Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EDITORIAL

URSS, RDA, Tchécoslovaquie, l'ère des procès

Inprecor n° 33, 20 juillet 1978 · p. 3-4 · 1 218 mots

URSS et Russie Europe de l'Est Allemagne Stalinisme

L'actualité politique dans les « pays de l'Est» a voulu que nous parviennent des nouvelles alarmantes d'URSS et de RDA. Les uns après les autres, les procès se déroulent a huis-clos et les verdicts tombent, iniques. La bureaucratie du Kremlin répète la mise en scene des

Mais ce qui inquiète les dirigeants soviétiques, c'est l'extension géographique et sociale de l'opposition à l'intérieur des frontières. Extension géographique: alors qu'auparavant l'opposition dans les républiques non russes avait essentiellement un caractère national, on a vu apparaitre des groupes d'Helsinki dans les pays baltes (où est jugé actuellement Viktor Piatkus), en Ukraine, en Arménie, en Géorgie. Extension sociale : dans l'activité des groupes d'Helsinki apparaissent pour la première fois des revendications émanant d'ouvriers. C'est ainsi que des textes consacrés aux demandes d'émigration d'ouvriers pour raison économique ont circulé. C'est ainsi - et surtout - que des ouvriers, notamment Khlebanov, ont parlé de syndicats indépendants. Même si cette démarche s'est formellement développée en dehors de ce que l'on appelle l'opposition démocratique, elle n'en apparait pas moins comme le prolongement, en milieu ouvrier, de la démarche des groupes d'Helsinki. Khlébanov et ses camarades n'en appellent-ils pas à la conférence de Belgrade - prolongement de celle d'Helsinki - et aux syndicats occidentaux pour obtenir un soutien?

C'est cette extension géographique et sociale du mouvement pour les libertés démocratiques en URSS qui explique le mieux la fureur policière, qui, depuis dix-huit mois s'est emparée des bureaucrates du Kremlin.

Cette offensive de la terreur intervient dans une période où les problèmes de succession constituent une obsession permanente pour lesseptuagénaires du Politburo. C'est que les problèmes économiques de l'URSS et l'incapacité où elle est d'assurer une réelle progression du niveau de vie, entraînent un mécontentement en profondeur redoublé par l'adoption d'une nouvelle constitution qui a provoqué l'explosion de revendications natio-

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Editorial «grands procès». manche et de topost da

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Nous n'abandonnerons Bahro, Chtcharansky, Guinzbourg et Piatkus ni aux procureurs du goulag ni à I' «humanisme» particulier des dirigeants impérialistes, fauteurs de guerre au Vietnam, bourreaux des peuples latino-américains ou sabreurs du néo-colonialisme.

Les procès montés de toutes pièces par les uns et la vertueuse indignation des autres sont utilisés comme pions sur l'échiquier des rapports de forces mondiaux. Or, c'est cela qu'il faut dévoiler et déjouer. Aucun procès, aussi grossier soit-il, ne réussira à masquer les situations de crise auxquelles les directions bureaucratiques doivent faire face. La lutte pour faire libérer les prisonniers politiques en URSS, en RDA et en Tchécoslovaquie contribuera à cette dénonciation. Nous devons la mener de toutes nos forces, non seulement parce que nous sommes, depuis toujours, contre tout ce que leur infligent leurs géôliers, mais encore parce qu'en finir avec la terreur, sortir de l'isolement, avoir sur place et au dehors des partisans et des défenseurs, c'est tout simplement essentiel.

La rupture de la Ligue des communistes de Yougoslavie avec Moscou en 1948 fut à l'origine de la première crise d'envergure au sein du mouvement stalinien international. Après l'ouverture du conflit sino-soviétique, la rupture du parti tchécoslovaque - dramatiquement symbolisée par la tenue du XIVe congrès du PCT, réuni clandestinement à Prague, au nez et à la barbe des tanks soviétiques - donna un nouvel élan à cette crise à l'intérieur du «mouvement communiste international». Celleci, fruit de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie est encore aujourd'hui présente et féconde. Les troupes envoyées dans ce pays pour la première fois depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, demeurent sur place malgré le protocole signé à Moscou par Dubcek qui stipulait que ces troupes se retireraient lorsque les conditions à l'intérieur du pays seraient revenues à la «normale». L'invasion en elle-même, la purge d'un demi-million de membres du Parti, les procès politiques, les emprisonnements et enfin la division provoquée par ces événements au sein des PC rendaient, en fait, illusoire toute «normalisation».

En dix ans, le régime tchécoslovaque n'a pas été capable de changer de visage : il demeure le régime de la contre-révolution bureaucratique. Aucune stabilisation fondamentale n'a été possible jusqu'ici en Tchécoslovaquie, ni économiquement, ni politiquement. L'opposition socialiste anti-bureaucratique n'a pas pu être écrasée. Elle joue un rôle central dans la Charte 77, dix ans après le mouvement pour la démocratisation du régime, comme en témoignent des noms connus de signataires de la Charte tels que Kriegel, Muller ou Sabata. Et l'idée fait aussi son chemin selon laquelle la seule issue à la crise actuelle, c'est l'établissement d'une authentique démocratie socialiste dont le Printemps de Prague ne faisait guère qu'indiquer la voie.

L'invasion de la Tchécoslovaquie a été au coeur du processus d'éloignement des PC eurocommunistes par rapport à Moscou. Il est devenu impossible pour les PC occidentaux importants de continuer à combiner leurs projets réformistes-électoralistes avec le soutien inconditionnel aux régimes de l'Est. Avant 1968, les PC européens occidentaux se permettaient encore de taxer les partisans des droits démocratiques en Europe de l'Est de

«poignée d'inadaptés sociaux». Mais en 1968, 600000 militaires furent nécessaires pour mater un pays entier d' «inadaptés». Waldeck-Rochet devait à lépoque ne manifester qu'une timide réprobation. Dix ans après, Roland Leroy titrait en première page de L'Humanité : « Nous n'accepterons pas » (les nouveaux procès Tchécoslovaquie). René Andrieu, autre membre du BP du PCF, à son tour met explicitement en cause le type de « légalité socialiste » invoquée par les dirigeants soviétiques contre Chtcharansky et Guinzbourg (11 juillet Il faut remarquer, en outre, que le quotidien du PCF a accordé une place assez large aux comptes-rendus des procès de son envoyé spécial et que l'on a même pu voir une délégation du PCF participer à la manifestation de protestation organisée à Paris le 11 juillet.

Il n'en reste pas moins que les bureaucraties des PC italien, espagnol ou français continuent à prendre comme point de référence le XXe congrès du PCUS comme l'effort le plus avancé de réhabilitation de la « légalité socialiste »!

Les oppositions et les luttes se développent parallèlement en URSS et dans les pays de l'Est. Cela annonce les liens que pourront tisser entre eux de nouveaux mouvements pour l'autodétermination et la démocratie socialiste. L'éveil à ces combats et le soutien que leur apporte le mouvement ouvrier occidental indiquent aussi les possibilités de jonction à ce niveau. Certes, la bureaucratie soviétique, avec sa force de frappe militaire joue un rôle de verrou. Mais malgré cela, de larges mobilisations pourront se développer dans les « démocraties populaires ». Grâce au forcement conscient de tels liens et à l'élaboration d'un programme politique pour la démocratie socialiste s'inspirant des expériences est-allemande 1953, hongroise et polonaise de 1956, comme sur celle de 1968, toute tentative d'intervention du Kremlin pourrait avoir des effets de boomerang et se solder par une profonde crise pour les maîtres de l'URSS. démocratie Résolution du Secrétariat unifié de la IVe Internatiosocialiste nale. VIVE LA COMMUNE SOMMAIRE *Qu'est-ce que la dictature du prolétariat? *Parti unique ou pluripartisme? *Que représentent les partis politiques? *Les conseils ouvriers et l'extension des droits démocratiques. *Une condition essentielle pour gagner les masses à la révolution socialiste. *En réponse aux staliniens *L'autodéfense de l'Etatouvrier *Un aspect fondamental programme de la révolution socialiste. Achats et Commandes: La Brèche et dictature 10 Impasse Guéménée, du prolétariat 75004 - PARIS

Prix : 5 francs

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