CETTE SEANCE de la direction du PCI a été exceptionnellement couverte par les médias et la proclamation d'Occhetto a été transmise en direct par la radio du Parti, alors que les militants s'étaient rassemblés dans les locaux pour l'écouter. Les commentateurs de tous bords se sont surtout occupés de la nouvelle appellation annoncée par Occheto : le PCI sera rebaptisé "Parti démocratique de la gauche" ; son symbole sera un chêne, et, concession faite aux nostalgiques passé (ou subterfuge électoral), le vieil emblème subsistera aux pieds de l'arbre avec l'inscription "PCI".
Le contenu politique de la déclaration n'a provoqué aucune surprise au regard de ce qu'Occhetto avait expliqué publiquement, dès la chute du Mur de Berlin, et de la résolution adoptée par le congrès du Parti, quelques mois plus tard.
Le "nouveau" programme
En 1989, lit-on dans la déclaration,
«l'histoire du monde a changé ». Il faut donc faire peau neuve et dépasser toutes les conceptions et approches traditionnelles non seulement du mouvement communiste, mais plus généralement du mouvement ouvrier (les forces "nouvelles" — le nouveau parti si pour le PCI prétend, justement, traduire cette "substance").
«Les contradictions fondamentales de notre époque — celle qui existe entre la nécessité d'un développement élargi à l'humanité toute entière et l'exigence de la défense de la nature et de l'équilibre écologique de la planète ;
entre technologie et emploi ;
entre internationalisation des processus de production et centralisation des lieux de décision et de contrôle ; et celle qu'il y a entre les formes nouvelles d'expression politique, sociale et culturelle de la supranationalité et l'émergence de particularismes et de conflits de nature nationale, ethnique et religieuse — l'ensemble
ITALIE
« Occheto sur son
La crise du Parti communiste italien (PCI) est entrée dans une nouvelle phase lors de la réunion de sa direction nationale, du 10 au 12 octobre 1990. A cette occasion, son secrétaire général, Achille Occhetto, a présenté une
"déclaration d'intentions", qui expliquait pourquoi il fallait construire un nouveau parti, annonçant même le nom qu'il devrait porter.
Livio MAITAN du de ces contradictions ne peut être résolu que par une politique capable de réaliser une transformation qualitative du modèle de développement, de fonder un nouvel ordre économique et social mondial. Une telle politique constitue aujourd'hui l'objectif essentiel d'une nouvelle gauche mondiale et marque le clivage entre conservateurs et progressistes. » Telle est l'idée générale de la déclaration.
Plus concrètement - si s'aventurer à utiliser un tel mot à ce propos — Occhetto propose « un gouvernement du développement différent » ; celuici ne pourra pas se réaliser sur la base de l'élimination du marché par la planification centralisée.
P.C.J.
arbre perché... » on peut maine ».
Dans ce contexte, la « gauche aurait la tâche historique d'orienter les forces économiques et sociales vers des objectifs sociaux et humains ». Pour ce faire, la formation d'un « gouvernement mondial et démocratique de développement » est une question « centrale ».
Nations-Unies consti-
Les tuent, selon Occheto, une première anticipation de ce que serait un tel gouvernement.
En ce qui concerne plus spécifiquement l'Italie, de l' « idée de la démocratie comme voie au socialisme », découle celle « d'une gauche renouvelée ; d'une gauche qui s'engage à travailler pour stimuler - sans provoquer de dispersion— une synthèse plus élevée des idéaux et des expériences du communisme italien, du réformisme libéral et socialiste, du catholicisme social et démocratique ; d'une gauche ouverte à la discussion avec tous les courants et toutes les forces de renouveau à l'échelle mondiale et qui ait la volonté de contribuer ainsi à la réalisation du grand projet de la libération hu-
Il va de soi - Occhetto le réaffirme explicitement - qu'un parti avec de telles conceptions et de telles perspectives ne saurait que rejeter le centralisme démocratique, sous quelque forme que ce
La pilule passe mal
Ce sont des dirigeants politiques, des journalistes, des "politologues"
bourgeois et des intellectuels, appartenant à ce qu'on appelle la
"gauche souterraine"
, qui ont réagi le plus souvent positivement aux avances d'Occhetto.
En revanche, les réactions critiques de certains membres de la direction du Parti, qui appartiennent à la majorité issue du dernier congrès et sont donc favorables à un changement de nature et de nom de leur organisation, ont constitué en quelque sorte une surprise. Ce qu'on pourrait appeler la
"droite de la majorité" n'a pas caché son mécontentement : elle aurait voulu, en effet, donner au nouveau parti un carac-
L'évolution du symbole du PCI : Parti socialiste italien de 1919 ; création du PCI en 1921, et les transformations tère explicitement social-démocrate, dans la perspective de converger, à terme, avec le Parti socialiste (Napolitano est le porte-parole le plus connu de cette tendance). Sur la "gauche" du PCI, c'est surtout Bassolino qui a exprimé des réserves, expliquant que le texte d'Occhetto supprime complètement toute approche anti-capitaliste.
Puisque ceux qui s'étaient déjà opposés au projet d'Occhetto au début ont non seulement maintenu, mais même accentué leurs critiques, le secrétaire général s'est trouvé en assez mauvaise posture. Il a réagi par une sorte de chantage vis-à-vis de sa propre majorité — « Soit vous me soutenez, soit je démissionne .» —, qui a donné des résultats : la majorité a souscrit une déclaration commune, qui réaffirmait ses objectifs et sa confiance dans Occhetto. L'idée, que Cossutta et d'autres avaient proposée à plusieurs reprises, de trancher sur la question du nom par un référendum dans le Parti — et qu'Occhetto lui-même avait relancée — a été finalement abandonnée (1).
Au-delà des vicissitudes de la dernière réunion de la direction, la situation s'est encore plus compliquée. Le prochain comité central sera sûrement révélateur quant aux conditions de préparation du congrès du PCI, prévu pour la fin de janvier 1991. Mais, pour l'instant, on peut déjà signaler qu'il existe, au moins, six tendances, courants ou "sensibilités".
Le PS guette le malade
Selon des déclarations parues ces derniers jours, il est possible que la "droite" du Parti, tout en faisant bloc avec Occhetto sur la question de la transformation du PCI et du changement de nom, présente sa propre motion. Bassolino pourrait faire la même chose. Quant à ce qu'on appelle le "front du non", il s'est relativement ressoudé face à la majorité. Il a tenu, début octobre 1990, un stage au cours duquel est apparue une certaine radicalisation des positions, au détriment du leader "historique" Pietro Ingrao. Cependant, les divergences demeurent en ce qui concerne l'avenir : que faire si, comme cela semble fort probable, Occhetto et ses alliés remportent à nouveau la majorité ?
Pour l'instant, il semble que de vieux dirigeants comme Ingrao, Tortorella et ceux qui les soutiennent, soient décidés à rester dans le Parti. D'autres — appartenant au courant de Cossutta, caractérisé de façon trop simpliste de "pro-soviétique"
— semblent, par contre, résolus à rompre, dans une perspective de refondation politique et organisationnelle du PCI. Finalement, il existe un grand nombre de militants qui hésitent, dont ceux qui avaient appartenu au courant Il Manifesto
(2). Rossana Rossanda qui, contrairement à certains de ses anciens amis, n'était pas rentrée dans le PCI et reste toujours indépendante penche jusqu'à présent, plutôt pour Ingrao.
Il serait prématuré et hasardeux d'avancer aujourd'hui un pronostic.
Cependant, il faut noter que les tensions internes se sont considérablement aggravées : la lutte fractionnelle bat son plein et s'exprime tout à fait publiquement.
Une scission peut donc avoir lieu, mais il est impossible de prévoir son ampleur, ni de connaître ses protagonistes.
Le Parti socialiste n'est évidemment pas un spectateur passif de cette crise. Son principal dirigeant, Bettino Craxi, s'est curieusement permis de critiquer Occhetto d'un point de vue de gauche : si le nouveau parti prétend entrer dans l'Internationale socialiste — ce qu'Occhetto a encore une fois confirmé — pourquoi romprait-il avec les traditions du mouvement ouvrier et renoncerait-il à s'appeler, sous une forme ou sous une autre, "socialiste" ? En fait, Craxi espère être le principal bénéficiaire de la crise du PCI, notam-
P.C.I.
successives de 1945 à 1963 (Tiré de L'Unita).
1) Certains oppositionnels étaient favorables au référendum, à condition quil ne soit valable que si plus de 50 % des membres du Parti y participaient. En fait, un tel quorum serait très difficile à atteindre.
2) Courant II Manifesto : scission de gauche du PCI en 1969 sous la poussée des mouvements sociaux et de l'extrême gauche ; il a par la suite réintégré le PCI.
3) Des points de vue différents se sont exprimées dans une réunion de la direction du 13-14 octobre, lors de la discussion sur un texte présenté par Giancarlo Saccoman, au nom du se-
ITALIE ment s'il y a une scission. Dans ce cas, il pourrait pousser à la tenue d'élections anticipées (en avril-mai 1991) de façon à ne pas laisser au nouveau parti le temps de se consolider, à lui couper l'herbe sous lc pied et donc à imposer un changement substantiel dans le rapport de forces de la gauche au niveau électoral. Un tel projet n'est pas du tout dépourvu de réalisme.
A gauche du PCI
La crise du PCI a aussi un impact important sur Democrazia Proletaria (DP). Lors du dernier congrès de cette organisation, en décembre 1989, deux approches différentes concernant la crise du PCI avaient vu le jour. Aujourd'hui, dans une situation interne difficile, cette organisation discute des choix à faire, parmi les opposants du PCI, en terme d'interlocuteurs privilégiés, et de la position à prendre dans l'éventualité de la création d'un nouveau parti. L'idée que, dans l'hypothèse d'une rupture du PCI, il faudrait envisager la possibilité d'une convergence des militants provenant de ce parti et de DP dans le cadre d'une nouvelle organisation semble désormais très largement partagée par tous, même si le débat sur les conditions d'un tel rapprochement continue (3). *
17 octobre 1990 P.C.I. crétariat de DP et d'une contribution d'Elettra Deiana, sur les divergences qui subsistent avec le front du non". Une motion a été finalement soumise au vote qui, après avoir repris les axes principaux du texte de secrétariat, traçait les lignes d'orienta tion et d'intervention. Sur proposition de Livio Maitan, elle a votée séparément : l'introduction concernant l'acceptation du texte du secrétariat enregistrait 30 voix pour et 10 abstentions alors que le reste était adopté à l'unanimité. Bien qu'aucune décision formelle n'ait été encore prise, il est acquis que DP tiendra son congrès début 1991.