Dix-huit mois après le formidable mouvement démocratique chinois, brutalement réprimé, les autorités de Pékin ont profité de la guerre du
Golfe pour ouvrir, presque en secret, les procès des principaux leaders du Printemps de Pékin. Le
5 janvier 1991, neuf étudiants, anciens dirigeants du mouvement démocratique de mai 1989, ont été condamnés à des peines relativement clémentes, compte tenu du chef d'accusation (« Incitation à la subversion à l'encontre du gouvernement populaire et au renversement du régime socialiste »), allant de deux à quatre ans de prison. Le
23 janvier 1991, le procès de Wang Dan, leader étudiant du mouvement, poursuivi « pour propagande contre-révolutionnaire et agitation », s'est soldé par une condamnation à quatre ans de réclusion.
La clémence de ces premières peines contraste avec la brutalité de la répression qui avait suivi les événements du nouveau Mai chinois (le massacre de la Place
Tiananmen, les exécutions sommaires d'ouvriers dans les semaines suivantes); celle-ci a d'ailleurs été démentie par le dernier procès de quatre intellectuels, à Pékin, le 12 février 1991, qui a condamné Chen
Ziming et Wang Juntao, anciens directeur et rédacteur en chef de l'Hebdomadaire économique, à treize ans de prison ferme.
Malgré un blocus économique voté à l'Organisation des Nations-
Unies (ONU), les gouvernements occidentaux, prompts à défendre, de manière virulente, la démocratie au Moyen-Orient avaient très rapidement repris des relations normales avec les autorités chinoises.
Tandis que l'opinion publique internationale regarde vers les eaux du Golfe, le vote par les autorités chinoises des résolutions de l'ONU approuvant le recours à la force contre Saddam Hussein leur a laissé les mains libres pour ouvrir discrètement ces procès, quelques jours avant l'ultimatum du 15 janvier 1990. *