Abattre le "mur entre
Nous reproduisons ci-dessous une interview d'Ernesto Arellano, vice-président de la Fédération tionale du travail (NFL) des Philippines et secrétaire général du Kilusang Mayo Uno (KMU, Mouvement du Premier Mai), la plus importante centrale syndicale lutte de classes dans ce pays. Cet entretien est initialement paru dans Against the current n° 26 (mai-juin 1990) publication de Solidarity, organisation de la gauche socialiste des Etats-Unis.
Arellano revient sur les circonstances qui ont abouti au coup d'Etat militaire de décembre 1989, le sixième et le plus sérieux perpétré contre le régime de Corazon Aquino depuis 1986 (voir Inprecor n° 299 du 11 décembre 1989). Il revient d'autre part sur le changement radical de position opéré par le Mouvement du Premier Mai à propos du massacre de Tiananmen de juin 1989 en Chine (voir Inprecorn° 309 du 17 mai 1990). du 11 juin 1989, reprenait largement à son compte l'explication officielle des événements présentée par le gouvernement chinois. La centrale syndicale s'affirmait « profondément concernée par ce qui se passe à Pékin » et espérait « la fin définitive du bain de sang et du chaos ». Mais elle exprimait aussi « son plein appui au peuple chinois sous la direction éclairée du Parti communiste chinois ». Elle se déclarait « heureuse que malgré les efforts des gouvernements impérialistes, le PCC et l'Armée de libération populaire aient été capables d'atténuer le conflit et se dirigent actuellement vers la résolution des questions soulignées précédemment ».
Cette prise de position a provoqué une grande émotion et de nombreuses oppositions aux Philippines et ailleurs, chez tous ceux qui avaient toujours soutenu l'action de cette centrale syndicale, née en 1980 sous la dictature Marcos et elle-même maintes fois frappée par la répression.
PHILIPPINES les syndicats
Paul PETITJEAN
Comme le note le deuxième communiqué du KMU, sa position initiale a « déconcerté ses membres, ses amis et ses partisans ».
Rumeurs de Tiananmen naportance toute particulière pour la gauche militante aux Philippines car elle a été historiquement très marquée par la révolution chinoise. Le Parti communiste philip pin (PCP) et la guérilla de la Nouvelle armée du peuple (NPA) sont d'origine maoïste ; ils principal courant de cette gauche dit "national-démocratique" qui comprend une composante clandestine organisé dans le
Front national démocratique (NDF) et une composante légale, regroupée dans la coalition Bayan (la Nouvelle alliance nament légal.
tion prudente sur les événements chinois, tout en étant nettement critique vis-à-vis du régime en place ; en effet, elle a
«déploré l'usage indiscriminé des armes pour disperser les étudiants et les civils » sur la place
Tiananmen.
Elle a aussi « réitéré sa solidarité au peuple chinois dans sa lutte pour des réformes visant à renforcer la
Chine socialiste».
Quant aux organisations clandestines le PCC, le NDF et la
NPA —, elles n'ont pas publié de déclarations à ce sujet. Le
KMU était ainsi la seule organisation de sein du gauche, au nationalcourant démocratique, à avoir soutenu le gouvernement et le PC chinois cratique.
sanguinaire ».
Les événements de Chine ont une imaniment et influencent le tionale) appartient à ce dernier regroupe-
Or, la coalition Bayan a pris une posiaprès la répression du mouvement démo-
Les autres courants de la gauche philippine ont été unanimes dans la condamnation du massacre de Tiananmen. L'organisation socialiste Bisig s'est, pour sa part, déclarée « choquée par le massacre » et a exprimé sa « solidarité et son appui au peuple chinois dans sa lutte contre une gérontocratie despotique et
La publication du communiqué du 11 juin a représenté, comme le note Arellano, un "choc", y compris pour de nombreux membres de la direction du KMU ;
cette déclaration n'avait, en effet, été discutée que par un petit nombre de personnes, sans que des conclusions définitives aient été tirées.
Outre le problème politique de fond, la publication du communiqué a donc soulevé des problèmes de fonctionnement. La fédération dont Ernesto Arellano est le vice-président, la Fédération nationale du travail (National fédération of labour - NFL), membre du KMU, a, quant à elle, officiellement condamné avec force la répression.
C'est dans ces conditions que les organismes dirigeants du KMU se sont réunis et ont publié un nouveau communiqué dans lequel la centrale syndicale démentait celui du 11 juin.
Selon cette seconde déclaration, « le KMU est fermement en désaccora avec la façon dont les protestations de masse sur la place Tiananmen ont été réprimées. Nous dénonçons les violences et les meurtres de travailleurs, d'étudiants et de soldats ».
Outre l'interview d'Emesto
Arellano, nous publions l'intégralité du communiqué de la NFL et de la deuxième déclaration du KMU.
Mai 1990