Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CANADA

La résistance des Mohawks

· Inprecor n° 315, 28 septembre 1990 · p. 23-26 · 3 580 mots

France Grande-Bretagne Inde et Asie du Sud

Depuis juillet 1990, un détachement des Forces armées canadiennes (fort de plus de 3 000 soldats et de plus de 350 véhicules blindés) occupait la totalité de la réserve mohawk de Kahnawake, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent (à moins de 10 kilomètres de Montréal). La dernière vingtaine de résistants armés, et une cinquantaine d'autres autochtones, de la réserve mohawk de Kanesatakese se

Canada et du Québec, à l'arrestation de Mohawks par la Sûreté du Québec (SQ), et aux attaques de foules racistes tolérées par la Gendarmerie royale du Canada

(GRC) et par la même SQ. L'insuffisance de la solidarité des forces progressistes

(et surtout des grandes organisations syndicales) et, enfin, l'emploi de la force brutale et ouverte ont eu raison d'abord de l'unité de la nation mohawk et ensuite

La résistance des Mohawks sont finalement rendues le 26 septembre 1990.

On assiste à la mauvaise foi évidente des négociateurs des gouvernements du de sa capacité à empêcher le gouvernement fédéral de Brian Mulroney à occuper les deux réserves, à la demande du Premier ministre du Québec,

Robert Bourassa (1).

Michel LAFITTE

LA CRISE de l'été 1990 n'est que l'aboutissement de plusieurs siècles de tentatives de génocide de la part de tous les régimes d'origine européenne dans les

Amériques et de résistance active ou passive des peuples autochtones.

Depuis plusieurs années, ces populations ont été parmi les premières victimes des politiques reaganiennes mises en place par le gouvernement conservateur du Premier ministre du Canada, Brian

Mulroney : coupes sombres dans les subventions pour la santé et le bien-être social, dans les dépenses destinées à l'enseignement supérieur des autochtones, réduction du personnel du ministère des Affaires indiennes et nordiques, etc. La riposte des Indiens a été très variée : rassemblements, manifestations, оссираtions et procédures devant les tribunaux.

1) Les seules terres mohawks du Québec qui ne sont occupées ni par la SQ, ni par l'armée canadienne, sont les territoires de chasse de Donnacona, à 50 kilomètres au nord de Montréal ; 95 % des 10 000 à 12 000 Mohawks du Québec vivent en terre occupée.

Au Québec, entre 80 et 100 000 personnes s'identifient comme étant d'origine indienne, sur une population totale de 6,5 millions d'habitants, soit entre 1 et 1,5 %. Les francophones constituent 80% de la population et les anglophones 8 %. Les allophones d'origine immigrée récente se sont, pour la plupart, intégrés à la communauté anglophone.

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Le point de départ de la crise de l'été a été la construction par les Mohawks, le 11 mars 1990, d'une barricade sur la réserve de Kanesatake, pour empêcher la municipalité d'Oka d'agrandir le terrain d'un club privé de golf sur des terres que les 1 000 Mohawks de Kanesatake réclament depuis plus de 150 ans. Le cimetière historique de la réserve et la seule pinède vierge restant dans la région se trouvent également sur ces terres. A aucun niveau, les gouvernements municipal, provincial et fédéral n'ont accepté de négocier. Seuls quelques écologistes inquiets pour la forêt ont apporté leur soutien aux Mohawks.

Le 10 juillet 1990, le maire d'Oka (membre du conseil d'administration du club de golf), Jean Quellet, a demandé à la Sûreté du Québec d'appliquer une injonction judiciaire de la Cour supérieure du Québec sommant les Mohawks de démonter leurs barricades. Au contraire, communauté mohawk a fortifié les barricades et fait appel à une quinzaine de militants armés du groupe para-militaire la Société des guerriers de la nation mohawk (Warriors Society), auparavant absents de la réserve.

Le 11 juillet, plus de 100 agents de la Sûreté du Québec ont attaqué les barricades, utilisant des fusils lourds d'assaut, des grenades et des gaz lacrymogènes. Dans la fusillade qui a suivi, un caporal de la SQ a été tué sans que l'on sache d'où venait la balle. La SQ, qui a l'habitude, depuis 10 ans, de brutaliser les autochtones, a encerclé la réserve et empêché l'entrée des vivres et des médicaments.

En solidarité, des membres de la communauté de Kahnawake, protégés par des guerriers armés, ont érigé des barricades autour de leur réserve, au sud-ouest de Montréal, et coupé tout accès au pont Mercier qui traverse le fleuve Saint-Laurent, menacant même de le faire sauter à la prochaine attaque de la Sûreté du Québec (c'est un des cinq ponts qui permet l'accès à Montréal depuis la rive sud). En riposte, celle-ci a, à son tour, encerclé la réserve de Kahnawake de ses propres barricades, privant également les 7 000 habitants permanents de la réserve de vivres et de médicaments. Quelques 2 000 policiers armés se sont installés autour des deux réserves, jusqu'à l'entrée en action des Forces armées canadiennes, le 29 août 1990.

Le 12 juillet, le ministre des Affaires indiennes du Québec, John Ciaccia, acceptait de négocier à Kanesatake tandis que le gouvernement fédéral refusait de bouger. Les négociations, qui traînaient jusqu'alors, ont connu de multiples soubresauts dûs aux refus répétés du gouvernement provincial et, plus tard, des autorités fédérales, qui ne voulait discuter que de la levée des barricades et de la reddition sans conditions des Indiens de la ville d'Oka.

C'est alors qu'un phénomène inconnu au Québec est apparu : des foules racistes en colère, menées surtout par d'anciens policiers de la SQ et fortement noyautées par des groupuscules d'extrême droite jusqu'ici sans audience. Les déclarations anti-terroristes du Premier ministre canadien, Robert Bourassa, ont légitimé les mobilisations racistes.

Quant au leader du Parti québécois (PQ), Jacques Parizeau, sa dénonciation de la "mollesse" du gouvernement Bourassa — au nom du droit des citoyens de la rive sud à accéder rapidement à Montréal par le pont bloqué, et au nom du refus de l'Etat de négocier sous la menace des "terroristes autochtones" — n'a fait qu'ouvrir le chemin aux groupuscules xénophobes.

La frustration de beaucoup de Québécois indépendantistes a donc été détournée vers des sentiments issus de l'historiographie officielle ultra-catholique et ultra-anglophobe. Ainsi, sont apparus des slogans contre « la nouvelle alliance anglo-iroquoise » (2), et des lettres de dénonciation dans les journaux des

2) En 1608, Samuel de Champlain, le dirigeant des premiers colons français, s'est attaqué aux Mohawks. De 1608 à 1667, il y eut trois guerres entre les colons français et leurs alliés autochtones et les Iroquois (en l'occurrence, la composante mohawk des Iroquois). Dans ces guerres, plusieurs batailles ont été gagnées par les Iroquois contre les colons français. Ce sont ces victoires des Iroquois que l'historiographie officielle qualifie de "massacres anti-Français". Lors de la prise de contrôle des territoires des Hurons (Wendats) par les Iroquois, alliés des Français, trois missionnaires jésuites français furent tués, devenant les "saints martyrs canadiens" de l'hagiographie catholique. A partir de 1667, un traité de paix s'établit

« anglophones qui se sont mis des plumes sur la tête pour discréditer le Québec francophone et pour en reprendre le contrôle ».

Mais, pour comprendre les racines de la crise et pour saisir le sens de son évolution probable, il faut connaître l'histoire des nations autochtones et de leurs rapports avec les Blancs anglophones et francophones.

La Confédération de la Longue maison

Vers 1450, 150 ans avant l'établissement des premières colonies européennes au Canada, cinq peuples-nations (3) — qui parlaient des variantes de la même langue et qui occupaient tout le nord de l'Etat actuel de New York, des chutes du Niagara jusqu'au lac Champlain — se sont unies. Cette union des Mohawks, des Onondagas, des Oneidas, des Cayugas et des Senecas (4) s'appelait, et s'appelle encore, Haudenosaunee ou la Confédération de la Longue maison. Les envahisseurs européens les appelaient "Iroquois" ; à travers la mythologie propagée par les manuels scolaires québécois et l'hagiographie "saints martyrs canadiens" de l'Eglise catholique, on devine la force de cette confédération et sa résistance acharnée à la conquête blanche. La structure de cette confédération était complexe ; elle visait la plus grande unité, avec un minimum de coercition. Chaque nation était divisée en un nombre égal de clans matrilinéaires. Tous les clans avaient droit à un certain nombre de représentants au Conseil de la Confédération qui devait interpréter et appliquer la Grande loi constitutive. Ces représentants (que les Blancs ont appellé des "chefs", bien que ce ne soient pas des chefs militaires) étaient nommés par les matriarches des clans (les Mères). Les nations les plus nombreuses et les plus fortes sur le plan militaire (les Mohawks à l'est et les Senecas à l'ouest) avaient moins de représentants que les autres, entre les Français, les Iroquois et les Hurons ; c'est à cette époque que la réserve de Kahnawake a été installée.

3) Le terme "tribu" est tout à fait chauvin car comme l'a dit le cinéaste et auteur africain, Ousmane Sembène : - N'est-il pas évident que 14 millions de Hausas ne sont qu'une tribu tandis que 200 000 Islandais constituent une nation ? »

4) Un des premiers droits que s'arrogent les colonisateurs est de "baptiser" les colonisés. Ainsi les noms Mohawk et Seneca ne correspondent en rien aux dénominations des nations en question, respectivement Ganienkehaka et Tsonnantouan. Pour l'instant, les peuples eux-mêmes utilisent encore les noms donnés par les Blancs.

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pour empêcher toute velléité de domination.

Cette structure, à la fois centralisée et démocratique, a fait du Haudenosaunee le peuple autochtone le plus puissant du nord-est de l'Amérique du Nord. Au moment de la révolution américaine, la Confédération n'a pas réussi à trouver une position unanime. Les Mohawks ont opté pour une alliance avec l'Angleterre, tandis que de petits groupes s'alliaient aux colonies rebelles et que la majorité restait neutre.

Pillage, ingérence et divisions

Après la défaite de l'Angleterre, la plupart des Mohawks et une grande partie des cinq autres nations ont traversé la nouvelle frontière blanche et se sont établies sur des réserves, dans ce qui allait devenir le Québec et l'Ontario. Mais ils n'ont jamais reconnu cette frontière et, en 1792, un traité entre la Couronne britannique et la nouvelle République américaine a confirmé le droit des Iroquois à la traverser sans restriction avec leurs biens. Il existe actuellement près de 25 000 Mohawks en tout, dont 10 à 12 000 au Québec sur les trois réserves d'Akwesasne, de Kahnawake, de Kanesatake, et à Montréal même.

Les gouvernements blancs successifs, aux Etats-Unis ou au Canada, ne se sont jamais contentés de voler les terres des Indiens, de les tuer par l'alcool, par les mauvaises conditions de vie ou, in extremis, les balles ; ils ont toujours essayé de leur faire assimiler les valeurs bourgeoises : la propriété privée individuelle, la domination des hommes (en promulguant qu'une femme autochtone mariée avec un Blanc, et les enfants nés d'un tel mariage, perdaient leur statut d'Indiens) et la démocratie capitaliste avec suffrage restreint aux hommes. Et ce, dans une société matrilinéaire !

Prenons l'exemple le plus extrême : la réserve mohawk d'Akwesasne qui est à cheval entre l'Etat de New York, aux Etats-Unis, et les provinces de l'Ontario et du Québec, au Canada. Cinq gouvernements étrangers aux Mohawks, interviennent à Akwesasne : le gouvernement fédéral des Etats-Unis, le gouvernement fédéral canadien, celui de l'Etat de New York, et les gouvernements provinciaux d'Ontario et du Québec. Soit cinq bureaucraties des "Affaires indiennes", deux armées (américaine et canadienne), une Garde nationale (new-yorkaise), cinq systèmes de lois et, au moins, cinq forces po-

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ÉTATS-UNISlicières (FBI, GRC, State troopers, et les

Sûretés de l'Ontario et du Québec).

structures iroquoises, on a créé, réserve par réserve, parmi les Six-Nations (5)

comme ailleurs, un Conseil de bande, dirigé par un "grand chef" du côté canadien, et un Conseil tribal du côté américain, dans le but d'administrer" les fonds "octroyés" aux autochtones.

tants des réserves participent aux "élections" de ces conseils qui sont perçus, au comme de simples relais du devenu subdiviser brouiller les cartes, sinon paralyser.

tones de l'Amérique du Nord britannique, ronne britannique, et plus tard des anglogue ou comme langue maternelle.

glais serait la seule langue d'instruction dans les réserves. Ceci a eu deux effets chez les Mohawks: d'abord, la langue iroquoise est devenue minoritaire comme langue maternelle dans les Six-Nations et et, ensuite, l'anglais a remplacé le fran-

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En général, moins de 20 % des habimieux, comme inadaptés et, au pire, blanc. Ici, diviser pour mieux régner est

Français ou anglais ?

Pourtant, au cours du XIXe siècle, un début d'alliance entre les francophones et une très grande partie des peuples autochs'était forgé contre la volonté de la Coupeuple.

phones du Dominion du Canada, de les assimiler. La majorité des Indiens et des métis du Québec et de l'Ouest canadien utilisait le français comme seconde lan-

Pour contrer cette alliance, le ministère des Affaires indiennes du Canada a décrété, au début du XXe siècle, que l'ana même failli disparaître parmi les jeunes çais comme outil de communication avec la majorité québécoise. Parmi les autres nations autochtones du Québec, seules celles qui ne bénéficiaient d'aucune reconnaissance officielle de la part de la bureaucratie blanche sont restées francophones. Aujourd'hui, lorsque les différentes nations autochtones du Québec se rencontrent, elles sont obligées de faire appel à l'interprétation simultanée anglais-français pour se comprendre ! Pourtant, la tradition de la Longue maison et de la Grande loi n'a jamais totalement disparu parmi les Six-Nations. Dans les années 60, à l'époque de la révolte de l'ensemble des peuples et nations "non-blancs" et non-anglophones du continent nord-américain, un mouvement de renouvellement de la culture autochtone et de revendications des droits territoriaux s'est développé.

Sans que pratiquement personne chez les Blancs ne s'en rende compte, la Longue maison, c'est-à-dire la structure traditionnelle socio-culturelle et religieuse (et, en dernière analyse, à l'époque actuelle, politique), a commencé à reprendre du poids parmi les Six-Nations ; en particulier chez les Mohawks, les "traditionnalistes" contestant avec de plus en plus d'écho les Conseils de bande.

La tradition de la Grande loi

Au milieu des années 70, la Longue maison a accrédité la création de la Société des guerriers (Warriors society), selon la tradition de la Grande loi, où les chefs militaires étaient soumis à l'autorité des représentants des clans et des nations. Ils devaient remplacer les forces policières blanches et défendre les droits de leur

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, de plus en plus de jeunes Mohawks, tant du côté canadien que du côté américain, ne trouvent un emploi que dans les Marines de l'Armée des Etats-Unis. Ce sont d'anciens combattants mohawks du Viêt-nam qui ont constitué ces guerriers.

Un conflit s'est peu à peu développé entre les guerriers et le Conseil de la Confédération, qui vient de répudier la Société des guerriers. Ce conflit a tragiquement abouti à une mini-guerre civile à

5) Au XVIlle siècle, une autre nation de langue iroquoise, les Tuscaroras, réfugiés de Virginie, est entrée dans la Confédération, devenue la Confédération des Six-Nations.

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Akwesasne, au cours du printemps 1990. Depuis lors, la réserve Akwesasne est occupée par la Sûreté de l'Ontario et du Québec et par les State Troopers de New York.

A Kahnawake, il y a également eu un conflit au sujet des jeux d'argent et de la vente de cigarettes (6) ; mais il n'a jamais dégénéré en bataille physique, comme à Akwesasne.

Ainsi, au début de la crise de l'été 1990, il existait, grosso modo, trois structures concurrentielles sur les réserves mohawks : le Conseil de bande, le Conseil de la Confédération et la Société des guer-

Le refus du gouvernement, à tous les niveaux, d'essayer de connaître et de comprendre les nations indiennes et l'incapacité des grands médias à dépasser l'exotisme et le misérabilisme, expliquent, en partie, leur confusion face aux multiples changements de la délégation mohawk à la table des négociations. Mais ceci a également servi de prétexte pour rompre de façon répétée les discussions et, finalement, pour envoyer les troupes sur les réserves.

L'absence de solidarité

A Kahnawake, l'armée et les guerriers se sont entendus pour démanteler les barricades sans effusion de sang. A Kanesatake, il n'y a pas eu d'entente mais, d'après ce qu'on peut savoir, les matriarches (mères de clan) sont intervenues pour empêcher jusqu'ici toute tentative de résistance armée de la part des guerriers.

Les négociations sont aujourd'hui au point mort même si le gouvernement fédéral s'est dit, le ler septembre 1990, prêt à négocier pour la première fois des revendications territoriales de la communauté de Kanesatake. La Sûreté du Québec n'est pas encore intervenue sur les réserves, laissant cette tâche à l'armée, mais des centaines d'agents les encerclent toujours.

Le ler et le 2 septembre, il y a eu encore des incidents racistes: des Mohawks ont été lapidés sans que la SQ intervienne ; celle-ci a déjà été accusée d'avoir malmené, et même torturé des Mohawks, arrêtés au cours de l'assaut du 11 juillet.

La faiblesse de la riposte nonmohawk aux événements est inquiétante. Certes, il y a eu un mouvement de solidarité avec les Mohawks parmi la population québécoise, mais il s'est essentiellement limité aux militants d'extrême gauche, à certaines organisations écologistes, à des artistes et au courant chrétien de gauche.

Malgré la présence de certains dirigeants syndicalistes bien connus, les grandes organisations du mouvement ouvrier, tant au Canada anglais qu'au Québec, ont surtout brillé par leur silence.

L'appui a été beaucoup plus massif parmi les autres nations indiennes du Québec et du Canada. Des barricades de solidarité (et en défense des revendications d'autres nations) ont été érigées sur des routes et des voies de chemin de fer en Ontario, au Manitoba et en Colombie britannique.

Au Canada anglais, il y a eu aussi des mouvements de solidarité parmi la population blanche, mais ceux-ci étaient fondamentalement de la même nature qu'au Québec. Tous les partis bourgeois et les gouvernements provinciaux ont proclamé leur solidarité avec les gouvernements fédéral et québécois, à l'exception du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest où les autochtones sont majoritaires.

Le Nouveau parti 1 démocratique (NPD), parti social-démocrate du Canada anglais, s'est comporté de façon correcte en dénonçant l'envoi de la police et de l'armée et en tentant de franchir le blocus policier de Kanesatake avec des vivres et des médicaments. Mais le NPD n'existe pas au Québec. Réformisme oblige, cette organisation a déploré le fait que les guerriers soient armés.

Les forces nationalistes, les partis bourgeois et les médias canadiens anglais utilisent également la crise, et surtout l'apparition d'un racisme éhonté parmi une frange de la population québécoise francophone, comme angle d'attaque contre la nation québécoise et son droit à l'autodétermination.

La situation est confuse, surtout en ce qui concerne les divisions au sein de la nation mohawk et des Six-Nations. Des réactions de désespoir ne sont pas à exclure parmi les jeunes autochtones — pas seulement les Mohawks — qui ne peuvent plus supporter le génocide permanent de leur peuple.

Le prestige de la Société des guerriers s'est accru grâce à l'intervention policière et militaire, mais ses pratiques douteuses au sein des communautés (violence contre ses adversaires, défense des casinos et du commerce de cigarettes selon le modèle du capitalisme ambiant, etc.) minent à long terme leur audience et leur crédibilité.

Le saut dans le vide du désespoir Le Conseil de la Confédération participe, pour la première fois depuis le milieu des années 20, à des négociations avec des gouvernements blancs, ce qui constitue une forme indirecte de reconnaissance pour elle. Mais les autorités blanches ne l'ont accepté que parce qu'ils le perçoivent comme une force modérée, qui peut faire contre-poids aux guerriers. Ceci ne peut que réduire la crédibilité de cette instance chez les jeunes et les forces les plus actives et engagées des Six-Nations. Si le Conseil n'arrive pas à reprendre de l'influence auprès de ces jeunes, il est prévisible que les gouvernements l'exclueront une fois de plus, à la faveur d'un retour vers les chefs des Conseils de bande.

Les Mohawks et les autres peuples membres des Six-Nations vont sûrement connaître des discussions et des débats pénibles et douloureux dans les mois à venir. Mais 400 ans de génocide ne les ont pas encore vaincus.

Les Blancs et les forces démocratiques de la société québécoise doivent combattre toute forme de racisme à l'égard des nations autochtones, y compris dans l'historiographie du Québec enseignée dans les écoles, et ne laisser aucune place aux groupes racistes et xénophobes.

Ceux qui veulent l'indépendance du Québec et une véritable libération nationale ont tout intérêt à essayer de renouveler la veille alliance entre Indiens et Québécois contre leur ennemi commun, l'Etat canadien. Les militants blancs doivent défendre les droits des nations autochtones de l'Amérique du Nord.

Québec, 15 septembre 1990

6) Au milieu des années 80, des autochtones séminoles de Floride ont trouvé un vide juridique, leur permettant d'ouvrir des salles de jeux dans les réserves. Le gouvernement américain tenait là la meilleure façon d'introduire "le capitalisme autochtone". Le Congrès américain a adopté à la hâte le "Indian Gaming Act*, encourageant la création de casinos sur les réserves.

Qui dit casinos dit capitaux aux sources "douteuses". Une partie de la Société des guerriers, de plus en plus impatiente face à l'impuissance apparente des "vieux" du Conseil de la Confédération, s'est laissée séduire par ces activités.Les autochtones ne paient pas de trais de douane ni de taxe de vente et peuvent donc vendre des cigarettes beaucoup moins cher que les commerçants blancs en dehors des réserves.

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