Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

En manque de guerre ?

· Inprecor n° 320, 7 décembre 1990 · p. 28 · 864 mots

Palestine et Israël

INPRECOR : Quelles ont été les conditions de ta détention et de ta libération ?

Michel WARSHAWSKI: J'ai bénéficié d'un traitement relativement privilégié. J'ai eu une certaine liberté de mouvement et mes conditions de détention étaient les meilleures possibles. Si j'ai eu très peu de contacts avec les détenus politiques, en revanche mes rapports avec les prisonniers de droit commun ont été plutôt bons, grâce aux cours d'alphabétisation que j'ai donnés à l'intérieur de la prison et en tant que rédacteur du journal des sonniers.

Le Shin Beth [les renseignements généraux israéliens, ndlr] a essayé de rendre ma situation plus difficile : ma première permission de sortie ne m'a été accordée qu'une semaine avant ma libération conditionnelle ; et il a tenté de faire obstruction à ma réduction de peine. Finalement, j'ai pu sortir assez vite [Warshawski était condamné à trente mois de détention, dont vingt de prison ferme, ndlr] ; je suis maintenant en liberté conditionnelle, donc surveillé dans mes activités.

• Israël est directement concerné par le conflit du Golfe. Après le massacre de l'esplanade des Mosquées (voir Inprecor n°316 du 12 octobre 1990), est-ce que l'on sent monter la tension et la violence contre les Palestiniens?

Il ne fait aucun doute, aujourd'hui, que l'ensemble des dirigeants israéliens veut la guerre. Ils espèrent, en réalité, que cela permette de débloquer la situation intérieure israélienne et règle le problème palestinien. Ils font tout pour, à la fois, préparer l'opinion publique locale à cette guerre et à ses conséquences, et pour pousser les Etats-Unis à se comme des hommes" et donner une leçon à Saddam Hussein.

La façon dont est perçue, comme solution à la crise intérieure israélienne, la possibilité de cet affrontement n'est pas

ISRAEL

Le 9 novembre 1990, notre camarade Michel alternatif (AIC) a été libéré après plus de quatre mois de prison (1).

Tandis que, le 27 novembre 1990, cinq soldats israéliens étaient tués au Liban, après l'attaque d'un commando palestinien relançant les affrontements dans ce pays voisin, la guerre du Golfe a provoqué une escalade de la violence, conduisant une partie de la gauche modérée israélienne, partisane d'un dialogue avec l'Organisation de libération de la Palestine dans le camp de l"union sacrée"

autour des durs du régime.

seulement le fait des dirigeants, elle est priaussi partagée par une grande partie de la presse, et des médias.

publique en général ?

semble sont en "manque de guerre". Ils attendent ce conflit et ils s'y préparent avec contradictoirement, avec une certaine impatience.

Le l'opinion publique reflète un peu cela, on sent un mélange de crainte par rapport à cet affrontement qui risque de coûter assez cher mais, en même temps, l'impression que, si tout se passe bien, on en profitera pour se débarrasser des Palestiniens. Pour des gens comme Sharon et

Shamir, par exemple, il y a l'espoir, plus

Ou conscient, et partagé par la grande majorité de l'opinion publique, que cela peut régler le problème palestinien.

"conduire

• Quelle est la réaction de la

• population dans les territoires occupés?

israélienne, à l'absence de débouché politique immédiat et à la nouvelle situation ouverte par le conflit irako-occidental, ou international, on assiste à une radicalisation, ou plutôt à un durcissement, de la situation en Cisjordanie et à Gaza, qui est plus le fait d'une réaction populaire plutôt que celui d'une ligne politique plus dure.

Warshawski, directeur du Centre d'information

(OLP),

• Quelle est la réaction de l'opinion

On dirait que les gens dans leur enangoisse, bien sûr; mais aussi, sentiment général dans moins

Face au durcissement de la politique

1990

Cela se traduit, par exemple, par des actes individuels assez violents, mais aussi par les déclarations de certains dirigeants, plus intransigeantes qu'il y a six mois ou un an.

• Et au niveau de la gauche israélienne ?

Pour la première fois depuis longtemps, la gauche israélienne s'est divisée. Ce qu'on appelle le mouvement pacifiste large, avec son aile sioniste modérée, s'est scindé en deux; une partie s'est complètement alignée derrière l"union sacrée" et a signifié ce qu'on appelle ici un véritable acte de divorce aux Palestiniens, en leur disant : « Maintenant que vous soutenez Saddam Hussein, vous avez démasqué votre mauvaise foi et vos réelles intentions.»

Cette position constitue un recul pour l'ensemble des forces progressistes israéliennes et a provoqué une cassure dans le mouvement de la gauche modérée. Le choc touche le Mouvement pour les droits civiques, qui a deux positions contradictoires, l'organisation sioniste de gauche Mapam, sa jeunesse et

"La paix maintenant" dont les porte-parole ont pris, eux aussi, des positions contradictoires.

• Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ?

J'espère reprendre mes activités au Centre d'information, où je n'avais pas le droit de travailler depuis mon inculpation, il y quatre ans.

Mais aujourd'hui, je me sens aussi un peu concerné par le monde pénal et j'ai décidé d'essayer de participer à un travail sur les prisonniers de droit commun, en continuant à maintenir un contact concret avec la prison, au niveau des publications, en organisant des activités culturelles, etc.

*

Propos recueillis par Sophie Massouri

29 novembre 1990

1) Voir Inprecor n° 312 et 319 des 29 juin et 23 novembre

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