Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

La loi du plus fort

· Inprecor n° 310, 1er juin 1990 · p. 10-11 · 1 215 mots

Allemagne Europe de l'Est Syndicalisme

formelle de l'existence de la RDA. Le chancelier Kohl espère transformer les élections de RFA du 2 décembre 1990 en élections pan-allemandes — et battre son rival social-démocrate, Oskar Lafontaine, grâce aux voix est-allemandes.

La loi du plus fort

A près avoir subi un revers lors des élections régionales du

13 mai 1990, le chancelier ouest-allemand, Helmut Kohl, veut accélérer le processus d'intégration de la République démocratique allemande (RDA) à la République fédérale allemande (RFA). Le 18 mai, un accord de transition a été signé par les deux gouvernements allemands, donnant pleins pouvoirs en matière d'affaires financières concernant les deux Etats à la Banque fédérale ouest-allemande. Et, le ler juillet prochain, le traité d'union monétaire, économique et sociale entrera en vigueur.

On s'attend, qu'à l'automne prochain, le parlement est-allemand vote la fin

Winfried WOLF

QUE L'UNITE ait

« lieu un an plus tôt ou un an plus tard, c'est sans importance » ! Telle est l'opinion d'un spécialiste de la RDA, membre du

Congrès de l'industrie et mand, sur le traité d'union monétaire économique et sociale entre les deux Allemagne qui vient d'être signé. D'un point de vue politique, ce traité n'est qu'un diktat stipulant l'annexion sans conditions de la RDA par le capital et le monde des affaires ouest-allemands. Ce document de la reddition totale a été signé, du côté est- allemand, par une "large coalition" de partis ; cette coalition existe aussi du côté

Le gouvernement ouest-allemand n'a pas manqué de souligner la portée symbolique du traité. Mais, alors que Kohl avait présenté ce document comme la « naissance d'une Allemagne libre » — ce qui est vrai en ce qui concerne la liberté d'exploiter -, les gouvernements n'ont reçu le texte du traité que 18 heures avant de la signature. Le texte est marqué du sceau de la République fédérale ; et les parlementaires de l'Union social-chrétienne (CSU)

et de l'Union chrétienne-démocrate

RDA (CDU) demandent déjà que le ministre est-allemand de l'Intérieur, lui-même conservateur endurci, « laisse gentiment le drapeau de la division à l'extérieur de la salle des négociations ».

Sous la houlette de la RFA

La base — c'est-à-dire l'économie capitaliste — détermine la superstructure a déclaré Karl Marx; « en dernière instance » ajoutait Friedrich Engels. Et la coalition de Bonn a concrétisé cela par rapport à la RDA — très vite ! L'économie capitaliste doit être mise en place au ler juillet 1990. Les élections pan-allemandes établiront la superstructure, après que le traité ait mis sur pied la base. Et, alors que les formulations du traité concernant la superstructure sont vagues («grâce au fait, qu'à l'automne 1989, une révolution pacifique et démocratique a eu lieu en RDA, les signataires du traité sont arrivés à un accord....»), les attendus sur la base économique sont relativement

Le ler juillet 1990, le Deutsche mark deviendra la monnaie commune des deux Allemagne. Il est "évident" que les pièces seront frappées, les billets imprimés et la circulation de l'or contrôlée en RFA. « La Deutsche Bundesbank [banque centrale ouest-allemande] règle (...) la masse monétaire et le volume du crédit dans toute la zone monétaire ». Personne ne s'est demandé si la RDA ne devrait pas bénéficier

DÉSORMAIS PLUS DE CLOiSONS

ENTRE Nous!

PANCHO d'un strapontin dans ce temple du capital ouest-allemand

Le ler juillet 1990, d'après le traité, «la base de l'union économique sera l'économie sociale de marché ». Les caractéristiques de ce prétendu "marché social" sont « la propriété privée, la concurrence, la libre formation des prix et une totale liberté de circulation du travail, du capital, des biens et des services » (article 1). Les « dispositions de la Constitution de la RDA qui vont à l'encontre de l'union », tout particulièrement celles qui constituaient le « fondement de la société et de l'Etat socialistes » ne seront plus appliquées (article 2).

Le traité suggère que, pour certaines branches industrielles qui risquent de dé périr rapidement des suites de l'union monétaire, des mesures transitoires d'amortissement sont possibles, comme par exemple l'imposition d'une taxe en RDA sur les produits importés de RFA. Cependant, la nature fictive de ces règlements et de leur effet d'amortissement est dévoilée par l'évocation de « l'arrêt des contrôles sur la frontière inter-allemande » (article 12), car cette frontière, en fait, ne peut plus être contrôlée, entre autres à cause de la présence de Berlin-Ouest au milieu de la RDA. L'union monétaire comprend aussi l'union douanière ce qui entraînera une compétition directe à partir du ler juillet 1990.

L'accord s'applique aussi implicitement au marché mondial. Selon l'article 13, « la RDA prend en compte les principes d'un commerce mondial libre ». Généreusement, le texte précise que la RFA « mettra à disposition sa propre expérience » pour que la RDA puisse s'intégrer le plus possible dans le marché mondial.

Quant à l'article 17, il stipule que la « liberté d'association, l'autonomie des

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négociations salariales, le droit de grève, la cogestion et la protection contre les licenciements » etc., seront établis « selon les droits en vigueur en RFA ». Le Parti social-démocrate (SPD) tant en RDA qu'en RFA s'est réjoui de ce texte, car le droit des employeurs à licencier en cas de grève n'apparaîtrait plus aussi nettement que dans la première version du traité. Cette affirmation n'est qu'un mirage car, en Allemagne fédérale, le droit de licenciement est inscrit dans la législation concernant les conflits dans l'industrie. Pire encore, après le ler juillet, en RDA, les grèves politiques seront interdites, y compris celles qui s'opposeraient à l'anschluss. Même les grèves strictement économiques seront sujettes à des restrictions (à travers, par exemple, le paragraphe 116 de la loi sur le Travail).

L'article 24 limite explicitement les conventions collectives dans le secteur public. Les accords salariaux dans ce secteur doivent « correspondre aux conditions économiques et financières générales de la RDA »: pas d'argent, pas de salaires, pas de conventions collectives.

Finalement, les articles 25 à 28 précisent que le dernier mot, en matière de dépenses publiques et surtout en ce qui concerne les nouveaux crédits, revient... au ministre des Finances ouest-allemand.

Partie perdue d'avance

Ce traité est un accord entre deux parties dont l'une achète et l'autre veut être achetée. A ce niveau, celui des gouvernements, les dés sont pipés. La RFA possède tous les atouts et le gouvernement de RDA n'a rien à offrir, car il n'a pas voulu s'appuyer sur les forces vives des événements de l'automne 1989 — le peuple de RDA et ses intérêts.

Aujourd'hui, ceux qui sont au pouvoir, tant à Bonn qu'à Berlin, calculent froidement les conséquences du traité. Avant la fin 1990, on assistera à des licenciements massifs. Le ministre de l'Intérieur de RDA, Diestel a parlé de « trois ou quatre millions de chômeurs ». Pour préparer le terrain, il demande instamment que la police soit vite armée et que des unités spéciales soient créées sur les restes de la Stasi (voir Inprecor n° 308 du 4 mai 1990) ; après tout, dit-il, ses anciens membres sont des «gens entièrement nouveaux: les corps sont restés les mêmes mais leurs esprits sont différents ». Mais on peut craindre le con-traire ! Il faut espérer que la mobilisation de la population de RDA, pour résister au traité et à ses conséquences, arrête ce lavage de cerveau. *

Soz, 11 mai 1990

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