A L'APPEL de l'ensemble des organisations syndicales proches du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) - regroupées dans le FNT —, des mouvements échelonnés avaient commencé le 26 juin ; ils ont débouché sur la grève générale à partir du 4 juillet. En effet, le gouvernement de l'Union nationale d'opposition (UNO) venait de rompre les négociations avec les syndicats sur les augmentations salariales et annoncé son intention de procéder à une première vague de licenciements de 12 000 employés. Les grévistes demandaient des augmentations et un salaire minimum de 200 dollars ; le maintien de la loi du "service civil" (qui interdit les licenciements dans la Fonction publique) ; le reclassement des fonctionnaires ; le transport gratuit pour les travailleurs ; la réintégration des fonctionnaires licenciés (2 000 à ce jour) ; la relance industrielle du secteur nationalisé - menacé d'étranglement économique — ; la révision des plans gouvernementaux d'austérité, etc.
La bataille de Managua
150 000 travailleurs (fonctionnaires, salariés des entreprises nationalisées et privées, ouvriers agricoles et paysans des coopératives de production) ont fait grève à Managua et dans différentes villes du pays, dont Leon et Esteli. Dès le 6 juin, le mouvement s'est étendu aux quartiers populaires de Managua, prenant la forme d'un véritable soulèvement ; des barricades ont été dressées sur les routes de la ville.
Les "sympathisants" de l'UNO, accompagnés de contras armés, ont riposté brutalement, tirant à vue sur les barricades (à ce jour, on compte neuf morts et une centaine de blessés) qui étaient souvent protégées par des grévistes en armes ; Managua a été le théâtre de véritables batailles de rues.
Violeta Chamorro a fait appel à l'armée (l'Armée populaire sandiniste — EPS — a vu ses effectifs réduits, mais n'a pas été démantelée, le commandant sandi-
NICARAGUA
La grève générale qui a complètement paralysé le
Nicaragua s'est conclue le jeudi 12 juillet 1990, par la signature d'un accord entre le Front national des travailleurs (FNT) (1) et le gouvernement. Cette semaine de barricades et d'affrontements violents a probablement constitué la mobilisation de masse la plus importante depuis le triomphe de la révolution sandiniste.
Cecilia GARMENDIA niste Humberto Ortega est toujours à la tête de l'Etat major). Celle-ci, comme la police sandiniste, s'est apparemment limitée à s'interposer entre sympathisants de l'UNO et grévistes ou a démoli des barricades, aux heures de circulation, que la population s'empressait de redresser dans la nuit!
Après avoir employé la manière forte
(menace de licencier les grévistes, refus de toute négociation et rumeurs d'appel à
"l'aide" des Etats-Unis), Violeta Chamorro a été obligée de reculer, consciente de la tournure que prenait le rapport de forces par l'extension du mouvement. La fragilité et les divergences tactiques qui existent en sein de l'UNO sont apparues au grand jour. Le Vice-président, Virgilio
Godoy, lié aux secteurs les plus virulents de l'UNO, avait lancé un appel à la constitution d'un gouvernement de "salut national" qui regrouperait certains députés de la coalition au pouvoir et des "dirigeants de masse" de l'UNO ; il exigeait aussi la création de brigades pour parer à l'incapacité des forces de l'ordre. La présidente l'a immédiatement contredit.
Les syndicats, comme le FSLN — qui s'est solidarisé avec le mouvement — ont toujours déclaré que l'objectif de cette grève était d'arracher les revendications des salariés, mais aussi de faire reculer le gouvernement sur une série de mesures prises ou annoncées.
L'accord signé le 12 juillet constitue une concession importante de la part du gouvernement ; il comprend des mesures concrètes, mais surtout une série d'engagements (le secrétaire générale du FNT,
Lucio Jimenez, l'a immédiatement souligné en expliquant que seule la lutte imposerait sa réalisation et la poursuite des négociations). Le gouvernement a accepté le principe de l'instauration d'un salaire minimum ; le ralentissement des dévaluations; le respect des conventions collectives signées ; la garantie de l'emploi (mais pas la réintégration des travailleurs licenciés) ; le paiement des journées de grève ; l'ouverture de négociations salariales ; le transport gratuit pour les étudiants et les ouvriers ; le respect de la liberté syndicale, etc. Mais, surtout, il s'est engagé à revenir sur le décret, émis en mai 1990, qui mettait en cause le secteur d'Etat et à bloquer toute tentative de démembrement des propriétés agricoles nationalisées.
Cette explosion a mis en évidence les contradictions de classe qui régissent la situation actuelle au Nicaragua et l'antagonisme qui existe entre le gouvernement contre-révolutionnaire de l'UNO et la simple préservation des acquis de la révolution ; l'affrontement s'est maintenant clairement installé sur le terrain de la lutte
Le recul du gouvernement
Le mouvement de masse s'est trouvé en première ligne, il commence à reconquérir des positions, mises à mal par la défaite électorale du 25 février (2). L'ampleur de la riposte populaire a aussi mis en évidence le poids du Front sandiniste.
Les travailleurs auront fait l'expérience de la lutte et de la confrontation ; cela ira dans le sens du renforcement du mouvement de masse et du Front sandiniste. Mais le gouvernement a vu, lui des "sympathisants armés" de l'UNO dévoile, si besoin en était, le danger de voir surgir au Nicaragua des sortes d""'escadrons de la mort", pour asseoir le pouvoir de l'UNO face à l'existence d'une police et d'une armée sandinistes) et surtout la nécessité pour lui d'accélérer le démantèlement de l'Etat révolutionnaire et de porter des coups aux sandinistes, s'il veut mener à bien son projet. *
12 juillet 1990
UI SANDiNO
VIVE
1) Voir Inprecorn° 310 du 1er juin 1990.
2) Voir Inprecorn° 304 du 9 mars 1990.