restructuration (Roukh) (voir Inprecor n° 308 du 4 mai 1990) qui s'est tenu à
Kiev, le 25 octobre 1990, a montré une nette radicalisation de cette force et confirmé son objectif d'obtenir l'indépendance totale de l'Ukraine et son rejet absolu de la perestroïka — dont les indépendantistes ukrainiens, ainsi que les
Fronts baltes, étaient censés constituer des soutiens essentiels. La démarche du
Roukh est illustrée par le discours de son président, le poète Ivan Drach, dont
L'Ukraine contre
Gorbatchev
Le second congrès national du Mouvement populaire d'Ukraine pour la nous publions de larges extraits. DOCUMENT
TOUTE analyse économique, historique, sociale politique, et culturelle objective débouche sur une seule conclusion : seuls la souveraineté totale du peuple ukrainien et un Etat ukrainien complètement indépendant correspondent au développement de la civilisation mondiale actuelle. Toute autre formule condamne sans appel la société ukrainienne à rester à la traîne, confinée au rôle de réserve de chair à canon et de matières premières au service du développement d'autres EtatsNations.
Union sacrée derrière le Kremlin Des forces, qui hier semblaient avoir des avis assez différents, s'unissent aujourd'hui pour s'opposer à la souveraineté du peuple ukrainien; cela va de Go batchev et de ses conseillers jusqu'à ses opposants ; des comités centraux du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) et du Parti communiste d'Ukraine (PCU) jusqu'à des dizaines de regroupements moscovites. Des libéraux et des humanistes d'hier se bousculent aux portes du Kremlin afin d'être les premiers à condamner le "séparatisme" et le nationalisme". Nous avons toujours eu de la sympathie pour les patriotes russes qui, dans les jours sombres, ont combattu pour la résurrection de leur pays. C'est avec regret que nous constatons que le patriotisme de beaucoup d'entre eux semble maintenant être très arrogant vis-à-vis des autres peuples non-russes, et surtout des Ukrainiens.
Nous devons être préparés à voir le centre impérial s'opposer farouchement aux efforts du peuple ukrainien pour se libérer. L'Ukraine a été et reste le grenier à blé de l'empire, l'un des principaux réservoirs de main-d'œuvre, de chair à canon et de technologie militaire pour la plus importante institution du pouvoir, l'armée.
Léproseries atomiques
Les mineurs du Donetsk, les travailleurs de la chimie de Luhansk, les métallurgistes de la vallée du Dniepr, les constructeurs de machines de Kiev et de Kharkov, les ouvriers des chantiers navals de Mikolaiv, les producteurs de blé et de foin ; ceux qui vivent sur les rives de la mer Noire agonisante et le long des marais empoisonnés du Dniepr ; et ceux dont les villes sont devenues des léproseries atomiques par les radiations de césium et de strontium — ne peuvent pas continuer à fermer les yeux plus longtemps devant la mutilation, la perte du caractère national, la dégénérescence et l'anéantissement qui nous guettent. L'Etat actuel, qui se gargarise tant de la défense des travailleurs, ne s'occupe pas de nous ; ce n'est pas le nôtre.
Les colonisateurs et leurs collaborateurs locaux intimident la population en disant que l'Ukraine ne peut pas exister indépendamment du reste de l'empire pour des raisons économiques. Or, dépourvues de ressources naturelles importantes et situées sur des terres pauvres, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, et y compris l'Albanie, sont capables
En l'absence de données économiques, il faudrait créer un organe d'espionnage pour réunir des informations fiables sur nos ressources matérielles, nos finances et les autres relations économiques de l'Ukraine avec le centre impérial. Si l'on disposait de ces renseignements, on pourrait montrer, par exemple, qu'une armée nationale ukrainienne coûterait bien moins cher aux travailleurs ukrainiens que ce qu'ils payent aujourd'hui pour la plus grande armée du monde. Les effectifs militaires déployés dans nos trois districts sont connus du Kremlin, de l'administration coloniale de la république et de l'OTAN, mais pas du peuple ukrainien.
Aucun autre pays membre des Nations-Unies n'a autant de bases militaires sur son territoire, qui échappent à son contrôle et qui ne lui servent en rien. Le Roukh et les forces démocratiques font de leur mieux pour obtenir la réduction du poids spécifique de la production militaire dans le prétendu Produit national brut (PNB) de l'Ukraine.
Depuis son apparition, l'objectif de la perestroika est d'obliger les gens à travailler plus et mieux, tout en maintenant le niveau d'exploitation antérieur et en réduisant au maximum les coûts salariaux, y compris par rapport aux pays du tiers monde.
Les programmes économiques, hermétiques et incompréhensibles pour les masses, d'Abalkine et de Chataline (voir Inprecor n° 315 et 316 des 29 septembre et 12 octobre 1990), et la version hybride des deux qui a été adoptée, dévoilent ces projets. Derrière un verbiage pseudo-scientifique, les gouvernants veulent éviter leur faillite, cacher leurs gaspillages, et le produit social qu'ils ont dilapidé au détriment du peuple ; ils veulent écraser la population avec des méthodes prétendument économiques — par la menace de la faim et de l'appauvrissement — afin que l'oligarchie dirigeante et sa sœur jumelle, la mafia criminelle, sortent de leur impasse historique.
Cruelle exploitation
Derrière les programmes de prétendu "marché socialiste régulé", le gouvernement dissimule une exploitation encore plus cruelle des travailleurs. Seule innovation : aujourd'hui, tout le monde sera contraint de rogner sa ration misérable sur le dos de ses voisins ; perfidement, l'Etat-parti prépare la guerre de tous contre tous. Parallèlement, le pouvoir sur tous de la classe des parasites de l'Etat-parti sera maintenu. Les ouvriers seront dressés contre les paysans, et tous deux contre l'intelligentsia. Des conflits nationaux et inter-ethniques seront provoqués. Le tout dans le but de préparer les conditions d'une transition plus drastique de la dictature "molle" actuelle à une dictature ouverte.
Les prises de position tonitruantes de
Gorbatchev et de ses pairs contre les déclarations de souveraineté des républiques, les arguments pseudo-scientifiques sur 1'"espace économique unique" ne sont qu'une mascarade grossière pour protéger l'Etat russe "indivisible", vieux de plusieurs siècles. Il est évident que le seul but du gouvernement de la perestroika est de rester en place et de museler les travailleurs.
Mais, enfin, en 1989, une perestroika réelle a commencé — constituant une surprise pour les autorités mais pas pour les forces démocratiques — avec l'apparition dans l'arène politique de la classe ouvrière. Les grèves des mineurs, très orgaet déterminés, ont réellement nisés ébranlé le pouvoir de l'Etat-parti (voir Inprecorn° 296 du 30 septembre 1989).
Il faut garder en mémoire comment les dirigeants et la presse de l'Etat-parti ont attaqué les mineurs, et ont monté contre eux les travailleurs de certaines industries et les paysans, les accusant d'égoïsme de groupe".
Les forces démocratiques ne possèdent pas les milliards dont disposent le
PCUS et le PCU. Nous pouvions offrir aux mineurs notre soutien moral et politique, et nous l'avons fait. Les autorités ont réussi à tromper les mineurs et à leur présenter le Roukh comme un épouvantail. Nous pensons que la bureaucratie ne réussira pas à dresser un mur entre le mouvement ukrainien de libération nationale et sociale et les mineurs, tout comme Gierek et Jaruzelski n'ont pas réussi à empêcher les travailleurs polonais de s'organiser dans
Solidarité.
Cependant, cette certitude et cet optimisme historique ne nous empêchent pas de voir les causes subjectives (en aucun cas objectives) qui font obstacle à un dialogue fructueux entre le Roukh et le nouveau mouvement d'Ukraine, non ouvrier seulement dans le Donbass mais aussi en Crimée, et partiellement à
Kharkov, à
Dnipropetrovsk et Odessa — parblique tout où vit la population
"parlant le russe". La propagande utilisée durant des décennies a réussi à marquer la conscience des masses.
ont commencé à parler le russe et ont été arrachés à leurs nations et contraints d'adplace. fectuer un choix difficile entre leur survie et leur langue maternelle. ne ont préparé leurs sabres ; ils voulaient refaire Tbilissi (1) pour "pacifier" les étu-
On nous a maintes fois répété que les gens avaient perdu leurs racines ethniques, leur nationalité, et leur mère-patrie uniquement parce qu'ils parlaient russe.
Or, le fait de parler anglais ou français ne transforme pas les Canadiens ou les
Congolais en Anglais ou en Français. En
Union soviétique, les Ukrainiens et les
Biélorusses, sous la pression visant à imposer une langue unique dans l'empire, hérer à celle qui était dominante : c'est ainsi que la "fusion des nations" de Staline et la "création d'une nouvelle communauté historique" de Brejnev —le
"peuple soviétique" — ont été mises en
Nous regrettons que des siècles de russification forcée de l'Ukraine aient obligé beaucoup de nos compatriotes à ef-
Diviser pour mieux régner
J'aimerais que les mineurs sachent cela : le 17 octobre 1990 au matin, les communistes du Soviet suprême d'Ukraidiants et la jeunesse. Mais, quand une comanifestations, lonne d'ouvriers a marché vers le bâtiment du Parlement, les faucons sont soudain devenus de prudents pacifistes.
et industrielle.
Le plan perfide des politiciens du Kremlin est de monter le maximum de gens les uns contre les autres. Nous comment le centre impérialiste a utilisé cette méthode en Moldavie (2).
ils veulent
"moldaviser" l'Ukraine.
De la même façon que les racistes sud-africains imposent la volonté de la minorité blanche à la population noire, le PCUS et ses services spéciaux veulent donner des privilèges à la prétendue minorité parlant le russe dans les
Pays baltes, afin d'en faire une cinquième colonne dans la lutte contre le mouvement de libération nationale. Ils ont le même projet en Ukraine.
Notre stratégie pour établir la souveraineté du peuple ukrainien repose sur des méthodes pacifitention de faire sécession.
ques. Contrairement au PCU, nous n'imposons pas notre loi au peuple, nous ne demandons pas aux travailleurs d'avancer sous notre direction vers des lendemains meilleurs, qui n'arrivent jamais...
Aller vers le peuple et engranger le maximum d'expérience à partir de ses difficultés, de ses aspirations, de ses intérêts quotidiens et historiques afin de transformer cet acquis en action politique : voilà notre stratégie et notre tactique. Les forces démocratiques ne peuvent arriver au pouvoir que par la volonté des travailleurs, et le futur gouvernement ne pourra être que sous le contrôle du peuple.
Tactique non violente
Notre tactique découle de ces principes. Nous devons exercer tous les droits inaliénables des peuples, reconnus par les lois internationales, les traités des Nations-Unies, les accords d'Helsinki et choisir des moyens non-violents mais fermes. Nous utiliserons diverses formes de désobéissance civile de masse, l'expérience de la victoire de Solidarité en Pologne et du Forum civique en Tchécoslovaquie, ainsi que celle des patriotes de Namibie et des partisans de Nelson Mandela. Nous organiserons des grèves, des des rassemblements et nous ferons signer des pétitions ; nous refuserons de payer nos impôts et d'accepter l'expropriation illégale par le PC et l'Etat de la production socio-économique
Nous ferons tout pour empêcher la réforme de la propriété nationale, que la direction du PCUS et la mafia veulent convertir en leur avoir privé ; 90% de la population n'a pas encore reçu le moindre bien, or le président a déjà décrété un oukase déclarant la propriété inviolable, afin de défendre celle de la mafia du PC
Nous n'avons rien à craindre — ni une guerre civile, ni les prétentions dictatoriales des dirigeants de l'Etat-parti, ni les fraudes parlementaires. Nous ne devons pas non plus nous inquiéter de la lenteur de la montée de la conscience nationale et sociale dans toutes les couches de la société ukrainienne, ni de leur passivité. Aujourd'hui, en Ukraine, comme dans d'autres nations de l'empire, des forces démocratiques puissantes ne sont pas apparues pour ensuite cesser la lutte. *
Novembre 1990
1) Le 9 avril 1989, à Tbilissi, capitale de la Georgie, l'armée soviétique a dispersé très violemment une manifestation pacifique d'indépendantistes causant, selon les sources officielles, 20 morts et plus de 200 blessés
2) A la suite de la déclaration de souveraineté du Soviet suprême de la république de Moldavie, la minorité de langue russe et l'ethnie des Gagaouzes ont chacune annoncé leur in-