tournant décisif pour le régime roumain issu du renversement de Ceausescu. La libéralisation des prix et la course aux privatisations, ainsi que la dévaluation de la l'Economie, Eugen Dijmarescu avait déclaré que le gouvernement remplacerait les directions des entreprises élues par les ouvriers après la "révolution" par des
Les lendemains qui déchantent
L'augmentation drastique des prix, le ler novembre 1990, représente un monnaie, ont été annoncées par le Premier ministre, Petre Roman, au
Parlement, le 18 octobre 1990. Une semaine auparavant, le ministre de gestionnaires nommés en haut lieu.
Gerry FOLEY
CONTRATREMENT à d'autres régimes d'Europe de l'Est et à l'Union soviétique, le gouvernement roumain avait promis qu'il n'appliquerait pas de réformes de marché au coût social élevé. Ces dirigeants avaient déclaré que, puisque toute la population du pays avait participé au soulèvement, ils ne pouvaient pas la condamner au chômage. La lutte contre Ceausescu avait été marquée par l'apparition de syndicats indépendants et d'organisations sur les lieux de travail
(voir Inprecor n° 301 du 27 janvier
1990).
Le gouvernement "néo-communiste"
(essentiellement constitué par des réformateurs du Parti communiste de Ceausescu) a utilisé la peur du marché pour mobiliser les ouvriers contre les étudiants et contre ceux qui demandait son renversement au nom de l'anti-communisme
(voir Inprecor n° 312 du 29 juin 1990).
Aujourd'hui, le gouvernement doit faire face à une opposition qui peut devenir de plus en plus influente.
Ainsi, les mineurs de la vallée de
Jiu — qui avaient servi d'auxiliaires de police au régime en juin 1990 contre les étudiants — ont exprimé leur vif mécontentement face à la hausse des prix.
La Confédération des syndicats libres, qui était proche du gouvernement, a aussi vigoureusement protesté.
Lors d'une émission de télévision, le 3 novembre 1990, Roman a participé à un débat avec les représentants de cinq confédérations syndicales, où il a déclaré qu'il était nécessaire de con-
ROUMANIE vaincre le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale que la Roumanie était "solvable".
L'argument fondamental du gouvernement est que, depuis la chute de Ceausescu, le déclin de l'économie s'aggrave et que, par conséquent, les privatisations sont la seule alternative. Lors de son discours devant le Parlement du 18 octobre, Roman a dit que durant les neufs premiers mois de 1990, la production industrielle avait chuté de 27,7 %, et les exportations de 46 %; ce dernier chiffre s'explique en grande partie par l'arrêt de nombreuses exportations alimentaires, au profit de production pour la consommation
Flambée des prix
Les augmentations de prix devraient s'échelonner entre le ler novembre 1990 et décembre 1991. L'énergie, le fuel et les loyers resteront fixes jusqu'à la fin 1991.
Ainsi, les prix des produits de première nécessité ont été libérés le ler novembre 1990; ils augmenteront en fonction de la hausse des coûts de production ; selon certaines estimations, les augmentations pourraient dépasser 100 %.
Entre le ler novembre 1990 et le 31 octobre 1991, les travailleurs et les retraités recevront, en principe, une compensation de l'Etat pour atténuer la flambée du coût de la vie.
Le 1er novembre également, la monnaie a été dévaluée de 66 % - soit 20 lei pour un dollar, au lieu de 35. Elle avait déjà subi une dévaluation en janvier 1990 — passant de 16 à 20 lei pour un dollar. Au marché noir, le taux est de 100 pour un dollar. Le leu devrait être convertible en janvier 1991, ce qui passera par une forte dévaluation supplémentaire ; on attend, en outre, un taux d'inflation de 300 à 400% pour 1991.
L'objectif déclaré de Roman est de privatiser 50 % de l'économie en trois ans. Dès janvier, il sera possible d'installer des sociétés privées. D'ici six mois, toutes les entreprises d'Etat devront être transformées en administrations autonomes ou en compagnies commerciales. A partir de mars 1991, les investisseurs étrangers pourront détenir la majorité des parts de ces dernières, et même 100 %, s'ils en créent eux-mêmes.
Chasse aux illusions
Selon le gouvernement roumain et la presse occidentale, l'opposition à ces mesures serait uniquement le fait des bureaucrates sclérosés de l'ancien régime; or, jusqu'à présent, ce sont les syndicats et d'autres forces indépendantes qui s'y opposent. En réalité, un secteur important de la bureaucratie devrait être capable de se reconvertir dans un système de marché.
Le ministre des Réformes, Adrian Severin, a déclaré : « Pour diriger les entreprises, nous avons besoin de gens qui ne gardent aucune illusion socialiste. »
Le déclin de la production industrielle qu'a évoqué Roman dans son discours est caractéristique d'un pays en plein bouleversement. Le problème est surtout quelle solution trouver à long terme.
Les différentes expériences, en
Union soviétique et en Europe de l'Est, montrent qu'avec la privatisation les difficultés matérielles de la population augmentent plus qu'elles ne sont résolues. A en juger par les protestations contre la hausse des prix, les travailleurs roumains l'ont compris ; mais aujourd'hui, en Roumanie, il n'existe pas d'organisation politique représentant leurs intérêts.
20 novembre 1990