Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HAITI

Les travaux d'Aristide

· Inprecor n° 334, 5 juillet 1991 · p. 10-11, 11-13 · 3 767 mots

Dechoukay, balevouze et lavalas, voilà trois mots de créole qu'il vaut mieux enlever la souche des arbres. Ce terme a été utilisé, lorsqu'au moment du départ de Duvalier, les masses se sont attaquées aux symboles du duvaliérisme et ont fait la chasse aux tontons-macoutes. Le dechoukay fut interrompu par l'intervention balayer après avoir arrosé le sol afin de pouvoir ramasser toute la poussière. Ce novembre et que militaires et duvaliéristes interrompirent par un bain de sang.

Balewouze signifiait : avant de pouvoir parler d'élections, il faut commencer par faire le grand nettoyage des tontons-macoutes. Le balevouse n'eut pas lieu, mais il s'est passé quelque chose qui lui a ressemblé. En effet, à la suite des agressions perpétrées par des militaires, des dizaines de milliers de personnes constituèrent des brigades d'autodéfense pour protéger les quartiers populaires de la capitale durant la semaine précédant les élections du 29 novembre 1987. L'armée mit fin par la force à leur action. Lavalas est le torrent en crue qui emporte tout sur son passage. En octobre 1990, Jean-Bertrand Aristide avait placé sa campagne

Les travaux d'Aristide connaître pour comprendre la situation en Haïti. Le dechoukay consiste à de l'armée, qui protégea les chefs tontons-macoutes, et de la hiérarchie catholique qui lança un appel à la réconciliation nationale. Balewouze c'est terme fut employé par Jean-Bertrand Aristide et plusieurs organisations populaires à l'automne 1987, avant les élections qui devaient se tenir le 29 électorale sous le signe de lavalas (1).

Arthur MAHON

CE TORRENT a déferlé deux fois dans les rues de Port-au-Prince. Le 16 décembre 1990, la mobilisation des quartiers populaires a empêché les tentatives de fraude lors des élections. Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1991, lorsque la radio a annoncé la tentative de coup d'Etat perpétrée par Roger Lafontant, un ancien ministre de l'Intérieur de Duvalier, la population de la capitale et des villes de province est à nouveau descendue dans les rues. Port-au-Prince s'est couvert de barricades et 50 000 personnes se sont massées devant le Palais national dont Lafontant s'était emparé. Les jours suivants, des centaines de duvaliéristes ont été lynchés ou brûlés à Port-au-Prince et en province. Et la bourgeoisie des beaux quartiers de la capitale a tremblé devant les groupes de jeunes venus dechouker les maisons des duvaliéristes. Les trois termes de dechoukay, balewouze et lavalas

HAITI ont un synonyme : insurrection et levée en masse. Ils font écho à l'insurrection des esclaves, dont on célébrera le bicentenaire le 22 août 1991. Et c'est aux paroles de la chanson de cette époque, "Grenadiers à l'assaut", que les habitants du Cap haïtien, la seconde ville du pays, sont descendus dans la rue le 7 janvier 1991.

Depuis le départ de Duvalier, les villes haitiennes ont ainsi connu plusieurs journées d'explosion populaire, de commencement de dechoukay, de balewouze et de lavalas, mais qui ne sont jamais allées à leur terme et ont été suivies de longues périodes de calme, voire de découragement. Ces journées trouvent leurs racines dans l'oppression et l'extrême inégalité sociale qui sévissent en Haïti. Elles permettent de comprendre pourquoi, depuis cinq ans, les Etats-Unis n'ont pas réussi à imposer une solution politique à leur goût et ayant une certaine légitimité, pourquoi le général Avril disait « en Haïti, le fauteuil présidentiel est trop brûlant pour être occupé par un civil », et pourquoi Jean-Bertrand Aristide a été élu alors qu'il n'y a pas si longtemps les forces conservatrices le considéraient comme l'ennemi public "numéro un", et que sa congrégation l'avait exclu de ses rangs. Les journées qui ont suivi la tentative de Lafontant ont fortement impressionné la bourgeoisie et ont écarté pour un moment les menaces de coup d'Etat.

En octobre 1990, Jean-Bertrand Aristide s'était résolu à se porter candidat à l'élection présidentielle parce que, face au défi posé par la candidature de Roger Lafontant, il était nécessaire de mobiliser le peuple, de créer un sursaut. Depuis novembre 1987, ce dernier n'avait guère connu que des défaites et la démobilisation. Il devint rapidement clair que l'enjeu n'était pas seulement de barrer la route aux duvaliéristes, dont la plupart furent d'ailleurs écartés des élections par le comité chargé de les organiser.

"Lavalas" et alliances

L'enjeu était qu'Aristide devienne président de la République. Il mit alors l'accent sur deux thèmes. L'ambassadeur des Etats-Unis ayant lancé en forme de défi « Après le bal, les tambours sont lourds », Aristide saisit cette occasion pour répondre par un autre proverbe haïtien, « Lorsque les mains sont nombreuses, la charge devient légère ». Par ces mots, Aristide opposait la dignité des Haïtiens à l'arrogance américaine. Et il affirmait la nécessité de s'unir et de s'organiser pour faire avancer Haiti. Tout au long de sa campagne, Aristide insista aussi sur trois axes constitutifs de l'action présidentielle : la justice, la transparence et la participation. En revanche, le programme écrit durant la campagne et les interventions d'Aristide n'avancèrent guère de mesures concrètes, hormis celles déjà indans la Constitution de 1987 (comme la séparation de l'armée et de la

Outre le caractère improvisé de la campagne électorale, il faut sans doute y voir trois raisons plus profondes. La première réside dans le projet politique dont Aristide était porteur. Il a expliqué qu'il aurait préféré une "révolution populaire" mais que ce qui se présentait était simplement la possibilité de réaliser une "transition démocratique". Il précisait, au début de sa campagne électorale : « Ce qui importe, c'est de reconnaître le moment où l'histoire nous donne rendez-vous pour faire une alliance tactique. Cette alliance tactique doit se convertir en opération lavalas pour barrer la route au macoutisme. » Il ne s'agissait pas seulement d'une alliance entre courants politiques, mais aussi entre secteurs sociaux aux intérêts divergents, une alliance dont la portée allait au-delà de l'échéance électorale.

1) Voir Inprecorn° 321 du 21 décembre 1990.

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Cette conception se retrouve dans le programme électoral, où on lit : « L'Etat doit trouver un équilibre reposant sur le respect, la justice et la loi entre ce que les travailleurs demandent et ce dont le secteur privé a besoin pour être encouragé à mettre de l'argent dans le business afin d'aider le pays à marcher. » Sans doute faut-il y voir aussi l'idée, que semble partager Aristide, selon laquelle il serait possible de convertir les cœurs d'une grande partie de la bourgeoisie.

Une seconde raison du "flou" du programme électoral est qu'Aristide voulait neutraliser ou rassurer l'armée et l'impérialisme, afin qu'ils laissent se dérouler les élections. Enfin, dans un pays comme Haïti, un programme de réformes est largement illusoire s'il n'est pas accompagné d'un processus de mobilisation et d'organisation, aspect sur lequel Aristide a particulièrement insisté pendant la campagne électorale, et même ensuite, en parlant de "démocratie participative". En effet, la crise socio-économique du pays est si profonde, les inégalités sociales si importantes et le degré de dépendance tel que toute réforme sérieuse se heurtera à une série de réactions en chaîne.

La solitude d'Aristide

«Le peuple est l'acteur principal; nous, nous faisons uniquement ce que le peuple nous a dit de faire » répétait-il. Et, dans le discours qu'il prononça le 23 décembre 1990, à l'annonce des résultats officiels des élections, il sut tout à la fois parler en tant que futur président, garant des institutions et de la Constitution (qu'il n'avait d'ailleurs pas votée lors du référendum de mars 1987) et en tant que militant, pour qui l'avenir du pays dépend de la capacité de la population à s'organiser de manière autonome. Il déclarait ainsi :

Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991

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«Tenez-vous la main, riches comme pauvres, montez de bons comités de quartier, de bonnes brigades de discipline, de bonnes brigades de nettoyage, liez les organisations des villes aux organisations de province. Ainsi une avalanche d'organisations se répandra dans le sang de notre Haïti chérie. Sans quoi, le pays ressemblerait à un sac vide, et un sac vide ne peut pas tenir debout. » Le 4 février 1991, trois jours avant de devenir officiellement président de la République, il annonça que "l'opération lavalas" était terminée et appela à la construction d'une "organisation lavalas".

A la tête de l'Etat haitien, Aristide se compliquée. Il est, en effet, confronté à :

• appareil un d'Etat et une administration forgés par plus de trente années de duvaliérisme ;

• une situation internationale pour le moins défavorable ;

• une bourgeoisie rapace, parasitaire et peu entreprenante ;

• l'absence d'un mouvement de masse structuré ;

• une Assemblée nationale et un Sénat nouvellement élus, mais composés en majorité d'hommes médiocres et arri-

Ceci est particulièrement vrai pour le Sénat. C'est ainsi qu'au moment où Aristide annonçait qu'il donnerait son salaire de président aux pauvres tant qu'il ne serait pas réduit, les sénateurs, de leur côté, réclamaient 7 000 dollars par mois, plus un parc de 33 véhicules, qu'ils évaluaient à 40 000 dollars chacun. Et pourtant treize sénateurs sur vingt-sept ont été élus, comme Jean-Bertrand Aristide, sous l'étiquette du Front national pour le changement et la démocratie (FNCD). Il serait plus exact d'écrire qu'ils ont été élus parce que leur bulletin de vote portait le même sigle et le même symbole (un coq) qu'Aristide. La plupart n'ont jamais été membres des petites organisations — essentiellement la Confédération d'unité démocratique (KID) - composant le FNCD, et certains se trouvaient sur ses listes parce qu'ils n'avaient pas trouvé place sur celles d'autres organisations. Une des raisons en est que la principale formation du FNCD, le Konakom (socialdémocrate de "gauche"), appela ses militants à se retirer des élections lorsque le FNCD décida de présenter Aristide à la place du dirigeant du Konakom.

Si Aristide a accepté de porter les couleurs du FNCD, il ne semble pourtant guère avoir confiance dans les dirigeants

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= HAITI de cette organisation, puisqu'aucun d'entre eux n'a été invité à participer au gouvernement. Et, depuis lors, le FNCD n'a cessé de mener de petites luttes contre le gouvernement nommé par Aristide (tout en déclarant officiellement qu'il l'appuyait). Certains de ses militants n'ont pas caché que leur objectif était de prendre la place qui, selon eux, leur revient de droit au sein de l'appareil d'Etat.

L'armée "déchoukée" jusqu'où ?

Si Aristide ne peut guère s'appuyer sur l'organisation politique qui était censé le soutenir, il peut encore moins compter sur le Parti communiste haitien (PUCH). Après l'élection d'Aristide, ce dernier a maintenu l'attitude de franche hostilité qu'il lui vouait depuis qu'il avait posé sa candidature. Il ne manque pas une occasion pour dénoncer, à l'instar des politiciens bourgeois, les menaces qu'Aristide ferait porter sur la démocratie. C'est ainsi que le PUCH s'éleva contre l'arrestation de l'ancienne présidente provisoire, Ertha Pascale Trouillot, accusée d'avoir été complice de la tentative de coup d'Etat de Lafontant. Le Parti estimait que l'arrestation d'une ancienne présidente était un précédent dangereux !

Les ambassades occidentales poussèrent aussi de hauts cris à ce sujet. Les prises de position du PUCH convergent si souvent avec celles des porte-parole de secteurs réactionnaires qu'un de ses dirigeants a dû se défendre d'être anticommuniste!

Le gouvernement de lavalas a adopté jusqu'à présent ce qu'on peut appeler un profil bas. La priorité a été donnée à la "déduvaliérisation" de l'armée et de l'administration publique. La réforme de la Fonction publique avance lentement. Il est difficile de remplacer en quelques semaines les hommes de l'ancien régime par des partisans du gouvernement lavalas ayant les mêmes compétences techniques, et cela pose un grave problème. La lutte menée contre la corruption, la contrebande et les pratiques héritées du passé ont cependant permis d'aller de l'avant, et notamment d'obtenir des rentrées fiscales jamais vues.

L'armée avait été profondément affaiblie par quatre années de gouvernement militaire. Elle s'est déchirée au gré des coups d'Etat qui ont marqué cette période. Et, à partir du départ forcé du général Avril, en mars 1990 (2), les duvaliéristes ont perdu le contrôle direct de l'armée au profit des officiers davantage liés aux Etats-Unis. C'est une des raisons qui expliquent que les élections ont pu avoir lieu.

Tirant profit de cette situation et du rapport de forces instauré par la semi-insurrection du 7 janvier 1991, Jean-Bertrand Aristide a frappé un grand coup lors de son entrée en fonctions, le 7 février. Il a conclu son étonnant discours inaugural en mettant au pied du mur « son frère », le chef d'état-major, devant des dizaines de milliers de personnes, et obtenu la mise à la retraite « bien méritée » de six des huit plus hauts gradés de l'armée. Mais, en échange, il a dû accepter que des militaires liés aux Etats-Unis soient placés à des postes clés. Et il a fait de son mieux pour rehausser le prestige de l'armée. Dès le début de la campagne électorale, il avait déjà appelé au « mariage du peuple et de l'armée » (où aucune épuration n'avait eu lieu). Et lors de son discours du 7 février, il a fait répéter à la foule que l'armée était dans la rue avec le peuple lors du coup d'Etat de Lafontant, ce qui est loin d'être la vérité —l'armée a

LA DEMOCRATie

EST Le POUVOIR D'UN PEUPLE hésité longtemps avant d'intervenir et on peut encore s'interroger sur la position qu'elle aurait prise si le peuple n'avait pas couvert Port-au-Prince de barricades enflammées.

En tout cas, Aristide a réussi, avec une certaine habileté, à gagner la confiance d'une grande partie de la base de l'armée et des officiers, ce qui était loin d'être acquis d'avance. En ville, l'armée a démantelé plusieurs bandes qui semaient la terreur. Dans les campagnes, les chefs de section qui, nommés jusqu'ici par l'état-major, faisaient la pluie et le beau temps dans les sections rurales, ont pu être placés sous l'autorité du ministre de la Justice et ont rendu une partie au moins de leurs armes. Le corps des chefs de section, transformé en police rurale, est en train d'être profondément renouvelé. Les secteurs duvaliéristes de l'armée, comme de la société en général, sont aujourd'hui sur la défensive mais cela n'empêche pas que des militaires continuent à jouer leur rôle répressif traditionnel dans certains conflits pour la terre, lorsque des manifestants s'en prennent aux maisons de spéculateurs ou, à l'occasion, lorsqu'un patron fait appel à l'armée. Et on peut se demander quelle sera la solidité du mariage Aristide-armée dans le cas où le soutien populaire au président s'affaiblirait ou bien si le gouvernement devait entrer en conflit avec l'oligarchie ou l'impérialisme nord-

Une marge de manœuvre limitée

En dehors des villes, la population se montre très patiente malgré la lenteur des transformations sociales. En revanche, dans les grandes villes, la brusque hausse des prix des produits de première nécessité et les incessantes coupures d'électricité (problème aujourd'hui résorbé) ont fait naître un sentiment d'insatisfaction à partir du mois d'avril. C'est ainsi que dans la ville du Cap haitien, une énergique manifestation dirigée contre les grands commerçants a imposé une baisse spectaculaire des prix, qui s'étaient envolés les jours précédents. Une hausse significative du salaire minimum a été décidée par l'exécutif. Mais la loi a tardé à être votée par le Parlement. La composition du gouvernement est l'image du profil bas qui a été adopté. Aucun parti n'ayant emporté la majorité des sièges au Parlement, Aristide a eu les mains libres pour choisir comme Premier ministre un de ses proches, René Préval, militant anti-duvaliériste de longue date. Le soutien populaire à Aristide était alors au plus haut (il est encore considérable), et le Parlement a été obligé de ratifier son

2) Voir Inprecorn° 305 du 23 mars 1990.

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Voici le message du père Aristide au peuple dominicain, rédigé le 21 juin 1991, lorsque des Haïtiens, en siest une ligne invariable de la politique de son gouvernement. Il déclare aussi solennellement que l'exercice de la souveraineté nationale n'est autre qu'un instrument de défense des droits de l'homme et ne saurait être un instrument d'oppression des travailleurs, des enfants et des vieillards. Les peuples ne savent pas comfemmes et les hommes qui gagnent leur pain parmi nous. Nous partageons avec eux le peu que nous avons côtoyons. Nos actes de souveraineté, nous les exerçons en défendant les opprimés sans distinction de race, de couleur, d'idéologie, de nationalité ou de religion car nous avons lutté tout au long de notre histoire pour laisse ouvertes les portes du dialogue. Premier Etat indépendant de l'Amérique latine, Haïti est jalouse de sa souveraineté, mais ne piétinera jamais, au nom de cette souveraineté, les droits des enfants, des femmes,

Seuls, nous sommes faibles, solidaires dans la Caraibe, nous sommes forts, solidaires dans l'Amérique, choix. René Préval a également en charge les ministères de l'Intérieur et de la Défense. Des personnes de confiance ont été placées à la tête d'autres ministères (notamment l'Economie et les Finances, le Commerce et les Affaires sociales, la Justice et de l'Education nationale), personnes qui, par leur trajectoire, auraient tout à fait trouvé leur place dans un gouvernement bourgeois classique.

On entend dire parfois que la politique de Jean-Bertrand Aristide vise à combiner un gouvernement aux allures modérées avec le développement d'un mouvement de masse. Mais, le passé, les relations et la mentalité de certains ministres rendent difficile la mise en œuvre d'une telle tactique. D'une part, cela constitue un frein supplémentaire à l'épuration et la transformation de la fonction publique. Le ministre de la Justice a d'ailleurs dû être évincé, tandis qu'un de ses adjoints était emprisonné. D'autre part, c'est un obstacle à l'application d'une politique de transformation et de dialogue avec les masses. Et c'est là une des principales carences du gouvernement. Enfin, ce dernier va être amené à préciser ses choix économiques et sociaux lorsque se développeront des mobilisations porteuses de revendications et qu'il faudra trancher entre les intérêts de l'oligarchie et ceux des cou-ches opprimées. Jean-Bertrand Aristide a déclaré récemment: « Je préfère échouer avec le peuple que réussir sans lui. » Mais cela n'est sans doute pas l'avis de l'ensemble du gouvernement.

L'organisation "lavalas"

L'absence de démocratie interne, la corruption et les manœuvres politiciennes ont gangrené nombre des organisations populaires qui s'étaient développées durant les périodes d'effervescence des années 1986 et 1987. Ces problèmes ont conduit à l'éclatement de la Confédération unité démocratique (KID), de la Centrale autonome des travailleurs haitiens (CATH) et du Mouvement des producteurs de papaye (MPP), bien implanté dans le plateau central et assez connu à l'étranger. Le mouvement syndical notamment se trouve aujourd'hui en pleine débandade.

Le 4 février, Aristide avait appelé à la formation d'une "organisation lavalas" , à même de rassembler des organisations populaires et des courants divers, disposés à apporter un soutien critique au gouvernement. Des représentants de diverses organisations, venus des quatre coins du pays, se sont réunis à cette fin, à plusieurs occasions et ont engagé certaines actions en commun. Mais le processus avance lentement. L'absence (sauf peut-être dans = Inprecor n° 334 du 5 au 18 juillet 1991 tuation irrégulière, ont été déportés de Républicaine dominicaine vers Haiti grande nation caraibéenne, nous sommes deux peuples fiers, combattants inlassables de la liberté de l'indépendance nationale et de la justice sociale.

ment traiter inhumainement leurs hotes, quelques démunis qu'ils soient.

et jamais, au grand jamais, nous ne profiterons de leur désarroi.

Notre identité nationale s'est forgée dans la lutte des déshérités de diverses tribus et peuples de l'Afrique et de l'Europe, et ne craint nullement de s'enrichir de la contribution des étrangers que nous la défense des principes élémentaires des droits des travailleurs et de la personne humaine.

des travailleurs et des vieillards.

nous sommes une puissance de droit, de paix, de justice sociale et de liberté. * la zone du Cap haitien) d'un mouvement populaire structuré capable d'organiser des mobilisations et de peser sur la scène politique nationale, y compris d'exercer des pressions sur le gouvernement, reste un des grands problèmes. Sans le développement d'un tel mouvement, même si le gouvernement est doté des meilleures intentions, il ne sera pas possible d'entamer le pouvoir économique des classes dominantes, condition nécessaire à l'amélioration de la situation des plus démunis.

Cela laisse le champ libre à des démagogues qui peuvent spéculer sur la complexité de la situation et les lacunes de l'action gouvernementale.

Les Etats-Unis essaient de jouer sur plusieurs tableaux à la fois. Officiellement, ils appuient le processus de transition démocratique. On a même vu l'ambassadeur américain essayer de rassurer la bourgeoisie sur les intentions d'Aristide. Mais, parallèlement, les Etats-Unis haussent le ton quand, par exemple, l'ancienne présidente, est arrêtée. Ils fixent des conditions à l'octroi d'une aide financière (selon le journal Haïti en Marche), et leur pression va s'accentuer quand le gouvernement précisera sa politique économique. Ils avancent leurs pions dans l'entourage du président, et exercent une pression constante, certes discrète, à travers l'armée, qui reste la gardienne des limites à ne pas franchir.

Les Etats-Unis ont été désarconnés par le triomphe électoral d'Aristide dès le premier tour, puis par la violence de la ri-

HAITI

« Les deux ailes d'un même oiseau »

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Notre peuple exprime sa solidarité envers tous les Dominicains et tout particulièrement envers les

En ces heures difficiles que traversent nos deux nations, le gouvernement de la République d'Haïti poste populaire à la tentative de Roger Lafontant (à laquelle ils n'étaient peut-être pas étrangers). L'absence d'un puissant mouvement populaire organisé leur donne des possibilités de reconquérir une partie du terrain perdu, et d'affaiblir la position d'Aristide, à travers des manœuvres diverses et variées. Les agissements de certaines associations de chômeurs, les manœuvres de certains sénateurs et députés, les rumeurs entretenues par une partie de la presse peuvent notamment être interprétées comme les signes d'opérations de déstabilisation.

Un autre danger menace le nouveau régime : celui de l'isolement. Et il est assez inquiétant qu'en République dominicaine, le président Balaguer ait réussi à susciter un climat d'union sacrée en soutien à son plan, en cours d'exécution, de déportation des Haïtiens en situation illé gale (voir encadré ci-dessus). Juan Bosch et son Parti de libération dominicaine lui ont notamment apporté leur soutien...

tout en demandant la démission de Balaguer pour d'autres raisons. Il est donc d'autant plus important de susciter le développement d'un courant de solidarité avec le processus en cours en Haïti, qu'Aristide a qualifié d'« étoile d'espé rance aux yeux de la Caraïbe et de l'Amérique latine » (3).

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2 juillet 1991

3) La revue Nicaragua Aujourd'hui vient de consacrer un numéro spécial à Haiti (été 1991). Ecrire au Comité de solidarité avec le Nicaragua, 14 rue de Nanteuil-75015 Paris

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