Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

L'arsenal antisyndical

· Inprecor n° 335, 19 juillet 1991 · p. 34-35, 35 · 1 896 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Le mouvement syndical britannique — encore numériquement très puissant — est en train de subir une défaite. Le taux de chômage a augmenté de manière spectaculaire sans qu'il n'y ait une résistance significative. Les patrons testent leur appliqués dans toute une série de secteurs ; dans l'industrie, les accords salariaux sont les plus bas qu'on ait connu depuis des années. Le nombre d'employeurs négociant des conventions collectives diminue et les syndicats sont de plus en plus mis à l'écart. Dans ce contexte, les adhérents des syndicats perdent confiance.

Bayan s'affirme optimiste. La rédaction juge que « le moment est mûr pour appeler les masses à renverser le régime Aquino ». Elle espère « un tournant stratégique » dans le cours des années qui viennent. « Il y a, à l'ordre du jour de la décennie 90, une victoire décisive pour la révolution démocratique du peuple. » Mais elle ne considère pas pour autant que cette victoire est acquise : « Comment concrétiser ce tournant décisif dans le combat révolutionnaire [...], c'est une question qui reste à résoudre » (17).

Ang Bayan décrit ainsi certaines faiblesses subjectives du mouvement national démocrate, en ce qui concerne les perspectives politiques et stratégiques : « Si l'on cherche une chose qui nous manque entre toutes [...], on trouvera celleci : un mot d'ordre politique et une plateforme qui pourraient aider à orienter les forces révolutionnaires et le peuple, face à la crise actuelle. [...] [Ils] sont indispensables pour offrir une direction unifiée et une dimension politique aux luttes de masse. [...] Sans cela, les initiatives révolutionnaires resteront dispersées, sans caractère systématique. [...] Il reste encore à définir quel type de gouvernement de coalition devrait être établi, quelles réformes sociales devraient avoir la préséance, à quel point des concessions et des compromis peuvent être réalisés avec d'autres forces politiques » (18).

Toute la gauche philippine est aujourd'hui confrontée à ces problèmes, qui se posent d'ailleurs aux militants de bien d'autres pays. Les réponses ne sont pas simples, qu'elles touchent aux questions théoriques, stratégiques, politiques ou tactiques. Elles ne se dégageront que d'une confrontation démocratique des expériences, des élaborations, des succès et des échecs de chaque courant révolutionnaire. *

12 juillet 1991

Les dessins qui illustrent cet article sont extraits de Update, revue des droits de l'homme philippine et de Liberation, revue du NDF.

17) Ang Bayan, opus cité, "Ang Bayan in the 1990s : New Thrust, New Vigor, New Ideas.

18) Opus cité, "Why we fell short"

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L'arsenal

antisyndical

force et lancent de nouvelles offensives; des plans de restructuration sont Alan THORNETT

RECEMMENT, les tra-

vailleurs ont pourtant remporté quelques victoires, telles la défaite de la droite et l'élection d'un "mouton noir" ', Bill Mor ris, au poste de secrétaire général de la plus importante fédération britannique, le Syndicat des transports et autres professions (TGWU) (1). Mais ces événements ne modifient guère le panorama général ; les patrons font plus ou moins ce qu'ils veulent, et la résistance est très faible.

Trois facteurs principaux expliquent cette situation : l'ampleur de la récession actuelle et l'importante hausse du chômage qui en résulte ; l'emprise du "nouveau réalisme" (2), qui est pratiquement hégémonique aujourd'hui sur le mouvement ouvrier; et le succès des lois antigrèves des conservateurs, qui imposent une véritable chape de plomb — facteur le plus important auquel sont confrontés les syndicats britanniques.

L'éventail de mesures dont disposent aujourd'hui les patrons contre les syndicats résulte de sept lois votées par le Parlement durant les douze dernières années.

• La loi sur l'emploi de 1980 a introduit le concept d"action secondaire", qui limite la légalité des mobilisations dans l'industrie au lieu de travail des salariés et rend illégale toute action de solidarité — définie comme une activité à "des fins politiques".

• La loi sur l'emploi de 1982 a aboli l'immunité dont les syndicats bénéficiaient depuis 1906, en cas de plaintes pour les dommages ou les pertes dus à des mobilisations dans l'industrie.

• La loi sur les syndicats de 1984 a introduit le principe du "vote par correspondance" dans les élections syndicales. Elle a aussi soumis l'existence des fonds politiques syndicaux (3) à un vote.

• La loi sur l'ordre public de 1986 a accru les pouvoirs de la police face aux piquets de grève.

• La loi de 1988 sur l'emploi oblige les syndicats à organiser un vote avant le démarrage d'une grève. Elle a aussi permis une utilisation plus large des injonctions légales contre les syndicats et autorisé les dissidents à assigner en justice tel ou tel syndicat à propos de questions organisationnelles internes.

• La loi de 1989 sur l'emploi a réduit les droits des ouvriers licenciés et les décharges syndicales.

• La loi sur l'emploi de 1990, la plus draconienne de toutes, rend illégal le closed-shop préalable (4), restreint encore davantage les grèves de solidarité, rend les syndicats légalement responsables des grèves sauvages s'ils ne les condamnent pas, légalise le renvoi des grévistes "non officiels" et interdit formellement d'agir,

1) Cette fédération, qui regroupait au départ les salariés du secteurs des transports, s'est étendue, dans les années 70, à d'autres professions industrielles ou du commerce.

2) Le "nouveau réalisme" est le nom donné à la renonciation formelle à la lutte de classe des dirigeants du Parti travailliste et des syndicats.

3) Légalement, les fonds politiques des syndicats peuvent être utilisés pour aider n'importe quel parti ou cause, mais en fait, ce sont les principales ressources financières du Parti travailliste - ce dont tout le monde est pleinement conscient. Lors des élections organisées par le gouvernement au début des années 80, une majorité écrasante s'est prononcée pour que ces fonds ne soient plus versés.

4) Le closed-shop est l'appartenance syndicale automatique et obligatoire ; dans certaines branches, il était préalable à Tembauche.

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même officiellement, en défense des personnes licenciés de cette manière.

Ces lois, et l'attitude des dirigeants syndicaux, ont conduit les syndicats à se débattre dans un imbroglio juridique complexe. Dans la plupart des fédérations, des avocats vérifient tout par le menu et interprètent souvent la loi encore plus strictement que les tribunaux, ce dont de nombreux dirigeants syndicaux leur sont reconnaissants. Ces lois, surtout en l'absence de droits en positif pour les syndicats, sont une arme fantastique aux mains des employeurs et du gouvernement.

La responsabilité de cette terrible situation incombe totalement aux "nouveaux réalistes" ; depuis 1980, ils sont déterminés à empêcher toute confrontation avec le gouvernement. Le Congrès des syndicats (Trade Union Congress, TUC - confédération syndicale unique) avait tout d'abord déclaré qu'il combattrait ces lois, mais il a ensuite changé de position et, vers 1983, ses dirigeants ont commencé à insister sur le fait qu'il fallait faire avec. Cela a aidé le gouvernement à écraser la grève des mineurs, et celles des travailleurs du livre, des marins et des dockers ; cela a aussi servi d'encouragement à l'introduction progressive de nouvelles lois restrictives. La défaite des mineurs, en 1984-1985, a représenté un tournant décisif, renforçant à la fois le gouvernement conservateur et la nouvelle droite réaliste.

La trahison travailliste

Celte situation est aggravée par les décisions politiques tant du TUC que de la direction Kinnock du Parti travailliste. En 1990, la conférence de ce parti a voté, avec l'appui du TUC, l'acception de l'ensemble des lois antisyndicales des conservateurs, en ne proposant que de petites modifications. Cela montre l'ampleur du virage à droite de la direction du Parti travailliste ; la dernière fois qu'il était arrivé aux affaires, en 1974, il avait été obligé d'annuler toutes les lois antisyndicales votées par le précédent gouvernement conservateur d'Edouard Heath — et ce, bien que le gouvernement travailliste d'Harold Wilson ait déjà essayé d'introduire une législation antisyndicale en 1969.

La situation comporte néanmoins certains facteurs positifs. Les syndicats comptent encore 9 millions d'adhérents — après leur apogée de 12 millions — et, dans certaines parties du tertiaire, le taux de syndicalisation a augmenté. Mais cela ne suffit pas à compenser le tort causé par la défaite de secteurs traditionnellement puissants, comme les mineurs et les travail-leurs du livre, et par le déclin du mouvement des délégués syndicaux (5) dans

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l'industrie. Autrefois, ces secteurs puissants auraient pu remettre les choses en question et ouvrir la situation. Mais aujourd'hui, les choses sont plus compliquées car les secteurs ouvriers puissants diminuent de plus en plus.

Cela ne signifie pas que la classe ouvrière a perdu sa combativité, mais le sentiment selon lequel, dans les conditions actuelles, les difficultés sont insurmontables se répand.

Aujourd'hui, les lois antisyndicales font partie du quotidien, alors qu'il faudrait qu'elles soient remises en cause partout où c'est possible et qu'il faudrait obliger les patrons à payer au prix fort leur recours à cette législation.

La victoire spectaculaire du mouvement massif de refus de paiement de la Poll Tax montre qu'il est possible de ne pas se plier aux lois (6). Environ 14 millions de personnes ont défié la Poll Tax et le gouvernement a été obligé de faire marche arrière. Ce qui a été possible dans ce domaine le serait également contre les lois antisyndicales. Il faut noter que le mouvement anti-Poll-Tax était complètement extérieur au mouvement ouvrier organisé ; le TUC faisait pression sur ses membres pour qu'ils l'acquittent.

Les principales raisons de la perte de confiance actuelle sont politiques, et le résultat des élections législatives — prévues pour 1992 — aura une influence déterminante. Les conservateurs connaissent une crise profonde et l'issue la plus probable de ces élections — mais non certame — est un gouvernement travailliste. C'est un paradoxe de la situation politique britannique actuelle que le Parti travailliste soit dans sa phase la plus droitière depuis la Seconde Guerre mondiale juste au moment où la classe ouvrière a plus que jamais besoin d'un gouvernement travailliste !

Même avec Kinnock, une victoire du Parti travailliste redonnerait confiance et espoir aux travailleurs et préparerait le terrain pour des batailles avec la direction de ce parti, quand Kinnock s'opposera à ces aspirations. En revanche, un quatrième mandat gouvernemental pour les conservateurs péréniserait la situation actuelle et rendrait toute bataille encore plus difficile.

En soi, l'élection d'un gouvernement travailliste ne résoudra pas la question des lois antisyndicales — loin de là. En fait, le gouvernement travailliste utilisera probablement très vite les lois des conservateurs contre une classe ouvrière plus déterminée. La lutte au sein du mouvement ouvrier, pour obliger le Parti travailliste à rejeter la législation antisyndicale, est donc cruciale.

Le comité syndical du Mouvement socialiste (7) a mené une importante bataille pour que la question des lois antisyndicales soit sur le devant de la scène politique, en développant la "Campagne pour des syndicats sans entraves". En 1990, ce comité a organisé un regroupement autour de cette question lors de la conférence du Parti travailliste ; en avril 1991, il a organisé une rencontre qui a remporté un grand succès et a réuni environ 250 militants syndicaux pour discuter de l'impact des lois antisyndicales et de la manière de s'y opposer. *

Oxford, juin 1991

5) Dans les années 60 et 70, le réseau des délégués syndicaux, directement élus sur leur lieu de travail, constituait un contre-pouvoir important à la bureaucratie syndicale.

6) Voir Inprecorn° 306 et n° 309 des 6 avril et 18 mai 1990.

7) Le Mouvement socialiste est un regroupement de la gauche pour une alternative de classe dont une partie des forces sont investies dans le Parti travailliste.

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