MALGRE les deux guerres opposant le Nord et le
Sud, en 1972 et 1979, l'unité a toujours été à l'ordre du jour des deux républiques "sœurs ennemies". L'unification actuelle avait connu son premier acte avec la signature, en mai
1988, d'un accord sur l'exploitation commune de la zone pétrolière frontalière de Marib
(Nord) et de Shabwa (Sud).
D'un point de vue strictement historique, cet événement supprime une frontière
"artificielle" datant du colonialisme anglais (voir chronologie en p. 20). Le
Yémen du Nord est, avec l'Arabie saoudite, la seule région arabe n'ayant pas été colonisée par les Européens ; la domination ottomane n'y fut que partielle. Des structures sociales tribales pré-capitalistes y subsistent dans les montagnes jusqu'aujourd'hui. La colonisation britannique au Sud s'est limitée au port marchand d'Aden laissant une grande partie du Sud-
Yémen dans un état semblable à celui du
Nord, bien que soumis au protectorat britannique.
Jusqu'en 1962, ce sont des imams zaydites qui gouvernent le Yémen du
Nord. En septembre 1962, un groupe d'officiers, influencés par l'Egypte de
Nasser, met fin à la monarchie et instaure la République arabe du Yémen, toujours menacée depuis lors par les secteurs fidèles à l'imamat, soutenus par l'Arabie saoudite. Il s'ensuivra une guerre civile de cinq ans entre républicains, appuyés par l'armée égyptienne, et royalistes soutenus par le voisin saoudien.
L'évolution sociale du Yémen du Sud a été marquée par la colonisation britannique qui a doté Aden de l'une des plus grandes raffineries du monde. La rencontre du syndicalisme yéménite, inspiré par celui de la Grande-Bretagne, du nationalisme arabe, et de la révolution au Yémen du Nord conduisent, en 1963, à la création du
Front national de libération (FNL, qui devient, en octobre 1978, le Parti socialiste yéménite, PSY) au Sud, qui s'impose comme la direction du mouvement populaire, anticolonial.
YEMEN l'unification relativement discrète de la République arabe du important au Moyen-Orient. Cette unification "en douceur"
Nord, devient la capitale du "nouveau" Yémen.
léninisme"
men, en novembre 1970 (1).
EGYPTE
ARABIE
SAGUUIIC
SOLDAN
ETHIOPIE
SANAA
1. Kamaran 3
Hodeida V E
MEN
Ibb
Abyan
Taizzo
MADINAT ASH SHAAB
GOL
Bab el Mandeb
DJIBOUTI raffinerie d'Aden, la distribution commerciale et la propriété immobilière. Il impulsa une réforme agraire radicale. Il garantit l'égalité juridique entre les deux sexes — le Yémen du Sud a adhéré à la
Ratifiée le 22 mai 1990 par les Parlements des deux pays,
Yémen du Nord et de la République démocratique populaire du Yémen du Sud constitue pourtant un événement contrairement au processus allemand, se fait par accord des gouvernements en place : celui du président Ali Abdallah
Saleh, dirigeant du Nord-Yémen depuis 1978, qui devient président du Yémen unifié, et celui du Sud-Yémen qui se réclame du "socialisme scientifique". Sanaa, capitale du
Luiza MARIA
La guérilla s'étend en 1964 jusqu'à
Aden et remporte plusieurs victoires contre les Britanniques, contraints de se retirer en novembre 1967. Le FNL connaît des rivalités internes, qui persistent jusqu'en 1969, lorsque les forces les plus radicales, qui se réclament du "marxismel'emportent, instaurant la République démocratique populaire du Yé-
La révolution yéménite
Le nouveau régime nationalisa la production industrielle, à l'exception de la
ARABIE
SAOUDITE LE PAI
OMAN -
DNOFAR
Tharmud
Damqut o-
•Tarim
HADRAMAOUT
Shihr
Mukalla
SAI Hawra
À DEN
Socotra
50
100 km nettement pro-soviétique.
Convention internationale sur l'élimination de toutes les mesures discriminatoires fondées sur le sexe - créant une situation unique dans la péninsule arabique (onze femmes au Parlement et une au comité de la
Présidence). Cette transition vers le "socialisme" dans un misérable, largement pays analphabète, aux structures triencore très fortes, se bales heurtera très vite à d'énormes difficultés qui obligeront le à mettre beaucoup pouvoir d'eau dans son vin.
La révolution yéménite tenta de briser son isolement en soutenant la guérilla du
Dhofar (au sud d'Oman), le Front national démocratique (FND, opposition de gauche au régime de Sanaa) et l'Erythrée... Malgré le soutien de Cuba, l'isolement pèse lourd au niveau régional : le nationalisme arabe a fait faillite ; l'Egypte s'achemine vers Camp David; la résistance palestinienne a été massacrée en
Jordanie ; le Baas de gauche est défait en
Syrie; la guérilla du Dhofar est vaincue par l'intervention du shah d'Iran, et une base américaine est installée à Masira (île d'Oman). Le voisin du Nord est totalement étranglé économiquement et politiquement par la très puissante et réactionnaire Arabie saoudite.
L'aide des
"grands frères"
Jusqu'en 1976, l'aide soviétique au Yémen du Sud est très limitée : le régime est considéré comme ultra-gauche par Moscou, qui prône, à l'époque, le modèle égyptien comme "voie non capitaliste de développement". Il faut attendre la rupture de l'Egypte avec l'URSS, en 1972, pour que celle-ci et la République démocratique allemande (RDA) entreprennent de coopérer avec le Yémen du Sud.
Parallèlement, les caractéristiques bureaucratiques du régime s'accentuent, dès 1978, par l'élimina-
1) Le 22 juin 1969, le premier président de la République du
Yémen du Sud, Qahtan el Chaabi, représentant l'aile droite du mouvement et partisan du modèle égyptien nassérien a été renversé par l'aile gauche du FNL, partisan d'un modèle plus
tion de ses éléments les plus radicaux. L'accent est mis sur la politique de coexistence pacifique dans la région, et le Yémen du Sud cesse de soutenir les mouvements révolutionnaires dans la péninsule, ainsi, qu'en 1982, l'opposition au Nord.
Cette nouvelle politique est couronnée par l'inauguration de relations officielles avec le très réactionnaire sultanat d'Oman en 1988 ; par des relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis (EAU) en 1989 ; et, à la veille de la réunification, par l'amorce de relations avec Washing ton et la Corée du Sud...
La dégénérescence de la direction yéménite se traduit, en 1986, par des affrontements violents au sein de l'appareil bureaucratique, d'autant plus sanglants que s'y mêlent des facteurs clientélistes et des conflits tribaux.
L'unification comme seule solution
Le cours de la perestroika gorbatchévienne entraîne, en 1987, le ralentissement et la diminution de l'aide militaire et économique soviétique au nom du principe de la "non-ingérence" et de l'encouragement à « l'autosuffisance du pays » (2). Les Allemands de l'Est, principaux enseignants de l'Institut du socialisme scientifique, et coopérants en matière de sécurité, mettent fin à leur participation au développement du Yémen-Sud, avant l'unification des deux Allemagne.
Le pays est, à ce moment-là, totalement étranglé, détruit en partie par les affrontements armés de 1986 et largement endommagé par les inondations de marsavril 1989, dont les dégâts s'élèvent à 750 millions de dollars. En échange de l'aide internationale, des mesures sont appliquées, entraînant de graves atteintes au niveau de vie de la population et des phénomènes inédits : mendicité, délinquance et résistance sourde et passive au sein de la bureaucratie, qui boycotte les directives gouvernementales et organise le trafic des produits subventionnés par l'Etat vers le Yémen du Nord, augmentant encore la pénurie. Totalement exsangue, le pays doit trouver de nouvelles solu-
Les années 1988 et 1989 ont été marquées par une série de mesures liquidant progressivement des acquis de la révolution, sous l'influence de la perestroika soviétique.
Dès 1988, la frontière avec le Nord avait été ouverte au commerce pour pallier au mécontentement populaire face à la pénurie du Sud. L'accord sur l'exploitation commune de la zone pétrolière de Marib et Shabwa prévoyait — outre la dé= Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 militarisation d'une zone de 2 200 km2 — l'installation d'un consortium de sociétés pétrolières (3).
En 1988, également, une série de mesures démocratiques sont prises, l'autorisation de retour pour 30 000 réfugiés à l'étranger et la libération de 35 détenus politiques. En 1989, une loi est adoptée par le Conseil suprême du peuple sur les élections des conseils populaires, proclamant un scrutin général et à bulletin secret; les restrictions sur les déplacements à l'étranger sont levées. Enfin, le comité central du Parti socialiste yéménite (PSY), jusque là parti unique, reconnaît le multipartisme et appelle toutes les « forces nationales » à participer à l'activité politique.
Le désengagement des pays de l'Est au Sud-Yémen a eu pour conséquence la relance un peu forcée de ses relations avec le Nord, qui aboutissent, le 22 mai 1991, à l'unification, avec la bénédiction
Les "symboles" disparaissent : bustes de Marx, Engels et Lénine, et étoiles rouges dans les artères d'Aden, qui devient une zone franche économique !
Dès juin 1989, un processus de libéralisation et de démantèlement du secteur public est engagé : la marge d'autonomie des coopératives s'accroît afin d'élever les revenus des producteurs et de freiner l'exode rural ; les investissements privés sont désormais autorisés dans le secteur du logement; et des mesures d'encouragement aux exportations sont adoptées.
La contagion libérale
Des mesures favorisent l'intéressement des travailleurs dans les entreprises. Un projet de loi-cadre sur les investissements et une dévaluation de 33 % de la monnaie nationale sont décrétés pour attirer les capitaux de la bourgeoisie arabe. Enfin, en 1990, des stimulants sont prodigués au secteur privé, dans les domaines de l'artisanat et de l'industrie légère, et les lois de nationalisation de 1970 sont annulées.
D'autre part, dans un souci d'élever le revenu agricole en chute libre, d'enrayer l'exode rural et de se mettre au diapason du Nord, Aden lève les restrictions sur la culture du quat (5), alors que depuis quinze ans une loi en limitait les surfaces cultivables et le temps consacré à sa consommation (uniquement les jours de repos). La culture du quat — si elle remplit au Nord les caisses de l'Etat grâce aux prélèvements effectués directement par les militaires à l'entrée des villes, et si elle fixe les paysans à la terre, alléchés par des revenus six fois supérieurs à ceux fournis par les cultures traditionnelles (café) —
YEMEN entraîne une diminution de la production alimentaire et un recours massifs aux importations alimentaires ; le quat ne s'exportant pas, cela contribue à alourdir le déficit de la balance commerciale.
De son côté, le Yémen du Nord, fortement touché par une crise économique et une baisse de ses revenus pétroliers, engage un processus d'"ouverture démocratique" afin d'impliquer l'opposition dans la gestion de la crise. En 1985, ont lieu les premières élections au suffrage universel (auxquelles participent également les femmes). En 1987, la République arabe du Yémen ratifie la Convention internationale sur la liberté syndicale et, en 1989, celle sur le droit d'organisation et de négociation collective.
Les rendements des gisements de pétrole d'Alif, récemment exploités et nouvellement reliés au port de Salif par un oléoduc, ne donnent pas les résultats escomptés et grèvent lourdement la balance commerciale déficitaire. Le Yémen du Nord détient au moins un record mondial : celui du taux de couverture des importations par les exportations le plus bas (1 %). Son Produit national brut (PNB) est à peine supérieur à celui du Sud. Pour les six premiers mois de 1989, le déficit de la balance des paiements est de 753 millions de dollars, soit une augmentation de 45 % par rapport à 1988. Tandis que la comparaison avec le Sud, notamment en en matière d'acquis sociaux —totalement inexistants au Nord - rend compte des efforts importants accomplis par la République démocratique populaire en matière de santé et d'éducation. Au Nord, sur 20 000 instituteurs, 15 000 sont étrangers (surtout Egyptiens).
Initialement prévue pour novembre 1990, l'unification a été avancée de quelques mois, sous la pression des événements régionaux, un mois avant l'an nexion du Koweit. Cette union d'intérêts pétroliers était souhaitée par la dictature irakienne, membre avec la Jordanie, l'Egypte et la République arabe du Yémen du Conseil de coopération arabe (CCA) ; créé en février 1989, il vise à contrebalancer le poids des monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CSG) - qui regroupe Oman, les Emirats arabes unis, le Qatar, Bahrein, le Koweit et l'Arabie saoudite.
Pour l'Irak, le Yémen du Nord est d'abord un partisan de la fixation des quota et de la hausse des prix du pétrole (empêchée par l'Arabie saoudite et le Ko2) Le Monde, 22 janvier 1987 3) Huut Exxon (Etats-Unis), Total (France), Techno Export (URSS), Koweit Petroleum Exploration Company (Koweit).
4) Gorbatchev a envoyé, le 13 mars 1990, un message approuvant l'unification des deux Yémen. 5) Piante à macher produisant un effet euphorisant.
YEMEN Une histoire de violences • Jusqu'à l'instauration du protectorat britannique, le Yémen est une province musulmane gouvernée, à partir de 893, par des imams zaydites, au Nord, indépendants de Bagdad. La dynastie s'y perpétua jusqu'en 1962. L'Empire ottoman s'empare du littoral et du port d'Aden, au XVle siècle, puis de Sanaa, au XIXe Au milieu du XIXe siècle, les Britanniques conquièrent Aden et installent un protectorat dans le Sud. Mais ils ne s'intéressent qu'à la ville d'Aden, en raison de sa situation et de leurs intérêts stratégiques dans la région. • Septembre 1962 : un coup d'Etat "nassérien" renverse l'imamat au Nord-Yémen; une guerre éclate entre les républicains, soutenus par l'armée
Get les partisans de l'imam, soutenus par l'Arabie saoudite et la Grande-Bretagne. • 14 octobre 1963 : sous l'impulsion des événements au Nord, le Front national de libération du Sud-Yémen (FNL) déclenche la lutte armée. • 1965 : un accord est signé entre l'Egypte et l'Arabie saoudite concernant le règlement du con• 10 novembre 1967: après 128 années de coIonisation britannique, le Yémen du Sud accède à l'indépendance. Le FNL s'impose comme la direction hégémonique et opère une rupture avec l'Egypte, après notamment son accord avec l'Arabie saoudite au Nord. L'aile gauche, représentée par Abdel Fattah Ismael et Alen Robaye Ali, majoritaire, s'opposent à l'aile droite de Qahtan El Chaabi. Celui-ci devient, néanmoins, le premier chef de l'Etat de la République du Yémen-Sud. • 1969 : le 22 juin, la tendance de gauche, majoritaire au sein du FLN, "renverse" le président El Chaabi, et Salem Robaye Ali accède à la présidence. Le nouveau pouvoir entreprend la transformation du pays qui devient la République démocratique populaire du Yémen. • 1970 : en mars, la guerre civile prend fin au Yémen du Nord. Le régime connait une profonde insweit) et de plus, un Etat qui contrôle la rive Est de Bab el Mandeb, deuxième détroit pétrolier après celui d'Ormuz, la rive Ouest étant contrôlée par Djibouti.
La pression intégriste
Les dirigeants yéménites du Nord comme du Sud veulent aujourd'hui empêcher les intégristes — habilement manipulés par l'Arabie saoudite voisine — de gagner du terrain, au Nord comme au Sud. En effet ceux-ci exploitent le mécontentement des tribus qui craignent d'être désarmées et au Nord, ils enfourchent le cheval de bataille de la Constitution —puisqu'ils ne peuvent pas se prononcer contre la réunification, eux qui luttent contre tout ce qui divise l'oumma (6). Selon eux, la nouvelle charte est en contradiction avec la sharia, la loi islamique, puisqu'elle n'en fait pas « la seule source de la législation », mais seulement la « source principale » (Article III de la nouvelle Constitution).
tabilité sous l'effet combiné des fortes rivalités tribales et des pressions de l'Arabie saoudite. 1978, le colonel Ali Abdallah Saleh s'installe à la • 1971-1978 : l'isolement du Yémen du Sud entraîne, après la rupture de l'URSS et de l'Egypte, un rapprochement, à partir de 1974, avec le bloc de l'Est. Des divergences apparaissent entre le président Robaye Ali et Abdel Fattah Ismael, partisan d'un rapprochement plus important avec les • 1978 : accusé d'avoir organisé l'assassinat du colonel Ghachemi, le 24 juin 1978, Salem Robaye Ali tente un soulèvement militaire soutenu par une partie de l'armée. De violents affrontements ont lieu notamment à Aden, à la suite desquels Robaye Ali est exécuté. Abdel Fattah Ismael et All Nasser Mohammed, prennent la succession du FNL créant, en octobre 1978, le Parti socialiste Yéménite, parti unique. • 1979 : de nouveaux combats opposent les deux Yémen (février-mars). • 1980 : de nouvelles luttes de fractions émergent entre Ali Nasser Mohammed, soutenu par le ministre de la Défense Ali Antar, et le président Abdel Fattah Ismael qui cherche à étendre son hégémonie sur tout le parti. Mis en difficulté, ce dernier est contraint de démissionner de ses fonctions à la tête de l'Etat et du Parti, et s'exile à Moscou. Ali Antar est écarté par le nouveau président. • 1985: l'ancien président Abdel Fattah Ismael rentre d'exil et s'allie avec Ali Antar contre Ali Nasser Mohammed, conflit qui débouche, au début de 1986 par de violents affrontements armées, notamment dans la ville d'Aden, faisant plus de 4 000 • 1986 : l'appareil du PSY sort affaibli des affrontements de janvier 1986. Ali Nasser est contraint à l'exil et Abdel Fattah Ismael meurt. * Voir notamment le numéro 21 de Quatrième Internationale, septembre 1986.
Au Nord, les intégristes se sont regroupés en janvier 1991 dans le Parti du peuple pour la réforme, Al Islah (7), tandis que l'Arabie saoudite poursuivait ses pressions contre le Yémen signant, trois mois avant l'unification, un accord avec le sultanat d'Oman, qui accorde aux Saoudiens un droit de passage vers la mer d'Arabie, à travers la province de Mawa, limitrophe du Yémen, parachevant ainsi la soumission du sultanat — dont les réserves de pétrole seraient épuisées d'ici 25 ans.
La crise du Golfe n'a pas empêché le nouvel Etat de poursuivre son processus de fusion, mais ses retombées gênent progressivement les visées d'une nouvelle bourgeoisie yéménite en gestation. Les mesures prises au niveau économique sont significatives : loi sur l'acquisition de biens publics ; priorité donnée à l'exploration et l'exploitation du pétrole et aux mines d'argent, de cuivre et d'or ; développement et modernisation de la raffinerie d'Aden; accord de soutien au secteur privé avec le gouvernement américain, les Pays-Bas et le Fonds de développement de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) pour le financement d'industries locales ; appel lancé à la bourgeoisie exilée du Sud-Y émen pour qu'elle revienne investir dans le pays.
La guerre du Golfe Ce projet s'appuie évidemment sur une refonte de l'armée comme élément-clé du consensus national. Le service militaire a été porté à deux ans. La loi la plus significative est celle qui interdit les activités partisanes dans l'armée. Son application est des plus délicates. D'abord, cette loi vise essentiellement l'armée du Yémen du Sud dont les troupes sont majoritairement membres du PSY et cette mesure semble le défavoriser. Mais le gouvernement du nouveau Yémen a besoin de l'armée de la République démocratique populaire du Sud dans son état actuel s'il veut rétablir l'unité effective du pays, c'est-à-dire vaincre l'opposition tribale. Il est significatif que cette mesure ne prendra effet qu'à la fin de la période transitoire, qui s'achève le 21 mai 1992. D'ici là, le nouvel Etat compte récupérer les portions du territoire au Nord qui échappent à son contrôle. Jusqu'à présent, il n'y a eu que des échanges symboliques entre unités militaires, mais non fusion comme dans la plupart des secteurs de l'Etat.
Les relations entre Sanaa et Bagdad remontent aux années 40. Lors de la guerre Iran-Irak, la République arabe du Yémen a été le seul pays à participer au conflit en envoyant sur le front un contingent de 1 500 soldats. En effet, malgré ce qui a souvent été dit, c'est moins le supposé poids "anti-impérialiste" traditionnel du Sud que les liens étroits entre l'Irak et l'ex-Yémen du Nord qui aurait déterminé la position du Yémen réunifié pendant le conflit, comme c'était le cas de la plupart des Etats arabes non membres de la coalition "alliée". Lors de la crise du Golfe, le Yémen unifié, impliqué pour la première fois dans une crise internationale et occupant le siège arabe du Conseil de sécurité des Nations-Unies, s'est systématiquement abstenu sur les résolution condamnant l'Irak et s'est opposé au recours à la force armée contre ce pays (8).
6) La communauté des croyants de l'islam.
7) Le Parti du peuple pour la réforme regroupe les Frères musulmans, les tribus du Nord traditionnellement toumées vers l'Arabie saoudite, qui les a toujours armées et financées, et certains hommes d'affaires conservateurs, sous la direction du Cheik Abdallah El Ahmar.
8) Voir Inprecor n° 322 du 18 janvier 1991. Cette attitude s'explique aussi par les manifestations populaires les 9 et 11 août 1990 devant l'ambassade d'Egypte; le 14 août dans toutes les grandes villes ; le 15 août à Aden, organisées par le PSY. Le 18 janvier 1991, des milliers de personnes manifestent à Sanaa et attaquent l'ambassade britannique.
Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 =
Cette position a coûté cher au nouvel Etat, et la hausse des prix du pétrole (survenue avant que les nouveaux gisements récemment découverts ne soient exploités) ne suffit pas à contrebalancer les pertes subies : le retour d'un million de Yéménites, totalement démunis, expulsés d'Arabie saoudite, gonfle le nombre de chômeurs (le nouvel Etat compte millions d'habitants) et prive le pays des transferts de devises (160 millions de dollars par an). L'arrêt de l'aide économique saoudienne (qui comblait le déficit de la balance commerciale), l'interruption de l'aide financière américaine, l'annulation des contrats de raffinage du pétrole irakien et l'arrêt de la coopération bilatérale avec les pays impérialistes, fait qu'il est lui-même victime d'un embargo qui ne dit pas son nom (9). *
Mai 1991
9) Plus petit partenaire arabe de la France, le Yémen unifié venait de "bénéficier" d'une annulation de sa dette envers la France dans le cadre de la contérence sur les pays les moins avancés à Paris et d'un prét français de 117 millions de francs français pour financer les télécommunications. = Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991