"'ф) NACHLA'OT est un vieux quartier de Jérusalem où s'étaient installés des juifs d'origine kurde et yéménite dans les années 20 ; après la guerre de 1967, la plupart de leurs enfants ont choisi de déménager dans des logements modernes au-delà de la "ligne verte" (1). Les appartements vides ont alors été loués par des étudiants, qui aimaient le style vieillot du quartier et n'étaient pas gênés outre mesure par le fait que les toilettes étaient en général dans la cour, que les toits fuyaient et que les cuisines se trouvaient dans un petit appentis extérieur. Cette année, les étudiants n'ont plus d'appartements à Nachla'ot : ils ont tous été occupés par des immigrants venus d'URSS.
L'immense demande a bien sûr conduit à une hausse notable des loyers, et l'allocation au logement perçue par les familles soviétiques durant leur première année dans le pays n'est pas suffisante pour couvrir la location. Ainsi, plusieurs familles partagent souvent le même appartement, et il n'est pas rare de trouver sept personnes vivant dans deux petites pièces.
De Kiev à Nachla'ot
Grisha et Tania, un couple de Kiev, et Anatoly et Ida, de Léningrad, vivent dans un appartement formé par deux anciennes chambres d'étudiant. Le premier couple a terminé les cours intensifs d'hébreu, et le second finira dans deux mois. Grisha et Tania ont deux enfants qui vivent chez les parents de cette dernière, arrivés en Israël il y a dix ans: « Comme c'était impossible de garder les enfants avec nous, nous les avons envoyés à Ashdod, chez les parents. Ils viennent nous voir une fois tous les quinze jours. » Comment font-ils pour vivre dans de telles conditions ? Grisha : « Notre situation est relativement bonne. A Haïfa, j'ai des amis qui vivent sur une terrasse, à cinq dans 30 m , pour 800 shekel par mois. J'ai entendu parler de Russes, à Beer Sheba, qui n'ont pas de logement du tout, et qui dorment dans le jardin public. »
Le mot magique utilisé par les autorités est l'"'intégration directe". En raison de la vague actuelle de libéralisme, les nouveaux immigrants — contrairement à ceux des vagues précédentes d'aliya (2) — ne passent pas par des "centres d'intégration" ; ils ne reçoivent ni appartement ni subventions de l'Agence juive. Après une procédure rapide d'enregistrement à l'aéroport de Lydda, qui vise surtout à vérifier s'ils sont vraiment juifs, les immigrants reçoivent une petite somme d'argent et sont mis dans un taxi ; ils doivent alors décider eux-mêmes de leur destination. S'ils n'ont ni famille ni amis, ils passent les premières nuit à l'hôtel. Personne ne les aide à chercher un appartement, et on imagine aisément qu'ils sont des proies faciles pour les propriétaires sans scrupules et les agences de location. « Ils nous ont montré des appartements en bien plus mauvais état que celuici, en nous demandant 500 dollars par mois, ou même plus. La situation est si difficile qu'ils trouvent toujours quelqu'un qui accepte à n'importe quel prix, le principal étant d'avoir un toit. En URSS, il était déjà habituel que plusieurs familles se partagent le même appartement » explique Anatoly.
Son hébreu est très bon pour quelqu'un arrivé en Israël trois mois plus tôt : «Nous avons décidé qu'il était primordial que je puisse trouver un bon emploi, et j'ai donc consacré beaucoup de temps à étudier la langue, parce si l'on ne parle pas, on n'a aucune chance. Contrairement à d'autres, je ne travaille pas pendant la période des cours, mais Ida n'étudie pratiquement pas, parce qu'elle a décidé de travailler comme vendeuse dans un magasin de chaussures. De cette manière, nous arrivons à boucler les fins de mois, parce que l'argent que donne l'Agence juive n'est pas suffisant, même pour les gens qui n'ont pas d'enfants. »
Les rigueurs de l'intégration
A Léningrad, Anatoly était ingénieur en informatique et Ida professeur de danse ; Grisha était technicien dans l'aéronautique et sa femme infirmière chirurgicale. Ils ont terminé les cours d'hébreu, mais Grisha a toujours beaucoup de mal à s'exprimer dans cette langue. Ce n'est pas étonnant: il porte des caisses pendant huit heures par jour dans un supermarché pour moins de 1 000 shekel par mois. Mais il ne se plaint pas : « J'ai au moins eu la chance d'obtenir un emploi. Beaucoup de mes amis du cours d'hébreu ne trouvent rien. Ceux qui ont accepté de travailler dans la construction pour remplacer les Arabes ne sont pas efficaces et se font licencier. » Le fait qu'ils soient employés aux dépens des travailleurs arabes ne préoccupe pas les nouveaux immigrants venus d'URSS. Pour la plupart, ils n'ont pas d'opinions politiques très arrêtées, mais ils méprisent les Arabes et ont déjà intégré le racisme qui prévaut en Israël. Selon Anatoly : « Les Etats arabes n'ont qu'à s'occuper des Arabes. L'Etat d'Israël doit veiller sur les juifs. »
Mais, l'Etat d'Israël pourra-t-il s'occuper des centaines de milliers de nou-
La terre
Les jours d'euphorie, où l'immigration ma
décrite comme un cadeau de Dieu et comm l'Etat d'Israël, sont terminés. Il est de plus e
Get que le "miracle" risque de trans et de tensio
Depuis quelques mois, la presse israélienne arrivés qui errent dans les rues, sans tra d'immigrants d'URSS qui sont attendus d'ic qu'il n'ont aucune chan ou un logement décents. Cependant, la dr massive, car son but est de faire augmenter territoires palestiniens d News from Within, la revue du Centre a étudié de près la situation veaux immigrants, à l'heure où son économie est en pleine récession ? Le maire de Kiryat Shmonah, Prosper Azran, est sceptique. Il a réussi à intégrer 1 800 immigrants soviétiques, qui forment désormais 10% de la population de la ville. Selon ses estimations, 80 % des immigrants soviétiques ont rejoint les rangs des chômeurs et, dans le Nord, le taux de chômage est déjà le plus élevé du pays. « Je n'ai ni emplois ni logements à leur offrir, et je ne veux pas voir des immigrants traîner dans les rues comme ils le
Constuire ?! Yitzhak, la seule Mais je ne fais seule chose que que ça !
nous voulons faire, c'est construire un pont entre Israël et les Arabes
Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 =
promise ?
sive en provenance d'Union soviétique était
: le plus grand miracle depuis la fondation de n plus évident que ce cadeau est empoisonné former Israël en enfer de pauvreté ns sociales.
multiplie les récits édifiants sur de nouveaux vail et sans logement. Des deux millions trois ans, 250 000 sont déjà là et il est clair ce de trouver un emploi oite israélienne soutient cette immigration la présence juive pour que l'occupation des vienne un fait accompli.
l'information alternative de Jérusalem, lifficile des nouveaux venus.
MENT font à Carmiel et à Haut-Nazareth. A partir de maintenant, je ferai mon possible pour arrêter le flot d'immigrants à Kiryat
Shmonah. »
Les problèmes ne concernent pas seulement cette ville. Tous les jours, on entend parler d'immigrants qui dorment dans les jardins publics ou mendient au coin des rues, et de femmes qui se prostituent. Récemment, on a découvert que le taux de suicide était important parmi les nouveaux immigrants ; l'Agence juive a une commission d'enquête même créé spécifique pour voir si ces suicides sont liés aux difficultés de l'aliya, ou s'il s'agit de gens qui étaient déjà instables auparavant.
La simple évocation de ce problème met Tania en colère : « Lorsqu'ils ont montré à la télévision la femme qui était devenue call girl, et que tous les téléspectateurs ont pu voir qu'elle le faisait parce
= Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 qu'elle n'avait pas d'autre choix, Michael Kleiner, le président du comité de l'aliya à la Knesset a répondu : "Elle se prostituait peut-être déjà en Union soviétique."! Quand les gens se suicident parce qu'ils sont désespérés, on nous dit : "Peut-être qu'ils étaient déjà fous auparavant. " Les autorités israéliennes ont un sacré culot. » Ida est plus compréhensive envers les institutions de l'intégration : « Ce n'est pas de leur faute. Quoi qu'ils en disent, ils n'imaginaient pas que l'aliya prendrait de telles proportions, et ils n'ont rien prévu pour intégrer un million d'immigrants ou plus. »
Telle est l'inévitable conclusion à laquelle les médias parviennent aussi peu à peu : il n'existe pas de programme gouvernemental pour l'intégration de la vague d'immigration massive et le terme "autoabsorption" (sic) illustre bien comment le gouvernement se dégage de ses responsabilités. Non seulement, ils n'ont pas déclaré un état d'urgence — comme cela avait été le cas dans les premières années d'Israël —, mais rien n'a été fait pour encourager la population à participer à ce que les dirigeants du gouvernement ont baptisé « la plus noble tâche nationale depuis l'établissement de l'Etat », et des mesures aussi simples que le gel des loyers ou l'installation de camps pour les immigrants n'ont même pas été prises. Ils donnent aux immigrants quelques milliers de dollars pour l'année, leur ouvrent les portes des cours d'hébreu, et les abandonnent ensuite à leur sort.
Il n'est donc pas étonnant qu'un ardent défenseur du libéralisme, tel Ran Kislev, devienne soudain nostalgique des méthodes de centralisation, d'intervention et de contrôle de l'Etat de Ben Gourion. Dans un article intitulé "La nostalgie du Mapai" (3), il écrit : « A la racine de l'échec actuel, il y a la conception générale de l'intégration, qui veut que le gouvernement ne fasse pratiquement rien pour intégrer les immigrants, ou en tout cas, rien de direct ; comme si l'intégration se faisait d'elle-même ou, plus précisément, grâce aux vertus du marché. Le gouvernement devrait d'ailleurs, d'une manière ou d'une autre, accélérer le processus de construction et de croissance économique afin de permettre au marché de supporter ce fardeau supplémentaire.
» Les institutions responsables de l'intégration des immigrants appellent cela l'intégration directe. En fait, elles peuvent ainsi se contenter de donner de l'argent aux immigrants et de leur procurer des cours d'apprentissage de l'hébreu ; c'est tout. Les immigrants sont cen-
sés trouver un logement temporaire eux-mêmes, dans un endroit de leur choix, avec l'argent qu'on leur donne
» Cette méthode très libérale, dans l'air du temps, délivre les immigrants du poids de l'appareil [bureaucratique]. Cela n'a rien à voir avec la façon dont le Mapai a intégré les immenses vagues d'immigrants des années 50 et 60 et qui a conduit ses héritiers, le Parti travailliste et le Ma'arach, à perdre les élections dans les années 70. (...)
» De l'échec actuel, il faut conclure que les forces du marché sont une excellente chose, mais qu'elles ne suffisent pas
1) La ligne verte était la frontière orientale de l'Etat d'Israël avant la guerre de 1967 et l'occupation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie.
2) "Montée" des juifs en Palestine — traduction littérale de l'hébreu. Quand l'Etat d'Israël a été fondé, en 1948, il comptait 650 000 citoyens juifs, soit un tiers des habitants de la Palestine. Ce nombre a été multiplié par cinq dans les 25 années suivantes, avec l'apport de nombreuses et massives aliyot. La population actuelle de l'Etat d'Israël, populations arabes comprises, est de 4,5 millions d'habitants.
3) Le Mapai était le Parti travailliste de Ben Gourion.
ISRAEL
La situation de Boris et de sa femme n'est finalement pas si extraordinaire, car ils sont agnostiques. Mais que dire de Piotr et Tatiana, qui ont tous les deux grandi dans l'Eglise orthodoxe russe, où ils ont, à leur tour, élevé leurs enfants ? En arrivant à Dimona, ils ont demandé au responsable de leur intégration où se trouvait l'église ! Boris m'a parlé d'un autre couple, à Haut-Nazareth, qui a utilisé la bourse qu'il avait reçue pour la circoncision rituelle de leur fils pour payer son baptême dans une église de Nazareth.
Destination obligée
La plupart des immigrants soviétiques récemment arrivés n'éprouvent aucun sentiment particulier envers le judaïsme ou l'Etat d'Israël. Ils y sont juste venus pour changer de vie: « Nous voulions quitter l'URSS, et c'était le seul moyen. Avant, on pouvait demander un visa pour un regroupement familial en Israël, puis ensuite aller de Vienne aux Etats-Unis. Aujourd'hui, c'est impossible : Shamir a obtenu que les Etats-Unis ferment leurs portes, et que Gorbatchev instaure des vols directs pour Israël. La seule manière de quitter l'URSS est d'aller vers Is-
Il n'est donc pas étonnant que ces nouveaux immigrants ne se sentent pas chez eux, et que leurs relations avec les juifs marocains, qui forment la majorité de la population de Dimona, ne soient pas particulièrement n'avons rien en commun avec ces Marocains ; ils sont primitifs, bruyants et manquent d'éducation. Nous ne voulons pas que nos enfants soient élevés près d'eux et leur ressemblent. Ici, les enfants crient sur leurs parents et sur leurs enseignants, il n'y a ni discipline ni respect ; en URSS, cela ne se passait pas comme ça. » Alors pourquoi restent-ils ? Tatiana « La plupart d'entre nous aimeraient aller dans un autre pays. Mais c'est impossible : ils nous ont fait signer un docunous nous sommes engagés à rembourser une somme d'argent énorme pour quitter Israël. Et, afin de prévenir les fuites, les autorités ne nous donnent pas de passeport, mais juste un laissez-passer à l'un des parents seulement. »
Voilà le paradoxe: les immigrants venus d'URSS sont prisonniers dans l'Etat qui devait être leur sanctuaire. Mais cette contradiction n'est qu'apparente ; la déception commence en URSS même, quand les autorités israéliennes les obligent à immigrer en Israël contre leur vo-
4) Ha'aretz, 4 avril 1991
5) Ha'aretz, 13 mars 1991.
Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 =
quand une société de 4,5 millions d' habitants, qui n'est pas très solide, doit absorber un million d'immigrants. Si nous voulons continuer à les accueillir — et je pense que nous sommes obligés de le faire — nous n'aurons pas d'autre choix que de retourner aux vieilles méthodes détestées: la construction de camps de caravanes, de baraques préfabriquées, ou même de tentes — sorte de version pour les années 90 des ma'arabot /"camps de transit" où les immigrants des années 50 et 60 ont souvent passé plusieurs années/ — sur une large échelle ; et d'envoyer directement les immigrants des avions aux camps — comme le faisait le
Si la situation est si grave, pourquoi les Russes continuent-ils à arriver en Israël, et pourquoi ceux qui sont là n'ont-ils pas essayé de partir ailleurs ? En 1991, le nombre d'immigrants sera plus bas que ce qu'avaient prévu les responsables de l'aliya du gouvernement et de l'Agence juive : des 400 000 personnes attendues, seules 200 000 immigreront en Israël. Mais pourquoi viennent-ils ? Gid'on Alon répond : « Les rapports dont disposent le comité sur l'aliya et l'intégration montrent que la plupart des juifs qui quittent l'URSS ne veulent pas immigrer en
Israël. Ils ont cependant décidé de partir d'URSS à cause de la détérioration de la situation économique et de l'instabilité. Selon ces mêmes documents, les immigrants ne mentionnent pas la peur de l'antisémitisme » (5).
Nous nous sommes rendus dans la "ville de développement" de Dimona dans le Negev, afin d'entendre par nous-mêmes les motivations des immigrants venus d'URSS, et de voir comment ils vivent leur intégration.
Nos premières rencontres ont confirmé la fameuse déclaration du ministre de l'Intégration, le rabbin orthodoxe Yitzhak Peretz, qui a déclaré, lors d'une visite à Moscou, qu'un tiers des immigrants soviétiques n'étaient absolument pas juifs. Boris apporte des précisions : « Quand nous sommes arrivés à l'aéroport de Lydda, ils m'ont enregistré en tant que juif, tout comme ma femme et mes enfants. Or, en vérité, ni ma femme ni mes enfants ne sont juifs et, selon la loi juive, je ne le suis pas non plus, car seul mon père l'était. Mais quand je suis allé au consulat israélien à Moscou pour obtenir un visa, ils m'ont demandé si l'un de mes grands-parents était juif. Quand j'ai répondu oui, j'ai obtenu un visa pour toute ma famille.»
sur la base le gouvernement soviétique, dans lesquels les premiers s'engagent à pression sur le second pour qu'il perSoviétiques ont proraéliennes de ne pas les laisser immigrer liberté d'émigrer, ni avec une quelconque
Il y a quelques 'mois, le président du Comité sur l'aliya et l'intégration de la Knesset a dit qu'il faudrait trouver un arrangement avec Gorbatchev pour qu'il laisse la communauté juive du Turkménistan émigrer en Israël, arguant qu'elle était en danger. Quand on lui a demandé s'il connaissait l'opinion des juifs de cette région, il a été obligé d'admettre que non. Le journaliste de la télévision israélienne qui s'est rendu sur place pour voir s'il y avait effectivement des pogroms contre les juifs, a dû rapporter que c'est le groupe ethnique le mieux protégé et le plus en sécurité du Turkmé-
Sombre avenir
J'ai demandé à Boris et à ses amis s'ils regrettaient leur décision d'émigrer en Israël. Lena, sa femme, a immédiatement répondu : « Je ne regrette pas d'avoir quitté l'Union soviétique, mais je rêve d'aller au Canada. Israël n'est pas un pays où il fait bon vivre. Il n'y a pas de moyens d'existence, ni Boris est plus nuancé : « J'aime bien Israël et je voudrais que cela devienne ma nouvelle patrie. Mais c'est dur de trouver du travail. Sans même penser travailler dans mon domaine, je veux pouvoir m'occuper correctement de ma famille. »
Je leur ai demandé s'ils prévenaient leurs amis de ce qui les attendait en Israël, et des difficultés à trouver un emploi et un logement. « Il y a deux mois, nous avons arrêté de recevoir l'aide à l'intégration, et je cherche un travail. Je suis ingénieur de travaux publics, mais personne ne veut m'embaucher, sauf comme simple manœuvre. J'ai écrit la vérité à mes amis et à ma famille à Kazan ; je leur ai dit qu'en Israël c'était dur, et qu'il me semble que = Inprecor n° 333 du 21 juin au 4 juillet 1991 les choses ne vont pas s'améliorer de sitôt. Si j'avais su tout cela, peut-être que je serais resté en URSS. Je leur dis d'attendre que les choses s'améliorent, si elles s'améliorent. » Tatiana dit avoir écrit à sa nièce de ne pas demander de visa tant qu'elle ne trouve pas un moyen d'aller en Amérique du Nord ou en Allemagne.
Chaque jour, les nouveaux immigrants écrivent à leurs proches restés en URSS, en leur dressant un tableau de la situation qui les conduit à réfléchir à deux fois avant d'immigrer en Israël, ce qui explique le ralentissement de l'immigration.
Mais pour les 250 000 personnes déjà arrivées et pour les 250 000 attendues d'ici un an, l'avenir n'est pas rose. Les experts des problèmes de l'aliya commencent à parler de l'immigration massive comme d'un réel danger. Il est cependant difficile d'imaginer que les Etats-Unis, le Canada ou l'Allemagne vont accueillir un demi-million de personnes, même s'il s'agit d'immigrés "de qualité", c'est-àdire de gens ayant des compétences professionnelles relativement élevées.
Si telle est la situation, on comprend pourquoi divers commentateurs prédisent une explosion sociale sans précédent dans la foulée du taux de chômage de 20% prévu, des centaines de milliers de sans abri, et l'apparition de tous les phénomènes qui découlent de la pauvreté et l'accompagnent, comme la criminalité, la prostitution et les tensions inter-ethniques. L'immigrant soviétique glorifié dans les années 80, Anatoly Scharansky, prédit depuis plusieurs mois une catastrophe, et a menacé de créer un nouveau parti politique composé d'immigrants, qui se battra pour avoir sa part du gâteau. Si cette menace est mise en œuvre, nous
ISRAEL = assisterons à l'émergence de conflits inter-ethniques comme l'Etat d'Israël n'en a jamais connus depuis sa fondation. seule façon d'améliorer la situation des immigrants d'URSS leurs problèmes de logement et d'emploi, au détriment des bles de la société, c'est-à-dire les Palestiniens d'une part — occupés — et, de orientaux : voilà ce qui peut mettre le feu aux poudres.
News from Within Jérusalem, 2 mai 1991