Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRECE

Autoritarisme et austérité

· Inprecor n° 320, 7 décembre 1990 · p. 26 · 978 mots

Grèce et Turquie Syndicalisme

Depuis les élections d'avril 1990, qui ont vu le retour de la droite au pouvoir, la autant de mesures réactionnaires et anti-sociales ne furent prises en si peu de temps. Pour protester contre un projet gouvernemental de réforme du droit de grève — qui vise, en fait, à une quasi interdiction —, les travailleurs grecs ont fait, les 5 et 6 décembre 1990, leur septième grève générale depuis l'entrée en

Autoritarisme

et austérité

Crèce subit la plus dure des attaques anti-ouvrières depuis vingt ans. Jamais fonction du gouvernement conservateur de Constantin Mitsotakis. Nicos SIMEONIDIS

PoUR la seule année 1990, le pouvoir d'achat des salariés a chuté de 17 %, et une nouvelle baisse de 10 % est prévue pour 1991. L'inflation a atteint 29 % en 1990. Les retraites ont été, de fait, dévaluées, car leur mode de calcul a changé ; les prestations sociales diminuent aussi.

Dans le secteur public, 90 000 travailleurs ont déjà été mis à la rue ; une de licenciements de 300 000 personnes est prévue dans les entreprises dites "à problèmes" (qui se sont déclarées en faillite et qui fonctionnent sous contrôle de l'Etat). Les principales entreprises nationalisées vont être cédées au privé comme, par exemple, la compagnie nationale d'aviation, Olympic Airways ; on parle également de la privatisation à 49 % de la Compagnie générale d'électricité et de la poste. Les cercles financiers qui gravitent autour du pouvoir tentent de déclarer en faillite certaines usines nationales pour les vendre à moitié prix à leurs proches.

Le revenu agricole baisse aussi, sur la base des directives de la Communauté économique européenne (CEE) ; les coopératives paysannes (qui produisent 27 % de la production agricole) sont au bord du gouffre, laissant la place à des intermédiaires privés.

Dans l'Education nationale, on voit se profiler des mesures de caractère autoritaire et obscurantiste.

Pour mener à bien ses projets, le gouvernement a évidemment recours à la répression ; le message du Premier ministre à la police a été clair : « Vous constituez

GRECE l'Etat. » Ce discours a été suivi par des actions violentes des forces de l'ordre contre tous ceux qui protestaient (charges contre les manifestants, contre les grévistes, etc.). Une loi anti-grève, actuellement discutée au Parlement, devrait interdire les grèves sous menace de licenciement immédiat.

Sous couvert de "perquisitions antiterroristes", la gauche extra-parlementaire est menacée.

La politique étrangère de la Grèce s'est également modifiée : se rangeant sans nuance derrière le Pentagone, elle a donné son accord à la réinstallation de bases militaires nord-américaines en Crète et participe à la croisade impérialiste dans le Golfe. Le gouvernement applique une politique à la Thatcher sous toutes ses facettes.

Septembre chaud

L'exaspération des travailleurs a fini par se manifester. Des grèves ont éclaté dans les secteurs touchés par les mesures gouvernementales; elles ont atteint leur point culminant en septembre 1990, lorsque des centaines de milliers de salariés, surtout dans le secteur public et les entreprises nationales, ont fait grève contre la diminution des pensions et le recul de l'âge de la retraite. Mais, en dépit de son ampleur, ce mouvement n'a touché que les secteurs directement menacés. Les directions du Parti socialiste (PASOK) et du Synapismos — coalition entre le Parti communiste grec et la Gauche hellénique (1) - se sont effacées derrière leurs syndicats pour empêcher que toute politisation et toute alternative politique n'émergent de cette contestation, tout en appelant au dialogue et en cherchant à reculer sans perdre la face.

Les grévistes ont ainsi été coupés des autres travailleurs et ont dû affronter l'hostilité des classes moyennes, pourtant tout aussi frappées par les mesures. Privée d'un soutien social large, la lutte a fini par s'épuiser et s'est achevée sur une défaite. Des mouvements sociaux ont malgré tout continué — dont certains, très déterminés, contre les licenciements ou les fermetures d'usines nationales — mais sans aucune coordination. Le gouvernement peut ainsi se permettre de maintenir une attitude intransigeante.

Caution électorale

C'est dans ce climat que se sont déroulées les élections municipales d'octobre 1990. Elles ont été l'occasion pour des milliers de salariés d'exprimer leur colère ; le PASOK et le Synapismos ont ainsi été contraints de passer une alliance électorale contre le parti de la Nouvelle Démocratie qui est au gouvernement.

Après de multiples négociations, marchandages et pressions, ils se sont mis d'accord pour présenter des listes communes dans 200 des 300 mairies du pays. Mais, dans de nombreux cas, cela s'est fait par des accords au sommet, au détriment des acteurs de la vie locale ; ce qui a encouragé des attitudes de sectarisme et de rejet. Ainsi, une semaine avant le scrutin, le comité central de la Gauche hellénique a appelé les électeurs à voter « selon leur conscience », au lieu de les inciter à se mobiliser pour les listes unitaires.

Ces élections ont montré la perte d'audience de la droite dans les quartiers populaires des grandes villes, mais elle a gardé le vote des couches moyennes, ce qui lui a permis de conserver ces municipalités. En outre, une partie non négligeable des électeurs et des militants du Synaspismos a voté blanc, ou même, dans certains cas, pour la droite ; à Athènes, il y a eu 5 % de bulletins nuls.

Le Synaspismos a perdu du terrain au profit du PASOK. Cela tient à sa mauvaise image, mais aussi au traumatisme créé par l'effondrement des régimes à l'Est, et à sa politique durant ces deux dernières années (collaboration avec la droite au gouvernement, pendant l'été 1989).

Ainsi, en fin de compte, c'est le gouvernement qui a remporté ces élections municipales et qui peut s'en prévaloir pour dire que le majorité du corps électoral approuve sa politique économique. *

Athènes, 3 décembre 1990

1) La Gauche hellénique provient de la scission du Parti communiste de l'intérieur grec, qui était lui-même une scission du Parti communiste, en 1968.

Une erreur sur cette page ?