LE PDS reste le principal parti d'opposition de la République démocratique allemande (RDA) (2). Si les sondages qui le créditent de 2% en République fédérale allemande (RFA) sont exacts et s'il maintient sa base en RDA, il devrait avoir une représentation parlementaire aux élections générales d'octobre 1990.
Pour la première fois depuis des décennies, une force politique significative, autre que la social-démocratie et les Verts siègerait alors au parlement.
C'est dans ce contexte que la nouvelle majorité pro-capitaliste du Parlement est-allemand (Volkskammer) a fait passer une loi, sans aucun débat, pour que tous les biens financiers du PDS soient saisis, les plaçant sous le contrôle de l'Etat, en attendant qu'une enquête soit faite sur leurs origines.
Le nouveau gouvernement de RDA explique qu'il s'agit de fonds mal acquis, issus de l'exploitation du peuple est-allemand et source d'inégalités entre les différents partis.
Dans le nouveau contexte allemand cette loi représente, de fait, une attaque maccarthyste contre une organisation du mouvement ouvrier.
Pourquoi l'argent issu du pouvoir et des privilèges de la bureaucratie serait-il plus sale et illégitime que les richesses capitalistes, accumulées par l'exploitation de la classe ouvrière et l'extraction de la plus-value?
En RDA, on a assisté à un afflux massif d'argent de RFA pour les partis de droite (chrétiens-démocrates, etc.). L'"'égalité des chances" — surtout lorsque les biens de la principale formation d'opposition sont saisis — n'est-elle pas en danger ?
Qu'en est-il des fonds de la socialdémocratie, nés de la corruption incontestée, sans parler de ceux fournis par l'Agence centrale d'information nord-américaine (CIA), à l'époque de la Guerre froide, pour briser le mouvement syndical international?
On ne peut qu'être favorable à des mesures établissant et garantissant l'égalité des chances entre tous les partis ; mais la saisie des seuls biens du PDS répond à d'autres motifs.
Pour des raisons purement électorales,
RDA / RFA
Les partis bourgeois et le Parti social-démocrate (SPD) ouest-allemands considèrent que la survie et l'éventualité d'une représentation parlementaire du Parti du socialisme démocratique (PDS, ancien parti communiste est-allemand) (1) constitueraient un fléau et un péril de déstabilisation politique pour l'Allemagne unie ; ils ont lancé de grandes manœuvres contre cette organisation, pour l'affaiblir etla détruire.
Ernest MANDEL le SPD est à la tête de ces attaques, montrant là son absence de principes. Sa campagne trouve, bien sûr, un écho parmi la population de RDA ; les privilèges de la bureaucratie du SED sont légitimement détestés. Les cas notoires de corruption individuelle, de vol, etc., devraient faire l'objet d'enquêtes et, si nécessaire, de poursuites judiciaires.
Mais il faut d'abord savoir que la majorité des biens financiers de l'ancien
SED a déjà été détournée — par ceux qui ont retourné leur veste et appartiennent aujourd'hui aux partis pro-capitalistes ou à des sociétés privées —, a été privatisée ou confisquée. Nombre d'anciens éléments de la nomenklatura ont rejoint la démocratie-chrétienne (CDU) et les sociaux-démocrates. Pourquoi leurs avoirs financiers n'ont-ils pas été saisis ?
La chasse aux sorcières La CDU est-allemande a 4 000 permanents. Qui les paye ?
L'actuel ministre de la Justice libéral avait le même poste sous la dictature d'Honecker ; il a donc été responsable de la persécution et des condamnations de nombreux dissidents politiques. En revanche, le président du PDS, Gregor
Gysi, fut le défenseur de dissidents comme Rudolf Bahro. Il est donc faux de dire que le PDS est la seule organisation qui succède à la bureaucratie, et que le
CDU et le SPD ont les "mains propres".
Le conflit sur les avoirs du PDS cache, en définitive, les propres ambitions du SPD qui veut profiter de l'hostilité populaire face aux privilèges de la bureaucratie. L'expérience historique a maintes fois prouvé que l'encouragement de réflexes maccarthystes peut frapper ses initiateurs. Le SPD a la mémoire courte ; il a oublié la formule de Rosa
Luxembourg que nous citions ensemble sous le régime stalinien : « La liberté est toujours [celle] de ceux qui pensent différemment. »
En Roumanie, des milliers de manifestants anti-communistes ont demandé que les anciens fonctionnaires du régime stalinien n'aient pas le droit de se présenter aux élections pendant dix ans. En RDA, une telle mesure ferait démissionner un grand nombre des représentants actuels du SPD, à commencer par l'ancien maire de Dresde.
En Grande-Bretagne, en 1984, le syndicat des mineurs a été sévèrement attaqué, accusé d'avoir reçu de l'argent sale" pour financer la grève. La saisie des fonds syndicaux est devenue une pratique courante dans ce pays. Mais le financement international de la propagande et des activités anti-syndicales ou antisocialistes est, quant à lui, tout à fait légitimé. Ce qui revient à faire croire que l'argent des banquiers est "propre", , et celui des syndicats "sale"
Lorsque l'offensive maccarthyste a été lancée aux Etats-Unis — visant d'abord de vrais staliniens contre lesquels nous nous étions toujours battus politiquement — nous avons souligné que ceux-ci étaient incapables de se défendre parce qu'ils avaient couvert la répression politique de nos camarades du Parti socialiste des travailleurs (SWP) durant la Seconde Guerre mondiale.
Malgré cela, nous avons défendu les staliniens contre les flics de MacCarthy et ce parce que, très rapidement, le maccarthysme a montré qu'il était un mécanisme visant à réprimer la liberté de pensée et d'action de tous, hormis des forces d'extrême droite.
Et c'est aussi pour cela, que nous demandons aujourd'hui à l'ensemble du mouvement ouvrier de défendre ses acquis démocratiques, de dénoncer avec nous la discrimination qui vise le PDS ou toute autre force politique, les interdits professionnels qui frappent les communistes et la législation qui restreint les libertés de manifestation. *
Juillet 1990
1) Voir Inprecor n° 308 et n° 311 du 4 mai et du 15 juin 1990.
2) Il avait obtenu 16 % des suffrages populaires lors des premières élections parlementaires libres de ce pays. Lors des municipales qui ont suivi, il a obtenu 30% des suffrages dans les quartiers ouvriers de Berlin-Est, Eisenhüttenstadt (la ville de la sidérurgie), Schwebin, Neubranderburg, Rostock, etc.