société construire... Autant de questions que les militants du Parti des travailleurs
(PT) ont débattu lors de leur dernière Rencontre nationale et qui ont abouti au
Le socialisme
"pétiste"
Démocratie interne, démocratie socialiste, leçons d'Est et d'Ouest, quelle texte que nous reproduisons quasi intégralement ci-dessous. DOCUMENT
LE PT EST NE avec des objectifs profondément démocratiques. La démocratie a, pour le PT, un sens stratégique ; c'est un moyen et une fin ; un instrument de transformation et un objectif. Nous avons appris par notre propre expérience que la bourgeoisie n'a aucun engagement historique envers la démocratie ; elle s'en sert de façon strictement tactique, pragmatiquement. La démocratie intéresse en tout premier lieu les travailleurs et les masses populaires. Elle est nécessaire aujourd'hui pour accroître leurs acquis sociaux et politiques ; demain, elle le sera pour dépasser la société injuste et aliénante dans laquelle nous vivons. Il faudra, dans l'avenir, instaurer une démocratie qualitativement supérieure, pour que les majorités sociales gouvernent de fait la société socialiste pour laquelle nous luttons.
Dans son organisation interne, aussi, le PT concrétise cet engagement ; sa direction et sa base essayent d'en faire une société libre où chacun participe, prémisse de celle, plus vaste, qu'ils veulent instaurer au Brésil.
Réfractaire au monolithisme et au verticalisme des partis traditionnels — et même de beaucoup d'organisations de gauche —, le PT s'efforce de mettre en pratique la démocratie interne ; c'est une condition qui garantit son attitude démocratique dans la vie sociale et dans l'exercice de son pouvoir politique
Issu des mouvements populaires et syndicaux, le PT conserve des liens étroits avec ceux-ci, s'en inspire, et essaye de leur fournir une direction politique. Le PT ne veut surtout pas étouffer l'autonomie de ces mouvements et encore moins avoir des rapports de clientélisme avec
PT
eux, ou les utiliser comme courroie de transmission.
Le pluralisme idéologique et culturel caractérise aussi le PT. Nous sommes le produit d'une synthèse de différents cou rants épris de liberté, unis dans leur diversité : christianisme social, différentes positions marxistes, socialismes qui ne se réclament pas de Marx, démocrates radicaux, laïcs, etc. Mais le programme du Parti ne se limite à aucun de ces courants. Le PT n'a pas de philosophie "officielle"; les différentes positions y coexistent dans un rapport dialectique, sans préjuger des synthèses dynamiques qui peuvent naître dans l'élaboration de la politique concrète. Ce qui unit ces différentes cultures politiques de liberté, c'est le projet com mun de créer une nouvelle société qui favorise la fin de l'exploitation et de l'oppression.
L'anticapitalisme
Notre engagement pour la démocratic fait de nous des militants anticapitalistes — ce choix a marqué profondément notre lutte pour la démocratie. La découverte (empirique, avant de devenir théorique, pour beaucoup d'entre nous) de la perversité structurelle du capitalisme a constitué, pour la plupart des militants du PT, un stimulant très fort pour l'organisation dans un parti politique. Nous avons repré senté — et nous représentons toujours — une réponse indignée à la souffrance inutile de millions d'individus qui découle de la logique de la barbarie capitaliste. Notre expérience historique concrète — le revers de la médaille du "miracle brésilien" et de nombreuses autres situations nationales ou internationales tragiques — nous a enseigné que le capitalisme, quelle que soit sa force matérielle, est injuste par nature, qu'il marginalise des millions d'individus et s'oppose à la répartition fraternelle de la richesse sociale - ressort de toute démocratie réelle.
Les documents constitutifs du PT —
le Manifeste et le Programme de fondation — expliquaient déjà que la fin du capitalisme brésilien est une condition indispensable pour démocratiser réellement la vie brésilienne. Même si ces premiers textes n'avançaient guère dans la définition d'une société alternative, le projet historique du PT était déjà nettement socialiste. Les dix années qui ont suivi notre fondation — des années de lutte douloureuse, mais passionnante - ont ratifié nos choix anticapitalistes, et conforté notre détermination à transformer la socié-
Ni la social-démoeratie...
engendrée l'amère expérience sociale aussi à prendre nos distances par rapport aux projets de la social-démocratie qui, historiquement, ne tendent pas à sortir du système capitaliste. Les expériences social-démocrates passées prouvent que même si on accède au gouvernement ou aux institutions de l'Etat — notamment au Parlement —, sans une mobilisation de masse à la base, il est impossible de parvenir au socialisme. La social-démocratie croyait à la neutralité de l'appareil d'Etat et pensait que l'efficacité capitaliste était compatible avec une transition pacifique vers une logique économique et sociale différente. Avec le temps, ce courant a abandonné la perspective d'une transition parlementaire au socialisme et l'aspiration même au socialisme, sans quitter les institutions pour autant. Le dialogue critique avec la socialdémocratie est, sans doute, utile pour le combat des travailleurs au niveau international ; mais son projet idéologique ne correspond ni aux convictions anticapitalistes ni aux objectifs d'émancipation du PT.
Notre combat stratégique pour la dé-
- notre identité même mocratie
- nous a aussi conduits à refuser les modèles du
"socialisme réellement prétendu existant" ; nous avons toujours su que cette appellation était fausse.
L'idéologie conservatrice utilise la crise à l'Est pour combattre tout projet qui irait à l'encontre de la domination capitaliste.
Selon ses détracteurs, le socialisme serait en réalité incompatible les idéaux de progrès et de liberté ; nous contestons cette conception réactionnaire.
... ni le socialisme bureaucratique
L'expression abstraite de "socialisme réellement existant" ne tient pas compte des spécificités nationales, des différents processus révolutionnaires, ni des différences économiques ou politiques. Il met sur le même plan des expériences de transformation sociale hétérogènes par leur nature et leurs résultats ; il minimise certains acquis historiques qui, pour les peuples qui les ont arrachés, sont sûrement importants. Certains régimes prétendument socialistes sont issus de révoluengendrés par la défaite de l'Allemagne nazie et l'occupation d'une série de pays de l'Est européen par l'armée soviétique. Dans certains de ces processus, les masses sont parvenues à peser sur la vie nationale.
Il faut faire une place particulière et de premier plan à l'expérience sandiniste au Nicaragua, malgré ses difficultés ; elle a su instaurer et maintenir une égalité politique et civile inédite pour le peuple.
Le PT soutient la lutte des travailleurs et des peuples pour leur libération ; il défend les véritables processus révolutionnaires avec une attitude indépendante et se réserve le droit de faire ses critiques. Depuis sa fondation, le PT sait que la théorie et la pratique des expériences du prétendu "socialisme réellement existant" sont incompatibles avec le projet de socialisme libérateur dont il se réclame. Le manque de démocratie politique, économique et sociale; le monopole du pouvoir par un parti unique — même lorsque le pluripartisme est formellement admis —; la symbiose entre le parti et l'Etat ; la domination de la bureaucratie devenue couche ou caste privilégiée ; la répression ouverte ou voilée du pluralisme idéologique et culturel ; la gestion de la production par une planification verticaliste, autoritaire et inefficace, sont autant d'éléments que nous rejetons. Nous avons toujours critiqué ces régimes en nous plaçant du point de vue de la lutte révolutionnaire, et à la lumière de différents processus socialistes internationaux. Le PT a été le premier parti politique brésilien à soutenir la lutte démocratique de Solidarité en Pologne, même s'il n'avait pas d'autres affinités idéologiques avec ce syndicat. Nous avons dénoncé les atteintes à la liberté syndicale, politique et religieuse qui ont existé dans les pays dits "socialistes" de la même façon que nous nous sommes battus pour les libertés publiques au Brésil. Nous avons dénoncé les crimes contre l'humanité, commis à Bucarest ou ailleurs, comme l'assassinat prémédité de centaines d'ouvriers agricoles au Brésil.
Le socialisme, pour le PT, sera réellement démocratique ou ne sera pas. Les changements à l'Est Les mouvements qui ont conduit aux réformes dans les pays de l'Est se soulevaient à juste titre contre le totalitarisme et la paralysie économique, en essayant d'instaurer des régimes démocratiques et de faire échec à la gestion bureaucratique et ultracentralisée de l'économie. L'issue de ces changements n'est pas encore résolue, c'est la bataille politique et sociale qui tracera les contours des nouveaux régimes. Mais le PT est convaincu que les bouleversements survenus à l'Est, qui continuent dans les pays du prétendu "socialisme réellement existant", ont une portée historique positive, même si des courants réactionnaires, favorables à la régression vers le capitalisme, sont aujourd'hui majoritaires. Ces mouvements — même s'ils
ne sont pas porteurs d'un projet qui rénove le socialisme -
- brisent la paralysie politique, et remettent sur le devant de la scène les différents acteurs politiques ciaux ; en encourageant les condémocratiques, il peuquêtes vent ouvrir, en creux, de nouvelles possibilités pour le socialisme. L'énergie politique qui est libérée par la mobilisation sociale ne sera pas facilement domptée par les recettes du
Fonds monétaire international
(FMI) ou par les paradis artificiels de la propagande capita-
Notre politique démocratique et anticapitaliste a de solides fondements ; nous avons choisi de lutter pour une utopie concrète, pour la société socialiste. Nous avons aussi voulu éviter l'idéologie abstraite, l'élitisme de la gauche traditionnelle brésilienne, et le pragmatisme désincarné qui caractérisent de nombreux partis.
L'école de la lutte
Toute réflexion qui resterait au sommet du PT serait inutile, si sa base et ses secteurs sociaux ne la partageaient pas. A nos débuts, nos directions d'expérience ; la lutte démocratique de masse, patiente et continue, les a armés.
Les contours stratégiques de tout projet socialiste doivent se fonder sur une conviction profondément démocratique et qui touche de larges couches populaires.
Notre pédagogie, basée sur l'auto-éducation des masses par le biais de la participation civile, s'est avérée juste.
En outre, le PT reconnaît l'existence de forces et de mouvements démocratiques, populaires, de libération ou socialistes, de par le monde, qui ont une identité différente de la sienne ; il entretient avec eux des rapports privilégiés.
Aujourd'hui, nous devons faire face à de nouveaux défis ; nous ne pourrons les relever que si nous faisons preuve d'une plus grande créativité politique et idéologique.
La nouvelle période historique, nationale et internationale, exige du PT, comme de toutes les forces socialistes et démocratiques, une élaboration plus audacieuse et rigoureuse.
La restructuration de l'économie du Brésil et la recomposition de l'hégémonie de la bourgeoisie qui en découle déplacent la bataille politique sur le terrain des projets globaux, avec des connotations idéologiques fortes. Au-delà de la "stabilisation" et des plans d*ajustement" que le gouvernement veut imposer, c'est l'insertion stratégique du Brésil sur la scène internationale qui se joue, el soidéologique.
Fin de la dictature des patrons profondes.
joncturel de l'idéologie capitaliste — qui torique.
manquaient
Mais quel socialisme voulons-nous construire ? Quelle société ? Quel Etat ? Comment s'organisera sa structure productive et quelles institutions aura- t-il ? Comment conjurer concrètement les fantômes de l'autoritarisme?
Nous pouvons déjà avancer certaines réponses à ces questions — à partir de notre expérience pratique et de nos réflexions - qui sont issues, dialectiquement, des formes de
Prix, santé, éducation et santé populaires serait prétentieux et erroné d'y apporter une réponse immédiate. En tout cas, nous dans le domaine économique et
Dans la mesure où le PT influence de larges secteurs de la société brésilienne et devient une alternative politique crédible, il a besoin d'expliciter ses propositions. Beaucoup de problèmes apparemment structurels — la réforme de l'Etat, la démocratisation de la propriété de la terre, etc. — ne peuvent être traités et résolus que par le biais de définitions stratégiques
De la même façon, l'échec des expériences du prétendu "socialisme réellement existant" et le renforcement connisme.
se reflète même dans un pays comme le nôtre, victime des contradictions les plus fortes et les plus destructrices du système
- nous incite à redoubler nos efforts critiques et notre réflexion, pour redonner corps à la perspective d'une démocratie socialiste dans le domaine éthique et his-
Quel socialisme ?
Fin de la grande propriété domination que nous combattons ou qui découlent de nos convictions stratégiques forgées dans la lutte. La VIle Rencontre nationale du PT a déblayé le terrain de cette discussion : pour mettre à bas le capitalisme et commencer la construction d'une société socialiste, il faut un changement politique radical ; les travailleurs doivent devenir la classe hégémonique de la société civile et détenir le pouvoir d'Etat.
D'autres aspects de notre projet socialiste restent encore sous forme de questions ouvertes, il devons faire preuve d'une intense imagination politique et d'une grande créativité pratique, en partant non seulement de nos options idéologiques, mais aussi de l'aspiration des masses opprimées à une existence plus digne.
Le PT ne pense pas que le socialisme soit un avenir inéluctable, fruit des lois économiques du capitalisme. Pour nous, le socialisme est un projet humain dont la réalisation est inconcevable sans la lutte consciente des exploités et des opprimés. Ce projet ne sera émancipateur que dans la mesure où nous le concevrons ainsi, comme nécessité et idéal des masses exploitées, capable de développer une conscience et un mouvement effectivement libérateurs. Voilà pourquoi il faut récupérer la fonction éthique de la politique ; c'est la condition sine qua non du rétablissement des liens entre le socialisme et l'huma-
La société que nous voulons construire s'inspire concrètement de la riche tradition des luttes populaires de l'histoire du Brésil. Elle doit se fonder sur la solidarité entre les hommes et être une somme d'aptitudes particulières pour résoudre les problèmes collectifs et devra être un sujet démocratique collectif, sans nier les spécificités individuelles riches et nécessaires. Elle devra préserver l'égalité fondamentale entre les citoyens, tout en sauvegardant jalousement le droit à la différence politique, religieuse, culturelle, etc. Cette société se battra pour la libération des femmes, contre le racisme et contre toutes les formes d'oppression, favorisant l'émergence d'une démocratie d'intégration, universaliste. Le pluralisme et l'auto-organisation seront non seulement autorisés mais encouragés à tous les niveaux de la vie sociale : ils sont une antidote contre la bureaucratisation du pouvoir, des esprits et des volontés. Tout en affirmant l'identité et l'indépendance nationales, la nouvelle société refusera toute prétention impériale, contribuant à l'instauration de rapports de coopération entre les peuples du monde. Comme nous défendons Cuba ou Grenade contre l'agression impérialiste nord-américaine, nous soutiendrons le droit à l'auto-détermination des peuples, et nous encouragerons l'action internationaliste. L'internationalisme démocratique et socialiste sera une source permanente d'inspiration.
Le socialisme que nous voulons construire ne se réalisera que s'il instaure une véritable démocratie économique. Il devra donc s'organiser autour de la propriété sociale des moyens de production — qui
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ne se doit pas être confondu avec la propriété d'Etat —, qui prendra les formes choisies démocratiquement la société (individuelle, coopérative, nationalisée, etc.)
Quelle démocratie ?
Cette démocratie économique doit dépasser la logique perverse du marché capitaliste comme celle du commandement autocratique de l'Etat qui sévit dans de nombreuses économies dites tes"; ses priorités et ses objectifs devront être soumis a la volonté sociale et non à de supposés "intérêts stratégiques" de l'Etat ; elle devra conjuguer — et c'est le plus grand des défis — l'augmentation de la productivité et la satisfaction des nécessités matérielles avec une nouvelle organisation du travail, qui en finisse avec l'aliénation actuelle. Elle doit renforcer la gestion de chacune des unités de production — les conseils d'usine sont une référence obligatoire — et de tout le système, par une planification stratégique sous contrôle social.
Sur le terrain politique, le socialisme devra préserver les libertés démocratiques, si difficilement arrachées dans la société capitaliste, mais aussi les élargir et les radicaliser (liberté d'opinion, de manifestation, d'organisation civile et politique des partis) : elles concernent tous les citoyens, leur seule limite étant le cadre démocratique. Les instruments de la démocratie directe qui préservent la participation des masses, aux différents niveaux de la direction politique et de la gestion économique, devront coexister avec des instruments de démocratie représentative et avec des mécanismes souples de consultation populaire, capables d'exprimer les intérêts collectifs et sans ingérence du capital.
Le PT, dans sa lutte pour le socialisme, ne minimise pas les obstacles théoriques et pratiques qu'il devra franchir.
Il sait qu'il doit faire un énorme effort dans le domaine du programme et de la lutte sociale ; il est plus que jamais disposé à s'y engager avec l'ensemble des forces démocratiques et transformatrices du Brésil.
"socialis-
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