Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SOCIETE

Les flics aiment le foot

Inprecor n° 311, 15 juin 1990 · p. 21 · 588 mots

Italie Grande-Bretagne Allemagne

LE MONDIALE, "fête du sport", est l'occasion d'une intégration sur le terrain sans précédent des polices européennes, sous couvert de combat contre le hooliganisme. Depuis le carnage du Heysel en 1985, le spectre des hooligans anglais hante les polices européennes et sert de prétexte à un fichage généralisé de la jeunesse.

FIN 1989, le ministère de l'Intérieur britannique a créé une unité nationale de renseignement sur le football chargée de contrôler les hooligans. L'une de ses premières tâches a été de veiller au "bon déroulement" du Mondiale en fournissant à ses collègues italiens les noms de plus de 100 personnes fichées comme "pouvant être dangereuses" ainsi que ceux des 34 hooligans supposés être les "plus durs". Un téléphone rouge entre les deux polices a été installé afin de permettre un échange d'informations permanent, et la presse britannique n'hésite pas à révéler que des policiers britanniques ont infiltré les bandes de supporters afin de suivre au plus près leurs agissements en Italie.

LA POLICE française participe aussi de cette grande opération de fichage international : elle contrôle les supporters à leur descente de ferry et les renvoit en

"vice de forme" autorités de République d'Allemagne (RFA), quant à elles, ont déclaré qu'elles surveilleraient davantage leurs frontières après les violents allemands et yougoslaves à Milan, le 1er juin dernier (ils ont été dispersés à l'aide de grenades lacrymogènes par la police italienne et deux supporters allemands ont été condamnés à un an de prison par

EN ITALIE même, 42 000 policiers et carabiniers sont sur le pied de guerre sous prétexte d'assurer la sécurité à tous les niveaux (gares, aéroports, villes ou se déroulent les matchs — ainsi la ville de Milan accueille 3 500 policiers supplémentaires) ; plus de 20 000 d'entre eux

Les flics aiment le foot sont spécifiquement chargés de la protection des stades et ont reçu une formation anti-émeutes spéciale — qui pourra toujours leur servir à nouveau. Les spectateurs doivent franchir trois contrôles musclés de police avant d'accéder aux tribunes; les stades sont surveillés en permanence par des caméras-vidéo et des hélicoptères; les chiens policiers montrent les dents...

A CAGLIARI, dans l'ile de Sardaigne, où ont lieu les trois premiers matchs de l'équipe anglaise pour cause de facilité de tri des supporters, grâce à la traversée maritime, de violents incidents ont opposé forces de l'ordre italiennes et hooligans britanniques, le 11 juin. Les brigades anti-émeutes de la police italienne ont répondu extrêmement violemment aux provocations de jeunes supporters anglais éméchés, en en blessant quatre, dont un grièvement, lors d'une charge. Ils ont même molesté deux photographes

LORS de la rencontre IrlandeAngleterre du 11 juin à Cagliari, 2 000 policiers entouraient le stade tandis, qu'à l'intérieur, 1 500 autres dressaient des cordons de sécurité entre les différentes nationalités (Anglais et Irlandais, mais aussi hooligans italiens, les ultras azzurri qui voudraient se "venger" des Anglais depuis la boucherie du Heysel). Après le match, la police anti-émeutes italienne, l'arme au poing, a canalisé les partisans des deux équipes jusqu'à la gare de Cag liari, les séparant par un mur humain.

A LA SUITE de cette journée, seuls quelques incidents entre Anglais et Irlandais ont pu être déplorés, un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré que son pays était « relativement content de la façon dont l'Italie avait tenu en main le match Irlande-Angleterre»...

PAR AILLEURS, de nombreuses expulsions de "fauteurs de troubles" de différentes nationalités ont déjà eu lieu, toujours grâce à la collaboration étroite entre les autorités de police italiennes et celles des différents pays concernés. *

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