Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

Les fruits amers de la paix

· Inprecor n° 330, 10 mai 1991 · p. 3-9 · 6 407 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Palestine et Israël États-Unis Golfe et Irak URSS et Russie

LES représentants des huit Etats arabes alliés, réunis dans la capitale syrienne les 5 et 6 mars 1991, ont adopté la

Déclaration de Damas proclamant un "nouvel ordre arabe", dont la filiation avec le "nouvel ordre mondial" de Bush est déjà évidente dans l'appella-

Les deux principaux volets de la Déclaration d'ordre militaire et économique. Dans la foulée de l'action commune contre l'Irak, les troupes égyptiennes et syrespectivement

35 000 et 20 000 soldats présentes sur les territoires de l'Arabie saoudite et du Koweit y seront maintenues, voire même augmentées (la Syrie envisage de doubler ses effectifs) et déployées dans d'autres Etats du Golfe.

Ces troupes, dit la Déclaration, constituent « le noyau d'une force de paix arabe mise sur pied pour garantir la sécurité l'intégrité des

Etats arabes de la région du Golfe ». Bien que cette alliance militaire se défende d'être « dirigée contre une quelconque partie », il est clair que la sécurité et l'intégrité des monarchies du Golfe ne actuellement sont menacées, réellement ou potentiellement, que par les deux prétendants à l'hégémonie dans cette région : l'Irak qui vient de subir le traitement que l'on sait, et l'Iran, qui sort renforcé de fait par l'écrasement de son adversaire. En fait, ces deux Etats ont longtemps exercé une dissuasion réciproque par rapport à la stabilité de l'ordre impérialiste et réactionnaire dans le Golfe.

Quand l'Irak était source de subversion nationaliste, l'Iran du chah le tenait en échec. Puis lorsqu'après février 1979,

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L' de coopération du Golfe (CCG), avec l'Egypte et la Syrie, anti-irakienne. Cependant son principal obstacle reste américain, James Baker, pour l'élaboration d'un règlement israélo-arabe sous le patronage des Etats-Unis.

Salah JABER l'Iran est devenu source de subversion khomeiniste, c'est l'Irak qui s'est érigé en

"défenseur de la porte orientale de la nation arabe", menant contre son voisin une guerre dévastatrice de huit ans avec le soutien financier des monarchies pétrolières arabes. Le retournement de l'Irak contre le Koweit et le redéploiement des ambitions de Saddam Hussein en direction de ses voisins arabes ont, pour la preopération "Tempête du désert" était conçue e. ame étape décisive vers un réaménagement politique de l'Orient arabe sous l'hégémonie des Etats-Unis. A la guerre américaine, devait succéder une Pax Americana dont les éléments ont commencé à être mis en place dès la fin des opérations militaires contre l'Irak. Au centre de cet édifice, figure l'alliance des sir monarchies (1) membres du Conseil principaux Etats arabes membres de la coalition paradoxalement l'Etat d'Israël : l'intransigeance du gouvernement de la droite sioniste, dirigé par Itzhak Shamir, gêne grandement les efforts déployés par le secrétaire d'Etat

C'EST LE PRINTEMPS! weit, Oman et Qatar.

mière fois depuis que ces Etats existent dans leur forme actuelle, placé à la fois l'Irak el l'Iran dans le camp des adversaires de l'ordre impérialiste région.

traditionnel dans la

Cette situation inédite nécessitait le réaménagement du système de protection des piliers locaux de cet ordre. Un contrepoids extérieur à la double menace irakienne el iranienne s'imposait.

L'intervention massive des troupes impérialistes, celles des Etats-Unis en particulier, visait à réaliser ce qu'aucune force locale n'était en mesure d'accomplir, à savoir la destruction du potentiel militaire irakien. Elle visait également à créer les conditions politiques, voire même psychologiques, du réaménagement souhaité. Mais, pour des raisons politiques doublées de considérations religieuses, le stationnement prolongé de forces occidentales massives en Arabie saoudite était une option très improbable.

Leur présence maintenue sur le sol de ce qui est considéré par décret religieux (fatwa) comme une gigantesque mosquéc, risquerait, en effet, de cristalliser le ressentiment anti-occidental, nationaliste ou religieux, des masses arabes. Voilà pourquoi, les Etats-Unis et leurs riches protégés du Golfe ont mis au point un nouveau système de sécurité adapté aux réalités nouvelles et traditionnelles qui comprend trois échelons, faisant de l'intervention militaire américaine directe un recours ultime.

Le premier échelon est constitué par les propres forces des monarchies du

Golfe : elles seront considérablement ren-

1) Arabie saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis (EAU), Ko-

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forcées dans la période à venir. Les effectifs de l'armée saoudienne vont être doublés ou triplés, jusqu'à 100 ou 150 000 soldats d'active, avec un recours massif probable à des mercenaires égyptiens, pakistanais et peut-être marocains. La petite

LES VENTES déjà négociées par Washington avec la seule Arabie saoudite atteignent la somme rondelette de 10 milliards de dollars. Il y en aura probablement autant pour le Koweit qui doit reconstituer en grande partie son arsenal. Quant à ceux qui, par naïveté pacifiste ou dévouement à la cause de l'Etat d'Israël, critiquent ces ventes d'armes et leur opposent les déclarations de l'administration Bush elle-même sur la nécessité d'un contrôle des armements dans cette région du monde, celle-ci rétorque avec une belle hypocrisie qu'il faut d'abord établir un équilibre des forces entre les pays arabes de la région (et non entre eux et l'Etat d'Israël) : « L'officiel [du Département de la défense, ndlr] a déclaré que l'administration est déterminée à accroître les arsenaux des Etats arabes amis dans le Golfe— pays qui, a-t-il ajouté, restent moins puissants individuellement que l'Irak. Ce n'est que dans ce contexte de renforcement des Etats plus faibles, a-t-il dit, que l'administration considérerait des limitations régionales de l'armement » (2).

En somme, loin de promouvoir un désarmement régional qui engloberait l'Etat sioniste, Washington ne "considérerait" un gel des exportations d'armes vers la région qu'après avoir amené le potentiel militaire individuel de ses alliés les plus sûrs à un niveau dissuasif pour un ennemi potentiel comparable à l'Irak (l'Iran étant sous-entendu). Les seules armes dont l'administration Bush entend d'ores et déjà prohiber de nouvelles livraisons aux pays arabes sont les armes NBC (nucléaires, biologiques et chimiques), ainsi que les missiles balistiques d'une portée de plus de 150 kilomètres (3). Les autres armements, engins sophistiqués compris, continueront à être vendus aux partenaires arabes de Washington.

L'ironie de la situation fait d'ailleurs que c'est Israël qui demande aujourd'hui le gel des capacités militaires régionales certainement pas un désarmement équilibré — de manière à stabiliser son avantage résultant de l'écrasement de TIrak, tout en épargnant à l'économie israélienne, aux prises avec les problèmes duits dans la "Tempête du désert".

Le nouveau système de sécurité régionale de l'immigration des juifs d'Union soviéla course aux armements.

tème de protection des monarchies du arabe". Des deux compode cette force, l'Egypte de Moubarak est certainement la plus sûre actuellement. Elle a été réarmée massivement par les Etats-Unis depuis la signature de son traité de paix avec l'Etat d'Israël en 1979. L'objectif était de remplacer la dépendance structurelle de l'armée égyptienne envers l'URSS par son intégration au dispositif américain, passant par des manœuvres annuelles communes (Bright Star) ainsi que par le remplacement de la panoplie militaire

(4). La dernière livraison de ce programme de réarmement, soumise cette année au Congrès des

Etats-Unis, comprend 46 avions sophistiqués F-16 avec leur stock de bombes et de missiles.

L'armée syrienne reste étroitement dépendante de Moscou pour son maté-

"américanisation" n'est pas envisageable dans un avenir immé-

Pour cela, il faudrait d'abord parvenir à un traité de paix syroisraélien similaire à celui de Camp David et s'assurer, par ce moyen entre autres, de l'irréversibilité de l'allégeance syrienne envers les Etats-Unis. Pour le moment,

Damas est un allié sous surveillance étroite de la part de Washington, qui n'en espère pas moins que les intérêts économiques de l'Etat syrien dicteront à cet adepte de la realpolitik qu'est Hafez el-

Assad un ancrage résolu du côté amériarmée du Koweit va, elle aussi, être élargie de la même manière. A la clé, il y a, soviétique.

bien sûr, un gros marché garanti pour l'industrie militaire des Etats-Unis, après la recours, est démonstration de l'efficacité de ses protique, le coût d'une poursuite sans fin de

Le deuxième échelon du nouveau sys-

Golfe est constitué par la "force de paix

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Granma

3) IHT, 29 avril 1991 cain, en ces temps de grande banqueroute

Le troisième échelon, celui du dernier l'intervention directe de l'armée nord-américaine, en particulier le déploiement direct de ses troupes sur le terrain. Avant l'invasion du Koweit par l'Irak, le dispositif militaire américain pour la région reposait en grande partie sur l'allié israélien et les armées égyptienne et saoudienne intégrées au système régional du Pentagone. Celui-ci est coiffé par le Central Command (CentCom) dont le quartier général se trouve à Tampa, en

Floride, et dont le chef n'est autre que

Norman Schwarzkopf. Le CentCom pouvait compter également sur l'allié turc, mais disposait aussi de ses propres forces d'intervention : les bases américaines de

Turquie et de Diego Garcia dans l'Océan indien ;

la flotte américaine dans le Golfe, disposant de facilités à Bahrein; les flottes dans les alentours, y compris en Méditerranée, ainsi que la Force de déploiement rapide intervenant à partir de l'Europe et des Etats-Unis.

L'opération contre l'Irak a mis en relief les lourdeurs qui ont accompagné le déploiement nord-américain en Arabie saoudite et la haute vulnérabilité de sa première phase. Les commentateurs militaires ont souligné rétrospectivement que, si l'Irak avait pris l'initiative d'intervenir dans le royaume saoudien, dès le mois d'août

1990, pour y empêcher l'accumulation des forces de la coalition, les Etats-

Unis auraient été confrontés à une tâche beaucoup plus difficile. Le Pentagone a tiré les leçons de cette expérience.

Schwarzkopf

Certes, a confirmé, le 24 mars

1991, son armée que n'avait pas l'intention de laisser une force terrestre massive en permanence, dans la région du Golfe. Il a cependant annoncé qu'un poste avancé de commandement américain, relevant du CentCom, sera éta-

2) International Herald Tribune (IHT), 8 mars 1991.

4) Le matériel soviétique remplacé a été vendu ou livré par l'Egypte à des alliés tels que les moudjahidines afghans ou les

Etats-Unis eux-mêmes, qui utilisent les armes soviétiques comme cibles pour l'entrainement de leurs troupes.

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bli dans la région — à Bahrein, très probablement. Ce poste se chargera de la coordination du dispositif allié régional et de l'organisation de manœuvres conjointes arabo-américaines terrestres, navales et aériennes, ce qui suppose la présence fréquente, bien que non permanente, de troupes des Etats-Unis (5).

En revanche, la flotte américaine croisant en permanence dans le Golfe sera renforcée. Et surtout, le déploiement direct de forces américaines sur place, en cas d'urgence, sera grandement facilité par le "pré-positionnement" de matériel américain.

Deux emplacements sont prévus : la CE SYSTEME à trois échelons a, comme tout système de sécurité, à la fois une fonction dissuasive et une fonction défensive et répressive. Les maîtres de l'ordre impérialiste savent néanmoins pertinemment que ces deux fonctions ne suffisent pas à assurer la stabilité qu'ils souhaitent. Ils sont parfaitement conscients de la nécessité de les compléter par une action préventive, d'autant plus que les deux premiers échelons ne sont pas totalement sûrs.

Les forces armées des monarchies du Golfe n'ont jamais brillé par leur efficacité. Quant à l'Egypte et à la Syrie, ce sont des Etats qui, indépendamment de la fia- PAX bilité de leur gouvernement aux yeux de Washington, sont constamment exposés à des risques de soulèvement populaire pouvant s'étendre à leurs forces armées. Leur relative fragilité politique provient notamment de la précarité de leurs situations socio-économiques. Contrairement aux monarchies pétrolières du Golfe figurant dans le peloton des Etats aux revenus les plus élevés par habitant, ces pays, l'Egypte en particulier, connaissent une grave détérioration du niveau de vie de leurs populations (6), source de tensions politiques et sociales permanentes.

C'est un problème du même ordre qui avait poussé la dictature irakienne à envahir le Koweit, en désespoir de cause. Saddam Hussein avait réagi au refus koweitien de continuer à entretenir son régime, en développant pour l'occasion une rhétorique nationaliste appelant au partage équitable des richesses de la nation arabe entre toutes ses composantes. La Syrie, = Inprecor n° 330 du 10 au 23 mai 1991

Turquie et, bien sûr, l'Arabie saoudite. Dans chacun de ces pays, sera entreposé l'armement d'une division fortement équipée de manière à ce que les effectifs correspondants puissent être à pied d'œuvre sur le terrain, en quelques jours. La capacité améliorée d'intervention américaine rapide, ajoutée à la capacité de déploiement à moyen terme illustrée par l'extraordinaire effort logistique pratiqué d'août 1990 à janvier 1991, qui est peutêtre le seul véritable exploit des EtatsUnis dans la guerre contre l'Irak, sont suffisamment intimidantes face aux menaces potentielles, du point de vue du Pentagone. *

Le "nouvel ordre" économique régional

pour sa part, a régulièrement extorqué des fonds aux monarchies pétrolières du Golfe par un chantage politico-terroriste au nom de la confrontation avec l'Etat sioniste.

La "Tempête du désert" a modifié radicalement ce contexte où des Etats riches, mais vulnérables, cédaient aux pressions d'Etats pauvres, mais puissants militairement et déterminés à exercer un chantage. L'intervention énergique des Etats-Unis aux côtés de leurs riches protégés a créé de nouvelles conditions dans lesquelles les monarchies pétrolières se sentent affranchies de toute menace régionale, fortes de la protection des EtatsUnis. Elles tenaient à souligner leur affranchissement, mais ont été aussi instamment pressées par Washington de continuer à dispenser leur aide financière aux Etats arabes acceptant de s'aligner sur la Pax Americana. Il ne s'agit plus de soumission à un racket exercé par des Etats n'hésitant pas à manier la subversion, mais de fonds versés à des fins de consolidation de l'ordre réactionnaire, notamment à des Etats offrant leurs services de mercenaires.

Le deuxième volet de la Déclaration de Damas porte précisément sur cet aspect des choses. Elle se fonde, d'une part, sur « le respect du principe de la souveraineté de chaque Etat arabe sur ses ressources naturelles et économiques ». Elle s'engage, d'autre part, à « renforcer la coopération économique » entre les signataires, puis à l'étendre à d'autres Etats arabes. L'innovation à cet égard est que l'aide des Etats riches sera désormais assortie de conditions similaires à celles qui régissent le financement par les Etats impérialistes des pays d'Europe de l'Est. La finalité de la "coopération économique" est définie dans la Déclaration : « Encourager le secteur privé (...) à participer au processus de développement (...) et permettre aux petites et moyennes entreprises de profiter des fruits de la coopération.»

Dans l'esprit général de cette conception renouvelée du financement arabe, des mesures concrètes ont déjà été prises ou sont en voie de l'être : une rétribution particulière à l'Egypte et à la Syrie pour leurs bons et loyaux services, et un mécanisme de financement régional. La Syrie a reçu deux milliards de dollars, qui ont été d'un grand secours pour un régime bassiste au bord de la faillite. Les besoins de l'Egypte sont beaucoup plus importants, en rapport avec ses 55 millions d'habitants et sa grande misère, mais aussi en raison des lourdes conséquences économiques de la crise du Golfe sur un pays dont plus de deux millions de ressortissants travaillaient en Irak et au Koweit et pour qui le tourisme est une source majeure de devises.

Un effort spécial pour mouiller le baril de poudre égyptien est entrepris par les monarchies pétrolières arabes et les Etats-Unis, soucieux de sauvegarder leur allié le plus docile. Les premières ont annulé près de 7 milliards de dollars de dettes que leur devait l'Egypte. Washington en a annulé autant en dette militaire. En outre, l'administration Bush et ses alliés pétroliers exercent une pression sur le Fonds monétaire international (FMI) et les autres créanciers impérialistes pour un traitement de faveur à l'Egypte, sous l'égide du FMI. Près de 30 % des 40 milliards de dollars de dette gouvernementale égyptienne vont être annulés et le reste rééchelonné. Deux nouveaux prêts de 300 millions de dollars chacun seront accordés au Caire par le FMI et la Banque mondiale.

Ce traitement de faveur, succédant aux largesses du Club de Paris et de Washington à l'égard de la Pologne de Walesa (annulation de 50% et de 70% de la dette, respectivement), ne manquera pas d'inciter les gouvernements des pays les plus endettés, dont le trio latino-américain (Brésil, Mexique, Argentine) à réclamer des facilités similaires. La réponse par avance du sous-secrétaire américain au Trésor, David Mulford, selon lequel la Pologne et l'Egypte sont « uniques politi-

5) Cela suppose aussi, soit dit en passant, que les armées alliées soient dotées de matériel américain.

6) La population égyptienne augmente d'un million de personnes tous les neuf mois!

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quement et économiquement » (7) indique bien que l'annulation de la dette comme la poursuite du financement impérialiste sont plus que jamais conçues comme des certificats de bonne conduite.

Les conditions politiques que remplit l'Egypte sont évidentes. Quant aux conditions économiques, le FMI a été chargé de les dicter. Comme de coutume, elles incluent la suppression de la subvention des prix des biens et services de première nécessité. Le gouvernement de Hosni Moubarak prévient déjà la population qu'elle doit s'attendre à de fortes hausses des prix de l'électricité, de l'essence et des autres produits pétroliers, donc des transports, et des denrées alimentaires de base, pain et viande compris. Chaque tentative égyptienne de se conformer aux injonctions du FMI a provoqué des émeutes populaires, comme dans la plupart des pays du tiers monde soumis au même diktat.

Pour amortir ce choc, les monarchies pétrolières du Golfe donnent déjà la priorité aux travailleurs immigrés égyptiens dans l'embauche de main-d'œuvre arabe, au détriment des Palestiniens, des Yéménites et autres ressortissants de pays n'ayant pas soutenu la coalition anti-irakienne, dont plus de deux millions ont déjà été expulsés des Etats concernés. Le nombre d'Egyptiens travaillant en Arabie saoudite a augmenté de près de 50 % en trois mois, passant de 684 000 en décembre 1990 à près d'un million actuellement. L'ambassadeur d'Egypte à Riyad a déclaré que les autorités saoudiennes se sont engagées à réserver dorénavant aux Egyptiens la moitié de tous les visas de travail qu'elles accordent (8). Il s'agit là du principal bénéfice tiré par Le Caire de son attitude politique : l'immigration dans le Golfe, comme chacun sait, résorbe en partie le chômage et constitue la principale source de devises (par transfert aux familles) de plusieurs pays.

L'Egypte et la Syrie seront, en outre, les principaux bénéficiaires gramme de développement actuellement mis au point par les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe et pour lequel un fonds de 15 milliards de dollars sera constitué, dont le tiers doit bientôt être disponible. Ce programme, dans l'esprit de la Déclaration de Damas, sera régi par des méthodes inspirées des rapports du FMI avec l'Europe de l'Est, en raison de la similitude structurelle entre des économies où le secteur étatique est dominant. L'accent sera mis sur l'expansion du secteur privé, de façon à consolider un "nouvel ordre" arabe fondé sur la libre entreprise et la combinaison entre capitaux du Golfe, main-d'œuvre de leurs alliés arabes et capitaux et technologie impérialistes, sous patronage nord-américain.

Ce projet idyllique est quasiment utopique au vu de l'extraordinaire complexité des problèmes sociaux et politiques dans la région, que l'évolution de la situation en Irak illustre bien. La principale pierre d'achoppement sur laquelle la Pax Americana risque de se fracasser dans l'immédiat est, bien sûr, le contentieux israélo-arabe. Ce dernier a été le principal facteur d'instabilité politique dans la région arabe depuis des décennies, et le principal catalyseur du ressentiment anti-américain des masses arabes. Pour les Etats-Unis, l'embarras a été permanent du fait de l'opposition politique entre leurs alliés et clients arabes, d'une part, et l'Etat sioniste, leur partenaire militaire privilégié, d'autre part.

La Déclaration de Damas ne pouvait pas omettre de mentionner ce contentieux. En feignant de réitérer la position arabe officielle, « conférence de paix internationale sous le drapeau des Nations-Unies », et règlement du conflit sur la base des résolutions de l'ONU pour « mettre fin à l'occupation israélienne des territoires arabes et garantir les droits natio-

LE DISCOURS de Bush donnait le signal d'une nouvelle série de tournées régionales de son secrétaire d'Etat, James Baker, dans le style Kissinger, à la différence près que la stratégie des "petits pas" chère à ce dernier et visant à des règlements séparés entre chaque Etat arabe et l'Etat sioniste, n'est plus à l'ordre du jour. En effet, le front des Etats arabes limitrophes d'Israël est aujourd'hui sous hégémonie américaine, la Syrie ayant rejoint ce camp avec armes et bagages. La "Tempête du désert" a créé un climat politique exceptionnellement favorable pour les desseins de Washington au Moyen-Orient, au moment où Moscou abdique, pour quelques poignées de dollars, toute prétention de rivaliser avec son adversaire conditions, l'opposition américaine antérieure à un règlement global avec la participation de l'URSS n'a plus lieu d'être. Bien au contraire, c'est l'administration Bush qui souhaite aujourd'hui une transaction globale (package deal) avec l'ensemble des parties arabes concernées et la caution du Kremlin. La raison en est que le terrain d'entente entre Washington et les partenaires arabes, avec la bénédiction de Moscou, est à présent plus large que jamais. Ces partenaires, y compris la Syrie et la direcnaux du peuple palestinien », la Déclaration introduisait deux concessions évidentes à Washington. D'une part, la "conférence internationale" n'était plus une exigence, mais uniquement un « cadre adéquat », d'autre part, il n'était plus fait mention d'un Etat palestinien, mais seulement des « droits nationaux » palesdiscours-programme de l'après-guerre du Golfe, prononcé par George Bush devant le Congrès des Etats-Unis, le 6 mars 1991, quelques heures après la publication de la Déclaration de Damas, lui

Bush réaffirmait l'adhésion de son administration aux résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l'ONU et au principe de l'échange de territoires contre la paix — c'est-à-dire la rétrocession par Israël de territoires occupés en 1967, en échange de la reconnaissance par les Etats arabes de l'Etat sioniste et de ses frontières, et de garanties pour sa sécurité. Il s'engageait également à tenir compte des « droits politiques légitimes palestiL'obstacle israélien tion de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ont cessé toute surenchère nationaliste arabe.

C'est sur le même terrain d'entente que se situe la fraction modérée de l'establishment sioniste : travaillistes et autres, membres du Likoud (bloc de la droite sioniste au pouvoir) compris, partisans d'un retrait partiel des territoires occupés en échange d'un traité de paix assorti de ga-

Quatre questions balisent ce terrain : deux questions fondamentales, celle du Golan syrien occupé, annexé en 1981 par Israël, et celle des territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est annexé ; et deux questions plus triviales : le cadre des négociations et le problème de la représentation palestinienne. Le contentieux égypto-israélien a été liquidé, et le fait que l'Egypte soit quand même partie prenante du processus témoigne de la solution de ce qui a longtemps été le cinquième problème, et le plus épineux.

En effet, le problème de la reconnaissance de l'Etat d'Israël, de la garantie de ses frontières et de la "normalisation" des rapports avec lui, a déjà été réglé par Le Caire en comblant les souhaits du gouver-

7) IHT, 11 avril 1991.

8) IHT, 6 avril 1991.

Inprecor n° 330 du 10 au 23 mai 1991

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nement sioniste. La réintégration pleine et entière de l'Egypte dans le giron arabe, et son alliance étroite avec les membres arabes de la coalition anti-irakienne, sans changement aucun dans ses rapports "normalisés" avec Israël, soulignent le fait que de tels rapports — qui avaient valu au gouvernement de Sadate son boycott par ses pairs arabes — sont aujourd'hui acceptés par ces derniers, y compris par la

Syrie qui l'a fait savoir à James Baker.

Hafez el-Assad s'est toujours montré prêt à braver les sentiments nationalistes de la population syrienne, quand ses intérêts le lui dictaient. De son intervention en faveur du camp chrétien réactionnaire au Liban, en 1976, à son engagement récent auprès des forces américaines contre l'Irak, le dictateur de Damas a montré concrètement à Washington qu'il respectait les clauses des contrats qu'il concluait, au risque même de devoir affronter son peuple. Son attitude envers les Etats-Unis n'a jamais été arbitraire, mais toujours modulée en fonction de leur politique régionale, plus versatile que la sienne.

Toutes les fois que l'administration américaine s'est engagée sur la voie des règlements séparés, israélo-égyptien d'abord, puis israélo- libanais (1983) et israélojordano-palestinien, mena- ( çant d'isoler la Syrie dans une position de grande faiblesse face à Israël, Damas s'y est opposée. En revanche, toutes les fois que Washington s'est prononcé pour un règlement global israélo-arabe, dans l'esprit de la conférence de

Genève consécutive à la guerre d'octobre 1973, le pouvoir syrien lui a offert sa collaboration. Dans chaque cas, les rapports syro-américains se sont répercutés sur la scène libanaise.

L'ensemble des facteurs politiques et économiques, régionaux et mondiaux, détermine Hafez el-Assad à se ranger aujourd'hui dans le camp des Etats-Unis et de leurs riches protégés arabes. Telle est la seule option sensée pour les intérêts de la dictature bureaucratique bourgeoise qu'il dirige.

L'acquiescement tacite de Damas à la paix égypto-israélienne indique également une disposition à se satisfaire d'un arrangement pour le Golan occupé, identique à celui en vertu duquel Israël a restitué le Sinaï à l'Egypte : démilitarisation du territoire et garantie américaine, avec

= Inprecor n° 330 du 10 au 23 mai 1991 retrait israélien et démilitarisation

ERRITOIRES

OCCUPES une déclaration avant de prendre sa retraite. lombes", pensent que l'intérêt stratégique d'une paix avec la Syrie est plus grand que le maintien de l'armée sioniste dans le Golan. Ils savent aussi que la dizaine de milliers de colons israéliens installés sur le plateau syrien ne s'accrochent pas à ce territoire aride, et accepteraient volontiers de le quitter en échange d'une compensation financière conséquente, comme celle que les Etats-Unis ont versée aux anciens occupants du Sinaï. Ils pensent enfin qu'un accord sur le Golan ferait l'économie d'un accord sur la Cisjordanie (10).

dispositif de contrôle à la clé. Tel est bien ce qu'envisage Washington à présent (9) : Golan, extension du mandat de la Force des Nations-Unies à l'ensemble du territoire syrien aujourd'hui occupé et dispositif d'alerte, probablement nord-américain (Israël demanderait qu'il soit israélien, mais ceci est difficilement acceptable par montable.

Le principe d'un compromis de cette nature sur le Golan a été défendu récem ment par le ministre israélien des Affaires étrangères, David Lévy, le ministre de la Santé, Ehud Olmert, et le chef d'état-major, le général Dan Shomron, qui a fait retentissante un mois

Ces hommes, qui n'ont rien de "coton (12).

Le "front du refus" israélien, dirigé par le sinistre Ariel Sharon, aujourd'hui ministre du Logement, et le ministre de la

Défense, Moshé Arens, a néanmoins vociféré contre l'idée du compromis sur le

Golan, entraînant Shamir dans son sillage. Des députés travaillistes se sont joints aux "faucons" du Likoud, mais leur opposition est bien plus facilement sur-

En revanche, sur la question des territoires palestiniens, Cisjordanie et Gaza, les travaillistes sionistes se situent majoritairement sur le terrain du compromis favorisé par Washington.

La solution prônée officiellement par l'administration républicaine, depuis le "plan Reagan" de septembre 1982, est celle d'un « auto-gouvernement des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza en association avec la Jordanie », à laquelle avait fait écho l'accord conclu à

Amman entre le roi Hussein et

Yasser Arafat, en février 1985, pour une confédération jordano-palestinienne et une délégation commune aux négociations avec Israël (11).

Les Etats-Unis restent attachés à cette formule de règlement qui offre, à leurs yeux, le plus de garanties pour le contrôle des territoires palestiniens, tout en paraissant d'autant plus crédible que la direction de l'OLP en a approuvé l'essence.

C'est pourquoi le roi Hussein reste, pour Washington, une pièce maîtresse de la Pax Americana régionale. La brouille entre les deux parties, qui a suivi la condamnation jordanienne de l'agression contre l'Irak, ne pouvait qu'être de courte durée.

En fait, l'administration

Bush savait pertinemment que le roi Hussein ne faisait que s'adapter, à contre-cœur, aux sentiments de "ses sujets" pour sauver son trône. Le regain de popularité que lui a valu son attitude, aussi bien auprès des Jordaniens que des Palestiniens, est en fait bienvenu pour le processus envisagé par Washing-

On comprend à cet égard l'irritation de l'administration lorsque le Congrès vota, en mars 1991, une motion supprimant l'aide nord-américaine économique et militaire (35 millions et 20 millions de

9) Newsweek du ter avril 1991.

10) The Other Front (A.I.C., Jérusalem), 6 mars 1991.

11) Inprecorn®280 du 23 janvier 1989.

12) Newsweek du 18 février 1991.

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dollars, respectivement) à la Jordanie. Bush et ses hommes durent expliquer aux élus américains qu'ils se trompaient sur l'appréciation de l'attitude jordanienne. Le Congrès finit par donner au président le pouvoir de rétablir cette aide, s'il pouvait certifier que cela allait dans l'intérêt du règlement pacifique régional (13).

L'autre pièce maîtresse de ce processus est, bien entendu, l'OLP. Certes, les Etats-Unis ont interrompu, bien avant la crise du Golfe, le dialogue officiel qu'ils avaient établi avec l'organisation palestinienne. Ils sont très peu enclins, depuis, à le rétablir, et incitent même leurs alliés arabes à boycotter politiquement et financièrement l'OLP.

De ce point de vue, la rencontre récente du ministre français des Affaires étrangères avec Yasser Arafat — piètre tentative de redorer le blason du gouvernement Mitterrand auprès des populations arabes, notamment celles du Maghreb et de l'immigration en France, et d'assurer la participation de Paris au processus régional coiffé par Washington — n'a pu qu'irriter, elle aussi, l'administration Bush.•

Les Etats-Unis savent toutefois pertinemment que l'OLP, ou plus précisément

POUR TOUTES ces raisons, l'administration Bush entend bien s'assurer, autant que possible, de la caution de la direction Arafat pour le règlement qu'elle désire parrainer. En rencontrant les notables bourgeois palestiniens des territoires de 1967, dirigés par Fayçal al-Husseini (14) qui est étroitement lié politiquement et financièrement à la direction Arafat, James Baker a montré qu'il jugeait leur caution, et donc celle de la direction de l'OLP qui les parraine, comme indispensable, et ce contrairement au souhait du gouvernement Shamir de contourner purement et simplement les Palestiniens.

Inversement, le feu vert donné à ces mêmes notables par la direction Arafat pour rencontrer Baker, quelques jours à peine après l'interruption du massacre effroyable des Irakiens par l'armée américaine, et alors qu'en des temps plus sereins, la Direction patriotique unifiée de la direction Arafat hégémonique dans les institutions de l'Organisation, est encore la plus "modérée" des directions palestimiennes.

Aucune direction plus acceptable politiquement par Washington et dotée d'un minimum de représentativité n'est apparue malgré des années d'efforts, notamment de la part du roi Hussein de Jordanie. Celui-ci le reconnaît lui-même à présent, en réitérant à chaque occasion qu'il n'entend pas se substituer à l'OLP, mais uniquement œuvrer en commun

Il a d'autant plus besoin de la collaboration de l'Organisation que son royaume doit faire face à la radicalisation des Palestiniens qui y résident et qui en constituent la majorité des habitants.

Cette radicalisation est aujourd'hui accrue par le grave problème des centaines de milliers de Palestiniens refoulés des Etats arabes du Golfe, sans ressources pour eux-mêmes et encore moins pour les familles de Jordanie qui vivaient de leurs transferts.

La stabilité plus que précaire du royaume de Hussein est une raison supplémentaire incitant Washington à ne pas ignorer l'OLP. * L'OLP et la Pax Americana l'Intifada avait ordonné le boycott du prédécesseur de Baker au Département d'Etat, George Shultz (15), montre bien que la droite hégémonique dans les instances de l'OLP est décidée à aller jusqu'au bout de sa politique de concessions permanentes à Washington, dans l'espoir de se voir octroyer une place dans la Pax Americana régionale. Arafat n'a d'ailleurs pas hésité à déclarer "positif" le discours du 6 mars de George Bush! Cette politique, et en particulier le feu vert à certaines personnalités pour négocier avec Baker, sont condamnés sans cesse par la gauche de l'OLP, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) dirigé par Georges Habache et le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) dirigé par Nayef Hawatmeh. Ils se sont vainement opposés aux décisions d'Arafat dans les instances de l'Organisation. Les branches des deux fronts dans les territoires occupés ont violemment dénoncé la rencontre avec le secrétaire d'Etat américain, expliquant que les efforts de ce dernier visent à instaurer un règlement entre l'Etat sioniste et la réaction arabe aux dépens des droits élémentaires du peuple palestinien (16).

Un communiqué de la branche "de l'Etat de Palestine" du FDLP, daté du 12 mars dernier, affirme que « l'acceptation par quelques personnalités palestiniennes de l'invitation de Baker à le rencontrer est une collaboration avec le plan américano-israélien visant à écarter l'OLP, et sème la confusion auprès des masses palestiniennes qui continuent à soutenir l'Irak de toute leur force contre l'agression américaine, d'autant plus que les forces de l'agression américaine et leurs alliées continuent à occuper une partie du territoire de l'Irak et à exercer un chantage sur son peuple ».

Le risque reste grand cependant, comme en 1989 et 1990, que le principal bénéficiaire des compromissions de la direction Arafat soit le courant intégriste palestinien, et notamment le Mouvement de la résistance islamique (Hamas). En effet, ce courant pratique une surenchère nationaliste, anti-occidentale et anti-juive, qui le fait apparaître comme seule alternative "radicale" à l'OLP, face à une gauche handicapée par la contradiction entre son propre discours radical, anti-impérialiste et anti-sioniste, et le compromis permanent de ses dirigeants à l'extérieur avec la direction Arafat (17).

Les facteurs de radicalisation de la population palestinienne sous occupation israélienne sont aujourd'hui plus forts que jamais, avec la combinaison de la chute brutale des transferts des travailleurs immigrés du Golfe et la réduction du nombre de travailleurs palestiniens en Israël de plus de moitié, par décision du gouvernement Shamir. Les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza connaissent aujourd'hui une profonde détresse économique et sociale, aggravée par la chute des transferts de l'OLP dont le financement par les monarchies du Golfe a été interrompu.

Le harassement économique des Palestiniens par le gouvernement Shamir, dont le comble a été le couvre-feu quasipermanent infligé à la Cisjordanie et à Gaza pendant la guerre contre l'Irak, vise clairement à provoquer leur émigration

13) Inprecor n° 327 du 29 mars 1991.

14) Fayçal al-Husseini est le descendant de la famille aristocratique à laquelle appartenaient le Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, et le commandant du contingent palestinien durant la première guerre israélo-arabe de 1948.

15) Inprecor n° 282 du 20 février 1989.

16) Communiqué de début mars du FPLP de l'intérieur.

17) Inprecor n° 281 du 6 février 1989.

Inprecor n° 330 du 10 au 23 mai 1991 =

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forcée. Le remaniement ministériel qui a ajouté à l'extrême droite gouvernementale sioniste, à la faveur de la guerre du Golfe, un partisan déclaré du "transfert" — euphémisme consacré pour désigner l'expulsion massive des Palestiniens hors de leurs territoires — indique bien qu'il ne s'agit pas d'un scénario-catastrophe imaginaire, mais d'une volonté présente et déjà mise en œuvre sous la forme de ce que l'on pourrait appeler une "expulsion de basse intensité".

Le pendant de cette opération est double : d'une part, bien sûr, l'immigration massive des juifs d'Union soviétique. Avec la collusion ignominieuse de Moscou, de Washington et d'organisations juives américaines, le pouvoir sioniste oblige littéralement les juifs d'URSS, candidats à l'émigration, à se rendre en Israël contre le gré de l'écrasante majorité d'en-tre eux qui désire s'établir en Amérique du Nord. Par ces méthodes, le gouvernement Shamir prévoyait que l'immigration soviétique passe de 185 000 en 1990 à 400 000, en 1991, espérant un apport total d'un million de personnes dans la période à venir.

L'autre pendant est, bien entendu, la colonisation des territoires occupés. Il se combine avec le premier, qui crée en Israël une pression socio-économique susceptible d'inciter un nombre croissant d'Israéliens à saisir les nombreux privilèges qui sont offerts aux candidats à la

Le ministre du Logement, Ariel Sharon, s'en donne à cœur joie : sous le nom de Projet immigration, il prévoit de construire plus de 10 000 nouvelles unités de logement pour colons dans les territoires de 1967, dont près de 7 000 en Cisjordanie, 2 000 à Jérusalem-Est et un millier dans le Golan. Sharon ne se contente pas d'élargir les implantations existantes, il en crée même de nouvelles, en violation des promesses faites jadis à Washington.

En comparaison avec ces agissements du gouvernement Shamir, son raidissement sur les questions de procédure de la "conférence internationale", "régionale", et sur la participation aux négociations de Palestiniens de Jérusalem-Est annexée (18), n'est que l'expression triviale d'une opposition fondamentale à toute perspective de restitution des territoires arabes occupés en 1967.

James Baker a manifesté son mécontentement et celui de l'administration à laquelle il appartient face à l'attitude de la droite sioniste. Leur constat est amer : comme nous le rappelions plus haut, c'est aujourd'hui l'Etat d'Israël, l'allié privilégié et choyé dela Maison Blanche, qui est devenu le principal obstacle aux projets des Etats-Unis au Moyen-Orient. Wa= Inprecor n° 330 du 10 au 23 mai 1991 shington n'a cependant pas l'in-

LE NOUVEL tention de jeter l'é-

ORDRE MONDIAL ponge : ses intérêts sont trop impordans tants cette partie du monde.

L'administration Bush tentera de venir à bout de l'obstacle israélien en exerçant un chantage économique sur le pouvoir sioniste. Celui-ci, de façon caractéristique, pratique une politique bien au-dessus de ses moyens. L'absorption des immigrants d'Union soviétique lui pose d'énormes problèmes économiques, qui font qu'il a dû réviser en baisse, à 200 ou 300 000, l'immigration prévue pour cette année. L'économie israélienne et le niveau de vie de la population sont en déclin prononcé.

La Banque centrale d'Israël a tiré la sonnette d'alarme : le chômage pourrait toucher 20% de la population active à court terme et provoquer une émigration massive annulant les effets de l'immigration en provenance d'URSS (19).

Les Etats-Unis ont donc de bonnes raisons d'espérer pouvoir soumettre leur enfant gâté du Moyen-Orient. Washing-

Quatrième Internationale

Vient de paraitre

N° 40-41- Avril-juin 1991

Consacré aux résolutions adoptées par le Xille Congrès de la IVe Internationale

Vous pouvez le commander à :

PEC

2, rue Richard Lenoir

93108 Montreuil

Chèques (50 FF) à l'ordre de PEC ton cherchera probablement à provoquer la scission du gouvernement Shamir et créer les conditions du retour au pouvoir d'une coalition plus "modérée", incluant ses alliés dociles, les travaillistes. En tout état de cause, la Pax Americana n'est pas pour demain et sera bien fragile, si jamais elle voit le jour. * ler mai 1991

18) Les Etats-Unis souhaiteraient régler le problème de Jérusalem-Est en la proclamant "ville ouverte" sous contrôle international, projet soutenu par le Vatican.

19) Financial Times, 24 avril 1991.

Q U A TRIEME İNTERNATIØNALE

XIlle Congrès mondial de la IVe Internationale

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