« QU'EST-CE qu'une partie de football dans un grand stade urbain ? Voici un jeu étranger dont les règles sont importées et dans lequel sont impliqués des Congolais, la compétition entre les deux équipes s'inscrit dans cette unité. Les spectateurs massés autour du terrain reconstituent les ruptures hiérarchiques (trois groupes sont générale ment distincts: les bourgeois, les travailleurs intellectuels, la citadins) : les dignitaires du régime sont là : hauts fonctionnaires, politiciens, officiers supérieurs, leur présence est marquée de quelque manière ; policiers et soldats, en tenue de combat, quadrillent étroitement la foule des spectateurs. Il n'est pas possible de séparer ce qui se joue sur la pelouse de ce qui se passe autour : l'événement offert à la foule est la mise en scène des rapports, le spectacle participe à leur reproduction, leur présence, celle de leurs soldats et policiers, est une manière de manifester la liaison entre ce jeu et la domination dont ils sont les bénéficiaires [il n'est peut être pas indifférent qu'en 1966-68, de nombreuses exécutions publiques aient été organisées dans les stades; que les meetings politiques s'y localisent le plus souvent).
«LE FOOTBALL, mise en scène ludique de rapports privilégiés centrés sur la médiation étrangère, est un instrument privilégié de leur reproduction au sein de la masse, dans la mesure où il pénètre au sein des quartiers urbains et
Villages, ce généralement l'école ; les grands spectacles du stade sont relayés par les multiples équipes de jeunes qui s'affrontent dans les terrains vagues des villes, sur un champ proche du village, c'est là un élément non négligeable de la fixation des adolescents dans l'ensemble du système
Les fleurs du Congo, Gérard Althabe, Maspero, Paris, 1972