• Allemagne
Les deux PC (anciennement de l'Ouest et de l'Est, le Parti communiste allemand - DKP -et le Parti du socialisme démocratique - PDS) ont eu des réactions différentes face au coup de force de Moscou.
Le DKP, qui prétend avoir 8 000 membres, dont 2 000 sont peut-être actifs, l'a indirectement justifié. Selon l'éditorial de son journal Unsere Zeit (Notre temps), il ne fallait pas abolir la démocratie, mais éviter une décomposition de l'URSS. L'auteur de l'éditorial souhaite, par ailleurs, que la junte puisse trouver « une issue à la crise ». Cependant, dans le numéro du 6 septembre, le discours n'est plus le même : « Le putsch était un de ces coups classiques qui n'ont aucun soutien de mouvements sociaux ou politiques. Même le KGB et l'armée n'étaient pas prêts à suivre leurs généraux. (...) La direction du PCUS tergiversait et était divisée. Son rôle pendant ces jours était tragique (...).»
En revanche, les dirigeants du PDS ont condamné sans ambiguité le coup de force, avant même le gouvernement allemand. Son président, Gregor Gysi, a déclaré: « Ce serait grave si, en Union soviétique, on assistait à un développement néostalinien. » Si les directions locales des länder ont eu une attitude sans équivoque, le présidium du PDS, lui, a louvoyé, avec des déclarations ambiguës, exprimant l'espoir que le pustch puisse « éviter un démembrement de l'Union soviétique. (...) Le présidium du PDS est de l'avis que l'état d'urgence n'est, en dernière instance, pas un moyen pour résoudre les problèmes sociaux, économiques et politiques (...). Nous demandons à ceux qui concentrent le pouvoir aujourd'hui en leurs mains, de ne pas s'en servir comme instrument de destruction de toutes les bases démocratiques de la société soviétique, mais d'utiliser le pouvoir d'Etat sur une base de droit, uniquement dans le but d'empêcher
NOUVELLES DES PC que le pays ne sombre dans un état de violence, de chaos, de misère et d'anarchie. Historiquement, il n'y a pas d'alternative à la démocratisation de l'Union soviétique ».
Cette déclaration a suscité de très violents débats. La Plate-forme communiste du PDS a déclaré : « (...) De facto, il y a état d'urgence depuis quelques mois » et prôné la « sauvegarde de la gouvernabilité de l'URSS ». Enfin, le 25 août, le comité directeur du PDS a condamné le pustch sans ambages.
La nouvelle opposition, née lors du congrès du PDS en juillet 1991, a protesté contre la déclaration du présidium et demandé un débat de fond. *
• Etat espagnol
Le Parti communiste espagnol (PCE) a condamné les putschistes de Moscou dès le 19 août. Pourtant il est secoué par un débat intense.
Un secteur minoritaire de la direction (derrière, entre autres, le dirigeant historique Nicolas Sartorius) a profité de la situation pour relancer sa campagne pour la dissolution du PCE dans la Gauche unie (IU, coalition fantoche, dirigée par le Parti), et surtout pour que le PCE supprime de son discours toute référence à l'abolition du capitalisme. Sartorius est suivi par l'actuel secrétaire général des. Commissions ouvrières (CCOO), Antonio Gutier-rez, et par la direction du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC, PC catalan, qui elle a, de toute façon, décidé de s'autodissoudre). En face, le secrétaire général du PCE, Julio Anguita, mène bataille contre la dissolution, avec la puissante fédération andalouse et, selon différentes estimations, la majorité du Parti.
Mais les arguments d'Anguita face aux "liquidateurs" sont faibles : s'il critique le cours pris par ses anciens homologues italiens de l'ex-PCI et garde un discours de rupture "à gauche", le secrétaire général a toujours fait preuve d'un enthousiasme sans limites envers Gorbatchev, tout en étant tout aussi incapable que ses prédécesseurs de mettre en pratique une attitude autre que réformiste. Anguita répond par une alternative politique qui a fait son temps (l'identification entre socialisme et perestroika) à une offensive idéologique qui, elle, a le vent en poupe. Le secrétaire général des CCOO a été jusqu'à déclarer : «On ne peut plus soutenir que, pendant 70 ans de communisme, ce sont les gens et non le système et l'idéologie qui se sont trompés ». Quant à Sartorius, il avance un seul mot d'ordre : « Démocratie».
• Portugal La direction du Parti communiste portugais (PCP) et son secrétaire général Alvaro Cunhal, n'ont jamais caché le peu d'amitié qu'ils portaient à Mikhail Gorbatchev et à ses réformes, comme ils l'ont montré à l'occasion des récents événements d'URSS.
Selon la commission politique du PCP : « Cette initiative l'état d'urgence] surgit comme une tentative pour contenir le développement d'un processus contre-révolutionnaire et comme la recherche de solutions dans la voie du socialisme et (selon les termes de la déclaration officielle) pour "préserver | Union des républiques socialistes soviétiques" et "dépasser la crise profonde". » Sans hésiter, la direction du PCP, le 19 août, assumait les déclarations d'intention de la junte soviétique !
Cependant, le 20 août, sentant le vent tourner et les esprits s'agiter dans son entourage, le PCP publiait un communiqué en forme de "précision" : « La commission politique refuse vigoureusement toute interprétation [de son premier communiqué, ndlr] qui prétendrait réduire la position prise par le PCP au schéma simpliste de "appui ou pas appui" aux changements politiques subitement intervenus en URSS. » Ce vrai-faux rectificatif faisait en même temps référence aux engagements pris par le « président en exercice de L'URSS » (lisez... Ianaev !).
La tension montant dans le Parti, le 21 août, sa commission politique a de nouveau été obligée d'intervenir : « Ces deux derniers jours, le PCP a clairement défendu le retour rapide de l'Union soviétique à la normalité institutionnelle. » Cunhal a été jusqu'à souhaiter bonne chance à Gorbatchev dans son dur labeur...
Les remous à la base ont été importants durants ces événements : des militants ont démissionné — surtout des élus municipaux - ; le principal dirigeant syndical a réclamé le limogeage de la direction du Parti ; et l'opposition interne a organisé des réunions publiques. *
• Afrique du Sud
Depuis l'avènement de Gorbatchev en URSS, le Parti communiste sud-africain (SACP) a essayé de se débarrasser de ses positions fortement empreintes de stalinisme. Son secrétaire général, Joe Slovo, a lancé la discussion à partir d'un document intitulé Est-ce que le socialisme a failli ?, dans lequel il embrassait le gorbatchévisme.
Le coup de force d'URSS a constitué un véritable test pour le SACP. Une semaine après, dans une conférence de presse, ce parti a déclaré que les informations sur les événements d'URSS étaient encore trop imprécises pour être commentées. La direction SACP a donc adopté une attitude attentiste pour préserver ses liens avec Moscou.
Mais sa branche du Natal a rompu la discipline. Derrière Harry Gwala, qui est aussi membre de l'exécutif national de l'ANC et qui passe pour un stalinien dur, le PC du Natal a soutenu les putschistes en expliquant que le coup de force était nécessaire car Gorbatchev menaçait de briser l'Union et de faire du tort au mouvement socialiste international.
Le SACP a finalement adopté une résolution condamnant le pustch comme anticonstitutionnel.
Dans le journal Umsebenzi, le Parti critique Gorbatchev, qui se serait plus préoccupé de préserver sa présidence que de sauver le projet socialiste. Le SACP condamne aussi la mise à l'index du PCUS considérée comme antidémocratique et la dissolution de ce parti proclamée par Gorbatchev. *
Avec nos correspondants