Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

10 ans après l'intervention

· Inprecor n° 33, 20 juillet 1978 · p. 5-13 · 7 488 mots

Europe de l'Est Stalinisme URSS et Russie Syndicalisme

Dix ans après, l'intervention des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie n'est pas tombée dans l'oubli. Régulièrement, des nouvelles parviennent de l'intérieur sur les activités de l'opposition, la répression qu'elle subit (surtout depuis la constitution de la Charte 77 ), alors que l'intervention puis la «normalisation» avaient justement voulu étouffer les aspirations du Printemps de Prague et restaurer l'image d'une Tchécoslovaquie morne et sans éclat, dans le giron de la bureaucratie soviétique. Plus encore, la « souveraineté limitée » que Brejnev avait voulu imposer par la force dans le mouvement communiste s'est vue contestée par les PC eurocommunistes . L'écrasement militaire du Printemps de Prague n'a donc pas fini de susciter des remous, à l'intérieur du pays comme dans les partis communistes. UN COUP D'ETAT PREVENTIF

Mais, si tel est le prix politique qu'a dû payer la bureaucratie, elle n'avait pas d'autre solution pour sauver son pouvoir. Les « réformateurs » du PC tchécoslovaque (PCT) de 1968 ont été amenés, au moment crucial, à s'incliner devant le diktat de Moscou.

Dès le mois d'avril 1968, les réformes prudentes engagées par le PCT - en particulier l'abolition de la censure et l'appel, par les syndicats, à reconstituer des conseils d'entreprise (1) - avaient ouvert la porte à une activité de masse qui tendait à

Dix ans apres

l'intervention

Un nwveau de vie qui augmente, l'action de masse en train de naître, le bilan des tentatives de « réformes» depuis l'aube du Printemps de Prague qui s'établit : l'opposition politique au régime s'organise et les révolutionnaire ont en son sein tout leur rôle à jouer... déborder ce cadre et menaçait l'essentiel du pouvoir bureaucratique : son contrôle exclusif de l'appareil d'Etat et du parti. Les travaux préparatoires au XIVe Congrès extraordinaire du PCT-tenu dans la clandestinité au lendemain de l'intervention (2) - montrent que cette pression des masses vers un changement radical de la conception du socialisme, du rôle « dirigeant» du parti unique, gagnait le parti lui-même. Dans les entreprises en revanche, la formation de conseils ouvriers restait restreinte, se limitant pour l'essentiel à des formes de cogestion entre directeurs, techniciens et travailleurs. Toutefois, la dynamique enclenchée était suffisante pour susciter la frayeur de toute la bureaucratie des pays de l'Est.

L'intervention militaire du 21 août devait prévenir ce développement et rétablir l'autorité de l'appareil sur le parti comme sur l'Etat. Entre le prix d'un profond discrédit politique, y compris dans les PC, et la menace de perdre son pouvoir, la bureaucratie ne pouvait que choisir la première solution. Elle l'a fait, démontrant à tous ceux qui pensaient pouvoir réformer en douceur le régime bureaucratique que ses intérêts propres de caste, la défense de son monopole du pouvoir dans les pays de l'Est - principalement en URSS -restent le facteur déterminant de sa politique, malgré tous les verbiages sur le «droit de chaque parti à suivre sa propre voie au socialisme» .

Cette confirmation brutale de la nature réelle du régime bureaucratique a provoqué, dans l'immédiat, des réactions en chaîne à la mesure de la politisation en cours en Tchécoslovaquie et des espoirs en un «socialisme à visage humain » qu'elle suscitait dans le monde entier. Dans le pays, le mouvement pour des conseils ouvriers s'est étendu après l'intervention : 78 avaient été créés en décembre 1968, 120 au début de 1969 et il devait y en avoir 300 au milieu de 1969 englobant environ 800000 travailleurs (sur 7 millions), dont 73% dans l'industrie, 12% dans la construction, 6% dans l'économie communale, dans l'hôtellerie, 4% dans l'agriculture et 1% dans les transports (3). Sur le plan international, n'ayant pu ratifier l'occupation par les instances dirigeantes du PCT, la bureaucratie soviétique fut également désapprouvée ou condamnée par tous les PC d'Europe capitaliste (à l'exception des PC de RFA, de Grèce, du Luxembourg et du Portugal) alors qu'en 1956 aucun d'entre eux n'avait condamné l'intervention en Hongrie, souscrivant au contraire à la version mensongere du « danger de restauration capitaliste ».

C'est dire que, si la bureaucratie a pu rétablir son contrôle sur l'Etat et le parti par l'intervention, elle a dû payer le prix par une dégradation sensible de ses relations tant envers les masses des pays de l'Est qu'envers une partie substantielle du «mouvement communiste international». Dix ans après 1968,

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cette crise n'a pas pu être endiguée et continue à dominer la situation en Tchécoslovaquie même. Les méandres de la «normalisation» l'illustrent bien. LES MEANDRES DE LA «NORMALISATION»

Lorsqu'on parle de «crise», il faut évidemment en préciser la nature et les limites : le coup de Praque a rétabli l'essentiel pour la bureaucratie, à savoir son monopole du pouvoir politique : les poursuites policières, les condamnations, les tracasseries administratives, l'omniprésence de la machine bureaucratique et ses mensonges ont eu pour résultat principal d'atomiser totalement les masses laborieuses et d'instaurer un climat permanent d'apathie, de dépolitisation. La dietature bureaucratique perpétue ainsi, jour après jour, l'héritage de la société bourgeoise où la « démerde individuelle » est la principale préoccupation de chacun, des hauts fonctionnaires les premiers ! Dix ans après 1968, la dominante est donc à la démoralisation des masses et, de ce point de vue, la «normalisation » a atteint son objectif.

Une rapide comparaison avec les suites de l'intervention de 1956 en Hongrie permet cependant de souligner une différence importante : malgré les espoirs conjoints d'une partie de l'appareil et de l'aile conciliatrice de l'opposition constituée autour de Dubcek, une «réconciliation nationale » n'a toujours pas été possible en Tchécoslovaquie. En 1961, cinq ans après l'écrasement l'insurrection hongroise, Kadar avait pu commencer à réconcilier les fractions de l'appareil en s'opposant à la vieille clique stalinienne de Rakosi tout comme Krouchtchev, à cette époque, contrecarrait la vieille garde du PCUS. En Tchécoslovaquie, Brejnev était du côté de Bilak (4) et redoutait plus que tout le maintien dans le parti de l'aile « réformatrice» qui avait laissé se dérouler la mobilisation du Printemps de Prague.

Derrière ces contradictions interbureaucratiques, il y a évidemment un contexte international et interne tout à fait différent. Sur le plan international, entre 1956 et 1960, la crise du stalinisme n'avait pas atteint la profondeur qu'elle connaît aujourd'hui: non seulement les insurgés de Budapest n'avaient trouvé aucun appui dans les PC, mais le conflit sino-soviétique n'avait encore éclaté, les luttes ouvrières restaient embryonnaires en Europe capitaliste et la crise ouverte par «l'eurocommunisme» n'était pas encore apparue. Elle se traduit par des tensions constantes entre les PC occidentaux et le PCT qui n'ont pas diminué depuis 1968. Lors des procès d'oppositionnels de 1972, correspondant de / Unita, Fernando Zidar, a été expulsé de Tchécoslovaquie et l'an demier, au procès d'Ota Ornest, Jiri Lederer, Frantisek Pavlicek et Vaclav Havel (les trois demiers étant signataires de la «Charte 77») celui de l'Humanité n'a pas obtenu de visa d'entrée! Lors de la réunion des PC européens qui s'est tenue à Prague, les délégués du PCI avaient la police politique à leurs trousses, les autorités craignant qu'ils ne rencontrent des oppositionnels.

Pour l'opposition issue de 1968 ce changement est primordial. D'une part, elle peut s'appuyer sur les différenciations interes du «mouvement communiste interational» pour poursuivre son combat. D'autre part, loin de favoriser une réconciliation, ces divergences accentuent au contraire les clivages. Les réformateurs de 1968 eux-mêmes ont dû faire le bilan de leur politique lorsqu'ils entendent auJourd hui un Santiago Carillo affirmer qu'il aurait pris les armes pour résister à l'intervention !

La seconde différence majeure avec la Hongrie réside dans le veau de politisation sensiblement plus élevé Tchécoslovaquie. Comme nous l'avons déjà mentionné, le mouvement des conseils ouvriers s'est développé surtout après l'intervention. La bureaucratie soviétique avait le contrôle militaire, mais encore nullement celui du parti, des syndicats, pour ne pas parler des travailleurs. Cette situation offrait une certaine marge de manœuvre à des actions de résistance qui auraient pu être exploitées pour au moins conserver certains acquis de 1968.

Devant le refus du PCT de ratifier l'intervention, Brejney cherche d'abord à s'appuyer sur Dubeek lui-même pour normaliser la situation. Le fait que Dubcek et le Comité central du PCT aient accepté le protocole de Moscou ouvrait la porte à cette possibilité. Ils acceptaient de réintroduire la censure, d'abroger le XIVe Congrès clandestin du PCT, d'interdire le Parti social-démocrate nouvellement créé, de limoger les individus que Moscou n'approuvait pas (5). Ces capitulations ont eu, dans un premier temps, un effet démoralisateur sur les masses. Mais dès la fin de 1968 et tout au long de 1969, les étudiants puis les travailleurs ont spontanément engagé des actions défensives importantes, indépendamment des réformistes dubcekistes. Il y eut d'abord la grève étudiante de novembre 1968 en faveur de la libéralisation, suivie de la mobilisation défense du Smrkovsky. Puis les étudiants signèrent un accord unitaire avec le syndicat des ouvriers de la métallurgie pour défendre ensemble conquêtes du Printemps de Prague. Pendant ce temps, en novembre 1968, une première tentative de coordonner les comités d'entreprise eut lieu pour tenter de contourner centrales syndicales officielles, suivie d'une réunion de coordination des conseils ouvriers, les 10 et 11 janvier 1969, pour la première fois dans l'histoire de la Tchécoslovaquie «socialiste», une sorte de «négociation tarifaire» se déroula entre le gouvernement et les syndicats, appuyée par des grèves légalement tolérées. Durant la même période enfin, l'aile radicale issue du milieu étudiant tenta de constituer une nouvelle organisation révolutionnaire (le Parti socialiste révolutionnaire) (6).

Ces éléments de résistance sont cependant restés embryonnaires par manque de débouché politique. Les réformateurs dubcekistes, largement reconnus par les masses, se sont refusés à s'appuyer sur elles pour défendre les acquis. Jan Skale a parfaitement raison de rappeler, dans son bilan de normalisation, qu'il «n'y avait aucun lien causal entre la puissance militaire dominante et la défaite politique totale du mouvement de réformes. Cette

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défaite a été pour l'essentiel complétée par la capitulation politique de la direction Dubcek après l'intervention» (7).

Malgré cela, Dubcek se révélait incapable, aux yeux de la bureaucratie soviétique, de mener à bien la normalisation. Même timides, les actions de résistance montraient que le parti ne maitrisait pas la situation. Dubcek fut limogé et remplacé par Husak. Comme Kadar, il a passé dix ans dans les prisons pendant la période stalinienne. En outre, il est slovaque et joue sur l'antagonisme de nationalité entre Tchèques et Slovaques pour s'imposer : pour éliminer Smrkovsky, il fit par exemple campagne pour que le poste de Président de l'Assemblée nationale revienne à un Slovaque et très tôt, la fédération des syndicats slovaques condamne les «actions inconsidérées des travailleurs tchèques» (8).

Néanmoins, Husak ne put remplir le même rôle que Kadar en Hongrie précisément parce que le degré de politisation, y compris dans le PCT, était trop grand pour mener à bien la «normalisation» voulue par Moscou. Dès 1971/72, l'aile du PCT, appuyée par les Soviétiques, redressa la tête et limita le rôle conciliateur que voulait jouer Husak en l'acculant à une politique de répression systématique. LE TABLEAU DE CHASSE DE HUSAK

Rien n'indique mieux ce degré de politisation que l'énoncé brut des exploits de la direction Husak : * 150000 membres du PCT quittent volontairement le parti, dont 50% de travailleurs.

350000 autres ont été radiés ou exclus du parti. * L'âge moyen des membres du parti s'est élevé à 50 ans, même

57 ans dans la ville de Prague.

Quant aux travailleurs, leur pourcentage passe de 30% en 1968 à

18% et même 12% à Prague. * 25000 députés perdent leurs mandats, un tiers des officiers perdent leur grade.

* Dans les diverses professions, 40% des fonctionnaires de l'économie, 40% des journalistes, 1500 employés de la radio tchéperdent leur emploi. 400 écrivains sont mis sur la « liste noire» . * Dans les syndicats, 30 à 50% des

Bile dien se de doper

fonctionnaires et des responsables d'entreprises furent limogés à cause du développement des conseils ouvriers. Dès décembre 1969, le Comité central du PCT expliquait que «les très larges compétences des conseils ont affaibli la position et les possibilités d'un travail efficace des directions et des administrations...

parce que ces conseils sont com- urs de reprentie

posés dans leur grande majorité de travailleurs d'entreprises» (!!) et une campagne systématique est organisée, questionnaire lappui et avec poursuites policières des réticents, pour expliquer aux travailleurs que : «Les forces opportunistes de droite prêchent l'autogestion et le dépérissement de l'Etat, ce qui, dans le meilleur des cas, ne peut être qu'un but lointain. Aujourl'autogestion et la plus grande responsabilité des travailleurs qu'elle implique leur prendrait trop de temps, trop d'énergie intellectuelle et limiterait les loisirs dont ils ont besoin.» !!! Ce bureaucrate ajoute même avec compassion : «Nous nous sacrifierons pour prendre à leur place ces tâches ingrates. » !!! * Enfin, dès le printemps 1971, une vague de procès est organisée qui frappe d'abord les militants révolutionnaires autour de Petr Uhl accusé d'avoir constitué un «groupe trotskyste». Manifestement, la bureaucratie redoutait encore davantage les oppositionnels du PCT lui-même qui auraient pu devenir une alternative politique et qui organisèrent le boycott des élections truquées de 1971 : en été 1972, 47 militants connus, dont trois ex-membres du Comité central (Jaroslav Sabata, Milan Hubl, tous deux condamnée à six ans et demi, Alfred Cerny, condamné à trois ans; Petr Uhl fut, lui, condamné à quatre ans) furent condamnés. En tout, 4000 personnes ont été traduites devant les tribunaux (9).

Il n'est donc pas exagéré de dire que la «normalisation» a été une véritable contre-révolution jusque dans les rangs mêmes du PCT ! A la différence de la Hongrie encore une fois, celle-ci ne s'est pas soldée par des principaux dirigeants du Printemps de Prague, à cause de la crise internationale créée par l'intervention, entre autres dans les PC. Mais le fossé n'a fait évidemment que se creuser, rendant toute intégration des exclus de 1968 très difficile pour la direction Husak (10). A peine les condamnés de 1971/72 sont-ils sortis de prison qu'ils ont, pour plusieurs d'entre eux et parmi les plus connus, repris une activité professionnelle, par exemple dans la Charte 77 . Le tout récent document que nous publions dans ce numéro d'Inprecor, intitulé «Cent ans de socialisme tchèque », en est un nouvel exemple.

En quelques années, la bureaucratie a donc pu remodeler le PCT à son image, mais son assise sociale et sa crédibilité politique ont été plus profondément entamées que ja mais. Acculé à une politique d'épurations, Husak s'est retrouvé seul, en conflits constants avec l'aile dure du parti. Les réactions hystériques des autorités contre la Charte 77 l'ont encore montré de manière patente. La tentative de réitérer les vieux procès staliniens en accusant les signataires de la d'être des « organisateurs discrédi tés de la contre-révolution de 1968, agissant sous les ordres des quartiers-maîtres anticommunistes sionistes», n'a pas eu prise dans les masses et l'appareil a dû quelque peu revenir en arrière lors des procès. D'un point de vue général, une plus grande souplesse permettrait certes à la bureaucratie de détendre le climat au niveau international comme sur le plan intere (il n'est pas rare, par exemple, que les directeurs d'entreprises se plaignent des trop grandes restrictions politiques mises au recrutement de cadres qualifiés, jadis condamnés pour leur attitude en 1968 !). Mais Husak ne semble pas avoir les moyens politiques de la mettre en pratique, d'autant plus que tout assouplissement risque aussitôt d'être interprété par les masses comme la possibilité d'un nouveau « processus de réformes».

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accrue depuis les réformes économiques des années 60, le tableau suivant donne

LA SITUATION DE LA CLASSE OUVRIERE

Pourquoi cette crise latente, que l'on constate depuis 1968, ne s'est-elle pas exprimée ouvertement ? Pourquoi Husak se maintient-il malgré la dégradation de la situation ? La réponse à ces questions est d'autant plus importante que l'aile réformiste de l'opposition comptait -même avec la création de la Charte 77 (11) - sur l'isolement de la nouvelle direction pour retrouver sa place au soleil.

Ces espoirs se sont fondés. sur une compréhension essentiellement intrinsèque à l'appareil et non des forces sociales en présence, principalement de la situation de la classe ouvrière. Or, tout comme en 1968, c'est l'intervention ou non de cette demière qui est la clé de voûte de la situation et qui détermine l'éclatement ou non de la crise. Le maintien des 500000 soldats du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie (malgré la promesse de retrait après quelques mois) a, de ce point de vue, une fonction évidente: rappeler qu'on «ne peut rien faire » tant que l'URSS pèse de tout son poids et maintenir ainsi la démoralisation et la dépolitisation des travailleurs.

Mais la répression ne fait pas tout. Un indice le montre : durant la demière période (chiffres portant sur 1976), les adhérents du PCT ont de nouveau crû de 150000 membres environ, ainsi que le pourcentage d'ouvriers. Entre 1971 et 1976, le parti a intégré environ 100000 ouvriers, soit 62% des nouveaux candidats, et l'âge moyen de ceux-ci était de 35 ans pour 90% d'entre eux, moins de 25 ans même pour plus de la moitié ! Cette évolution peut s'expliquer par la jeunesse des nouveaux candidats qui n'ont pas forcément vécu les événements de 1968 de manière consciente. Mais cela n'explique pas tout.

Ceux qui caractérisent les Etats ouvriers dégénérés comme des pays «capitalistes» buttent toujours sur une contradiction : comment expliquer que l'existence - et, dans le cas de la Tchécoslovaquie, la restauration - d'un régime dictatorial ne se traduise pas par une réduction drastique du niveau de vie des masses laborieuses ? Ce qui vaut pour un régime capitaliste ne vaut pas dans un Etat ouvrier bureaucratisé précisément parce que la dictature bureaucratique ne peut se permettre d'écraser la classe ouvrière sans voir aussitôt son pouvoir menacé. Certes, on peut constater - et c'est une évidence - que le niveau de vie des travailleurs tchécoslovaques, même compte tenu de toutes les charges sociales, reste en moyenne inférieur à celui de pays capitalistes aussi développés. Il faut surtout souligner Pays Salaire brut en monnaie du pays Bulgarie 146 leva Tchécoslovaquie 2304 couronnes RDA 889 marks Pologne 3562 zlotys Roumanie 1813 lei URSS 146 roubles Hongrie 2821 forint aussi un indice parlant:

Biens de consommation par 100 ménages (14) - 1965/1975 CSSR 1965 1975

Appareils radio 112 171

Appareils TV 51 93

Réfrigérateurs 30 79

Machines à laver 67 110

Automobiles 10 30

Cette tendance ne paraît pas devoir se modifier. Le président de la Commission d'Etat du Plan, Vaclav Hula, a fixé pour le prochain quinquennat l'objectif de vendre 150000 voitures particulières, en précisant que «les porteurs du dynamisme dans la vente de biens industriels doivent continuer d'être les articles de consommation à long terme». Les chiffres ne disent évidemment pas tout : Les machines à laver, les réfrigérateurs ne sont pas aussi perfectionnés qu'à l'Ouest, les réparations restent toujours un casse-tête. Pour un travailleur tchèque, la question la plus cruciale est cependant moins d'acquérir une TV ou une voiture que ce qu il peut voir sur l'écran ou dans les pays qu'il peut visiter ! Contrairement à la Pologne, la situation matérielle de la que ces revenus ne permettent en général pas de se procurer avec régularité des biens de consommation immédiats ou durables en quantité et en qualité voulues (12). En revanche, il est tout aussi important de rappler que, depuis 1968, ce niveau de vie a globalement augmenté pour atteindre, avec la RDA, l'un des plus élevés d'Europe orientale et un niveau assez proche de celui de pays capitalistes développés.

Le tableau suivant le montre : Salaire moyen et épargne par habitant (13) - 1975

Comparaison Epargne en en mark-DDR mark-DDR 531 3168 737 2521 889 4470 662 1654 621 466 1143 612 1672 Pour les biens de consommation durables dont la fourniture s'est sensiblement DDR URSS RFA 1965 1975 1965 1975 1973 87 96 59 79 99 49 82 24 74 89 26 85 11 61 93 28 73 21 65 75

26 55 classe ouvrière n'a pas empiré, n'entraînant pas la conjonction explosive entre révolte ouvrière et crise politique qui a suivi les événements d'Ursus et Radom (15).

Il est fort probable que la bureaucratie a en partie consciemment favorisé cette politique, afin de neutraliser la classe ouvriere faute de pouvoir s'appuyer sur elle. L'entrée de nouveaux membres dans le PCT s'inscrit dans le même cadre : elle ne traduit pas nécessairement une adhésion au régime mais permet simplement plus de facilités dans la

« démerde » de tous les jours. Mais il serait erroné de tout attribuer à une politique consciente «d'intégration » des travailleurs de la part de la bureaucratie. Elle n'en a pas les moyens et les efforts constants des

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planificateurs tendent justement, à l'inverse, à diminuer la croissance relative des revenus et à la lier beaucoup plus étroitement à celle de la productivité (modification des normes, tentative d'introduire le salaire aux pièces, etc...). Au terme du plan 1971/15, torce est de constater que cet objectif n'a pas été atteint. Les experts de l'ONU constatent que « dans bien des pays, la croissance des revenus réels,

1966-1970 plan 1971-1975

1971-1975 plan 1976-1980

Les planificateurs se heurtent ici à la plus vieille contradiction du régime bureaucratique, que trialisation des quinze dernières années n'a fait qu'approfondir : la force sociale objective de la classe ouvrière : tous les « pays de l'Est» -excepté la Pologne et certaines républiques d'URSS - ont atteint durant la dernière période la limite de leurs réserves main-d'œuvre (compte-tenu, bien entendu, du régime existant et de sa masse de parasites !). En Tchécoslovaquie, la croissance de l'emploi a nettement fléchi durant le dernier quinquennat et les prévisions ne sont pas meilleures pour les prochains : l'accroissement de la population active, qui était de 556000 travailleurs en-

Get 1970, a baissé à 402000 entre 1971 et 1975 et devrait s'établir, selon le plan, à 200000 entre 1976 et 1980, à 80000 dans les cinq années suivantes. L'apport de nouveaux travailleurs venus de l'agriculture ne semble pas devoir être massif, compte tenu des lenteurs que connaît encore l'industrialisation et de la croissance déjà réalisée du travail salarié de type industriel dans ce secteur. Au cours des demières années, l'entrée des femmes dans la production a déjà largement eu lieu : 86,5% des femmes en âge de travailler ont une profession(88,7% pour les hommes). Le recours toujours plus important au congé maternité en est un indice: 145000 en 1970, 227000 en 1973, 345000 en 1975. Enfin, même les retraités travailcours du précédent quinquennat, a très largement dépassé les objectifs prévus, de sorte que la fixation d'objectifs moins élevés dans les plans de 1976/80 pourrait traduire l'intention de rétablir les relations structurelles entre l'augmentation des revenus et celle de la producPourcentage moyen de variation annuelle des salaires (16) revenu réel/habitant salaire réel/salarié plus 6,1% plus 3,6% plus 4,1% plus 2,5 à 3,0% plus 4,5% plus 3,4% plus 4,2% plus 2,5% a 2,8% lent: ils sont 600000 à exercer une profession, soit entre 8 et 10% de toute la population active (17)! Malgré cette mobilisation extraordinaire des forces de travail disponibles, les planificateurs se plaignent du nombre de postes vacants. Le 30 octobre 1975, Rude Pravo indiquait que 300000 postes de travail étaient vacants dans les transports et la construction; deux ans plus tara, V. Hula note encore qu'un « problème sérieux reste d'assurer la stabilisation du personnel dans les transports ferroviaires où, malgré les mesures adoptées, le nombre des travailleurs dans les professions déterminantes de l'exploitation baisse continuellement».

Cette force objective de la classe ouvrière montre l'explosivité de toute prise de conscience collective des travailleurs. En général, l'opposition réformiste et démocratique ne le comprend pas, parce qu'elle ne voit que leur situation présente de dépolitisation, d'atomisationque la chape de plomb bureaucratique a justement pour fonction de maintenir. Mais entre la révolte et la passivité, ce rapport de forces laisse aussi aux travailleurs une certaine marge de manœuvre pour des arrangements individuels, voire des formes de résistance partielle. Selon Informacni Materialy (18), plusieurs grèves se sont déroulées dans les derniers mois de 1973 qui ont, en général, contraint à retourner aux anciennes normes et systèmes de salaires. Dans quelques cas (par exemple au métro de Prague), des assemblées de travailleurs ont voté contre le renvoi de signataires de la Charte 77. La résistance passive, sous forme d'absentéisme, reste toutefois la dominante. Rude Pravo écrivait, le 24 septembre 1976, que « la simple négligence coute au pays 2,5 milliards de couronnes par an à cause de l'absentéisme estimé à 300000 personnes par jour» - soit près de 5% de la population active ! PROBLEMES ECONOMIQUES

Le faible taux de productivité de l'ensemble de l'économie demeure ainsi la difficulté majeure que doit affronter la bureaucratie. Une difficulté dont l'origine est avant tout politico-sociale et non technique, comme le montre cette résistance passive des travailleurs. Mais ceux-ci ne sont, de loin, pas seuls en cause ! Le système bureaucratique produit nécessairement un gaspillage constant de ressources, dont la presse officielle se fait régulièrement l'écho. Le 2 décembre 1977, Rude Pravo publiait le rapport de Hula devant le Comité central, qui ressemble à un véritable cri d'alarme : 10% des entreprises n'avaient pas rempli le plan ! Et parmi celles qui le remplissent « un grand nombre n'accomplissent pas le plan quant à la structure de production. On ne réussit pas toujours avec la rapidité et l'efficacité nécessaires à éliminer certaines insuffigrands travaux, et cela notamment dans la concentration des forces sur les chantiers déterminants et dans la mise en service des capacités dans les délais planifiés » (19). Le lendemain, Husak lui succédait dans Rude Pravo pour critiquer « l'approche routinière du travail, la bureaucratie, la technique des alibis, la manière de toujours reporter les problemes sur les autres au lieu de les résoudre soi-même» et il rappelait les cadres à l'ordre en affirmant « qu'aucun de ceux qui ont des responsabilités ne doit s'attendre à avoir une vie confortable» !

Il semble déjà que les objectifs du plan doivent être révisés en baisse, du moins dans certains secteurs importants tels que les projets de construction, les transports, le

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commerce extérieur vers les pays capitalistes, où les objectifs n'ont pas été atteints.

La grande dépense d'énergie dans l'ensemble de l'économie est d'ailleurs l'un des problèmes les plus graves des Etats ouvriers dégénérés, que la crise mondiale (malgré ses ré percussions plus lentes dans ces pays) n'a fait qu'aggraver. Tous les plans quinquennaux pour 1976/80 consacrent une place prépondérante

: l'accroissement des ressources d'énergie, pour lequel des projets communs sont en développement au sein du COMECON (20). La Tchécoslovaquie y joue un rôle important, spécialement dans l'équides centrales nucléaires qui occupe la première place des projets-pilotes de mécanique lourde. Mais vu les lenteurs de réalisation de ces projets, l'écart entre les besoins et les ressources va rester important et Hula en a déjà travailleurs: « L'approvisionnement sans à-coup en mazout, gaz naturel et gaz d'éclairage sera possible seulement sous un régime maximal d'économie dans la

Get la distribution (...). Le désir - même motivé - de certains consommateurs de chauffer au mazout est irréel. Nous utiliserons toujours plus largement le pérole brut en tant que matiere pre nière chimique et non pour le bri ler. C'est une nécessité objective

Dans les Transports et la Construction, des contradictions analogues se manifestent. Selon les données officielles, le sous-développement des transports et du stockage ferait perdre 10 à 15% des livraisons totales d'engrais. Quand à la construction, son retard freine l'ensemble du développement : toujours selon Hula, 42% des entreprises de la construction (contre 25% en 1976) n'auraient pas accompli le plan en 1977. Ceci malgré l'apport de nouveaux travailleurs (plus 9000 par rapport à 1976 sur 542000) et un salaire moyen élevé dans ce secteur (2675 couronnes; augmentation de 3,6% durant les six derniers mois de 1977). Selon toute vraisemblance, ici encore, la bureaucratie va devoir opérer des choix drastiques pour éviter de tels goulots d'étranglement dans la réalisation des grands projets, au détriment de la construction et de la modernisation des logements, qui restent des questions épineuses du niveau de vie des travailleurs. Allez ensuite faire comprendre les bienfaits du socialisme avec des logements insuffisants et sans chauffage à mazout !

Ces problèmes « classiques» de tous les Etats ouvriers dégénérés se doublent, en Tchécoslovaquie, de difficultés structurelles dues à type d'industrialisation. seur de machines et de produits manufacturés, elle est fortement dédes échanges extérieurs. Au sein du COMECON, ceux-ci sont aujourd'hui fortement marqués par les besoins du rattrapage agricole de l'URSS : engrais chimiques, machines agricoles, où la RDA et la Tchécoslovaquie se sont spécialisées de longue date. Depuis quelques années, la coopération économique s'est étendue à l'industrie énergétique, à la fabrication d'ordinateurs (la production de semi-conducteurs à courant fort occupe la troisième place des projets-pilotes de mécanique lourde en Tchécoslovaquie), la pétrochimie, les échanges de technologie. Cette coopération tend cependant à une spécialisation obligatoire de chaque pays du COMECON qui d'une part accroît leur interdépendance (donc amplifie les difficultés interbureaucratiques, par exemple pour la fourniture de matières premières) et d'autre part ne porte que fort peu sur les besoins d'industrialisation des Transports et de la Construction qui se posent à un pays plus industrialisé. De là l'insistance que les • planificateurs tchécoslovaques ont mis, il y a quelques années, sur une plus grande autosuffisance agricole (22) et surtout sur l'apport complémentaire du commerce avec les pays capitalistes.

Mais ce commerce ne peut que jouer le rôle de correcteur, soumis en outre aux aléas de la crise capitaliste. En dernière instance - y compour pouvoir exporter sur les marchés capitalistes en profitant des coûts salariaux plus bas - la maîtrise de ces problèmes passe, pour la bureaucratie, par un accroissement de la rentabilité du travail. Comnientant le plan, le Premier ministre tchécoslovaque a indiqué que la croissance devrait être réalisée «grâce aux efforts de la main-d'œuvre existante».

En pratique, cela signifie à la fois une croissance relativement plus modérée de la consommation (afin de dégager des fonds d'investissement) et des modifications du système des salaires et des prix. Comme on l'a vu pour le mazout, une telle politique tend inévitablement, dans la situation d'égulibre précaire de l'ensemble de l'économie, à accroître les conflits entre les choix d'investissement des planificateurs et la satisfaction des besoins des masses.

En 1972, le salaire moyen s'établissait à 2144 couronnes, d'importantes différences: 2884 couronnes pour un mineur, 2475 pour un cheminot, 1854 dans le textile, 1683 dans la confection. Le salaire des femmes est toujours d'environ un tiers inférieur à celui des hommes. Dans le plan pour 1976/80, les planificateurs ont prévu d'élever le salaire moyen mensuel de 2375 couronnes en 1975 à 2700 d'ici 1980, soit entre 13 et 15%. Mais jusqu'ici, les prix étaient très stables; or, au cours de l'an dernier le café, le sucre, le cacao, les textiles ont connu de fortes augmentations. On sait même que la simple apparition de la Charte au début de 1977 a provoqué la panique des planificateurs qui ont reporté de quelques mois certaines augmentations de prix.

A la lumière de ces indices, les promessses du gouverement d'accroître le revenu mensuel des ménages apparaissent avant tout comme un simple maintien du pouvoir d'achat des plus basses catégories salariales : l'objectif est d'atteindre, d'ici 1980, un revenu mensuel par personne de 1300 couronnes pour 60% des ménages et de réduire... à 10% les ménages où ce revenu s'établit à moins de 1000 couronnes par personne. Ce n'est pas demain que tous les travailleurs tchécoslovaques recueilleront les fruits de la «construction du socialisme» !

Echaudée par les révoltes de Pologne, la bureaucratie va sans doute procéder avec prudence dans ce domaine, comme d'ailleurs dans l'introduction de nouvelles normes. Mais elle ne peut éviter, dans sa logique, de s'atteler à ces problèmes

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qui risquent dès lors de devenir la source de mécontentements plus profonds dans la classe ouvrière. OU EN EST L'OPPOSITION?

C'est dans ce cadre que s'est développée la Charte 77 depuis maintenant plus d'une année. Son principal apport a évidemment été d'oser prendre certains droits légaux et de commencer à démasquer publiquement les injustices les plus criantes du régime bureaucratique : non respect des accords internationaux sur les libertés, interdictions professionnelles des opposants, limitations de l'activité syndicale, répression culturelle. Tout comme les formes de résistance partielle de la classe ouvrière, la Charte T7 joue ainsi un rôle très important de défense publique et immédiate qui brise quelque peu l'isolement des opposants et de tous ceux que le régime considère comme « non conformes ».

Mais sa signification va bien au-delà. Dans un article de bilan de l'opposition paru à la fin de 1977, Jiri Pelikan, porte-parole de la revue d'opposition Listy, souligne à juste titre la continuité de cette opposition démocratique par rapport aux mouvements de 1968 ou 1956 et d'autre part l'unité d'action entre plusieurs tendances (réformateurs d'origine communiste, révolutionnaires, socialistes, chrétiens) qu'elle a permis de réaliser. Il essaie ensuite d'en tirer des conclusions plus générales. Constatant que « la classe ouurière joue un rôle essentiel dans les mouvements qui visent un changement», il remarque que celle-ci «n'intervient pourtant que de manière spontanée, sans programme et sans alliances, ou seulement dans une deuxième phase des événements, lorsqu'ils ont été mis en branle par les intellectuels». Il en conclut : « L'expérience permet ainsi de conclure que les mouvements ont le plus de chances de succès lorsqu'ils allient les travailleurs, les intellectuels progressistes et la jeunesse, savent gagner le soutien, ou du moins la neutralité, d'autres groupes et peuvent agir en accord avec les courants oppositionnels dans le parti.» Mais il se retrouve ici devant une contradiction : soulignant que des mouvements à la

LE PARTI

- REVOLUTIONNAIRE

Pour présenter le PRST né au cours de l'été 1969, il nous parait plus correct de nous limiter a reprendre sa description parue alors dans le très officiel «Tvorba » no 2 sous la plume du très officiel Vladimir Rasin qui était ce ce jour-là de service. tion est apportée par les tracts édités illégallement (sic) par des «organes» PRST». Dans l'argumentation de ces publications, on peut trouver les échos de l'argumentation que souvent lue dans notre presse l'été dernier, les échos des opinions des discutailleurs qui s'occupaient d'un modèle spécial pour le socialisme en Tchécos-

Bien que l'idéologie de ces documents rappelle beaucoup les thè du trotskysme connues depuis longtemps (re-sic), on ne peut pas ne pas remarquer un style respectant dans beaucoup de domaines la doctrine social-démocrate. Le problème central de ces «experts en idéologie» est de savoir comment continuer. de ne pense pas offrir de publicité à ce « Parti révolutionnaire socialiste » mais si je dois caractériser ses buts contre-révolutionnaires, je dirai simplement que sous le mot d'ordre : « Tout le pouvoir au peuple armé» se cache la décomposition de la classe ouvrière et du PCT, la destruction du pouvoir d'Etat et la mise en cause de toute la production et par conséquent l'économie en état d'anarchie désolante.»

Comme la lecture de cet article nous a davantage éclairés sur la personnalité (et le style) de M. Rasin que sur la nature du PRST, nous publions la conclusion de sa déclaration d'août 1969. Cette déclaration était suivie des mots : «lis, copie et fais passer ».

«Ceci est notre programme pour la 1. Maintenir et soutenir par tous les moyens l'activité populaire, les actions indépendantes des travailleurs, s'informer mutuellement et garder le contact le plus étroit avec les travailleurs des autres entreprises. 2. Garder les position acquises dans le

PCT, dans syndicats, sur les lieux de travail. 3. En même temps créer de petits groupes sur la base de la plus stricte clandestinité. Les associer, les coorgramme de la lutte antibureaucratile programme de la société socialiste de l'avenir.

Commission idéologique du CC du Parti révolutionnaire août 1969 socialiste tchécoslovaque. (« Le complot trotskiste en Tchécoslovaquie - textes de l'opposition révolutionnaire ». Cahier Rouge spécial. (Maspéro, 1970).

base ne seront que des «feux de paille » s'ils ne trouvent pas d'écho dans le parti, il ajoute que «de l'avis de nombreux anciens communistes, il sera beaucoup plus difficile, voire impossible, de trouver des memores du paru qui approuvent des changements dans le sens d'une libéralisation ou d'une démocratisation. » Cette dernière constatation confirme le bilan que nous avons tiré plus haut des changements dans le parti. Est-ce à dire qu'un «changement» est devenu impossible ?

Le développement de la Charte démontre le contraire et infirme en partie le jugement de Pelikan. Ses premiers signataires (par exemple Mlynar) l'avaient en effet conçue dans le but d'exercer une nouvelle pression sur l'aile «réformatrice» du parti et de permettre ainsi la reconnaissance de l'opposition exclue après 1968. La réaction des autorités, le peu d'écho

La trouvé dans l'appareil ont vite démontré l'erreur de ces calculs. En revanche, la Charte 77 a trouvé un large écho dans des couches nouvelles des intellectuels, de la jeunesse qui, pour certains, connaissent là leur première activité politique. Les signataires estiment que près de 200000 personnes ont lu la déclaration fondamentale de la Charte 77 et que ses documents successifs (23) ont été lus par une dizaine de milliers de personnes.

La difficulté, à laquelle la conception très générale des «alliances » que propose Pelikan ne répond pas, réside en ceci que ces milieux intellectuels ou de la jeunesse, sensibilisés d'abord sur l'absence de possibilités d'expression culturelle, ont des préoccupations immédiates encore assez marginales par rapport aux soucis quotidiens des travailleurs. Ce n'est pas que ceux-ci se moquent des droits démocratiques ou des droits d'expression culturels (la plupart des jeunes sont d'ailleurs de jeunes travailleurs), mais ils comprennent très bien que la conquête effective de ces droits ne peut qu'ouvrir une crise politique et sociale dont ils ne sont pas sûrs (surtout après 1968 et avec la présence des troupes soviétiques) de sortir gagnants. Il n'y a donc pas de lien immédiat et facile entre ces diffé-

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rentes « composantes» du front antibureaucratique que Pelikan voudrait forger.

En revanche, au sein de la Charte 77, dans une frange d'avant-garde beaucoup plus restreinte, cette jonction peut être abordée. Le fait le plus caractéristique du mouvement de la Charte 77 est sans doute le regain de politisation qu'il a enclenché. Contrairement à 1968, il ne se déroule pas dans une aile du parti mais hors de lui, regroupant une partie des exclus de 1968, des militants de cette période et des forces nouvelles. Il semble qu'un débat interne se soit amorcé au cours des derniers mois, au travers de bulletins interes et la publication de «Cent ans de socialisme tchèque» en est un indice.

Toute l'expérience des mobilisations de masse anti-bureaucratiques montre que l'existence de tels regroupements semi-légaux d'opposi-

Petr Uhl et Hana Sabatova à Prague tion peut devenir le foyer d'une politisation et d'une réactivation des travailleurs s'ils se tournent consciemment vers eux. Le dossier de la Charte 77 sur la question syndicale était un premier pas dans ce sens. Mais il y en a certainement d'autres. La technique des « enquêtes publiques» entamée par la Charte77 pourrait prendre une ampleur sensiblement plus importante (et commencer ainsi à relier les préoccupations de la jeunesse, des intellectuels et des travailleurs) si elle portait, par exemple, sur les modifications de prix, les conditions de logement, les transports publics, la condition des femmes, etc. - bref sur les multiples formes d'inégalités sociales et de parasitisme criant qui font la vie quotidienne des travailleurs. Du moment que Husak lui-même déclare la guerre à la « vie confor-

Si nous mettons l'accent sur ce type de perspectives immédiates pour un mouvement comme la

Charte 77 (24) c'est que nous partageons avec Pelikan l'idée que seule une jonction entre la lutte pour les droits démocratiques et les préoccupations des travailleurs pourra permettre d'opposer au régime bureaucratique un front plus large et gagner l'audience de la classe ouvrière. Mais à la différence de ses propositions, nous ne pensons pas que le fait de « gagner » ou non une aile de l'appareil soit ici l'élément déterminant. Celui-ci réside bien davantage dans les propositions programmatiques que l'opposition socialiste et révolutionnaire saura avancer, en particulier en soulignant le étroit entre les revendications économiques et sociales des masses (logements, refus des normes, etc.), les droits démocratiques tels que le droit d'association, le droit à des syndicats indépendants de l'Etat et la nécessité d'un contrôle direct des travailleurs sur les choix décisifs de la planification.

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Des décennies de stalinisme et de régime bureaucratique ne portent pas spontanément les militants les plus politisés de l'opposition à mettre ces questions au centre de leurs préoccupations. Toute l'histoire de l'opposition réformatrice et légaliste en Tchécoslovaquie, de 1968 à aujourd'hui, le rappelle. Au sein de la Charte 77, le débat que sauront porter les militants révolutionnaires sera dès lors déterminant. NOTES 1) Voir l'article de Sibylle Plogstedt, «Am Beispiel der CSSR», Kursbuch No 30, décembre 1972, p.51-84, consacré au développement de l'autogestion et des conseils

Men 1968/69. Elle rappelle dans un premier temps, les travailleurs, appelés par les syndicats à créer des conseils d'entreprise, ont élu en majorité des techniciens bien qu'ils constituent les 2/3 des électeurs. 2) Voir « Le Congrès clandestin» (Seuil, Paris 1970). Dans son introduction, Jiri Pelikan rappelle que « à la différence des programmes traditionnels, le projet de thèses voit dans la socialisation des moyens de production et la planification non pas un but en soi, mais un point de départ moyennant lequel peut s'installer le processus permanent de libération de l'homme de toutes les formes d'aliénation (...) jusqu'au rôle de l'Etat en tant que tel» (p.14). 3) Données officielles de Michael Lang et M.Barta citées par S.Plogstedt. 4) Bilak est le représentant de l'aile dure de l'appareil, l'un des rares membres du un dissident marxiste en prison en r.d.a.

LE SCANDALE RUDOLF BAHRO éditions la brèche En vente 10, impasse Guéménée, 75004 Paris. Prix : 5F.

PCT qui aurait «appelé l'URSS au secours » ! 5) Avant tout, les membres du CC du PCT qui se sont opposés à la ratification du protocole de Moscou après l'intervention : Kriegel, Sabata. Lors de son exclutrait de plume mais sous la menace des armes et des canons (...) mon exclusion masque un processus de restauration qui vise à légaliser l'intervention d'août». Les résistances dans le PCT ont done duré un certain temps. 6) On trouve la déclaration du PSR (en allemand) dans «5 Jahr Normalisierung» (Verlag Association, Hamburg, 197 3) ainsi que les principaux documents du procès qui a frappé ensuite ses animateurs. La du PSR, le manifeste de la révolutionnaire tchécoslovaque ont été publiés en français dans «Le complot trotskyste en Tchécoslovaquie », Cahier rouge spécial (Maspéro 1970). 7) Jan Skala: Der « Normalisierungsprozess» in der CSSR (Menschen rechte, in Jahrbuch zu Osteuropa, Rororo aktuell 1977), p.189. 9) L'ensemble de ce «tableau» est établi à partir des données de Jan Skala et de Sibylle Plogstedt; cette les déclarations 10) Le PCT a proposé la réintégration des opposants exclus, à condition qu'ils

June autocritique. Ces tions ont été vertement critiquées par l'opposition, en particulier dans «Listy». 11) Voir plus loin le chapitre «Où va l'opposition?» croissance de l'épargne (voir tableau ci-après) en est un signe! 13) Le Deutsches Institut für Wirtschaftsforchung (Handbuch DDR 1977, Rororo Aktuell) a établi ces données (p.241) sur la base des statistiques du COMECON. Peu suspect de dresser une image positive des pays de l'Est, il qu'en RDA «l'équipement des ménages biens de consommation 14) Etude sur la situation économique de l'Europe 1976, 2e partie, Nations-Unies, p.126 (comparaison avec la RFA, d'après source note 13). 15) Lors du concert pop sévèrement réprimé l'automne dernier on a entendu pour la première fois des manifestants crier aussi contre les augmentations de prix. C'est le seul cas connu jusqu'ici. 16) cf. note 14. 17) idem. 18) Journal de l'opposition socialiste révolutionnaire tchécoslovaque, publié dans la clandestinité depuis 1969. Informaci Materialy et Listy sont les deux organes de l'opposition et paraissent régulièrement depuis plusieurs années. 19) Hospodarske Noviny 28/77 (édition française). 20) L'essentiel doit être développé en URSS. avec l'aide des autres pays du COMECON. L'ONU (cf. note 14) donne des indications importantes à ce sujet montrant que ces projets vont accroitre bureau cratie

En vente 10, impasse Guéménée, 75 004 Paris. Prix : 6 F. la dépendance énergétique des pays du COMECON à l'égard de l'URSS. 21) Hospodarske Noviny 28/77 (édition 22) Celle-ci portait surtout sur les céréafourniture régulière de viande (qui a nettement augmenté en RDA, CSSR). En revanche, pour d'autres produits tels les fruits et légumes «l'autosuffisance» est loin d'être réalisée, créant des arrivages irréguliers. Ce type de développement est typique de la réalisation des besoins de consommation en ré gime bureaucratique. Comme pour les TV, radios, voitures, la bureaucratie axe le plan sur la satisfaction de certains produits (typiques du «standing» occidental) mais est incapable d'en élargir l'éventail -sans parler même de dépasser les pays 23) Les principaux documents ont été consacrés aux interdictions professionnelles, à la situation syndicale, aux 24) En Pologne, un journal «Le Travailleur» est apparu récemment et indique la

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