Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE LATINE

Rénover le socialisme

· Inprecor n° 336, 13 septembre 1991 · p. 19 · 1 026 mots

Brésil Nicaragua El Salvador

Du 12 au 15 juin 1991, la lle Rencontre des mouvements et partis politiques de l'Amérique latine et des Caraïbes s'est tenue à Mexico (1), avec la participation de 68 organisations venues de 22 pays — parmi lesquelles on pouvait noter la l'organisation Lavalas de Haïti, qui n'avaient pas assisté à la première rencontre de Sao Paulo de 1990. Une douzaine d'organisations d'Europe, des Etats-Unis et du Canada ont participé à cet événement. Marco Antonio Velazquez, membre

Rénover

le socialisme

présence du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) ou encore de du comité central du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, section mexicaine de la IVe Internationale) rend compte des discussions et des résolutions de cette réunion (2). Marco A. VELAZQUEZ

LA Ile RENCONTRE des mouvements et partis politiques du Forum de Sao Paulo, a notamment fait plusieurs déclarations de solidarité : avec la révolution cubaine et la défense de sa souveraineté face à l'impérialisme des Etats-Unis ; en défense des conquêtes de la révolution sandiniste ; avec le processus démocratique et populaire de Haïti ; avec la lutte du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) du Salvador ; avec l'Union révolutionnaire nationale du Guatemala (URNG) et ses propositions de paix sur de justes bases ; ainsi qu'avec la lutte pour le retrait des troupes nord-américaines de Panama et le combat anticolonial de Puerto Rico.

Les participants à cette réunion ont aussi exprimé leur soutien à la revendication argentine sur les îles Malouines et à l'indépendance de la Martinique et de la Guadeloupe ; ils ont unanimement rejeté «toutes les mesures d'impunité [adoptées] en Amérique latine vis-à-vis des crimes des dictatures militaires et des violations des droits de l'homme sur notre continent, notamment en ce qui concerne le problème des disparus ».

Les participants à la rencontre de Mexico ont pris un profil clairement antiimpérialiste ; cette attitude est positive dans le contexte international actuel alors que l'arrogance capitaliste, le militarisme et l'agressivité des Etats-Unis encouragent l'idée selon laquelle il serait impossible de s'y opposer, et alors que l'anti= Inprecor n° 336 du 13 au 27 septembre 1991

AMERIQUE LATINE impérialisme souffre d'un certain affaiblissement.

Cette réunion a surtout servi à poser les bases d'un large front continental qui rejette l'offensive néolibérale et néoconservatrice dans les domaines économique et politique.

Evidemment, derrière les accords de cette rencontre, on trouve aussi un large éventail d'interprétations, d'analyses, de points de vue et de perspectives politiques parmi les 68 organisations présentes. Certaines forces prônent une orientation social-démocrate — qui concorde avec le processus des "démocraties" sous tutelle - ; certains courants socialistes essayent aussi de réadapter leur cadre stratégique à la situation internationale actuelle sans pour autant renoncer à leurs objectifs socialistes.

L'actualité du socialisme

Cependant, le risque et la tentation de jeter le bébé avec l'eau sale du bain existent. Pour certaines organisations, qui cherchent à "moderniser" leur discours, se défaire du dogmatisme revient à jeter dans les poubelles de l'histoire tout le bagage théorique et politique accumulé au cours des expériences révolutionnaires. Certains confondent le dogmatisme avec le marxisme, à partir de leur propre compréhension du "marxisme" divulgué par les manuels soviétiques. On peut aussi noter une démocratisation, qui part du principe selon lequel, dans nos pays, il serait possible de développer une sorte de capitalisme "humain", d'autant plus illusoire que le projet impérialiste ne prévoit même pas de ressources pour "humaniser" l'exploitation de nos peuples. Pire encore, si une force social-démocrate parvenait au gouvernement elle se limiterait probablement à gérer le projet néolibéral actuel, même si, aujourd'hui, elle essaye de montrer son hostilité à celui-ci.

Voilà pourquoi le discours de Luiz Inacio Da Silva (Lula), dirigeant principal du Parti des travailleurs (PT) du Brésil, est encourageant ; lors de l'inauguration de la rencontre, il a prôné la défense du socialisme et de ses perspectives. Tout comme Lula, nous pouvons dire que le socialisme est plus valable que jamais, plus nécessaire et plus urgent que jamais. En Amérique latine, même si la situation n'est actuellement pas favorable aux socialistes, c'est bien le capitalisme qui a échoué en maintenant des millions de personnes dans une misère absolue, dans la maladie, l'analphabétisme et le chômage. On ne peut sortir de cette situation ni par le néolibéralisme ni par le nationalisme usé.

Les socialistes doivent trouver des voies pour changer le rapport de forces dans nos pays et dans tout le continent, pour le faire pencher du côté des travailleurs. Si, au lieu de remettre réellement en question le modèle des démocraties sous tutelle qui sont en train de s'imposer, les organisations cherchent à s'adapter à de tels projets, à une vision gradualiste d'une supposée transition vers la démocratie, elles ne parviendront pas à leurs buts.

Le socialisme en Amérique latine a besoin de se renouveler, de réorganiser ses stratégies et d'être repensé : cette nécessaire rénovation n'implique pas l'abandon de la perspective de la révolution socialiste dont a besoin notre conti-

En paraphrasant Ernesto Che Guevara, on pourrait dire qu' « il n'y a pas des changements à faire, ou révolution socialiste ou caricature de la révolution ».

Et on pourrait même ajouter : ou révolution anti-impérialiste, réellement populaire et socialiste, ou caricature de la révolution. *

Mexico, juillet 1991

1) La première réunion s'était tenue à l'initiative du Parti des travailleurs (PT) du Brésil à Sao Paulo, en juin 1990, d'où le nom de Forum de Sao Paulo. Voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990.

2) D'ores et déjà la prochaine rencontre a été fixée au mois de juin 1992. Les organisations réunies à Mexico ont aussi décidé de tenir un séminaire sur les projets altematifs d'intégration latino-américaine ; d'organiser un forum sur le dialogue Nord-Sud dans une capitale européenne et un autre sur l'Amérique latine et le "nouvel ordre international" ; elles enverront des délégations aux différentes rencontres internationales ; et elles participeront aux célébrations alternatives du 500e anniversaire de la conquête de l'Amérique. Un groupe chargé de coordonner ces tâches a été constitué avec la participation du FMLN, du FSLN, du Parti communiste cubain (PCC), de la Gauche unie du Pérou, du PT, de Lavalas, du Mouvement Bolivie libre et du Front large d'Uruguay.

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