La banqueroute de la Banque de crédit et de commerce international (BCCI)
représente le plus grand krach bancaire de l'histoire ; le découvert serait, d'après les dernières estimations, de 20 milliards de dollars (120 milliards de franes) (1).
La fraude, la complicité des autorités publiques, le contrôle public incompétent
Du Doàn Kêt au Dien Dan
L'équipe rédactionnelle du Doàn Kêt a annoncé qu'elle ne peut plus poursuivre l'expérience "pluraliste" engagée voilà un an. En 1990, le bureau permanent de l'Union générale des Vietnamiens de France (UGVF) avait décidé de confier son journal, le Doàn Kêt, à l'équipe rédactionnelle. Il reconnaissait que les problèmes auxquels se trouvait confronté ce mensuel ne pourraient « trouver de réponse que dans une restructuration de l'Union en un rassemblement qui respecte son caractère pluraliste ».
Depuis, la revue avait fourni une information de qualité sur l'indochine, et publié en vietnamien et français de nombreux documents "contestataires", et dénoncé la répression politique qui frappait leurs auteurs.
Or, la préparation du Vle Congrès de TUGVF est l'occasion d'une reprise en main. Les documents présentés bannissent tout « pluralisme » de la vie interne de l'Union et donnent pour objectif à leur organisation de « développer de bonnes relations avec l'Etat vietnamien ». C'est une régression par rapport à la résolution adoptée lors du précédent congrès, en 1988, pour qui TUGVF devait " prendre part au mouvement de démocratisation de la vie politique pour plus de justice sociale ».
Selon la rédaction du Doàn Kêt, l'intolérance grandit au sein de l'UGVF à tel point qu'elle a décidé de « rendre le titre à l'Union » et de lancer une nouvelle publication, le Diên Dàn (Forum), qui doit « prendre le relais » avec l'ensemble de l'équipe rédactionnelle et technique du Doan Ket. Le Dien Dần « se définit comme un journal indépendant au sens où il n'est le porte-parole d'aucune organisation politique *. Cette équipe « rassemble diverses sensibilités et tient à préserver cette pluralité comme une richesse. Diên Dàn se veut un lieu ouvert, un point de rencontre, un forum (...) pour la démocratie et le développement ». Il traitera, notamment, des « problèmes de fond de la société vietnamienne ».
Le gros de ce nouveau mensuel sera en vietnamien, l'équipe rédactionnelle envisageant par ailleurs la diffusion d'une "Lettre d'information" en français. *
Pour toute information, écrire à : Diên Dàn, 193 rue de Bercy 75582 Paris Cedex 12, France. tion choisir, mais que nous devons maintenant chercher la meilleure façon d'appliquer ces documents » (21).
Il y a évidemment peu de chances que la société vietnamienne accepte de se conformer à l'image qu'en a la direction du PCV et aux directives qu'elle émet d'autorité. *
4 septembre 1991 21) BBC SW8, FE/1112 C1/3.
Les leçons du
ou défaillant, la corruption à grande échelle : tous ces éléments élèvent celte faillite au niveau d'un scandale qui résume quelques traits essentiels du capitalisme contemporain. Ernest MANDEL
DEPUIS un demi-siècle, l'économie capitaliste internationale vit dans un climat d'inflation permanente. Il s'agit essentiellement d'une inflation de monnaie scripturale, c'est-à-dire de crédits bancaires. L'économie capitaliste, après la Seconde Guerre mondiale, a vogué vers l'expansion sur un océan de dettes. La seule dette (des Etats, des entreprises et des ménages) libellée en dollars atteint aujourd'hui la somme astronomique de 10 000 milliards de dollars, soit 60 000 milliards de francs. A ces dettes s'ajoutent celles libellées dans les autres devises.
Surendettement spéculatif
A partir du milieu des années 70, cet endettement s'est emballé. Le premier choc pétrolier a fait affluer d'énormes capitaux-argent dans les banques occidentales (les fameux "pétrodollars") (2). La récession généralisée de 1973-74 a eu pour conséquence que la demande de crédits, à des fins d'investissements productifs, de la part des entreprises n'a pas suivi l'offre de crédits bancaires. Il y a donc eu déviation croissante de ces crédits vers des objectifs spéculatifs : spéculations sur les cours des changes, sur la Bourse, dans l'immobilier; offres publiques d'achat (OPA) sur des grandes firmes à des fins purement financières, souvent suivies de leur démantèlement en bonne et due forme (assets stripping).
Un chiffre résume l'ampleur de cette vague spéculative. Chaque jour ouvrable, les capitaux engagés dans les opérations de change sur les principales places financières égalent la valeur annuelle du commerce mondial.
Dans ces conditions, les grandes banques ont jeté littéralement des crédits à la tête des gouvernements du tiers monde, des pays de l'Est, de requins financiers du type Milken, Tromp, Icahn, Boone Pickens, Bond, De Benedetti. Ce fut l'ère des yuppies, de l'«enrichissez-vous n'importe comment et à n'importe quel prix (pour les autres) ». Joueurs, spéculateurs, aventuriers, escrocs purs et simples, étaient les héros du jour.
Globalisation et déréglementation
L'aspect anecdotique du phénomène recouvre une réalité sociale plus profonde. Dans une série de pays capitalistes, avant tout les pays anglo-saxons (mais pas seulement), le secteur essentiellement financier du grand capital a pris le dessus sur le secteur "productif", dans lequel il faut évidemment inclure les télécommunications et les transports, ainsi qu'une bonne partie du secteur des services, en dehors des opérations purement financières et commerciales. Cette évolution se reflète dans la part croissante de la plus-value globale (revenu national moins salaires nets) qui est appropriée sous forme d'intérêts, par rapport à celle qui relève des bénéfices (distribués et non distribués) des entreprises non-financières.
Certains ont même invoqué à ce propos un processus de désindustrialisation durable de pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. C'est aller un peu
1) Voir Die Zeit du 2 août 1991.
2) Voir Inprecorn° 317 du 26 oc.Jbre 1990.
vite en besogne. Mais le début de la tendance est incontestable.
Au lendemain des grands krachs bancaires qui avaient marqué la crise des années 30, plusieurs pays européens ont introduit un système de contrôle bancaire très strict qui s'est avéré efficace. Des pays comme la France ou la Belgique n'ont plus connu depuis lors aucune défaillance bancaire majeure. Ce n'est pourtant pas le cas de l'Italie (faillite de la banque Ambrosiana) et de l'Allemagne (faillite de la banque Hernstadt). Aux EtatsUnis, on a préféré un système d'assurance (de garantie) des pouvoirs publics contre la défaillance des institutions de crédits.
Mais lorsque ces défaillances crèvent un certain plafond, le prix de l'"assainisse- Attention ment" devient exor- Certains des les gars! bitant et se traduit par personnages les une aggravation de plus louches du l'inflation, s'il s'ef- monde ont utilisé fectue par un gonfle- cette banque! ment du déficit budgétaire et donc de la dette publique. Ainsi, la défaillance des caisses d'épargne des Etats-Unis coûte au Trésor dans l'immédiat, 150 milliards de dollars, intérêts compris, et d'ici la fin des années 90, elle lui coûtera près de 1 000 milliards de dollars.
Un système fragile
Mais la solidité relative du système bancaire international a été progressivement sapée au cours des dernières années.
D'abord, une partie des créances accumulées par les grandes banques s'avèrent de plus en plus mauvaises, c'est-à-dire risquent de ne jamais être payées. L'attention à ce propos s'est surtout concentrée sur les dettes dudit "tiers monde". Mais aux Etats-Unis, de nombreuses firmes pétrolières (lors de la baisse du cours du pétrole) et immobilières sont devenues insolvables. Au cours de l'actuelle récession, la banque britannique Barclay's considère qu'elle perd 10 millions de francs par jour du fait de créances sur petites et moyennes entreprises en faillite. La vénérable Lloyd's elle-même semble au bord de la faillite.
Dans le climat général de méfiance (et de préjugés) à l'égard des réglementations et interventions d'Etat, stimulé par les gouvernements de Thatcher et de Reagan, les banques ont eu beau jeu de réclamer à cor et à cri la déréglementation du secteur financier. La tentative timide d'imposer un léger relèvement du rapport entre capitaux propres et passif total aux banques — suggérée par la Banque des règlements internationaux de Bâle — a provoqué une campagne d'opposition très vive de la part des banques. Au bout de la déréglementation progressive, il y a inévitablement des scandales du type BCCI.
Mais la fragilité progressive du système bancaire international correspond avant tout à une transformation structurelle du système financier : son internationalisation, et sa globalisation croissante. Celle-ci n'est pas que la traduction, dans le domaine financier, du trait fondamental
BCCI.
du "capitalisme tardif" : l'internationalisation croissante des forces productives et du capital, l'avènement des firmes multinationales en tant que forme d'organisation principale du grand capital.
Dans le domaine financier, cette tendance a été puissamment stimulée par la révolution informatique, la possibilité de transférer, littéralement en l'espace de quelques secondes, des milliards de dollars d'un coin du globe à un autre. L'ampleur des "capitaux flottants" qui échappent à tout recensement, et donc à toute possibilité de contrôle, est estimée à 1 000 milliards de dollars. On ne connaît même pas le chiffre réel, à quelques centaines de milliards de dollars près. Et ce qu'on ne connaît pas, on ne peut évidemment pas le contrôler.
Pour pouvoir réglementer un tant soit peu efficacement le système financier, il faut un pouvoir d'Etat qui ait prise réelle sur lui. A l'époque du capitalisme du "laissez-faire", puis de la première phase du capitalisme des monopoles, l'Etat-nation bourgeois pouvait, sous certaines conditions politiques, remplir plus ou moins efficacement cette fonction indispensable au bon fonctionnement de l'économie capitaliste et de la société bourgeoise.
A l'époque du "capitalisme tardif", il est de moins en moins capable de le faire. Le seul Etat qui pourrait avoir prise réelle sur les multinationales serait un Etat bourgeois mondial. Mais un tel Etat n'existe pas et n'existera jamais, vu la réalité de la propriété privée et de la concurrence dans l'économie capitaliste.
La frontière entre les affaires "légitimes" et les affaires "illégitimes" n'a jamais été très claire sous le règne du capital. Déjà Balzac n'hésitait pas à écrire : « Derrière chaque grande fortune se cache un grand crime ». L'histoire économique confirme pleinement ce jugement sévère. Il y a d'ailleurs une bonne dose d'hypocrisie derrière cette distinction. L'argent de la drogue qui résulte de l'empoisonnement de millions d'être humains est certainement un argent "sale". Mais la plus-value qui provient du travail des enfants dans le tiers monde, des salaires de famine, de la surexploitation des paysans pauvres, des cadences infernales dans les grandes usines d'Occident et du Japon, serait-elle "propre"?
Sans parler des fortunes, nées de la traite des Noirs, du pillage des pays d'Amérique par les conquistadors, du pillage de l'inde et de l'Indonésie, de la course aux armements aboutissants aux deux guerres mondiales.
Il n'en reste pas moins vrai que le climat d'hyper-liquidité et d'explosion de l'endettement, conduisant à la déréglementation de fait des mouvements de capitaux-argent, a modifié progressivement les frontières entre ce qui est "légal" et ce qui ne l'est pas dans le monde des affaires.
La tentative universelle de la bourgeoisie pour réduire le poids de l'impôt qu'elle subit, en pratiquant l'évasion et la fraude fiscale à grande échelle, y a puissamment contribué.
Dans ces conditions, on assiste à une criminalisation progressive de la société bourgeoise dans son ensemble. Les fortunes de la mafia sont devenues colossales. Un mafioso américain notoire est déjà classé parmi les dix familles les plus
riches du monde. Dans une série de pays, les magnats de la drogue jouent un rôle-clé dans l'économie et assurent une fraction majeure des exportations. Le cas de monseigneur Marcinkus, cardinal du Vatican, accusé d'avoir aidé la mafia à écouler de faux titres américains, est un symbole de cette évolution.
Le blanchissage de l'argent "noir" devient de fait une préoccupation majeure des criminels richissimes, qui cherchent à passer la frontière dans l'autre sens, s'emparer de secteurs d'activités "légitimes". Vu l'ampleur des capitaux dont ils disposent, leur capacité de corruption quasi-illimitée, ce "blanchissage" devient une activité de plus en plus étendue de beaucoup de grandes banques. La BCCI a été prise la main dans le sac d'une telle opération dès 1988, ce qui n'a guère incité les pouvoirs publics à arrêter pour autant ces opérations. On lui a tout au plus infligé une amende. Ses dirigeants répondent aujourd'hui, avec un cynisme désabusé : « On nous punit pour ce que tout le monde fait ».
A côté de l'internationalisation des forces productives et de l'inflation durable, la course aux armements permanente, et de ce fait, le poids important du secteur militaro-industriel, est un autre trait majeur du "capitalisme tardif". Du même fait, le trafic d'armes et les opérations de services secrets y jouent un rôle non-négligeable.
Beaucoup d'opérations des services secrets violent la loi, sinon la Constitution de nombreux pays. Elles opèrent dans ce demi-monde interlope où trafiquants d'armes, espions, terroristes, assassins stipendiés, industriels et commerçants marrons, se côtoyent et coexistent.
La BCCI est accusée d'avoir servi d'intermédiaire, voire d'avoir aidé à financer parallèlement certains opérations d'Abou Nidal, l'Irangate du North, le financement de la Contra par la CIA avec l'aide des services israéliens, et la guerre civile en Afghanistan. Parmi les "personnalités" engagées dans ces opérations, on retrouve l'ancien secrétaire d'Etat américain à la Défense, Clifford, et le chef des services secrets d'Arabie saoudite.
La BCCI était, sans doute dès sa fondation, une entreprise frauduleuse. Créée
Men 1972 par un banquier pakistanais, M. seule année de son existence. Moyen-Orient, fondés sur des GUERRE FROIDE maison de courtiers en Bourse — les plus grandes du monde — ont indemnisé quelgros bonnets politiques) - des pertes subies par suite de la baisse des cours. Les petits spéculateurs ont dû effacer l'ardoise. Les profiteurs de cette escroquerie furent peu nombreux. On cite comme noms principaux des bénéficiaires, avec des prêts allant de 100 à plus de 300 millions de dollars :
chef des services secrets saoudiens;
Get son protégé pakistanais, Naqvi ; colonel raon;
contrôlé par les frères pakistanais Gokal ;
de la famille régnante d'Abou Dhabi ;
Ibrahim et Hammoud.
elle seule sur plus de 2 milliards de dollars.
Hasan Abedi, qui voulait échapper à la nationalisation des banques au Pakistan décidée par le régime Bhutto, cette banque n'a, paraît-il, pas fait de bénéfices dans ses opérations normales pendant une
"Selon que vous serez puissants ou misérables"
En dehors de ses opérations de blanchissage de l'argent de la cocaïne, son activité frauduleuse principale consistait à accorder des "prêts" à des magnats du
"gages"
sans aucune valeur. Il s'agissait donc de dons purs et simples.
Ces dons s'effectuèrent avec l'argent ramassé chez des dizaines de milliers de petits et moyens épargnants au Pakistan, en
Grande-Bretagne, en
Afrique (surtout au Nigéria), à Hong-Kong, au
Moyen-Orient. Il semble que 50 % des dépôts provenaient des pays d'Afrique.
Le système fonctionnait à l'aide d'un réseau spécial, d'une "banque à l'intérieur de la banque", échappant à toute comptabilité officielle ou même enregistrée.
Parallèlement, au
Japon, les principales ques clients privilégiés (grosses firmes et
— le cheikh Kamal Adham, ancien
— le fondateur de la banque, Abedi,
- le financier saoudien, Ghait Pha-
- le groupe maritime du Golfe
— des membres du gouvernement et
— les familles Khalil, Bin Mahfouz,
Au total, cette escroquerie porterait à sance ?
Pourquoi tant d'épargnants petits et moyens ont-ils placé leurs économies dans cette banque, classée 182e banque mondiale par l'hebdomadaire Business Week, avant le krach ?
Le Premier ministre britannique, John Major, a donné une explication simpliste, voire même cynique. La BCCI offrait un intérêt sur dépôt légèrement supérieur à la moyenne. Certains n'y ont vu que du feu. Ils n'ont pas compris que cela reflétait un risque de placement. Ils ne doivent donc que s'en prendre à eux-mêmes.
Si l'attrait d'un rapport légèrement supérieur peut expliquer certaines choses, en réalité l'afflux des dépôts à la BCCI provient surtout parce qu'elle paraissait contourner deux tabous : dans les pays sous pression du fondamentalisme islamique, le tabou qui frappe les prêts à intérêts, interdits par le Coran; en GrandeBretagne, la discrimination du prêt aux petits et moyens entrepreneurs originaires du sous-continent indien, pratiquée par les quatre grandes banques britanniques, discrimination à inspiration nettement ra-
Le retournement de elimat financier
Ici, on touche du doigt un autre aspect objectif du scandale. La fraude pratiquée par la BCCI s'appuyait aussi sur le procédé classique de la cavalerie : on s'appropriait le dépôt des clients A, B, C qu'on remboursait avec les dépôts des clients D, E, F et ainsi de suite.
Un tel système peut fonctionner aussi longtemps que les nouveaux dépôts affluent et que de nombreux dépositaires ne retirent pas leur argent de la banque. Mais quand l'afflux s'arrête, ce sont les derniers dépositaires qui sont grugés.
Après le krach boursier de New-York, en 1987, après le krach boursier de Tokyo, en 1990, après le début de "dégraissage" du système financier japonais, après le gonflement emballé de la dette publique aux Etats-Unis, après l'énorme coût de la restauration du capitalisme dans l'ancienne République démocratique allemande par le capital ouest-allemand, le climat de facilité et d'hyperliquidités financières a fait place à une restriction progressive du crédit.
Dans ces conditions, ce sont les petits qui trinquent les premiers. Et si des journalistes et idéologues s'indignent (ou feignent de s'indigner) que, dans cette affaire, "on" a pris aux petits pour enrichir les déjà riches, n'est-ce pas là la logique profonde du capitalisme depuis sa nais-
L'affaire de la BCCI est, en autre, un épisode de ce qu'on peut appeler l'accu-
mulation primitive d'un capital financier autonome dans les pays du tiers monde les plus développés. La BCCI s'est affirmée dès le départ comme la "banque du tiers monde". C'est dans ce sens qu'elle s'est présentée non seulement en GrandeBretagne et au Pakistan, mais dans une série de pays d'Afrique et d'Amérique latine, incitant même des gouvernements à déposer dans ses coffres leurs maigres réserves de change.
L'épisode s'est terminé par un échec, comme tant d'épisodes analogues dans le processus d'accumulation primitive du capital en Europe et aux Etats-Unis dans le passé. Que la fraude pure et simple ait joué un rôle déterminant dans cet échec n'a rien de surprenant pour quiconque connaît l'histoire mondiale du capitalisme.
Piller les finances publiques et les petits épargnants pour construire de grosses fortunes privées a été de tout temps un des mécanismes préférés de l'accumulation primitive. Les Trujillo, les Somoza, les Marcos, les Mobutu, en ont fait autant sans avoir besoin d'une grande banque internationale à eux - la BCCI les a d'ailleurs passablement aidés à ce propos.
Coneurrence
Get chiens de garde
Il ne faut donc faire aucune concession à la fausse et hypocrite idéologie "tiers-mondiste" de la bourgeoisie du tiers monde, pas plus qu'il ne faut en faire à l'idéologie impérialiste anti-tiers-mondiste. Ce que le scandale de la BCCI confirme, c'est que cette bourgeoisie exploite les sentiments anti-impérialistes de ses peuples afin de les voler, pour son propre enrichissement, en plaçant d'ailleurs le fruit de ce pillage en bonne partie dans les pays impérialistes. Elle combine à ce propos des opérations de corruption avec des opérations de relations publiques (Al Capone en faisait déjà autant à Chicago, les barons de la drogue opèrent dans le même sens à Medellin ou en Bolivie ). En offrant de l'argent pour des bonnes œuvres, à des fins philanthropiques, les dirigeants de la BCCI neutralisèrent jusqu'à des chefs d'Etat, comme Jimmy Carter, ou de gouvernement, comme James Callaghan.
rialiste veau.
temps?
douteux de la BCCI.
que centrale des Etats-Unis) ne sont intervenues pour arrêter les dégâts. Quant à l'entourage immédiat du cheikh Zayed et lement laissé faire, ils ont systématiquement couvert la fraude.
impérialistes, couvertes par deux "raisons d'Etat", étaient en jeu.
ses positions privilégiées au
Orient, conquises et consolidées après la
Première Guerre mondiale, et ce au profit de l'impérialisme américain. Mais il conserve une chasse gardée dans les Emirats du Golfe.
La BCCI était "la" banque du Golfe. Il fallait donc fermer les yeux pour sauvegarder des d'exportations de marchandises et de capitaux.
Parallèlement, pour l'impérialisme cain, le Pakistan est la d'énormes intérêts financiers et politico- militaires en Asie de l'Est. Couvrir la dictature militaire pakista-
Mais à côté de ces connivences non fondées sur la corruption directe, la concurrence inter-impé-
"raison la et d'Etat" ont joué un rôle. Il est pratiquement impossible de dénouer cet éche-
Car, pour paraphraser la phrase célèbre d'un roman de Conan Doyle, la question se pose : pourquoi les chiens de garde publics du système bancaire n'ont-ils pas aboyé à
Ils étaient en effet informés, non seulement à
Londres et à Washington, mais aussi à Abou Dhabi et à Karachi. Ils l'étaient qu'ils"
depuis des années. Déjà en 1978, le quotidien britannique Financial Times fit référence à un rapport américain mettant l'accent sur le caractère
La Banque d'Angleterre refusa en
1980 d'autoriser la BCCI à jouir d'un statut préférentiel (top rank status) en
Grande-Bretagne. Mais ni la Banque d'Angleterre ni la Federal Reserve (bandu dictateur pakistanais, il n'ont pas seu-
C'est que deux sources de "gros sous"
L'impérialisme britannique a perdu
Moyennaise est un impératif constant de la politique de Washington depuis plusieurs décennies. Or, la BCCI était étroitement liée à la classe dominante pakistanaise. Voilà la raison de la tolérance américaine.
Pas étonnant que l'hebdomadaire britannique The Economist résume le scandale en ces termes sévères : « Dans l'affaire sont entrés des espions et des terroristes, des incendiaires et des assassins. Des ministres et des fonctionnaires du plan le plus élevé pourraient en sortir en perdant leurs places dans pratiquement tous les pays concernés » (3).
L'alliance des gangsters
Get des ministres
Il ne faudrait cependant pas en déduire qu"ils" sont tout puissants et peuvent manipuler tout le monde parce peuvent corrompre tout le monde. On ne peut pas corrompre des milliers de salariés.
A la BCCI, la plupart du personnel de gestion au niveau supérieur et moyen était certes corrompu, mais la masse des employés bancaires ne l'était point.
Le député travailliste de gauche, Tony Benn, a reçu un grand nombre de lettres de tel ou tel employé, attirant l'attention sur les pratiques louches de la BCCI. Il les a transmises aux ministres compétents. Ceux-ci n'ont pas agi en conséquence.
Lorsque l'ensemble du personnel des banques aura conquis un pouvoir de contrôle réel, démocratique, public et contradictoire sur toutes les activités financières, la corruption ne disparaîtra peutêtre pas complètement. Mais elle sera réduite à une dimension sans commune mesure avec ce qu'elle est aujourd'hui à l'Ouest comme à l'Est. *
3 août 1991 3) The Economist du 27 juillet 1991.