LE CONTRASTE actuel avec la débandade généralisée des économies de "commandement central" (pays de l'Est), met davantage en valeur ce cycle de croissance de huit ans des pays capitalistes industrialisés. Le rétablissement survenu après le traumatisme du krach boursier d'octobre 1987 — que l'on avait interprété comme le signe prémonitoire d'une sérieuse récession —, tend à renforcer encore plus l'impression optimiste d'une sortie de la crise du "centre" de l'économie capitaliste internationale; ceci malgré le mini-krach généralisé d'octobre 1989 ou la chute brutale de la bourse de Tokyo, début 1990.
Ainsi, dans son rapport annuel, daté du 11 juin 1990, la Banque des règlements internationaux (BRI) déclare qu'au-delà des « bouleversements intervenus en Europe de l'Est, (...) le fait le plus remarquable est que la croissance économique se poursuive avec autant de vigueur sur une aussi longue période dans un grand nombre de pays industrialisés du monde occidental, dépassant, encore une fois, les prévisions, pourtant optimistes » (3). Les chiffres du chômage ont certes baissé, cependant « pour la zone OCDE, dans son ensemble, le chômage s'est établi à 6,4 % en 1989, contre un chiffre record de 8,7 % en 1983 ». Un record qui sera, sous peu, largement battu.... à l'Est.
Ce constat des "séquelles" sociales d'une crise ponctuée par les récessions de 1974-1975 et 1980-1982 ne doit néanmoins pas empêcher de poser la question : qu'en est-il de cette reprise persistante de la partie centrale de l'économie capitaliste mondiale ? La réponse à cette ques-
L'économie américaine — en "volume" la plus importante du monde : elle totalise quelque 45 % du Produit intérieur brut (PIB) des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) (I) — entre dans son
92e mois de croissance depuis la dernière récession de
1981-1982 (2). Celte dernière avait frappé tous les pays industrialisés et marqué aussi l'entrée brutale d'une grande majorité des pays de la périphérie dans une dépression qui rappelait celle de 1929 (impulsée par l'éclatement de la crise de la dette). Elle se conjuguait avec le début d'implosion des économies de l'Est.
Charles-André UDRY tion n'est pas simple. Si elle l'était, nous n'assisterions pas à la valse-hésitation des experts de différents bords.
La marche eyelique de
Péconomie
Chaque fois qu'un cycle se prolonge, des futurologues annoncent soit la fin des cycles économiques, soit la succession des phases suivantes : essor, boom, ralentissement, récession ouvrant ou non sur une dépression. De telles prédictions avaient du succès entre 1961 et 1969 lorsque, sous l'impact des dépenses militaires liées à la guerre du Viet-nâm, l'économie américaine connut 106 mois de croissance... et alors que l'Europe chevauchait le boom de l'après-guerre. D'autres économistes, plus soucieux, soulignent qu'au contraire, plus l'essor est long, plus la récession durera, et ils mettent l'accent sur les grands déséquilibres qui persistent (déficit de la balance des paiements des Etats-Unis, endettement, etc.). Enfin, certains, frappés du sceau du bon sens, remarquent : « Mais ce n'est pas parce que le monde échappe à une récession d'envergure qu'il en découle la mort du cycle économique » (4).
Nous pouvons aisément nous rallier à une telle assertion, nous pour qui la marche cyclique de l'économie capitaliste fait partie de la "sa nature intrinsèque" !
Ceci dit, au moins trois questions connectées se posent. L'élan actuel annonce-t-il une ré-accélération de la croissance pour les années 1990 (par comparaison avec celle de la période ouverte en 1974-1975) ? Quelles sont les raisons de cet étalement du cycle de croissance initié en 1983 ? Quelle conjoncture plus immédiate se profile ? Les réponses seront limitées, "nuancées" diront ceux qui rechignent à accepter la difficulté à saisir les lignes de forces de la dynamique d'un système économique mondial, dont la mutation et les ruptures s'effectuent sur un rythme accéléré.
Il ne fait guère de doute que les politiques d'austérité appliquées avec vigueur depuis le début des années 1980 ont porté leurs fruits pour le capital, en contribuant à redresser le taux de plus-value et le taux
1) Les 24 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) totalisent quelques 17 % de la population mondiale, mais près de 70 % de la pro duction industrielle et du commerce mondial
2) Une récession est définie officiellement comme une baisse de la production industrielle durant au moins deux trimestres.
3) Banque de règlements internationaux (BRI), 60e rapport annuel, ter avril 1989-31 mars 1990, Bâle, 11 juin 1990
4) The Economist, 9 juin 1990.
de profit. Lorsque l'hebdomadaire The Economist (5) analyse les "mutations profondes" de l'économie britannique, il désigne comme premier changement significatif : « Le pouvoir des syndicats a été fortement réduit ». On a donc assisté à une modération, stagnation ou baisse des salaires et, simultanément, à une hausse de la productivité physique ; à une politique d'allégements fiscaux en faveur des entrepreneurs (au moment où les dépenses sociales sont mises en coupe) ; à l'ouverture, à bon prix, de nouveaux secteurs pour le capital au travers des privatisations ; à l'abaissement du prix des matières premières et du pétrole (accompagné par la baisse du dollar depuis 1985). Tout cela a permis de "comprimer les coûts" et de relancer le "taux de profit", d'améliorer la rentabilité du capital investi, et donc d'investir en anticipant un bon "taux de marge".
Indiscutablement, depuis 19841985, on assiste à une relance massive des investissements d'équipement, à une diffusion des innovations qui conduisent à une rénovation et à une transformation ample de l'appareil productif industriel (réorientation vers de nouveaux secteurs de production de groupes industriels entiers). Le couple "computer-communication" a acquis droit de cité dans la quasi-totalité des segments de l'économie. Ainsi, l'"industrialisation" se diffuse dans de nombreux secteurs classés sous la rubrique des services (voir les transformations profondes de 1""appareil productif" des banques, des assurances ou du secteur hospitalier, et non pas seulement des secteurs traditionnels comme les transports et les télécommunications). Elle offre de nouveaux débouchés, d'importants investissements. Ce rapide bouleversement a élargi brutalement, par rapport aux années 19601970, l'écart de productivité et de technologie avec les économies de l'Est.
Une bonne reprise
Les innovations ont été incorporées, ces cinq dernières ans, à un rythme soutenu, au système de production sous le fouet de la relance du taux de profit et des échanges (expansion du commerce mondial). Ceci ressort bien de la dynamique du taux des investissements productifs (part des investissements dans le Produit national brut - PNB) au Japon (6) : il a atteint 22 % du PNB en 1989, soit un niveau identique à celui de 1973. En 1988-1989, investissements productifs étaient équivalents au total de ceux effectués aux Etats-Unis, malgré la taille plus petite de l'économie japonaise. La relance du taux d'investissement est aussi très nette en République fédérale allemande (RFA) ; il approche du seuil atteint avant la récession de 1974-1975. La même tendance, au-delà de particularités, se constate dans toute une série de pays de la Communauté économique européenne (CEE) ou de européenne échange (AELE) (7). Il y a là un ressort du cycle de croissance actuel qui ne peut
LES INVESTISSEMENTS
(en pourcentage du PIB) 24
Japon 20 15
Etats-Unis 10
79 81 83 85 87 89 estimation être sous-estimé et qui lui donne un profil distinct par rapport à la reprise hésitante de 1976-1982.
Le cas américain.. et la désynchronisation
Un problème, qui n'est pas secondaire, doit être mis en évidence : les EtatsUnis traînent la patte. Le rapport investissements productifs/PNB (voir graphique ci-dessus) demeure en deçà du niveau du début des années 1980: 9,6 % contre 12 % en 1989. Or, le taux d'investissement influence le taux de productivité qui joue, lui, à moyen et long terme, sur la compétitivité internationale (les exportations). Voilà un élément du déclin relatif des Etats-Unis et de la fragilité de sa relance en cours. Or, ce déclin et cette faisont le fait d'une économie encore prédominante qui représente, 1988, 34 % de la production industrielle de l'OCDE — contre 40% pour l'ensemble des pays européens membres de l'OCDE et 20% pour le Japon - et encore 45 % du PIB des pays de l'OCDE. Ce qui va se produire aux Etats-Unis n'aura certes plus les mêmes conséquences sur le reste de l'économie mondiale que lorsque ce pays accaparaît 62 % de la production des pays actuellement membres de l'OCDE, en 1950. Mais la part du gâteau américain est loin d'être négligeable. De plus, il a été cuit ces dernières années grâce à des masses de capitaux venant d'Europe, du Japon et d'une partie des pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Ils comblaient les déficits jumeaux (commercial et budgétaire) se creusant aux Etats-Unis ; un pays endetté, à l'intérieur comme à l'extérieur, mais offrant un large marché pour les exportations européennes, japonaises et asiatiques.
Quel sera l'effet d'une future récession américaine sur la dynamique de l'essor économique au Japon et en Europe ? Pour l'estimer, on ne doit pas omettre que la récession américaine
(ou même un net ralentissement prolongé) ne se résumera pas à une seule baisse de la production industrielle et à une relance du chômage. Elle peut se conjuguer avec des chocs financiers
— c'est-à-dire l'insolvabilité de plus d'un agent endetté (entreprises, banques, sociétés immobilières, collectivités publiques) - dont les répercussions pourraient secouer le vol des économies japonaises et européennes et créer des frayeurs. « La Réserve fédérale [FED des Etats-Unis] est inquiète à cause de la croissance de la dette des entreprises américaines et de l'évidente fragilité du système financier domestique » (8).
Cette période de relance internationale débouche sur un rapport de forces entre les pôles économiques dominants qui s'est encore modifié — Japon, Europe, Etats-Unis — au détriment de ce dernier pays. De plus, l'essor économique prend appui sur des assises différentes entre, d'un côté, la RFA-Europe, le Japon (Taiwan, Corée du Sud) et, de l'autre, les Etats-Unis. De cette nouvelle configuration surgira une désynchronisation plus affirmée du cycle économique, avec les effets compensatoires qui en découlent : le recul d'une économie "leader" ne se produisant pas simultanément à d'une autre, la contraction des débouchés ne s'effectuent pas en même temps.
Dans ce puzzle en voie de redéfinition de l'économie mondiale, il est non seule-
5) The Economist, 23 juin 1990
6) BFCE-Actualités (Banque française du Commerce extérieur), février 1990 : rapport annuel de la BRI, 1990 : L'Expansion, 23 novembre-6 décembre 1989 ; International Herald Tribune (IHT), 25 juin 1990, "Japan : The decade's challenges". Special report.
7) Créée lors de la convention de Stockholm, le 20 novembre 1959, l'AELE regroupe l'Autriche, l'islande, la Norvège, la Suède, la Suisse et la Finlande (statut d'associée). La Grande-Bretagne et le Danemark l'ont quittée en rentrant dans la CEE, avec qui tous les pays de l'AELE ont des accords bilatéraux de libre-échange.
La fonction officielle de l'AELE est l'abolition des obstacles aux échanges en Europe occidentale.
8) The Economist, 9 juin 1990
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Source: Deutsche Bank
ment difficile de placer certaines pièces, mais d'autres sont aussi mal taillées ; les Etats-Unis ne sont pas la seule. Les pays du tiers monde sont loin d'être sortis de la crise du début des années 80. Quant aux pays de l'Est (à l'excep tion de la RDA), ils offrent certes un vaste champ d'accumulation, mais pour après-demain et dans des proportions inégales pour les trois pôles dominants. Cet avenir "radieux" à l'Est, pour le capital, s'annonce... plus lointain que la récession à venir aux Etats-Unis.
Trois amphétamines
Si la dynamique du cycle présent ne peut être détachée de la relance de l'investissement productif, d'autres facteurs en expliquent aussi son étalement dans le temps.
1) Une toute récente étude du service de Recherches du Congrès des Etats-Unis indique l'inquiétude des gros fournisseurs d'armes : ils ne peuvent pas compenser une baisse des commandes du Pentagone par des ventes d'armes « même vers les pays riches producteurs de pétrole » (9). Remarque révélatrice: des pays du Proche et Moyen-Orient ont offert depuis le début des années 1980 un important marché (des débouchés), avec des marges de profit assurées, pour des entreprises clés dans le système industriel américain, britannique, français ou allemand : les entreprises d'armement. L'Arabie Saoudite à elle seule, a importé, de 1981 à 1988, pour 46,7 milliards de dollars, et l'Irak pour 45,7 milliards de dollars d'armement. Si l'on y ajoute les achats d'armes conventionnelles des Emirats arabes, de la Syrie, de l'Iran, d'Israël, de l'Egypte, le chiffre de 250 milliards de dollars est aisément atteint (10). La somme est bien supérieure si l'on compte l'ensemble des achats de matériel lié non seulement à cet "effort d'armement", mais à 1'"organisation" d'une guerre comme celle entre l'Iran et l'Irak (1980-1988 : 1 million de morts) (11) ; une guerre qui a stimulé l'ouverture de ces marchés.
Mais ce n'est qu'une facette de cette opération de recyclage militaire des pétrodollars. Voici l'autre : pour payer ces achats, il fallait vendre massivement du pétrole et donc faire sauter les verrous du cartel pétrolier, l'OPEP. Conclusion : une chute des prix du pétrole (qui se conjugue avec une baisse du dollar depuis 1985), ce qui réduit les coûts de production des pays industrialisés qui n'ont cessé d'accroître la part de leurs achats pétroliers en provenance des pays membres de l'OPEP. « L'écroulement des prix du pétrole en 1986 arrivait joliment au bon moment, donnant un coup de pouce à la croissance des économies du Japon et des EtatsUnis, qui commençaient à s'essouffler » (12). Afin de saisir les conséquences de ce mécanisme pour la croissance des pays industrialisés, il faut additionner les deux effets : d'un côté, l'augmentation de la facture d'armes vendues et, de l'autre, la diminution de la facture énergétique.
L'Iran et l'Irak ont produit plus de pétrole que l'Arabie Saoudite en 1989, ils doivent se reconstruire et payer des arriérés de frais d'armement à la France (pour l'Irak). D'autres vendeurs-reconstructeurs frappent à la porte... mais les volumes de vente et les produits ne sont plus les mêmes. Quant au prix du pétrole, c'est l'incertitude... après une hausse en 1989 et une baisse au début 1990.
2) Une seconde impulsion est venue — on l'a indiquée à de multiples reprises — du "keynésianisme militaire" qui laissera sa marque sur l'essor des années 1980 : de 1980 à 1985, le PNB des pays occidentaux industrialisés a augmenté en moyenne de 2,2 %, les dépenses militaires de 5,7 % (de 1970 à 1980, les chiffres respectifs étaient: 3,1 % et 0,8 %) (13). Cette explosion des dépenses militaires revient à donner des subsides aux trusts de l'armement, en pompant sur un budget (impôts) que l'on compresse du côté des dépenses sociales et en accroissant l'endettement public. Malgré le contexte politique actuel, c'est avec un certain réalisme que Bernard D. Nossiter doute d'une réduction drastique des com-
ECONOMIE mandes du Pentagone à l'industrie américaine, car depuis "le grand keynésien militaire, Ronald Reagan", « les budgets du Pentagone sont [encore plus] un important instrument de la gestion économique » (14). Ainsi, Richard Cheney, secrétaire à la Défense, propose pour l'année fiscale 1991 un budget de 303,3 milliards de dollars, contre 302 l'année précédente (15). La réduction des dépenses touchera d'abord le fonctionnement de l'armée, car on peut imaginer que la pompe keynésienne militaire réduise son débit sous la pression d'un déficit budgétaire américain gigantesque.
3) Enfin, durant toutes ces années, l'endettement public n'a cessé de croître. Aux Etats-Unis, la dette publique fédérale est passée de 908 milliards de dollars en 1980, à 1 817 en 1985 et 3 107 (estimation) en 1990. En RFA, la dette publique (sans compter celle des postes et chemins de fer) atteint 923,5 milliards de dollars. Avec celles des grandes régies publiques, elle totalise plus de 1 000 milliards, 41 % du PNB de 1989 (16). Elle a presque doublé depuis 1980.
Vol stable et trous d'air
Evidemment, la situation de la RFA est autrement plus saine que celle des Etats-Unis, mais ce gonflement de l'endettement public confirme que la bonne pompe keynésienne a fonctionné, malgré les grands discours libéraux. L'endettement privé a suivi le rythme. L'hebdomadaire Business Week constate : « L'endettement des consommateurs aux EtatsUnis] a augmenté à un rythme à deux chiffres de 1984 à 1988, une hausse sans précédent qui a aidé la croissance économique » (17). En Grande-Bretagne, la
9) IHT, 22 juin 1990.
10) Financial Times, 11 janvier 1990, "Financial Times Survey, Defence".
11) World Military and Social Expenditures 1989, Ruth Leger Sivard, Washington, p.22.
12) The Economist, 9 juin 1990.
13) State of the World, Lester Thurow, World Watch Institute, 1989.
14) IHT, 29 mai 1990, auteur de "Fat years and Lean : American Economy Since Roosevelt". 15) Financial Times, 21 juin 1990.
16) AGEFI, 22 juin 1990. 17) BW, 25 juin 1990.
boom du crédit pour l'achat de maisons individuelles est un des traits marquants des années 1980. Les exemples pourraient être multipliés.
A la longue, ces trois types d'amphétamines n'auront plus les mêmes effets. Dans plus d'un cas, les doses ne pourront plus être augmentées au même rythme, aux Etats-Unis entre autres. Alors ?
Alors, les répercussions sur la conjoncture américaine seront plus aiguës. Le recul du taux de profit dans l'industrie se confirme au premier trimestre 1990 ; les investissements industriels plafonnent donc logiquement; la construction (de maisons et d'entreprises) pique du nez ; l'achat de voitures stagne et leur construction recule; un secteur de l'industrie de l'armement se tasse. Une partie importante de l'économie connaît déjà la récession.
La morosité de l'onele Sam
Or, un ralentissement de l'économie — face à la conjonction d'un tassement des profits anticipés et de la demande -est classiquement contrecarré par un "instrument conjoncturel" décisif : l'injection d'argent dans le circuit par les autorités (comme cela a été fait, sous une forme particulière, lors du krach de 1987). Avec le déficit public actuel accumulé au cours d'années de croissance, on voit mal comment l'Administration nord-américaine pourrait l'élargir de façon significative pour stimuler rapidement une relance. D'autant plus qu'un affaissement de la conjoncture accroît le déficit budgétaire, par la baisse des recettes et l'accroissement relatif des dépenses.
Dans ce climat morose, nombreuses seront les entreprises rachetées par endettement qui ne pourront plus honorer leur dette.
Six des dix plus grandes faillites de l'histoire américaine se sont produites durant ces derniers 18 mois (18).
Cela augure de certaines débâcles face à une récession ou même à un ralentissement prolongé. De nombreuses banques sont engagées dans des affaires pourries, aussi bien
Timmobilier que dans des restructurations financières de sociétés.
Le renflouement caisses d'épargne (qui selon les estimations actuelles les plus modestes, coûtera 456 milliards de dollars jusqu'en 1999) pourrait bien être suivi d'un effort de renflouement de quelques banques (19). Après avoir festoyé à la table du crédit, l'indigestion se fera sentir lorsque la facture sera déposée sur un compte dégarni. Une récession américaine — endiguée, encore une fois, au prix d'une élévation de la pyramide de dettes — peut ne pas briser l'élan d'un cycle en RFA ou même au Japon et le laisser se prolonger. Mais, suivant l'ampleur des turbulences financières, des contrecoups peuvent se faire sentir sur des systèmes financiers dont les faiblesses étaient sous-estimées
(Japon).
RFA-
La
Europe a deelle, vant seulenon ment la perspective de
1992, mais aussi celle de l'unification allemande. Cette dernière va offrir de nouveaux débouchés aux entreprises allemandes qui feront face à des
"concurrents" (est-allemands) cul-de- jatte. Elle fournira une main-d'œuvre qualifiée bon marché et le chômage additionnel (de l'Est) servira à modérer les salaires en période d'expansion. Tout cela soutiendra la bonne con-joncture. Deux questions restent cependant ouvertes :
a) A quel rythme et avec quelle ampleur les investissements en RDA vont-ils suivre ?
b) Quelle ponction fiscale sur les salaires (impôts pour payer les intérêts de la dette) le gouvernement de Bonn pourra-t-il effectuer afin de financer un Anschluss à crédit, dont les effets sont par ailleurs tendanciellement inflationnistes ?
L'exploitation de l'Est
Pour la quasi-totalité des pays de l'Est, la péjoration du rapport de la dette nette aux revenus des exportations, ainsi que l'impossibilité de faire appel à l'URSS pour assurer les crédits (étant donné la propre crise de ce pays et l'éclatement du Conseil d'assistance économique mutuelle — CAEM) ont poussé les pays impérialistes à mettre en place la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), avec son écrivain français de président, Jacques Attali. La BERD assurera les entreprises qui effectueront des travaux d'infrastructures (transports, télécommunications, etc.) et certains investissements lourds à l'Est. Les banques privées, craignant les désordres socio-politiques et sachant qu'un marché ne se mesure pas seulement au nombre d'habitants mais à leur pouvoir d'achat effectif, sont plus prudentes avant d'appuyer ceux qui foncent vers l'Est... avec, souvent, peu de capitaux en poche ! Toutefois, pour de nombreuses entreprises, allemandes et associées, on assiste à un coup de pouce signé BERD
La poussée d'investissements productifs en Europe-RFA et au Japon va-t-elle déboucher sur une relance soutenue et durable ? Les contrastes et la désynchronisation qui marquent l'économie mondiale et
Uses cycles indiquent que le sentier de la croissance ne sera pas une autoroute ; nombreux sont ceux qui ont peu de chances de s'y engager ou peuvent déraper. Plus globalement, les marchés qui se contractent (tiers monde, armement) vont-ils simplement être compensés par ceux qui s'ouvrent ailleurs (Est, certains pays asiatiques) ce qui reviendrait à un jeu à somme nulle ? Ou bien vont-ils embrayer sur le cycle d'investissements et entrer dans une dynamique cumulative ? On termine par une question. Révélateur de l'air du temps...
27 juin 1990 La Brèche
18) IHT, 11 juin 1990
19) IHT, 2-3 juin 1990.