difficultés que connaissent ceux de ses compatriotes qui avaient été "encouragés"
Un Vietnamien
à Prague
Ha Cuong Nghi est membre du Groupe trostkyste vietnamien qui édite la revue Chroniques vietnamiennes (1). Il vient de passer quelques jours en Tchécoslovaquie, où il a pu se rendre compte des à y émigrer par le régime de Hanoï.
INPRECOR : Pour quelle raisons as-tu été en Tchécoslovaquie?
Ha CUONG NGHI : Des dizaines de milliers de travailleurs et d'étudiants vietnamiens ont vécu en direct les bouleversements qui ont affecté l'Europe de l'Est. Il aurait été impensable que nous ne profitions pas de l'occasion pour voir comment ils réagissent et les conclusions qu'ils peuvent en tirer concernant leur pays.
* Comment es-lu entré en contact avec eux?
Nous avions déjà des relations épistolaires avec le groupe d'étudiants qui édite le journal Tribune ; l'un deux m'attendait à l'aéroport, en même temps qu'un camarade de la IVe Internationale qui a été un véritable frère.
J'ai d'abord discuté avec deux étudiants qui se sont montrés assez réservés à mon égard. Ils se demandaient ce qu'étaient les trotskystes, ce que je venais fai-
La glace n'a été rompue qu'après notre entretien avec Petr Uhl, actuellement responsable de l'Agence de presse tchécoslovaque (CTK). Ils ont pu lui exposer leurs difficultés devant la montée de la xénophobie, et j'ai demandé à Petr de voir comment on pourrait les aider. Leur méfiance s'est alors dissipée ; j'ai pu me rendre à leur foyer, où j'ai longuement discuté avec un groupe de cinq étudiants,
• Quels ont été vos sujets de discussion?
Je pensais que nous parlerions du Viet-nâm actuel, de leur situation Tchécoslovaquie et de celle de leurs compatriotes en France ; mais ils m'ont bombardé de questions sur le stalinisme, le = Inprecor n° 320 du 7 au 20 décembre 1990
VIET-NAM / TCHECO. URSS trotskysme, les raisons de la faillite du "socialisme réel", etc. Ils se sont révélés
Bien sûr, nous avons aussi parlé de la vie qu'ils mènent à Prague. Il reste 30 000 Vietnamiens en Tchécoslovaquie ; 5 000 sont partis en Allemagne fédérale. Après les attaques dont ils ont été l'objet, il y a six mois, ils ont commencé à s'organiser pour se défendre ; pendant trois mois un calme relatif a régné et maintenant ça reprend ! Ils sont toujours obligés de sortir à plus de quatre ou cinq pour ne pas se faire
Ils sont très critiques vis-à-vis de leur ambassade et de leur gouvernement : rien n'est organisé pour établir des relations amicales entre les deux peuples, il n'y a aucun lieu de rencontre (une maison de la Culture, par exemple). Hanoï les offre en location à la Tchécoslovaquie pour toucher une bonne partie de leur salaire ; Prague les exploite comme main-d'œuvre bon marché et les utilise pour des travaux dont les Tchèques ne veulent plus.
• As-tu eu l'occasion de rencontrer des ouvriers?
Oui, et de façon inattendue. Je n'avais aucun contact avec eux. Un jour, dans un magasin, j'ai abordé un ouvrier vietnamien. Il m'a demandé ce que je faisais là ; je lui ai répondu que j'étais journaliste et souhaitais parler avec des travailleurs. Nous avons aussitôt sympathisé et il m'a emmené, près de Prague, dans un vaste hôtel où logent les travailleurs étrangers. Sur 1 000 personnes, il y a avait 500 Vietnamiens ! Nous avons discuté jusqu'à minuit avec un groupe de sept jeunes ouvriers du bâtiment. J'avais amené une valise pleine de documents vietnamiens (notamment le rapport Khroutchev). Dès le début, le contact a été plus facile qu'avec les étudiants. Ils ont découvert qu'il y avait un autre communisme que celui qu'ils avaient connu et ils m'ont posé beaucoup de questions sur le stalinisme et sur le programme trotskyste. Ils ont été très fraternels, se proposant de me loger puisque des chambres avaient été "libérées" par les transfuges en Allemagne. • Après avoir assisté aux événements de 1989, quelles ont été leurs réactions ? Font-ils le rapprochement avec ce qu'ils connaissent au
Viet-nâm ?
Ceux que j'ai rencontré n'ont plus aucune confiance dans la direction vietnamienne et ils tous sont partisans du renouveau. Ils ont du mal à comprendre pourquoi ces partis communistes, qui avaient pour vocation de défendre les travailleurs, ont tous connu un tel échec.
Ils sont désorientés et inquiets : leur contrat se termine dans deux ans et ils craignent de ne plus trouver de travail au Viet-nâm (ils sont surtout chauffagistes).
• Que comptes-tu faire pour garder le contact avec eux?
Je me suis engagé à leur faire parvenir des journaux de différentes tendances, ainsi que des romans qu'ils ne peuvent pas se procurer, vu leur isolement.
Ensuite, nous enverrons régulièrement des camarades pour animer des groupes de discussion et de formation. Cela me rajeunit de beaucoup, car nous faisions cela du temps des camps de travailleurs en France, mais le niveau culturel est maintenant beaucoup plus élevé (la majorité étaient analphabète, en 1945).
Nous allons faire un supplément en vietnamien de Chroniques vietnamiennes.
J'ai rencontré fortuitement le fils d'un de nos anciens camarades, rentré au Viet-nâm en 1952, arrêté par la police de Diem en 1965 et mort dans des conditions obscures lors de l'offensive du Têt, en 1968. Je lui appris que son père était trotskyste, alors qu'il le croyait simplement communiste. Cette rencontre a été très émouvante pour nous deux.
Propos recueillis par Louis Couturier 30 novembre 1990
1) Dans le numéro 8-9 de Chroniques Vietnamiennes vous trouverez, entre autres, un dossier sur les travailleurs vietnamiens et le racisme.
• Prix du numéro : 25 FF.
• Abonnement : France : 60 FF./ Etranger (Europe) : 75 FF/ Etranger (hors Europe) : 85 FF.
Chroniques vietnamiennes
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