CE MASSACRE n'est pas fortuit. Selon le Centre d'information alternatif de Jérusalem : «Il ne fait aucun doute que les tirs dans la foule sur la colline du Dôme du Rocher ne résultaient pas du prétendu besoin des policiers de se défendre et de protéger les fidèles juifs rassemblés devant le Mur des Lamentations, comme l'a déclaré le ministre de la Police, Roni Milo. Il s'agit, en fait, d'une attaque préméditée de la part des policiers, avec l'intention de tuer. Elle répond à la pression continue de la droite, qui appelle à éliminer brutalement l'Intifada dans un bain de sang et à déporter des milliers d'activistes ».
Un nouveau massacre
Comme la précédente tuerie de Rishon-le-Zion, le 20 mai 1990 (voir Inprecor n° 310 du ler juin 1990), le nouveau massacre — plus grave encore, non seulement à cause du nombre beaucoup plus élevé des victimes, mais aussi par ce qu'il a été commis par les forces de l'"ordre" et non par un "forcené" — n'a pas manqué d'embraser l'ensemble du peuple palestinien, de part et d'autre du Jourdain. En Cisjordanie et à Gaza, contrairement au 20 mai, l'Intifada était en pleine activité, stimulée notamment par la solidarité des Palestiniens avec l'Irak et par leur indignation face à l'hypocrisie des Etats-Unis et de leurs alliés volant au secours du "droit international", lorsqu'il s'agit du Koweit. En Jordanie également, et pour les mêmes raisons, les populations palestiniennes et jordaniennes étaient en état
Le massacre du 8 octobre a eu pour conséquence immédiate l'entrée en effervescence du mouvement de masse sur l'ensemble de ces territoires, confirmant ainsi la synchronisation croissante, depuis Rishon-le Zion, entre les luttes populaires en Jordanie et en Palestine.
La nouvelle tuerie va aussi contribuer à radicaliser l'opinion publique dans l'ensemble de la région arabe, qui ne manquera pas de faire le lien qui s'impose avec
IN preCOR
PALESTINE Le pouvoir israélien a choisi le 8 octobre 1990, pour perpétrer à Jérusalem, sur l'esplanade des Mosquées, la plus vaste tuerie commise depuis l'invasion des territoires occupés, en 1967. Plus de 20 morts et une centaine de blessés graves, tous Palestiniens : telle est la conséquence de la rage meurtrière des forces sionistes.
Salah JABER l'étranglement impérialiste de l'Irak. En témoigne l'embarras évident des gouvernements arabes engagés dans l'effort de guerre occidental — y compris le gouvernement koweitien en exil — qui se voient tous obligés de demander avec insistance à Washington de ne pas faire preuve, pour une fois, de complaisance à l'égard d'Israël. Il en va de la possibilité même, pour eux, de continuer à participer au dispositif anti-irakien.
Le malaise visible des Etats-Unis
En tout état de cause, ce massacre complique singulièrement la tâche de 1' Administration américaine face à l'Irak. Il hypothèque lourdement l'option militaire mise au point par le Pentagone et pour laquelle la Maison Blanche attendait le moment propice. L'imbrication des problèmes est telle, malgré les tentatives des va-t-en-guerre contre l'Irak de la nier, que Washington est aujourd'hui obligé de réagir vigoureusement à cette tuerie, sous peine de compromettre gravement ses possibilités d'action dans le Golfe. Or, c'est là un véritable dilemme pour Bush : affronter le puissant lobby pro-israélien aux Etats-Unis, à un mois des élections législatives, est une entreprise périlleuse, surtout qu'il survient en pleine période de déboires budgétaires.
La question qui se pose, dès lors, est de savoir pourquoi le gouvernement sioniste actuel, celui de la droite et des faucons, a commis ce massacre. Car tout semble indiquer, comme l'affirment nos correspondants à Jérusalem, qu'il s'agissait bel et bien d'un acte prémédité. La seule explication possible — d'ailleurs conforme à ce dont sont capables les jusqu'au-boutistes de la droite israélienne — est la politique du pire. en effet, les dirigeants israéliens se voient avec appréhension, de plus en plus, désignés comme ceux qui handicapent politiquement l'Occident impérialiste Moyen-Orient. De toutes parts, on leur fait savoir qu'après l'Irak, ils seront à leur tour mis à l'amende, de façon beaucoup plus bénigne, certes. A leur grande irritation, Mitterrand a remis sur le tapis l'idée de la Conférence internationale pour un règlement global du conflit israélo-arabe. Le comble, pour le gouvernement Shamir, a été de voir Bush lui-même emboîter le pas au président français devant l'Assemblée générale des Nations-Unies, en déclarant, le ler octobre, qu'un retrait irakien inconditionnel du Koweit permettrait de « régler le conflit qui oppose les Arabes à Israël ».
Nul ne doute que la tuerie de Jérusalem a un rapport direct avec ces déclarations, fortement déplaisantes pour les dirigeants sionistes. Il s'agit, pour ces derniers, d'obliger le parrain américain à considérer que les Palestiniens sont dans la même tranchée que Saddam Hussein, et de couper court au parallèle établi entre leur occupation et leur annexion de territoires arabes et celle du Koweit par l'Irak En fait, les dirigeants sionistes s'apprêtent ainsi à mettre à profit l'affrontement qu'ils souhaitent entre l'Irak et le camp impérialiste, pour lancer un assaut général contre les Palestiniens et provoquer leur exode massif (le "transfert", selon l'expression consacrée en Israël). Ils profiteraient ainsi à la fois de la sécurité sans précédent que leur offre la présence américaine massive dans la région, et de la neutralisation de l'ennemi qu'ils craignent le plus aujourd'hui, l'Irak.
L'intervention impérialiste au Moyen-Orient prend le caractère d'une offensive réactionnaire globale contre les peuples arabes. Aujourd'hui, la solidarité réelle avec le peuple palestinien est inséparable de la lutte pour le retrait immédiat et inconditionnel des forces impérialistes de l'ensemble de la région.
10 octobre 1990