. Il y a eu de sérieux progrès, à gauche, dans l'ap-
préciation du besoin de se regrouper, du besoin de construire un parti révolutionnaire. Par conséquent, il y a davantage de possibilités de discuter entre organisations, d'agir en commun, d'échanger des idées. Mais en ce moment même, le processus de regroupement connait un certain ralentissement. La raison ne m'en apparaît pas très clairement. Peut-être est-ce naturel. Durant les 10 dernières années, nous sommes parvenus à la compréhension du besoin du parti révolutionnaire. Nous avons tiré les leçons des périodes ultra-gauches, de notre fétichisation du mouvement de masse, de nos tendances à l'économisme, à l'ouvrièrisme, de notre suivisme chronique par rapport aux Provos. Oui, nous avons commis toutes ces erreurs.
En ce moment précis, je crois que nous marquons quelque hésitation, parce que nous savons ce qu'il faut faire, mais nous ne savons pas exactement comment y parvenir.
Nous avons atteint l'étape d'une fusion en voie de s'accomplir entre People's Democracy et le MSR (Movement for a Socialist Republic -Mouvement pour une république socialiste, section irlandaise de la
IVe Internationale). Nous constituons, quant à nous, l'ISP (Independant Socialist Party - Parti socialiste indépendant). groupes ont rejoint le SLP (Socialist Labour Party - Parti travailliste socialiste). Cette dernière organisation mérite quelque attention. Je pense qu'il ne s'agit pas seulement pour nous de s'atteler au travail répression et à la construction mouvement de masse, entreprendre tâche sérieuse de construire un parti révolutionnaire unifié. Je parle pour moi car je sais qu'il existe dans notre propre organisation de nombreuses divergences sur les possibilités concrètes de former un tel parti. Je sais qu'il y a aussi nombre de problèmes essentiels à résoudre. Mais je reste convaincue qu'étant SUR L'IRLANDE ON PEUT LIRE «Inprecor» Nos 25 et 25 (mars 1978) : «L'opinion publique amorce un tournant à gauche » par Gerry Foley. Le dossier de la revue «Quatrième internationale» No 7/8 (été 73); La brochure de la LRT/section belge de la IVe Internationale : «La révolution irlandaise en marche» par Nathan Weinstock. Le livre de Bernadette Devlin : «Mon âme n'est pas à vendre » (Seuil 1969).
donné la situation sur le terrain, les nouveaux développements, la remontée des luttes, les divergences entre les organisations, particulièrement celles entre People's Democracy, le MSR et PISP, sont insuffisantes pour justifier le maintien d'organisations séparées...
Je crois que le processus de regroupement en Irlande revêt aussi une importance internationale. Je crois qu'elle a une importance cruciale pour la IVe Internationale et le mouvement trotskyste international. Il est important de savoir que presque tous les groupes qui se réclament du marxisme dans ce pays sont plus ou moins proches du mouvement trotskyste au sens large du terme.
Le maoisme qui existait sous diverses formes au début, n'a jamais produit d'organisation sérieuse. Les staliniens sont dans tous les groupes qui dégénèrent manifestement et se coupent de la lutte. La gauche n'est pas très nombreuse, bien sûr, mais presque sans exception , les petits groupes ou partis d'extrême-gauche qui ont survécu, se sont développés et qui continuent de croître en travaillant sérieusement au cœur des luttes, sont essentiellement des groupes trotskystes.
En voici les principaux aspects: Republican News (journal du Sinn Fein provisoire dans les 6 Comtés - Irlande du Nord)..
Le 27 avril, les bureaux du «Republican News» et ses imprimeurs ont été l'objet d'un raid. Des arrestations ont suivi et le 4 mai, 12 personnes ont été accusées d'appartenir à l'IRA. Parmi les arrêtés fi guraient la direction du Sinn Fein de Belfast, l'imprimeur du «Republican News», un correspondant de «Libération», Alain Frilet et un photographe indépendant L'imprimeur, Gary Kennedy, est membre de l'exécutif de Belfast du SDLP.
Bien que les accusations contre les 12 ne fassent aucune référence au «Republican News», ces arrestations et autres brimades (y compris des destructions de matériel lors de raids précédents) ont pour objet de réduire au silence la presse antiimpérialiste. Ceci a provoqué chez les imprimeurs peu désireux de subir le sort de Gary Kennedy une réticence croissante à accepter les périodiques anti-impérialistes. Le journal de People's Democracy et du MSR, «Socialist Republic», jadis imprimé par Kennedy a dû paraitre en mai, dans des conditions précaires. Tout comme «Republican News», «Socialist Republic» s'est arrangé avec d'autres imprimeurs mais il est clair que les deux joumaux auront à subir d'autres tracasseries. Brian Maguire et Jake McMahon
Les interrogateurs du RUC (Royal Ulster Constabulary, police d'Irlande du Nord) ont annoncé deux nouvelles victimes. Brian Maguire, 27 ans, ingénieur en électronique et Jake MeMahon, 18 ans, militant républicain. Maguire a été trouvé mort dans sa cellule au centre d'interrogatoire de Castlereagh, le 10 mai, et le même jour, la rivière Lagan a rejeté le corps en état de décomposition avancée de MeMahon.
Maguire était un syndicaliste actif, secrétaire dans son usine de la section de TASS, la section technique du syndicat des travailleurs de la mécanique. Les autorités prétendent qu'il s'est suicidé, mais sa famille, ses amis et compagnons de travail disent tous que l'explication la plus probable est qu'il est mort sous la torture. Et en tenant compte du harcèlement infligé dans le passé à McMahon et à sa famille, il semble presque certain qu'il a subi le même sort. L'horreur du bloc H
Les conditions dans le bloc H (ainsi nommé en raison de la forme du bâtiment) ont encore sensiblement empiré dans la période récente, si l'on en croit ce