Tchécoslovaqule
Pour une société
des travailleurs
Malgré ses ambiguités, le Printemps de Prague a démontré la force des idéaux socialistes et la force du mouvement ouvrier. C'est pourquoi l'un des premiers gestes du gouvernement Husak fut d'abolir les conseils d'entreprise Ludwig KAVIN
Nous reproduisons ci-dessous le texte de l'intervention que fit Ludwig Kavin lors du forum sur « les oppositions en Europe de l'Est» pendant le rassemblement des 27-28 mai organisé par la LCR et Rouge à Paris. Les aufres orateurs qui participérent à ce débat n'ont malheureusement pas rédigé leurs contributions; avaient été également invités Alexandre Smolar, ancien participant au grand mouve ment étudiant de juin 1968 en Pologne, Victor Feinberg (un des participants à la manifestation de la Place Rouge à Moscou contre l'intervention en Tchécoslovaquie en 1968) qui avait tenu à être présent mais qui inissa à Léonid Pliouchtch le aoin de présenter la situation en URSS (cf. compte-rendu dans le numéro spécial de Rouge du samedi 10 juin).
Ludwig Kavin, la trentaine, est un ancien étudiant en philosophie-politique. Il était membre du PCT avant le Printemps de Prague (avec des responsabilités sur le plan de l'université). Il est, ainsi que sa femme, Nika Brettschneider (actrice), signataire de la Charte 77. Il a été contraint à exercer en Tchécoslovaquie des emplois sous qualifiés - quand il en a trouvé !.. Il sait, de même que Nika, ce que veut dire la répression politique dans l'activité professionnelle, dans ce pays qu'ils furent donc amenés à quitter, avec leur petit enfant, en juillet 1977 pour l'Autriche. Il est en train de rédiger une these sur le Printemps de Prague. Il est marxiste et proche de ceux qu'on appelle en Tchécoslovaquie, les «communistes radicaux ».
Chers amis et chers camarades,
Votre invitation à ce forum me permet de vous présenter mon point de vue sur l'évolution de la société en Tchécoslovaquie, prétendue socialiste, depuis le Printemps de Prague en 1968 jusqu'à la Charte 77. En conclusion je reviendrai sur les problèmes tactiques posés aux tendances oppositionnelles dans ma mère-patrie; et j'essaierai de vous présenter mes opinions sur les divergences politiques qui existent au sein de l'opposition en Tchécoslovaquie.
Dans les années 1960, des éléments de démocratie se sont introduits de plus en plus dans la vie sociale. Ces éléments s'introduisaient surtout dans la structure du Parti communiste tchécoslovaque. Naturellement, des tendances post-staliniennes très fortes se sont aussi manifestées qui avaient pour but de conserver le statu-quo. Disposant des moyens du pouvoir, ces tendances et leurs représentants, essayaient de faire taire les voies critiques sur la situation sociale qui s'élevaient dans les sphères politiques et culturelles. Les efforts en vue de redresser la situation sociale et de surmonter la crise par une réforme politique et économique, se manifestaient de plus en plus dans l'idéologie ambiante au sein même des organes du Parti, y compris dans les instances politiques officielles concrètes du Parti. C'était surtout le courant progressiste progressiste au sein du Parti qui essayait de surmonter cette crise. Une condition préalable à tout changement était, selon nous à l'époque, et encore, de changer organes du Parti et de changer ensuite les organes de l'Etat sur le plan des partiellement structurel, de changer leur rapport interne et leur rapport aux organismes sociaux. Nous étions persuadés que le poisson commence à pourrir par la tête - ce qui me semble être toujours la conclusion d'une analyse correcte. Quand, au début de 1968, Novotny a été remplacé dans ses fonctions de Premier secrétaire du Comité central du PC par Dubcek, beaucoup de gens l'ont perçu comme une révolution de palais. Ce n'est qu'après le remplaced'un nombre plus grand de personnes et surtout après l'acceptation du programme d'action du Parti communiste, plupart des membres du PC et des autres citoyens ont compris qu'il pouvait s'agir d'un changement plus profond fondamental. Cela produisit une éruption d'opinions et de points de vue politiques et prépara une rupture dans le développement social, formulée social, formulée d'une façon confuse, naturellement sur la base des acquis sociaux et économiques des années 1945-1947.
Il faut constater que, selon les opinions des groupes les plus variés qui avaient une influence au moins partielle sur les événements politiques, il ne devait pas s'agir d'une période nouvelle, sur le plan qualitatif, de la vie de la société. Il devait s'agir d'une réforme du système. Sur le plan des relations internationales, il n'était pas envisagé de changements profonds : les appels à une position de neutralité étaient sans aucune influence. Seule une autonomie relative dans le cadre du COMECON et du Pacte de Varsovie, était demandée. Les conceptions économiques visaient surtout à trouver une solution dans le cadre d'une situation où le gouvernement dogmatique du Parti et de l'Etat était basé seulement sur un plan économique qu'il dirigeait de façon inamovible comme un deus ex machina. Les relations entre les besoins du plan et le marché n'étaient pas du tout prises en considération. Le caractère bureaucratiquement centralisé de la planification et la gestion de l'économie qui dépendait étroitement des besoins de l'économie soviétique, ont conduit à une crise. Même les conceptions du développement des institutions politiques provenaient, y compris dans leur orientation progressiste, du besoin de maintenir le rôle dirigeant du
Parti communiste. Les autres organisations politiques, syndicales et sociales ne devaient obtenir qu'un peu plus
Malgré cela, le Printemps de Prague a semé dans les cœurs et les têtes des gens, de nombreux espoirs. Il s'est déroulé en se transformant d'une révolution de palais embrumée, en mouvement de masse visant la démocratie et cherchant à se débarrasser des multiples erreurs des vingt dernières années. Les citoyens ont signé un chèque en blanc à Dubcek pour qu'il réalise en fait sa propre politique. Si on analyse sous divers angles les idées de ce gouvernement, elles étaient pourtant loin d'être conséquentes pas développer longuement ce thème ici, sur lequel je travaille de façon plus importante par ailleurs). Malgré cela, ces idées et le déroulement de plusieurs mois ont démontré la force des idéaux socialistes et la force du mouvement des travailleurs.
Cet élément intéressant du Printemps de Prague fut par exemple les Conseils d'entreprise qui eurent de nombreux adversaires. De nombreux fonctionnaires de tendance progressiste dans le Parti ont eu un regard sceptique à leur égard. Ces conseils devaient jouer un rôle important dans la gestion des entreprises et dans la structure de la vie économico-politique tchécoslovaque. Ils devaient, en tant qu'organes autonomes des travailleurs, remplacer le rôle du PC et des organes d'Etat, partiellement dans le domaine des décisions, du contrôle du personnel, et de la gestion des entreprises. Il est intéressant de souligner que jusqu'en août 1968, ces conseils ne se sont créés qu'au moment du plus danger - rétrospectivement, nous pouvons dire : trop tard -, c'est-à-dire après l'occupation de la Tchécoslovaquie au mois d'août 1968, dans la période où les travailleurs ont compris que « maintenant» tout était en jeu, et où ils voulaient prendre la gestion gestion des affaires dans leurs propres mains. Il y a eu environ 800000 membres actifs qui participèrent à ces conseils et qui représentaient une force remarquable mettant en danger par exemple la position du régime de Husak après avril 1969. C'est pourquoi un des premiers gestes du gouvernement néostalinien fut d'abolir ces conseils.
L'occupation de la Tchécoslovaquie par l'armée soviétique représentait une défaite politique pour l'Union soviétique. Les idées démocratiques continuaient à se manifester (ce dont témoignaient les Conseils de travailleurs dont je viens de parler) et ceux qui portaient ces idées, les travailleurs et leurs alliés réels, continuaient, avec difficultés, à lutter contre les chars et progressiste de société. Ces forces et ces idées ne furent finalement vaincues, après un temps relativement court, que dans la période de la soi-disante « consolidation », c'est-à-dire normalisation, qui a commencé par l'arrivée de Husak au poste de premier Secrétaire du PC, et qui selon les dires de Husak se serait officiellement terminée dans les années 1973-1974. A vrai dire, cette normalisation tentée par le Parti communiste tchécoslovaque, à la fois a bas la normalisarion vive le socialisme stalinien d'hier et d'aujourd'hui, n'a de l'opposition, mais nous ne devons pas été réussie dans les années 1976 ni ni ne pouvons confondre ce terme jusqu'à ce jour. En 1970, environ un avec l'idée d'organisation : premièreles plus actifs et les plus progressistes, tation politique de ces groupes, indisont été exclus du PCT. Dès le début, pensable à la vie d'une organisation;
Husak n'avait en fait aucune chance deuxièmement, en parlant d'organisade réaliser sa vision de la normalisa- tion, on donnerait des armes à la potehécoslovaque, avec ce nouveau parti mutilé néo-sta- ramasser n'importe quel matériel il a continué à tenter cette normali- tre l'opposition à son régime.
sation par les moyens les plus variés. Les citoyens les plus actifs, les
Ces derniers temps, ce fut par exem- membres de l'opposition intérieure ple une propagande nationaliste fan-en Tchécoslovaquie se sont réunis tastique à propos du premier vol d'un cosmonaute tchécoslovaque, Remek.
C'est justement dans les années 1973-
1974, quand Husak déclarait la normalisation achevée, que l'opposition politique, après deux ou trois années d'un silence absolu, a repris la parole.
Ce ne furent d'abord que de petits groupes variés d'anciens prisonniers politiques, d'anciens membres et foncdu PC, de membres de l'opposition socialiste radicale (proches de la IVe Internationale), des chrétiens en lutte, des socialistes réformistes, et des intellectuels et artistes sans orientation politique précise.
(Brièvement, à propos du mot «groupe» : il s'agit d'un terme qui permet de constater qu'en Tchécoslovaquie il existe des tendances politiques et idéologiques différentes à l'intérieur
LIBER
Piotr UhL anes
Mutualité, Paris 1972. Meeting contre la répression en Tchécoslovaquie.
membres, souvent ment, il n'existe pas une réelle orienlice secrète qui ne se gêne pas pour n'importe quel pragmatique. Malgré cela, comme preuve, même indirecte, con-
vers la fin de 1976 et au début de 977 sur une plate-forme commune en signant la Charte 77. a et aura dans l'avenir une importance de plus en plus grande. Où se situe, selon moi, l'importance de ce rassemblement autour de la plate-forme de la 1. Le réseau de ceux qui critiquent publiquement le régime n'est plus limité comme auparavant aux communistes réformistes. Avec eux et avec l'intelligentsia, se joignent sur la plate-forme de la Charte des travailleurs et des jeunes. Par exemple, deux-tiers des signataires de la Charte n'ont jamais été membres du
PCT. 2. Un aspect important de la Charte réside à mon avis, dans le fait que s'y manifeste la pensée politique de la génération qui a la trentaine aujourd'hui, aujourd'hui, et d'une génération olus Jeune qul n'a pas vécu par son expérience propre 1968, et qui n'a vécu que l'oppression et la stérilité de l'idéologie officielle et du pouvoir politique des années 1970.
Ce n'est que sur le terrain de la
Charte et de la réaction du régime par rapport à la Charte, que ces jeunes gens ont eu leur première occasion de participer à la critique du régime et d'observer comment celui-ci réagit. Si l'on met de côté le scepticisme qui est un phénomène représentatif d'une grande partie de la jeune génération, des groupes de jeunes participent au travail de la Charte, et la sympathie de la majorité écrasante de la jeune génération va à la Charte. 3. Je vois un autre aspect important de la Charte dans le fait qu'elle a donné une impulsion à la vie idéologique, qu'elle a provoqué des disissions idéologiques concrètes, qui sont, surtout en ce moment, importantes pour la vie de la Charte : il s'agit de discussions sur les perspectives du développement de la société tchécoslovaque, qui ne sont pas closes jusqu'à maintenant; elles partent de points de vue démocratiques et socialistes et je ne pense pas qu'elles soient en aucune façon une manifestation de tendances sociales réactionnaires. Au contraire, elle cherchent à combattre la politique officielle soviétique qui est nationaliste et néo-coloniale ainsi que la bureaucratie tchécoslovaque qui est le fruit du totalitarisme de la société soi-disant socialiste.
Le milieu critique du régime tchécoslovaque s'est mis d'accord sur une stratégie commune. Le Parlement tchécoslovaque a ratifié en 1976 le traité international sur les droits économiques, sociaux et culturels ainsi que le traité interational sur les droits civiques et politiques, qui avaient été auparavant signés par ses représentants à Helsinski. Depuis lors, les citoyens de la Tchécoslovaquie ont le droit et l'Etat a le devoir de respecter ces engagements. C'est cette réalité que nous voulions souligner en signant la Charte et en publiant le document principal et seize autres ainsi que beaucoup de matériel créé sur le terrain de la Charte.
Le régime a réagi par rapport à la
Charte et à ses signataires avec une hystérie remarquable des mass media et la répression. Nous étions emmes-uns etaient arretes). Dans beaucoup de cas, ces « interrogatoires» duraient des journées entières et ont même conduit à la mort « naturelle » de certains. En fait cette mort a été le résultat de ces « interrogatoires» et d'autres actes de répression. Le cas le plus connu est celui du professeur
Jan Patocka, porte-parole de la Charte, mais aussi il y a celui d'un jeune ouvrier signataire qui, dans un moment de dépression, a choisi de se suicider plutôt que de reprendre sa signature. Il s'appelait Joseph Kasik.
Des pressions énormes ont été exercées sur les familles; par exemple, moi, qui étais assistant en philosophie et, depuis 1970, travaillais comqualifié, ai perdu me ouvrier non mon travail après la signature de la
Charte; ma femme, actrice également. Nous nous sommes retrouvés à la charge d'un cercle d'amis non signataires qui nous ont aidés financièrement malgré leur situation dif- nes de chômage, les chômeurs sont deficile. Notre fils qui n'avait même venus « parasites sociaux selon la légispas deux ans a été chassé de la crèche lation tchécoslovaque», font l'objet sous la pression de la police d'Etat, de l'attention permanente de la police ce qui nous a gêné pour chercher criminelle. Ils doivent prouver qu'ils un nouvel emploi, même mal payé. n'ont été admis dans aucun poste
Y compris des membres lointains de de travail. C'est un cercle vicieux. Et la famille, qui n'étaient pas du tout la Tchécoslovaquie demeure sur ce engagés, ont été « interrogés» par la plan-là le pays de Kafka.
police dans le but de les faire parler sur nous et de détruire des liens familiaux. Des menaces ont été exer- Charte a atteint le millier à l'heure accées sur nos amis et la famille, là où tuelle. Le nombre de sympathisants ils travaillent, pour qu'ils nous renient actifs a considérablement augmenté et refusent de nous aider.
C'est sous de telles pressions et quelquefois pires que se sont retrouvés la plupart des signataires. De juin 1977 à mars 1978, le gouverement . le gouveremen a tenté une liquidation lente et sournoise de la Charte. Le régime a essayé d'exploiter et d'élargir les divergences idéologiques entre les signataires. Cette tactique a échoué; voilà pourquoi, après mars de cette année, la répression a augmenté. Des sympathisants de la Charte sont arrêtés ainsi que des signataires moins connus. Des gens sont battus par la police et les «interrogatoires» quotidiens sont redevenus courants. Une grande partie des gens se sont retrouvés au chômage - ce qui, en Tchécoslovaquie, est dramatique parce que le chômage n'étant pas censé exister, il n'existe donc pas la moindre allocation. Au bout de six semai-
RUSSES
POUR LE VIETNAM I NON CONTRE MMUNISTES TCHEQUES admis dans
Tchécoslovaquie
Le nombre de signataires de la également. Depuis l'année passée, les
tuel de la société tchécoslovaque pré- le totalitarisme, contre la bureaucracitoyens tchécoslovaques sont, grâce à l'influence et au courage des signataires, de moins en moins angoissés, et élèvent de plus en plus la voix dans leurs critiques. Cela est sûrement aussi la conséquence de l'aggravation de la situation économique qui a ces derniers temps plus qu'auparavant frappé les habitants du pays.
La Charte demande la liberté de la presse, de la parole, de rassemblement, de déplacement, etc. Les signataires tentent d'élargir leurs contacts avec les autres parties de la société. Ils essaient d'informer les gens de leurs buts. En même temps, ils discutent dans des conditions très difficiles propres aux régimes totalitaires, les possibilités de réaliser leurs projets, et sur les problèmes auxquels la société tchécoslovaque est confrontée. Depuis la liquidation des conseils d'entreprise, les travailleurs n'ont rien à dire sur la production, aucune possibilité de participer aux décisions et aucune possibilité de s'organiser dans des syndicats libres.
Les discussions menées dans certains groupes portent également sur ces problèmes : elles traitent des questions de l'autogestion des travailleurs et de la possibilité éventuelle de fonder des syndicats libres.
Sur ce plan, je considère comme tres positive l'initiative importante des syndicalistes italiens de gauche, dont le porte-parole a promis la solidarité et l'aide dans le cas où les syndicats libres seraient créés. Actuellement déjà des syndicalistes italiens aident financièrement un groupe de signataires au chômage qui ont tout à fait besoin de cette aide. Ils ont besoin de l'expression très concrète de la solidarité (idéologique, mais a heure actuelle, aussi financière, de la part des mouve ments syndicaux de gauche de l'Europe occidentale). Nous avons accueilli très favorablement aussi l'initiative très importante des syndicats français dont j'ai beaucoup entendu parler et dont je suis persuadé qu'elle aura une très grande importance dans l'histoire du mouvement des travailleurs et dans l'histoire des relations de la gauche occidentale avec le mouvement oppositionnel anti-bureaucratique et avec le mouvement pour les droits de l'homme en Europe occidentale.
La Charte est le début d'un mouvement qui, d'après moi, aura des conséquences plus importantes que le séquences plus
Rude Pravo du 5 janvier publie un texte commémorant le dixième anniversaire du plenum de janvier 1968 du CC du PCT
(celui qui avait été à l'origine du
«Printemps de Prague»). Les réformes d'abord envisagées étaient tout à fait positives, estime-t-on aujourd'hui, tant dans la période précédente, « les principes du centralisme démocratique étaient violés»... « la démocratie étouffée» et l'on pouvait même noter des « manifestations de bureaucratisme.. et les liens insuffisants des organismes dirigeants avec les organisations de base». D'où venaient ces « manquements graves à la démocratie socialiste» ?
L'explication fondamentale est la suivante : « Les erreurs commises par Novotny avaient pour origine certains traits de son caractère :
arrogance, subjectivisme, mégalomanie et méfiance envers les hommes ainsi que la violation du principe de la collégialité de la direction. Ces erreurs ont été aggravées par une attitude conformiste de ses collaborateurs les plus proches» ! Mais alors que s'est-il passé ? C'est que dans la brèche ouverte par la « critique justifiée des erreurs», se sont infiltrés «l'opportunisme de droite et le révisionnisme (qui) ne sont pas nés d'un coup après janvier 1968..et
(dont) les éléments d'origine petite-bourgeoise et le milieu de la bourgeoiste crasée (sic) en ont constit- "l--) racines sociales.» une impulsion morale. Mais ce seront les bureaucrates soviétiques et tchécoslovaques qui se chargeront de l'impulsion matérielle. Ils ne peuvent pas faire autrement parce qu'ils veulent les richesses. Ils ne peuvent profiter de leurs privilèges bureaucratico-bourgeois que s'ils maintiennent la Tché-
Printemps de Prague. La Charte n'a coslovaquie dans l'état actuel. Leur pas de programme politique, mais elle conservatisme stimule d'ores et déjà a une force morale et politique très im l'opposition qui les met en danger et importante pour l'avenir. Elle repré- qui représente l'espoir des peuples de sente un point de départ, qui mène à l'Europe centrale et orientale, et celui la naissance de conceptions politiques des courants progressistes de gauche et de forces politiques qui aideront du reste de l'Europe: il s'agira de à dépasser qualitativement l'état ac- changements révolutionnaires contre
L'ANNIVERSAIRE DES
BUREAUCRATES
Les deux critères infaillibles de
«dégénérescence» processus positif étaient a. « La chasse à ceux qui sont fidèles au socialisme, à l'internationalisme prolétarien, au marxisme-léninisme»;
b. mais surtout c'est qu'on « voyait pousser comme des champi gnons de nombreux groupes et organisations illégaux mais fonctionnant en toute liberté et dont le programme unique était la revanche pour féurier 1948, la liquidation des conquêtes réalisées au cours de l'édification socialiste ». Voilà qui justifie pleinement l'intervention des armées sœurs
«sollicitée» par «les communistes et citoyens honnêtes de notre pays». Et «c'est ainsi qu'on a sauvé le socialisme». Grâce au camarade Gustav Husak, «la démagogie vulgaire dont nous avons été témoins au temps du soi-disant "Printemps de Prague'» a été remplacée par «le mot d'ordre
"face aux masses'» !
(sic). Ce qui fait que «le programme clair defini par le XVe congrès du PCT... comme en témoigne la période qui s'est écoulée (depuis) est devenue l'œuvre la plus chère de tout notre peuple».
(Citations extraites du bulletin d'information bimensuel édité à
Prague par les Editions internationales «Paix et socialisme»).
voir. La date de tels changements reste une question pour les prophètes. A l'heure actuelle, ce qui est important, c'est l'analyse permanente et de plus en plus profonde du développement de la société tchécoslovaque, et dans ce cadre, l'effort pour concevoir des pratiques. C'est surtout la
solidarité de la gauche occidentale qui peut aider l'opposition tchécoslovaque au pays et en exil.
En conclusion, je veux présenter plusieurs revendications que je considère avec mes amis tchécoslovaques comme étant les plus actuelles et urgentes surtout par rapport au dixième anniversaire de l'occupation de la Tchécoslovaquie par des soi-disant armées fraternelles : je veux vous demander le soutien à ces revendications: 1. Abolition des interdictions professionnelles en Tchécoslovaquie. Depuis 1969, environ un demi-million de personnes en ont été frappées, allant d'anciens membres du PC, jusqu'à des chrétiens, en passant par des gens dont les idées sont issues de la IVe Internationale. Jusqu'alors des dizaines de milliers de personnes en souffrent, qui ne sont pas autorisées à exercer leur profession et qui sont contraintes de travailler dans des emplois sous-quali-
D'un point de vue factuel, l'attitude du PCF par rapport à l'intervention des armées Pacte de Varsovie marque une coupure politique importante : pour la première fois la direction du PCF exprimait publiquement et explicitement sa « désapprobation» de la ligne et de la pratique du Parti communiste de l'URSS. Ceci était d'autant plus étonnant que la situation n'était apparemment pas qualitativement différente de l'intervention des chars soviétiques à Budapest en 1956, pourtant couverte et approuvée à 100% par le même PCF. C'était le début du processus de désintégration du mouvement communiste international que nous n'avons pas fini de voir se dérouler et s'accélérer devant nous. Dix ans après, voilà version PCF «eurocommunisée» du Printemps de Prague dont on verra sans mal à quel point elle diffère de celle du «parti frère tchécoslovaque» •
«Le fil directeur, la raison d'être de tout ce programme, c'est avant tout de mettre en
2. La libération des prisonniers politiques : depuis 1969 il y a eu en Tchécoslovaquie 6000 prisonniers politiques. Je veux souligner entre autres la revendication de la libération de Jiri Lederer (journaliste), signataire de la Charte qui a été condamné à trois ans de prison ainsi que Jiri Cemy (ouvrier), condamné également à trois ans de prison pour avoir collé des affiches et qui est gravement malade. Cery est un militant anti-fasciste qui a été emprisonné dans les camps hitlériens. Depuis plus d'un an sont emprisonnés également Lastuvka et Machachek
(techniciens) et, depuis le mois dernier, Petr Cibulka (ouvrier), Libor
Chloupek (bibliothécaire)
Pospichal (apprenti boulanger). Ils sont tous travailleurs et peu connus et leur libération exige une grande solidarité internationale. 3. Le départ des armées soviétiques de la Tchécoslovaquie : Husak a déclaré en 1969 qu'après la normalisation du pays, il mènerait des discus-
LA MEME PERIODE VUE
PAR LE PCF AUJOURD'HUI place un «nouveau type de démocratie socialiste » qui passe par l'instauration d'un « nouveau système de direction politique». Ainsi, tirant la leçon du passé, ou le rôle dirigeant du parti signifiait la concentration exclusive du pouvoir entre ses mains, le parti doit désormais assumer ce rôle, non plus en dominant la société, mais en contribuant, par le travail de ses membres et la vérité de ses idéaux, à son développement «libre, progressiste et socialiste ». De même : «la politique du parti ne doit pas conduire à ce que les citoyens non-communistes aient le sentiment qu'ils sont limités dans leurs droits et libertés par le rôle dirigeant du parti, mais au contraire, à ce qu'ils voient dans l'activité du parti la garantie de leurs droits, libertés et intérêts». De cette conception découle une nouvelle définition du rôle des responsabilités de l'Etat, des organisations de masse (ex. Front national) et du syndicalisme. La confusion entre le parti et l'Etat sur toutes les questions, compris le départ des armées soviétiques. A Theure actuelle, Husak et la direction du parti ont besoin de la présence des armées soviétiques en Tchécoslovaquie. Mais le peuple ne les acceptera jamais. Le peuple désire le respect des droits de l'homme, la liberté, la démocratie et le socialisme, une société de travailleurs. L'occupation et la caste bureaucratique rendent toutes deux impossibles la liberté et la démocratie. Cette occupation est l'expression d'une politique chauvine de grande puissance à l'encontre de la nation tchécoslovaque et dirigée contre les travailleurs.
Abolition des interdictions professionnelles ! Libération des prisonniers politiques !
Dehors les chars soviétiques ! A bas la bureaucratie !
Pour une société des travailleurs
Men Tchécoslovaquie ! est abandonnée; les syndicats doivent développer leur fonction de défense des intérêts des travailleurs; le Front national, jouissant de droits indépendants et de responsabilités propres dans la direction de l'Etat et de la société, doit rendre possible l'expression de la pluralité des différents courants politiques, philosophiques et religieux.
Les libertés individuelles collectives (association, expression, circulation) seront l'objet d'un soin particulier. Concernant le problème nationalités l'égalité des Tchèques et des Slovaques devra désormais s'accomplir dans les faits.
Pressentant que les adversaires idéologiques du socialisme profiteront du processus de démocratisation, le texte indique : « il convient de suivre le principe qui veut qu'on ne combatte l'idéologie bourgeoise que par une lutte idéologique publique».
(France Nouvelle, no 1692, 17 avril 1978