La population urbaine était de 43% en 1980, elle est passée à 63 % en dix ans. Selon les prévisions de l'Organisation de co opération pour le développement économique (OCDE), dans vingt ans, 95% de la population de la Turquie habitera dans les villes côtières de la mer Egée et de la Méditerrannée. Autrement dit, les terrains les plus fertiles du point de vue agricole seront urbanises
Cet exode rural n'est pas le produit d'une demande de main-d'œuvre industrielle, mais du mal de vivre des campagnes. L'agriculture, soutenue par le gouvernement durant les premières décennies de la République, a été négligée dans la dernière période, sous prétexte de passage à l'économie de marché ; en réalité, il s'agit d'appliquer des politiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Alors que la Turquie était l'un des six ou sept pays autosuffisants du point de vue alimentaire, à partir de 1989, les importations agricoles ont dépassé les exportations. Autrement dit, la Turquie est devenue dépendante du point de vue alimentaire. L'élevage a connu un grand recul, sa part dans le secteur agricole passant de 40 % à 25%. Le taux de croissance du revenu agricole (3,5 % en moyenne auparavant) est passe à 2,5 % au début des années 80, égalant ainsi le taux de croissance démographique, avant de reculer en-deçà, à 2 %.
Le libéralisme a noyé le marché turque de fruits tropicaux importés grâce aux crédits internationaux, tandis que la capacité de production agricole traditionnelle du pays s'est effondrée. Les résultats de la dépendance alimentaire sont facilement prévisibles. Les petits revenus ont été condamnés à devenir végétariens, mais la hausse des prix des légumes frais limite leur choix aux patates et au blé cassé. *