LES 1176 délégués du
VIle Congrès ont adopté les deux rapports du comité central (politique et organisationnel), des statuts amendés, ainsi que les documents soumis à la discussion préparatoire :
le
"Programme Politique pour la construction nationale pendant la période de transition vers le socialisme" et le « contenu essentiel » de la stratégie de « stabilisation et de développement socio-économique jusqu'en l'an 2000 » (1).
Ces documents contiennent certains passages autocritiques. La direction y reconnaît une nouvelle fois qu'après la victoire de 1975, le « Parti a commis des erreurs graves dans ses orientations stratégiques comme dans son choix des moyens pour parvenir au socialisme », et qu'il n'a pas su les redresser à temps (2).
Elle note aussi que la crise qui secoue les pays de l'Est européen a été provoquée par une accumulation d'erreurs commises par les partis frères.
La plate-forme sur la
"Stratégie de développement"
dresse un tableau sévère de la situation dans le pays: « L'économie est toujours dans un état de sous-développement
(...), l'inflation est importante
(...), la vie culturelle, spirituelle et morale est moins saine (...), la corruption et d'autres maux sociaux se développent, la justice sociale n'est pas respectée ; la confiance dans la direction du Parti et sa capacité gestionnaire de l'Etat est affaiblie. Cette réalité, en partie, résulte de l'histoire et de nombreuses années de guerre ; cependant la raison principale est due au fait que nous avons construit un socialisme selon un modèle dont les caractéristiques principales sont le dogmatisme, l'absence de créativité et le subjectivisme volontariste (...) » (3).
Mais ces éléments critiques et autocritiques n'ont autorisé aucune contestation de fond concernant l'orientation de la direction ou la place du Parti dans la société. Aucune discussion, notamment, sur le
"rôle dirigeant" du PCV. Comme le note le "Programme politique", ce rôle fut esété ouvertement discuté, que ce soit par les délégués du PC ou par les députés de l'Assemblée. Le VIle Congrès n'a pas du Parti, ni n'a exprimé les transformations en cours dans la société civile.
dépasser les divergences, mais elle a reporté dans le temps leur expression. Il est bien difficile d'évaluer l'évolution réelle dynamique politique qui en résulte. Mais il est cependant possible de relever un certain nombre de grandes questions
(voir Inprecor n° 324, 327 et 333 des 15 février,
22 mars et 7 juin 1991).
Pierre ROUSSET sentiel pour la victoire durant les guerres de libération. Mais qu'en est-il depuis quinze ans ? Quel est son rapport réel à la population ? Le poids de la bureaucratie en son sein ? Ces questions ne découlentelles pas naturellement du bilan tiré de la cités par la discussion préparatoire n'ont donné lieu à aucun débat d'ensemble.
finale de ces résolutions, il semble bien que les désaccords au sein de l'appareil et la pression des militants mécontents n'ont débouché que sur des modifications formelles : le nom donné à la plate-forme politique est passé de "Programme de cons-
Le VIle Congrès du Parti communiste du Viêt-Nam (PCV) s'est tenu du 24 au 27 juin 1991 et, en août, l'Assemblée nationale a mis en œuvre ses décisions. Le bureau politique et le gouvernement ont été largement remaniés, mais l'orientation officielle n'a pas été modifiée. La direction du pays s'engage à libéraliser toujours plus l'économie, à renforcer l'autonomie des organes de l'Etat par rapport aux multiples structures du Parti, à réduire le poids de l'appareil administratif. Mais elle maintient simultanément le monopole du PCV sur le pouvoir et dénonce sans nuance tout pluralisme politique.
L'isolement international du Viêt-Nam s'accentue avec l'évolution rapide de la crise en URSS, ce qui facilite le rapprochement diplomatique et idéologique entre Hanoi et Pékin. Mais aucun des grands problèmes d'aujourd'hui n'a apporté de révélations spectaculaires sur les tensions internes En verrouillant voilà un an les débats, la direction du PCV a voulu et obtenu un congrès opaque. L'unité de façade manifestée à cette occasion n'a certainement pas permis de des rapports de force, l'état des contradictions internes et la tion (5). Les très nombreux amendements susEn attendant la diffusion de la version d'habitants. 11, printemps-été 1991.
truction du socialisme dans la période de transition" à "Programme de construction nationale dans la période de transition au socialisme"
Ce changement aurait été le produit de dures négociations entre des "orthodoxes"
qui veulent plus de dirigisme des "pragmatiques", qui exigent plus de libéralisme dans le domaine économique (4). Mais sa portée reste aléatoire, car le débat sur la politique économique est resté à un niveau très général.
Nul ne prétend que la solution des problèmes de développement du Viêt-Nam est simple. C'est bien pourquoi il est si nécessaire de soulever les questions de fond. Or, il y a un véritable gouffre entre la gravité de la situation nationale et internationale, telle qu'elle transparaît dans les textes, et la nature des discussions d'orientation. Le silence apparaît comme le trait marquant du congrès, la direction ayant gagné du temps en jouant l'étouffoir.
Les documents se contentent, pour l'essentiel, de répéter la ligne en vigueur depuis le IVe Congrès du PCV, en
1976, sous forme de vœux pieux : il faut mettre en œuvre toutes les ressources, développer harmonieusement toutes les régions et toutes les composantes de l'économie (c'est-à-dire les cinq formes de propriétés : étatique, collective, privée, individuelle et familiale), industrialiser le pays tout en améliorant les conditions de vie de la popula-
En fait, la direction vietnamienne semble vouloir s'inspirer de l'expérience
1) Ces documents doivent encore être respectivement « retouchés », « amendés et parfaits », voire « complétés » par le nouveau comité central. Nouvelles du Viêt-Nam, n° 199-200,
17 juillet 1991, p. 5. Les citations contenues dans cet article concernent la version des documents avant l'introduction des amendements lors du congrès et par le CC. Le PC vietnamien annonce 2,1 millions de membres, pour un pays de 68 millions
2) Cité par Hoang Giang, Chroniques Vietnamiennes n° 10-
3) Cité par Lê Hung, Doàn Ket n° 433, avril 1991.
4) Jean-Claude Pomonti, Le Monde, 25 juin 1991.
5) Voir Lê Hung, Doàn Ket n° 434, avril 1991.
des "quatre dragons" asiatiques, notamment de celles de la Corée du Sud et de Taïwan. Un "modèle" de développement qui combine Etat fort et gouvernement autoritaire (en l'occurrence, des dictatures) avec l'expansion étroitement dirigée d'une économie de marché. Comment transposer de tels "modèles" dans une société de transition et dans les conditions internationales actuelles ? Comment injecter une dose majeure de capitalisme dans une société non-capitaliste? Comment le faire en épurant le modèle de certains de ces éléments constitutifs, tels la négation des droits de l'homme, la répression politique comme syndicale, l'accroissement insupportable des inégalités sociales?
Le réalisme même de ces orientations est évidemment en cause. Elles exigeraient un taux de croissance exceptionnel durant les années 1990, que rien ne laisse prévoir.
Selon Phong Quang : « Des esprits frondeurs au Viêt-Nam ont d'ailleurs résumé comme suit la stratégie adoptée par le VIle Congrès du PCV : "Programme de construction du capitalisme sauvage sous la dictature du prolétariat". Si la sauvagerie de ce capitalisme est déjà visible, son efficacité l'est beaucoup moins » (6).
Les conservateurs sont toujours là
Les organes dirigeants du PCV ont été réélus : un comité Central de 146 membres, un bureau politique de treize membres, un secrétariat du comité central de neuf membres et un comité de contrôle de neuf membres. C'est en ce domaine que les décisions prises au Congrès sont les plus lourdes de conséquences. Car ce sont ces organes dirigeants qui vont définir le contenu réel des orientations adoptées. C'est aussi en ce domaine que les délégués se sont permis de rejeter trois des candidatures au comité central présentées par la direction, dont celle du ministre du Commerce et des Finances (7).
Le taux de renouvellement du comité central a été relativement faible (29% contre plus de 50 % en 1986).
En revanche, il a été très important en ce qui concerne le Bureau politique : il y a huit nouveaux membres, sur les treize que = Inprecor n° 336 du 13 au 27 septembre 1991 non-réélus. Parmi eux, on trouve : au sein de l'appareil ; reau politique) (8); qué en mars 1990 pour avoir critiqué trop tion. 1941, il s'est évadé quatre ans plus tard. dans différentes provinces, il est devenu suppléant du comité central en 1955, puis membre en 1960. Devenu vice-Premier ministre, il se retrouve suppléant du bureau politique en 1976 et membre en compte cet organisme, et sept sortants
- Nguyên Co Thach, ancien ministre des Affaires étrangères. Il paye le prix de son attitude indépendante, de l'échec de l'ouverture à l'ouest (les Etats-Unis maintiennent leur embargo, bloquant les lignes de crédits) et de la rancune que lui vouent les dirigeants du PC chinois, alors que sonne l'heure de la normalisation des rap-
— Mai Chí Tho, ex-ministre de l'Intérieur, compromis avec ses adjoints dans trop de scandales. Son départ, et celui de Nguyên Duc Thàm, responsable à l'organisation, semblent sanctionner un affaiblissement du clan de feu Lê Duc Tho, décédé en octobre 1990, qui a longtemps contrôlé les mécanismes de nomination secrétariat) (12).
— l'ancien secrétaire général Nguyên Van Linh est nommé conseiller du comité central, avec Vo Chí Công (et Pham Van Dong qui n'appartenait déjà plus au bu-
- citons aussi Tràn Xuân Bach, révoouvertement l'immobilisme de la direc-
Le nouveau secrétaire général du PC vietnamien est Dô Muoi, 74 ans. Selon sa biographie officielle, né en 1917, il milite depuis 1937 et a adhèré au Parti commu- été élu. niste indochinois en 1939. Arrêté en (FEER), 11 juillet 1991.
1988. Après avoir assumé des responsabilités comité de contrôle. (AWSJ). 8 juillet 1991. 1982. Quatre ans plus tard, il entre au secrétariat puis devient président du conseil des ministres (9).
Comme d'habitude, le bureau politique ne compte aucune femme.
Mais, pour la première fois, une femme est entrée au secrétariat du comité central : Truong My Hoa. Le nouveau secrétaire général a commis un faux pas, en la nommant d'autorité à la tête de l'Union des femmes vietnamiennes. Ngo Ba Thanh, une député d'Ho Chi Minh-
Ville à l'Assemblée nationale, l'a publiquement rappelé à l'ordre, exigeant que les militantes de l'Union puissent choisir elles-mêmes leurs dirigeantes. Muoi a alors dú faire partiellement marche arrière : Hoa est devenue la candidate recommandée par le Parti pour ce poste (10).
Le nouveau bureau politique apparaît composé majorité pour d'idéologues conservateurs, dont Lê Duc Anh,
Dao Duy Tùng et Doàn
Khuê, et pour minorité de
"libéraux"
en matière économique, comme Vo
Van Kiêt et Phan Van Khai. Le secrétariat du comité central est lui aussi dominé par les conservateurs (11). Le départ de Mai
Chí Tho ne signifie pas un assouplissement politique du bureau politique.
Plusieurs des nouveaux élus se sont faits remarquer par des discours musclés, dénonçant, au nom de la sécurité, la démocratisation, tels Nguyên Duc Bình et
Nông Duc Manh (ou Nguyên Hà Phan au
Quelle place pour l'armée ?
C'est la montée au rang de numéro deux, du général Lê Duc Anh qui soulève le plus de questions (13). Général d'active comme Doàn Khuê, il représente directe-
6) Phong Quang, Doàn Kêt n° 434, daté de mai 1991, mais publié en juillet 1991, après la tenue du congrès.
7) 68 candidatures ont aussi été présentées directement par les délégués, mais, parmi elles, seul le ministre de la Santé a
Murray Hiebert, Far Eastern Economic Review
8) Membre du BP élu en 1986, Pham Hùng est mort en
9) Nouvelles du Viêt-Nam, op. cité.
10) FEER, 22 août 1991,
Truong My Hoa, déjà vice- présidente de l'Union des femmes, a précédemment siégé au
11) Nayan Chanda, Asian Wall Street Journal Weekly
12) Nông Duc Manh, d'ethnie tày, est le premier dirigeant appartenant à une minorité ethnique à accéder au BP à ce titre.
13) Les membres des organismes dirigeants sont tous classés suivant un rang hiérarchique.
ment les forces armées au sein du bureau politique. Tous deux sont jugés conservateurs. Or, l'armée a été reprise en main, les officiers supérieurs les moins "orthodoxes" ayant été écartés.
L'ascension politique de Lê Duc Anh est d'autant plus significative qu'il pourrait devenir, d'ici à la fin de l'année, le nouveau président du Conseil d'Etat - à savoir le chef d'Etat.
L'Assemblée nationale prépare une réforme constitutionnelle qui vise à centraliser les pouvoirs avec, notamment, un gouvernement plus compact, exerçant un contrôle plus actif sur les provinces. La position de chef d'Etat, actuellement largement honorifique, deviendrait la principale fonction d'autorité, à l'image des régimes présidentiels.
Les forces armées semblent, aujourd'hui encore, moins discréditées, moins impopulaires, que les autres appareils d'Etat, certainement moins que la police politique. Fer de lance des guerres de libération en 1945-1975, puis des guerres sino-indochinoises qui ont éclaté en 1978-1979, l'armée risque aujourd'hui d'être transformée par le bureau politique en instrument de répression interne. Dans quelle mesure une telle transformation, si elle est effectivement tentée, réussirait-elle ?
C'est certainement l'une des questions les plus graves que soulève le cours politique actuel de la direction du PCV. La réponse n'est probablement pas donnée d'avance.
Les forces armées vietnamiennes se trouvent aujourd'hui dans une situation très difficile. Compte tenu de la crise économique et de l'interruption brutale du gros de l'aide soviétique, le budget de la défense a dû être considérablement réduit — 70 % de ce budget serait consacré à l'alimentation et au logement des effectifs, 30% seulement à l'entretien et à l'achat d'armements (14). Malgré cela, les conditions de vie des soldats sont souvent misérables.
Le lieutenant général Dam Van Nguy déclarait en janvier 1991 : « Le niveau de vie de nos soldats partout au Viêt-Nam est trop mauvais, trop terrible, et a eu un impact négatif sur le travail, les études, l'entraînement et la préparation au combat. » D'où un accroissement de la corruption, du détournement de matériel, des désertions et du recours à la contrebande dans les rangs des forces armées (15).
Les effectifs ont été réduits de moitié ces demières années, tombant de 1,2 million en 1979 à 600 000, mais les anciens soldats se retrouvent souvent au chômage. Des unités militaires sont partiellement reconverties dans la production économique. Le corps de réserve comprendrait, par ailleurs, 3,5 millions de membres et il existe une importante force
Comment les forces armées vont-elles réagir à la crise de régime que traverse le Viêt-Nam et à l'évolution de la situation internationale (alors que nombre de leurs cadres ont été formés en URSS) ? Les postes politiques clefs sont tenus par des officiers supérieurs, issus de la première génération révolutionnaire, souvent considérés aujourd'hui des "conservateurs".
Quelle est l'orientation des générations plus jeunes ? Il y a déjà eu des mouvements de contestation, notamment au Sud, pour l'instant muselés. Qu'en sera-t-
Il est difficile d'évaluer l'impact à terme de la crise soviétique sur le régime vietnamien. Au moment du coup d'Etat de Moscou, le bureau politique est resté très discret, même s'il est certain que d'importants dirigeants ont réagi favorablement au renversement de Gorbatchev et à la prise de pouvoir de ceux qu'ils considéraient comme leurs plus proches "amis". Dans l'immédiat, l'échec du coup d'Etat va provoquer un nouveau raidissement à Hanoï et une accélération du rapprochement avec la Chine.
L'impact de la situation mondiale Tout dans l'évolution de la situation mondiale — de la guerre du Golfe à la crise soviétique — ne peut qu'inquiéter la direction du Parti communiste, et aggraver sa paranoïa sécuritaire.
La situation est effectivement grave pour le régime. La liste des invités au VIle Congrès montre à quel point le PCV se retrouve isolé dans l'arène internationale, replié sur soi. Il n'y avait que quatre délégations de "partis frères" présentes : le PC de l'URSS (avant sa quasi-dissolution pour cause de coup d'Etat manqué), le Parti populaire révolutionnaire laotien (voir encadré en p. 23), le Parti révolutionnaire du Kampuchea (Phnom Penh) et le PC cubain.
Les réactions de repli sont d'autant plus profondes que Washington a montré à Hanoï qu'il devrait payer le prix fort pour la normalisation de leurs relations, en maintenant l'embargo après le retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge - en dépit des engagements que les Etats-Unis avaient pris à ce sujet. Il semble probable qu'un accord sur le Cambodge sera signé dans un avenir relativement proche, avec l'aval de l'Organisation des Nations-Unies (ONU), et qu'en conséquence, les rapports entre les deux
14) Selon le général Lé Duc Anh, alors ministre de la Défense, en décembre 1989. Cité par Murray Hiebert, FEER, 13 juin 1991.
15) Idem.
gouvernements vont se détendre. Le Viêt-Nam pourra alors traiter avec les organismes financiers tels le Fonds monétaire international (FMI) et poursuivre plus librement ses échanges économiques avec des pays comme le Japon, l'Australie et la France. Mais la leçon de choses ne sera pas oubliée par les "conservateurs", qui ont précisément reproché à Nguyên Co Thach les illusions qu'il avait nourries sur la rapidité de l'ouverture à l'Ouest.
Vue d'Hanoï, l'évolution de la situation internationale doit être bien difficile à comprendre.
Dans leur majorité, les membres du bureau politique ne connaissent pas le monde occidental. Nayan Chanda note : « La direction du Parti est conservatrice dans le sens où elle a un regard "intérieur" car seulement trois de ses membres — les réformateurs — ont voyagé dans des pays non-socialistes » (16).
Ce "provincialisme" étonnant est un grave handicap politique, ce que reconnaît le cadre vietnamien qui s'est confié au journaliste Murray Hiebert : « Aucun des nouveaux dirigeants ne comprend la situation internationale. Ce n'est pas seulement une faiblesse, mais un véritable danger » (17).
Le regard tourné vers la Chine
C'esi vers la Chine que Hanoï se tourne, treize ans après la rupture de 1978, pour briser son isolement. Fin juillet, Lê Duc Anh a effectué un voyage secret à Pékin pour présenter les résultats du VIle Congrès, avec lesquels la direction chinoise a déclaré qu'elle « était totalement d'accord » (18). Voilà qui ne va pas rassurer ceux qui, au Viêt-Nam, ne peuvent oublier que la "voie chinoise" a conduit au massacre de la Place Tianamen !
Macao NIE Hanoi (Portugal)
LAOS THAILANDE Bangkok KAMP VIÊT-NAM Ho-Chi-Minh-Ville Spratley
Les deux PC, hier ennemis en guerre, vont se rencontrer pour sanctionner officiellement leur réconciliation. Le régime vietnamien peut bénéficier un temps de ce retournement d'alliances, de ce partenariat forcé. Les échanges économiques se développent rapidement avec son grand voisin.
Le poids de la Chine est tel qu'il est difficile de l'ignorer sur le plan régional et international (rappelons qu'elle possède l'arme nucléaire et un droit de veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU). Faire bloc peut effectivement permettre à Hanoï de réduire son isolement.
Mais le prix à payer risque d'être lourd, il se fait déjà sentir dans le domaine idéologique — on sait que Pékin n'a jamais eu pour habitude de traiter en égal son cousin vietnamien.
On verrouille tout!
Guangzheu (Canton)
Toujours dans la logique du repli, la direction du
Hon
PCV semble vouloir "ver-
18 rouiller"
politiquement l'après-congrès, comme elle en avait étouffé le débat préparatoire, en s'ap-
Paracets puyant sur l'autorité formelle des décisions prises.
Mer de Chin
Dào Duy Tùng, le numéro quatre du bureau politique, a déclaré dans son rapport de clôture, que :
« Le Congrès a analysé et discuté le fait que la grande majorité de notre peuple a soutenu la ligne de rénovation de notre Parti ; reconnaissant que notre Parti est la seule organisation politique [capable] de diriger la société, il a rejeté le pluralisme politique, le pluripartisme et les partis d'opposition, et a réitéré que nos forces pour conduire la dictature sont fermes et fortes » (19). C'est, probablement, en l"écoutant" avec attention que le congrès a pu ainsi déterminer ce que pensait le peuple (20).
Voice of Viêt-Nam a renchéri sur le même mode, chantant l'unanimité réalisée au congrès et déclarant tout débat clôt : « La grande unanimité des délégués au congrès à propos des documents adoptés a réaffirmé la force inébranlable d'un parti qui a fait ses preuves dans d'innombrables événements historiques. Au moment où la situation internationale est pleine de changements, la crise socioéconomique de notre pays n'est pas finie, et les ennemis intérieurs comme extérieurs attaquent toujours, jour et nuit, en essayant de détruire la direction du Parti, la grande unanimité du congrès est particulièrement significative (...).
» S'il est impossible d'y trouver des points tout à fait unanimes, la ligne principale du congrès a été déterminée et est partagée par la majorité absolue des délégués. (...) On peut même dire qu'il ne faut plus débattre et peser quelle dires-
16) AWSJW, op. cité p. 2. Les trois "réformateurs" mentionnés sont Vo Van Kiet, Phan Van Khai et Vo Trân Chí.
17) FEER, 11 juillet 1991
18) Murray Hiebert, Tai Ming Cheung, FEER, 22 août 1991.
19) Voice of Vietnam, 27 juin 1991, in BBC Summary of World Broadcast, FE/1116 C1/1.
20) Un thème traditionnel des communismes chinois et vietnamiens est qu'un cadre doit savoir être à "T'écoute du peuple" pour "apprendre" de son expérience et mieux le "servir".