Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

« Nos 500 ans de résistance »

· Inprecor n° 333, 21 juin 1991 · p. 21-23 · 3 129 mots

Pérou et Bolivie État espagnol Syndicalisme

1980 et 1985. Il est actuellement sénateur (voir Inprecor n° 308 et 315 des 4

Dans un entretien à la revue péruvienne Tierra Nuestra, dont nous publions de

« Nos 500 ans de résistance »

Hugo Blanco, militant trotskyste, est dirigeant du Parti d'unité mariatéguiste

(PUM) et secrétaire d'organisation de la Confédération paysanne du Pérou

(CCP). Plusieurs fois emprisonné et torturé, il a été député en 1973 et entre mai et 28 septembre 1990).

larges extraits, il revient sur les luttes paysannes au Pérou el sur la violence qui frappe ce pays, en analysant, notamment, les racines et la nature du Sentier lumineux.

TIERRA NUESTRA : Pour prendre un cas concret, qu'y avait-il à Puno avant la Conquête espagnole ?

Hugo BLANCO : C'était une région très prospère, où il y avait des andenes

[terrasses construites sur les pentes pour éviter l'érosion, nidr] et des waru warus

[parcelles sur terrain plat avec un réseau

de canaux, ndir]. Ces systèmes permettaient de combattre les inondations, la sécheresse, et même les gelées grâce à l'accumulation de chaleur dans l'eau pendant la journée. Puno nourrissait une popula-

Aujourd'hui, la surface cultivable est très réduite et on prête peu d'attention aux

Après l'arrivée des Espagnols, grands propriétaires ont pris possession de

Puno ; ils n'ont été touchés ni par la guerre d'Indépendance ni par la République.

Au contraire, les généraux ont reçu des terres en récompense de leurs services.

Les communautés paysannes ont été dépossédées des meilleures parcelles et chassées dans les lieux les plus inhospitaliers et dangereux. La loi républicaine, comme la loi espagnole, défendait les propriétaires terriens. Les communautés spoliées n'avaient pas les moyens de se défendre.

• La réforme agraire mise en place par le général Velasco Alvarado, dans les années 60, a-t-elle modifié la propriété de la terre (1) ?

La réforme agraire n'a pas rendu leurs terres aux communautés ; elle a regroupé de grandes propriétés pour constituer des

Sociétés agricoles d'intérêt social (SAIS).

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En théoric, les SAIS appartiennent aux paysans ; ce sont des coopératives, avec un gérant, un comptable et quelques employés administratifs. Mais, dans la pratique, le gérant et son équipe sont devenus les nouveaux propriétaires, soutenus par le gouvernement contre les communautés.

• Les communautés ont-elles réagi en se mobilisant?

Les communautés se sont alors organisées et ont peu à peu récupéré leurs terres. En 1986, par exemple, nous avons récupéré 360 000 hectares à Puno. [Cela s'est fait] en occupant les terres, malgré la police et les forces armées qui ont tué et torturé des paysans, en les accusant, entre autres, d'être membres du Sentier lumineux. Cela montre l'imbrication de la lutte pour la terre et pour l'identité culturelle.

La communauté paysanne est née en même temps que la société péruvienne. Fondée sur l'ayllu [communauté originelle, nldr] elle s'est maintenue des siècles durant, pendant les civilisations préincaïques. C'était l'une des cellules de base de l'empire inca. Le gouvernement de Simon Bolivar a voulu l'éliminer, se réclamant de la mentalité libérale française. A cette époque, la parcellarisation des grandes propriétés a représenté une grande conquête de la paysannerie.

Au Pérou, la parcellarisation n'a pas touché les grandes propriétés, mais les communautés. Or, la structure communautaire était si puissante qu'elle s'est maintenue. Et il en est encore ainsi aujourd'hui, malgré les procès, les lois, etc.

Je pense qu'il y a là une des raisons de l'opposition de la paysannerie à Vargas Llosa [candidat malheureux de la droite aux dernières élections, ndlr] : il menaçait de répartir les terres pour transformer le Pérou en "pays de propriétaires". Avec l'idée que, en hypothéquant leurs terres, les paysans obtiendraient des prêts.

Mais, ces dernières années, les paysans déjà ont fait cette expérience : ils ont contracté des dettes auprès de la Banque agraire [nationalisée, nldr] et ne peuvent pas les rembourser, à cause des paquetazos (réajustements des prix), entraînant des hausses brutales du coût de la vie, et à cause de la sécheresse, des giboulées et des gelées, ou des pluies hors saison.

• Que se passerait-il si les paysans étaient contraints de faire des emprunts aux banques privées ?

Leurs terres seraient hypothéquées, et deviendraient la propriété des banques ; elles seraient alors vendues à des gros propriétaires ; on assisterait au retour du latifundio — les paysans deviendraient des salariés.

• Comment fonctionnent les communautés, qui ont résisté pendant

500 ans à ces agressions ?

Dans les communautés, toutes les décisions sont prises à la majorité ou, plus généralement, au consensus. Des liens familiaux unissent les membres des communautés - on appelle ayllimi, les membres de la famille ; ayllu désigne aussi bien le groupe de personnes que leurs terres. A La Convencion (département de Cuzco), par exemple, un syndicat paysan s'est constitué pour lutter contre les grands propriétaires, et les gens disent : « Je vis dans le syndicat de Chaupimayo » ou « Je vis dans le syndicat de Caltegahua ». La terre et ceux qui y vivent sont englobés dans un même concept.

1) Le 3 octobre 1968, un coup d'Etat militaire chassa le président Belaunde Terry et porta au pouvoir le général Velasco Alvarado qui, entre autres mesures populistes, décréta une réforme agraire en 1969. Celle-ci encouragea la mise sur pied d'entreprises associatives qui sont devenues les nouveaux maitres, occupant les meilleures terres et recevant presque tous les crédits. La grande majorité des communautés paysannes est demeurée cantonnée sur des zones marginales et a continué à se battre pour une redistribution des terres.

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Assassiné pour l'exemple ?

Député du PUM à l'Assemblée de la région Jose Carlos Mariategui et dirigeant des fédérations paysannes de Puno, Porfirio Suni était père de sept enfants

Le 13 mai 1991 à Juliaca (Puno), six inconnus ont tiré sur Porfirio Suni, alors qu'il sortait de chez lui. Des paramilitaires ? Les armes et les méthodes employées les dési-

Des tueurs engagés par des propriétaires terriens ou les gérants des coopératives (de la Centrale des entreprises agricoles de

Puno n° 37 ou de la Fédération des travailleurs autogestionnaires de Puno) ? Son engagement aux côtés des paysans avaient provoqué leur haine : il a été détenu en mai 1988, dans la prison de Macusani, accusé par le gérant Harold Rafael Chavez de la

SAIS Aricoma d'avoir mené des actions ter-

Sentier lumineux? Des organisations populaires fortes se sont révélées la meilleure arme contre son implantation.

Le président de l'Assemblée régionale a décrété un deuil de 48 heures, et la Confédération paysanne du Pérou (CCP) s'est engagée à ne pas laisser ce crime impuni. *

Les membres de la communauté désignent leurs "autorités" selon certaines règles : celui qui est chargé de veiller au bon usage de l'eau, celui qui est chargé de protéger le village des animaux nuisibles pendant la journée, pendant la nuit, etc. Il existe toute une série de tâches et de fonctions différentes au sein de la communau-

• La propriété de la terre et les cultures sont-elles collectives?

Je ne voudrais pas idéaliser les communautés ; elles ont, en effet, été affectées par la pénétration du capitalisme — création de cercles de pouvoir en leur sein et autres déformations. Malgré tout, elles restent le meilleur système d'organisation pour les paysans.

Dans certaines communautés, la terre a été distribuée en parcelles et les seuls liens qui y subisitent encore sont les travaux d'intérêt collectif. Cependant, dans d'au-tres endroits, le système traditionnel s'est maintenu. Par exemple, à Cuzco, les basses terres — les meilleures, où l'on cultive le maïs — ont malheureusement été parcellisées ; en revanche, les hautes terres, où l'on cultive la pomme de terre et où l'on fait de l'élevage, ne le sont pas. Là-haut, les terres doivent être laissées en jachère plusieurs années. Chaque année, des pâtures sont remises en culture et des parcelles attribuées aux paysans, en usufruit, et non en propriété. L'année suivante, on fait la même chose dans une autre zone et le reste est consacré à l'élevage collectif.

Dans d'autres communautés, il y a des champs cultivés par toute la collectivité dont les bénéfices servent à payer les dépenses de tous. Voilà des exemples de situations extrêmes. La meilleure chose à faire, nous semble-t-il, est de tirer parti de ce qui existe, de ce qui a été créé par notre culture et de l'enrichir.

Cependant, je pense que le processus d'auto-affirmation des paysans aboutira à une confrontation de plus en plus brutale avec le pouvoir blanc, "européanisé" et bourgeois. Il faut soulever le problème de la violence, d'abord en termes historiques ; je crois que le Pérou s'est fondé dans la violence.

Le symbole de la fondation du Pérou, c'est la prise de Cajamarca par les Espagnols et le geste du père Valverde : il a remis une Bible à Atahualpa ; l'Inca l'a portée à son oreille et, comme la Bible ne lui disait rien, il l'a jetée à terre. Ce geste a servi de prétexte pour déclencher une violence qui n'a plus jamais cessé. Il y eur, à cette époque, des massacres, des pillages et des spoliations, des destructions. C'est encore vrai aujourd'hui.

A La Convencion, précisément, nous, les paysans, avions expulsé les grands propriétaires et avions fait notre propre réforme agraire. Le gouvernement central nous a envoyé la police, nous nous sommes défendus et avons répondu par la violence. Ils ont écrasé le groupe armé, mais pas le mouvement.

A partir de 1964, les occupations de terres ont commencé à Cuzco, Apurimac, Puno, Junin, Ayacucho, Pasco, Huanuco, et même à Lima. Toute la cordillère des Andes s'est embrasée, sans coordination, de façon spontanée. C'est à ce moment que les militaires sont arrivés à la conclusion qu'il fallait en finir avec les grandes propriétés [le coup d'Etat militaire de Velasco Alvarado a eu lieu en 1968, ndlr] ; mais [le président en exercice de l'époque, ndlr] Belaunde s'y est opposé.

La réforme agraire était une réponse bureaucratique aux mobilisations paysannes. Je ne nie pas qu'il y ait eu de grands progrès pendant l'époque de Velasco ; mais on a aussi vu combien une bureaucratie pouvait être néfaste. Par exemple, les coopératives ont été un échec, non pas, comme le disent les réactionnaires, parce que les paysans sont ignorants, mais à cause de la façon bureaucratique dont elles ont été constituées.

A La Convencion, c'est différent ; c'est le mouvement démocratique qui a réalisé la réforme agraire, et elle a permis un grand pas en avant. Il y a progrès quand le mouvement paysan est authentique, pur. Ce que je veux montrer, c'est la différence entre un changement dicté d'en haut, par des bureaucrates, et un processus véritablement démocratique, impulsé par la base.

• Aujourd'hui, on sacralise ce qu'on appelle le secteur informel, on parle

Pd"entrepreneurs populaires" pour désigner les paysans émigrés qui survivent comme ils peuvent dans les villes, on utilise ce phénomène comme preuve de la validité du système capitaliste importé. Qu'en pensez-vous ?

Le Pérou est un pays capitaliste arriéré ; mais il est plus arriéré que capitaliste. Le pourcentage des salariés qui travaillent dans l'industrie est de plus en plus faible. A Cuzco, quand j'étais enfant, il y avait plus d'usines qu'il n'y en a aujourd'hui, pour une population moins nombreuse

En achetant les produits de la campagne à bas prix et en les revendant chers dans les villes, on opprime les paysans et on les pousse à partir. Cet exode rural n'est pas récupéré par l'industrie.

Les migrants sont donc forcés de trouver une activité ; ils deviennent de petits artisans d'un type nouveau. que s'est constitué le fameux "secteur informel", qui me semble être une caractépays capitalistes coloniaux. C'est un des fléaux que nous a légué le monde impérialiste.

• L'existence du Sentier lumineux, en dehors de notre désaccord avec ses actions, est un phénomène important dans la société péruvienne. Il met en lumière le sens et le rôle de la violence dans le mouvement révolutionnaire depuis dix ans.

Le Sentier lumineux est né de la faim et de la misère. Au Pérou, la situation est tellement désespérante que, à tout moment, chacun d'entre nous pourrait devenir "sendériste". Lorsqu'on voit comment les travailleurs en grève sont traités, comment les paysans sans terres viennent vers les usines où ils ne trouvent pas de travail, et comment ils tentent de survivre comme vendeurs ambulants et subissent la répression, on peut se dire qu'il est normal qu'un groupe comme le Sentier lumineux soit apparu et se soit implanté. C'est impossible d'éliminer le Sentier lumineux parce qu'il se nourrit en permanence de la misère.

Cependant, je ne le justifie pas et je ne pense pas qu'il reflète la mentalité des communautés andines. Je vous ai décrit le collectivisme de la paysannerie, son fonc-

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tionnement démocratique (qui ne s'appuie pas seulement sur le vote des décisions, mais aussi sur des heures de débats pour parvenir à un consensus). Cela n'a rien à voir avec les méthodes du Sentier lumineux, avec ses "jugements populaires", durant lesquels ce sont les sendéristes qui parlent, qui jugent, et où personne n'a droit à la parole, car tous tremblent de peur.

Dans ma région, à Huanoquite (province de Paruro, Cuzco), une petite coopérative possédait un tracteur ; il est probable que les gérants, des bureaucrates, l'utilisaient mal, mais les paysans y tenaient car il était à la disposition de tous. Les sendéristes l'ont détruit. Alors, les paysans de la coopérative se sont mobilisés et ont demandé de l'aide à la communauté. Tous ensemble, ils ont réussi à capturer les sendéristes et les ont remis à la

Le Sentier lumineux détruit ce qu'il y a de plus précieux pour la communauté ; c'est pourquoi, je pense quil n'est pas andin.

Pour moi, les sendéristes ressemblent à quelque chose comme Superman ou Tarzan, qui ne sont pas Andins. Tarzan est un homme blanc, qui rendrait la justice parmi les negritos (petits noirs), comme si les negritos en étaient incapables. Mais pis encore, après avoir "rendu la justice", les sendéristes laissent la place libre aux forces de l'ordre, qui tuent des innocents. Ces derniers temps, cela a atteint des proportions inimaginables. Le Sentier lumineux a tué un syndicaliste de l'industrie textile, des mineurs, des paysans sans terre à Canete, des militants qui ont récupéré des terres à Puno. Il joue un rôle néfaste.

• Que pensez-vous du programme de de guerre contre le trafic de drogue, mis en place par les Etats-Unis dans les Andes?

Avant, les Nord-Américains agitaient l'épouvantail du communisme. A présent, il est inutilisable à cause des événements d'Europe de l'Est et du rapprochement entre Washington et Gorbatchev. Le trafic de drogue est devenu leur nouvel épouvantail.

J'ai cultivé la coca, j'en consomme quand je suis dans les Andes. J'apporte cette précision pour que la police ne s'imagine pas qu'elle pourrait me prendre sur le fait : sur la côte, il est interdit de mâcher de la coca, dans les Andes non.

La coca est un élément de notre culture. C'est une feuille indigène, tout d'abord un aliment, ensuite un médicament. Elle est aussi utilisée dans certains rites. En la mâchant (pickchay), nous = Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 n'absorbons pas la cocaïne (elle ne se dissout pas dans la salive), car nous crachons la ccanchu.

Ensuite, les gringos sont arrivés avec leur "contribution à la civilisation" ; ils ont commencé à se droguer avec de la cocaïne. Ils nous ont donc interdit de cultiver et de consommer de la coca. C'est comme si on pouvait se droguer à la théine ou à la caféine, et que, à cause de cela, on interdisait aux Anglais de boire du thé et aux Suédois du café. Ni les Anglais, ni les Suédois ne subissent cette atteinte à leurs droits, ne serait-ce que parce qu'ils appartiennent à une "race supérieure" et nous à une "race inférieure"

Pourquoi nous obligerait-on à éliminer une culture qui est traditionnellement nôtre, qui fait partie de nos coutumes ? Aujourd'hui, il existe un monopole d'Etat qui achète à très bas prix la coca produite à La Convencion, la revend au prix fort dans les Andes et en limite la production.

Ce combat contre la culture de la coca, et même contre les paqueteros (petits vendeurs de pâte de cocaïne), n'est qu'un rideau de fumée. En réalité, aux Etats-Unis, des gens haut-placés sont liés au trafic de drogue. C'est vrai aussi ici. On m'a demandé ce que je pensais des liens entre le Sentier lumineux et le trafic de drogue. J'ai répondu, qu'il semble, en effet, qu'il existe des liens, ni plus ni moins qu'avec certains hommes politiques, tels un ancien président de notre Parlement, ou un autre qui a été député en même temps que moi, etc. A l'époque, nous avions déclaré qu'il existait une cellule de trafiquants de droguc au Parlement. C'est la même chose avec les mili-

C'est pour cela que les champs de coca illégaux se multiplient dans l'Est de l'Amazonie. Dans le sud des Andes, c'est possible qu'une partie de la coca aille au trafic de drogue, mais cette région est traditionnellement productrice pour l'usage local. En revanche, dans le Nord-Est du Pérou, en Amazonie, la culture de la coca est apparue avec la production de cocaïne. De plus, aux Etats-Unis et en Europe, le blanchiment des dollars de la coca représente un commerce juteux. Dans les revues nord-américaines, on voit des publicités pour des ustensiles qui servent à la consommation de cocaïne.

C'est donc le règne de l'hypocrisie : ils s'attaquent aux plus faibles, aux paysans. Ils utilisent le trafic de drogue

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TIDES Hugo Blanco (DR) comme prétexte pour envoyer leurs troupes. C'est pareil en Bolivie. C'est un prétexte pour commettre des actes barbares comme à Panama. De même, ils veulent pénétrer en Colombie, ils se sont installés en Bolivic et prétendent le faire au Pérou.

• Pour terminer, que penses-tu du

500e anniversaire de l'invasion espagnole des Amériques, qui sera célébré en 1992?

Il y 500 ans, ils sont venus ici nous massacrer, nous voler et éliminer notre culture. Il est compréhensible que les héritiers des massacreurs continuent à massacrer. La langue quechua est ignorée, dans les administrations en particulier. Si, au moins, on la respectait comme on le fait pour le guarani au Paraguay, ce serait bien.

Les descendants des envahisseurs ont l'intention de fêter le début des massacres, des vols et de l'élimination de notre culture.

Alors il est normal que nous, les massacrés, les volés et les victimes de l'acculturation qu'ils prétendent nous imposer, nous résistions et refusions ces festivités et que nous commémorions les 500 ans de résistance contre cette oppression en luttant pour notre libération. *

Propos recueillis par Maria Flores Estrada

Tierra Nuestra, mai 1991

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