Inprecor 1974–2004

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MEXIQUE

Le PRI se croit tout permis

Inprecor n° 336, 13 septembre 1991 · p. 13-15, 15-17 · 4 412 mots

Mexique

reprises par la presse internationale —, les élections du Parlement et de la moitié du Sénat, le 18 août 1991, comptent parmi les plus frauduleuses de l'histoire du

Le PRI se croit tout permis

Contrairement aux affirmations du gouvernement mexicain — amplement

Mexique.

Inprecor a rencontré Edgar Sanchez, membre de la direction du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, section mexicaine de la IVe

Internationale), qui était candidat à ces élections, au sein du Front électoral socialiste (FES), pour évoquer la situation sociale et politique mexicaine.

INPRECOR : Les élections du 18 août 1991 ont-elles été aussi

"propres" que l'affirment les médias gouvernementaux?

Edgar SANCHEZ : Le gouvernement avait certainement décidé de recourir à la fraude sur une grande échelle dès le lendemain de l'élection présidentielle de juillet 1988, alors que le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir avait subi une défaite très importante face au regroupement constitué autour de

Cuauhtemoc Cardenas (1), et où la population était descendue dans la rue contester la fraude électorale. L'élection de son candidat à la présidence, Carlos Salinas de Gortari, avait été très contestée, et le

PRI avait également perdu du terrain au

Parlement et au Sénat; son hégémonie avait été remise en cause par l'élection d'un nombre important de députés de l'opposition. Et, pour la première fois depuis les années 30, quatre sénateurs n'appartenant pas au PRI avaient été élus.

Pour que cette situation ne se reproduise plus, le gouvernement a mis en place une stratégie autour de trois objectifs. Tout d'abord, relancer les partis

"croupions", qui collaborent avec lui ou qu'il a créés pour diviser l'opposition et qui s'étaient alliés à Cardenas en 1988 — il y a tout de suite réussi en soutenant le

Parti du front cardéniste de reconstruction nationale (PFCRN), qui a choisi ce nom pour semer la confusion chez les partisans de Cardenas.

Ensuite, le PRI a établi un accord politique avec le Parti d'action nationale

(PAN, parti traditionnel de la droite conservatrice, vieux de plus de 50 ans). Cela a été facile car la direction actuelle du

PAN développe les mêmes thèses économiques que le gouvernement de Salinas. Enfin, il s'est efforcé de battre électoralement le Parti de la révolution démocratique (PRD) fondé par Cardenas.

Le PRI s'est donc préparé à organiser une nouvelle fraude. En 1990, il a mené un recensement général de la population, qui est arrivé à des conclusions surprenantes : dans les Etats où le PRI avait été battu en 1988, la population n'augmentait plus, alors que dans ceux où il avait maintenu son hégémonie, elle croissait et se multipliait étrangement... Ces faits ne coïncidaient pas avec les tendances normales de la croissance démographique; ainsi, d'après les données officielles, la population de la ville de Mexico n'augmente plus, alors qu'il est de notoriété publique que c'est l'une des villes au monde à la croissance démographique la plus importante...

La seconde étape de la fraude a eu lieu en 1991 lors de l'établissement des nouvelles listes d'électeurs — c'était d'ailleurs une des exigences de l'opposition, mais cela a été utilisé par le gouvernement en sa faveur. Au cours de cette élaboration, le nombre de votants potentiels a diminué de manière importante ; selon le recensement, 46 millions de citoyens auraient dû obtenir le droit de vote, or seulement 39 millions de personnes sont apparues sur les listes d'électeurs... Comme par hasard, la "disparition" des votants a eu lieu dans les zones les plus favorables à l'opposition.

La fraude a continué lorsqu'il s'est agi de donner leurs cartes d'électeurs aux citoyens. D'après les chiffres officiels, seuls 36 millions de Mexicains sont venus chercher leur carte. Pour justifier cela, le gouvernement a invoqué l'apathie civique des citoyens, mais c'est faux. De nom-

Salinas de Gortari et la privatisation du pétrole breux candidats aux élections du PRT -qu'on ne peut pas soupçonner de manque d'intérêt pour la politique — n'ont pas pu obtenir leur carte. Ainsi, Rosario Ibarra, candidate au poste de sénateur à Mexico (2), n'avait pas reçu sa carte d'électeur la veille du vote. Au moins dix millions de Mexicains en âge de voter n'ont pas pu le faire.

La fraude a évidemment continué le jour du scrutin. Nous avions prévu qu'elle serait moins flagrante que dans le passé et que le gouvernement tablait surtout sur le fait que les gens n'iraient pas voter de manière massive. Le PRI y avait intérêt puisqu'avec seulement 35% des voix, il obtenait la majorité des députés. De plus, le gouvernement peut plus facilement manipuler les chiffres des abstentionnistes et les transformer en votes pour le PRI.

Alors qu'en 1988 il y avait de nombreux représentants de l'opposition dans les bureaux de vote pour observer le déroulement du scrutin et le dépouillement, cela n'a pas été le cas cette fois-ci, et le gouvernement en a profité pour renouer avec ses vieilles méthodes : "carrousel" (un autobus rempli de partisans du PRI qui fait le tour des bureaux de vote d'une

1) Lors des élections présidentielle et législatives de juillet 1988, le PRI s'est attribué plus de 50% des voix, lors d'une fraude sans égal, face à Cuauhtemoc Cardenas - candidat à l'élection présidentielle en rupture avec le PRI —, crédité officiellement de 31 % des voix. Cela a provoqué un mouvement de protestation populaire très important.

En janvier 1989, Cardenas a fondé son propre parti, le PRD, entraînant dans son sillage le PC mexicain, des organisations d'extrême gauche, des cadres du PRT et de nombreux intellectuels.

2) Mère d'un disparu politique, Rosario Ibarra de Piedra dirige le Comité Eureka de défense des prisonniers, poursuivis, disparus et exilés politiques mexicains et le Front national contre la répression (FNCR). Ce fut la première femme mexicaine candidate à la présidence de la République, présentée par le PRT en 1982 et en 1988.

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= même ville) ; tacos de vote (chacun des membres du syndicat gouvernemental reçoit dix ou quinze bulletins de vote pour le PRI, mais au lieu de les mettre un par un dans l'urne, il les dépose pliés ensemble); petits déjeuners électoraux (des membres du PRI offrent un petit déjeuner copieux à des quartiers entiers et les amènent ensuite voter en groupe).

Le PRI a également empêché les représentants de l'opposition d'accéder aux bureaux de vote et interdit à certaines personnes de voter ; dans les bureaux où il n'y avait pas de représentants de l'opposition, il se sont appropriés toutes les voix ou les ont partagées avec les partis "croupions"

• Mais alors, quel est le résultat réel de ces élections (3) ?

Nous prévoyions que le PRI réussirait à regagner des voix, surtout à cause de la décomposition du PRD et du PAN. Mais le scrutin a été tellement frauduleux — ils ont remporté haut la main plus des deux tiers des sièges de l'Assemblée — qu'il est pratiquement impossible de mesurer leur remontée réelle.

• Cette "victoire écrasante" du PRI débouchera-t-elle sur des changements de la Constitution, nécessaires pour que Salinas mène à bien ses réformes économiques libérales ?

Pour mener à bien le Traité de libre commerce avec les Etats-Unis et le Canada (4), des modifications de lois et de la Constitution sont indispensables. La composition du Parlement élu en 1988 avait obligé le PRI à négocier avec certains groupes parlementaires de l'opposition, car il ne possédait pas les deux tiers des députés, nombre nécessaire à l'introduction de réformes législatives et constitutionnelles. Ils ont maintenant assez de députés pour introduire ces amendements sans l'accord des partis d'opposition.

• Le coût de la vie a beaucoup augmenté depuis un an. Cela a-t-il un rapport avec le début d'application du

Traité de libre commerce?

Le niveau de vie de la population avait déjà baissé de manière importante à la fin du gouvernement de De La Madrid, mais les choses ont empiré avec Salinas ; il a réussi à juguler l'hyper-inflation, mais en faisant des coupes sombres dans les budgets sociaux.

L'axe fondamental de la politique de Salinas est le Traité de libre commerce ; d'après lui, le Mexique va bientôt devenir un pays développé mais, pour ce faire, il lui faut entrer de plein pied dans la compétition avec les "grands" et donc lever toutes les barrières douanières et commerciales qui protégeaient la production mexicaine. Evidemment, c'est un leurre : notre pays est incapable de faire concurrence à la première puissance mondiale. Avec ce traité, le Mexique deviendra peut-être une partie des pays développés, mais à l'image d'Harlem ou de Porto-

La seule marchandise attractive que peut offrir le gouvernement mexicain est la force de travail bon marché, ce qui conduira à l'installation de davantage de maquiladoras (5) qui seront en compétition avec celles de Taïwan ou de HongKong. L'équipe de Salinas hypothèque aussi la santé et l'avenir des Mexicains, puisqu'elle autorise l'installation d'usines polluantes, interdites par les législations des Etats-Unis et du Canada.

Pour arriver à ses fins et faire la part belle à l'impérialisme, le gouvernement doit absolument modifier la loi fédérale sur le travail, afin de réduire à néant toutes les conquêtes syndicales et salariales, de supprimer les conventions collectives et les rares prestations sociales qui existent.

Le Traité de libre commerce entraîne déjà des fermetures d'entreprises et des faillites d'usines qui ne peuvent pas résister à la concurrence avec les entreprises nord-américaines. En outre, on assiste à la privatisation de nombreuses entreprises nationalisées. Tous ces facteurs conduisent à une détérioration sans précédent du niveau de vie de la population mexicaine, comme l'illustre la récente apparition du choléra au Mexique.

Comment s'explique alors le fait que le PRI semble, indépendamment de la fraude massive, avoir retrouvé des voix par rapport à 1991 ?

Pour tenter de récupérer le consensus perdu en 1988 et son contrôle sur la population, le gouvernement du PRI a mis en place, dès le lendemain de l'élection de Salinas, un "programme de solidarité", dont il a fait son cheval de bataille idéologique. Il s'agit, en fait, d'une gigantesque escroquerie.

Sur les conseils du Fonds monétaire international (FMI), la politique économique du gouvernement consiste à réduire au maximum les dépenses publiques dans les secteurs considérés improductifs tels la santé, l'éducation, l'emploi, le logement, etc. ; avec ce qu'il économise avec ces coupes sombres dans les budgets sociaux, il développe ce programme qui a une fonction fondamentalement idéologique.

C'est un programme de collaboration entre le gouvernement et la population : les habitants de tel ou tel quartier présentent leur projet de construction de logements, d'adduction d'eau potable, etc., et s'engagent à fournir la main-d'œuvre et une partie des fonds ; le gouvernement, à travers ce fameux programme de solidarité, ajoute l'argent qui manque. Evidemment, les sommes investies à cette fin sont bien moindres que les anciens budgets sociaux.

Cela a la fonction, surtout politique, de redorer le blason de l'Etat-PRI et d'en donner une vision paternaliste et toute-puissante. Les besoins sociaux ne sont plus considérés comme un engagement obligatoire du gouvernement envers la population, mais comme un produit de sa "grande bonté". Et tout cela, bien sûr, au nom du bien de la nation [le PRI s'est approprié jusqu'aux couleurs du drapeau national mexicain pour son sigle et son matériel de propagande, ndlr]. La radio et la télévision assènent sans cesse des spots sur le "programme de solidarité", avec des slogan du type « A plusieurs, nous sommes plus forts », etc.

L'idée sous-jacente est qu'il faut en finir avec la lutte de classes et les confrontations, pour travailler en bonne intelligence avec le gouvernement.

Cela a fait partie de la campagne de Salinas pour acquérir la légitimité qu'il élection ; dès 1989, il a utilisé la campagne de solidarité pour visiter tous les recoins du pays, donner des titres de propriété, inaugurer des chantiers, etc.

Ce gigantesque effort publicitaire et idéologique de Salinas — alors que l'opposition, surtout cardéniste, était incapable de mobiliser la population, se basant uniquement sur un faux calcul électoraliste - laissait prévoir que les votes pour le cardénisme allaient baisser alors que ceux du PRI augmenteraient. Mais, les résultats spectaculaires du PRI sont cependant en grande partie dus à la fraude.

• Dans sa course à la privatisation, le gouvernement irait-il jusqu'a revenir sur la nationalisation de l'industrie pétrolière, symbole du nationalisme mexicain?

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Constitutionnellement, la recherche et l'exploitation pétrolières constituent un droit national, protégé des intérêts privés. Ce droit risque cependant d'être remis en cause. Le champ est ouvert à tout, y compris à l'abandon de la dernière conquête de la révolution mexicaine: la non-réélection du président de la République.

Selon certaines rumeurs, l'équipe de Salinas envisagerait de proposer sa réélection. Mais cette question est très sensible, car cela a été l'un des détonateurs de la révolution mexicaine en 1905, quand le dictateur Porfirio Diaz a refusé de reconnaître sa défaite et la victoire de Francisco Madero. Le simple fait que les proches de Salinas osent envisager ce changement donne une idée de leur orgueil ; mais je crois que, si cela se faisait, cela créerait un vrai scandale dans le pays, et que cela conduirait à une nouvelle rupture au sein du PRI.

• La privatisation de l'industrie pétrolière, voire sa vente à des compagnies nord-américaines, ne produirait-elle pas, elle aussi, une réaction de la population?

C'est possible. Mais l'industrie pétrolière avait donné naissance à l'un des syndicats les plus puissants du pays, base de l'une des bureaucraties syndicale les plus corrompues et répressives. Or, l'une des premières actions rriver à un consensus total sur des du gouvernement ons essentielles, nous proposons à de Salinas a été 'opposition l'accord suivant: ommencent par ouvrir la bouche, de faire empripuis ils ferment les yeux... sonner ces dirigeants "pourris" qui semblaient intouchables, puis de détruire leur pouvoir. Cette bataille a été très populaire et Salinas en a profité pour faire subir des défaites au syndicat. Cela a contribué à miner la fierté du pays par rapport à son industrie pétrolière, en l'identifiant à la corruption et aux abus des bureaucrates syndicaux.

• Les militants du PRD semblent très démoralisés par leur résultat électoral

— environ 8 % des votes.

Indépendamment de la fraude, les voix du PRD ont diminué, ce qui constitue une défaite pour lui. Les élections de juillet 1988 avaient créé une illusion, un mirage ; Cardenas a cru qu'il pourrait former un nouveau parti, uniquement sur la = Inprecor n° 336 du 13 au 27 septembre 1991

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base du nombre important de votes qu'il avait recueilli à cette occasion. Il n'a pas compris qu'il s'était juste produit une rup ture avec le PRI, qui avait déterminé la majorité de l'électorat à se ranger aux côtés de l'opposition, mais sans se sentir spécialement proche de tel ou tel parti po-

Nous en avons eu un exemple clair durant l'été 1989, dans l'Etat de Basse Californie-Nord, à la frontière avec les Etats-Unis. En 1988, dans cet Etat, le Front démocratique national (FDN, coalition électorale qui soutenait Cardenas) avait battu Salinas. A peine un an plus tard, lors de l'élection du gouverneur, le PRD avait donc calculé qu'il l'emporterait. Or, le PRI a effectivement perdu, mais en faveur du PAN, et non du PRD.

Cela signifie-t-il qu'en un an, la majorité de l'électorat aurait viré à droite ? Non. En 1988, à la suite de l'éclatement du PRI, les électeurs pensaient que les cardénistes étaient les mieux à même de le renverser, alors qu'en 1989, ils ont préféré miser sur le PAN.

En 1988, tous les partis de la gauche socialiste, à l'exception du PRT et de quelques autres petits groupes, ont conclu que la voie électorale était obligatoire pour se débarrasser du PRI et que, dans ce cadre, l'alliance avec Cardenas était indispensable.

Ce dernier prévoyait d'assiéger le pouvoir central en gagnant petit à petit des élections locales, d'emporter les élections législatives de 1991, puis la présidence en 1994. Beaucoup de gens ont cru dur comme fer à cette perspective, qui cependant était fausse ; le vote de juillet 1988 pour Cardenas n'a jamais pu être transformé en un vote pour le PRD.

Election locale après élection locale, les résultats montraient que le PRD ne réussirait plus à obtenir le résultat de

1988, et ce malgré l'investissement intense de Cardenas dans les campagnes locales. En outre, là où le PRD aurait dû gagner, le PRI gardait ses positions grâce à la fraude. Au lieu de mobiliser ses militants contre les exactions électorales du PRI, la direction du PRD protestait mollement puis finissait par s'incliner en pensant faire mieux lors de la consultation électorale suivante. Mais la réalité a été tout autre et le PRD a essuyé revers sur revers.

Son score du 18 août 1991 est la conclusion logique de tout ce processus. Il y a eu des discussions intenses au sein de la partie la plus électoraliste du PRD pour savoir qui se présenterait dans les districts où ils l'avaient emporté en 1988, et qu'ils pensaient pouvoir garder facilement. Or, ils n'ont pu remporter aucun des 300 districts ; ils auront des députés, mais dans les mêmes circonstances que la gauche avant 1988, seulement grâce aux restes et à la représentation proportionnelle.

C'est une immense défaite pour le PRD, qui se voit réduit à 8 % du vote national, sans une seule victoire majoritaire.

• Certains dirigeants du PRD évoquent d'ores et déjà la possibilité d'une candidature unique entre le

PAN et le PRD à l'occasion de l'élection présidentielle de 1994. Mais d'autres disent que le PRD pourrait abandonner le terrain électoral, conscient du fait qu'il n'arrivera jamais au

3) Les résultats officiels des élections législatives donnent 61,5 % de voix au PRI ; 17,7 % au PAN ; 8,3 % au PRD; 4,4 % au PFCRN et 0,6 % au PRT.

4) Voir Inprecor n° 316 du 12 octobre 1990 et n° 329 du 26 avril 1991.

5) Les maquiladoras sont des usines de montage installées dans les zones franches du Mexique. Voir Inprecor n° 319 du 23 novembre 1990.

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pouvoir de cette manière, tant le PRI est habile pour truquer les élections.

Qu'en penses-tu ?

Deux lignes s'affrontent au sein du PRD, dont l'une défend la poursuite du cours électoraliste. Ses partisans pensent que pour vaincre le PRI, la seule solution viable est une alliance de toute l'opposition, y compris le PAN. C'est possible que cette conception l'emporte finale-

Une alliance de ce genre a déjà eu lieu dans l'Etat de San Luis Potosi, le 18 août 1991, à l'occasion de l'élection du gouverneur. Mais, pour que le PAN (aujourd'hui, deuxième force politique du pays) accepte cette candidature unique à la présidentielle, il faudrait que le candidat soit plus proche de la droite que des courants nationalistes ; ce ne serait donc pas Cardenas.

Quant à celui-ci, ses déclarations sont contradictoires. Il proclame partout qu'il s'agit de la plus grande fraude électorale de l'histoire du Mexique - même plus importante que celle dont il avait pâtit en 1988 —, et répète qu'il est impossible de continuer avec des règles du jeux aussi truquées. Mais, pour être vraiment conséquent avec ces déclarations, le PRD devrait boycotter la Chambre des députés. Cette contradiction était déjà apparue en 1988 : alors que Cardenas dénonçait l'élection illégitime de Salinas, ses partisans siégeaient au Parlement.

Tout comme en 1988, le PRT affirme qu'il faudrait boycotter le Parlement ; mais nous sommes en position de faiblesse car nous n'avons pas obtenu de dé-

Des militants du PRT et du FES ont protesté contre la fraude électorale à Mexico en ôtant leurs chemises pour illustrer comment le PRI les a dépouillés (DR). putés. Ce serait cependant la seule manière d'en finir avec ce schéma vicié.

• Comment s'est déroulée la campagne électorale du PRT ?

L'apparition du néo-cardénisme (6), en 1988, a signifié un vrai tremblement de terre politique pour la gauche socialiste, qui avait marqué tous les mouvements sociaux entre 1968 et 1988. La plupart de ses membres ont capitulé devant le cardénisme. L'opportunisme et le carriérisme qui sévissaient au sein de la gauche ont été déterminants dans ce sens. Fin 1988 et début 1989, la majeure partie des groupes socialistes se sont dissouts pour participer à la création du PRD, qui est un parti nationaliste.

Le PRT, quant à lui, a perdu son registre civil en 1988 (7) et a donc moins eu la possibilité d'apparaître comme un pôle de référence socialiste à l'échelle nationale.

De nouvelles luttes sociales sont apparues auxquelles ont participé les socialistes, y compris, en en dirigeant certaines. Mais, au niveau politique, leur influence a diminué au profit du cardénisme et de l'image de parti électoral "attrape-tout" du PRD.

Le PRT s'est battu pour récupérer le registre à la fin 1990. Il voulait retrouver l'espace perdu par la gauche socialiste car il savait que les positions cardénistes étaient en perte de vitesse. Notre parti craignait que les gens engagés dans le cardénisme ne se démoralisent si leur espace diminuait et s'il n'y avait plus aucune référence à gauche. En outre, le PRT était conscient qu'il ne pouvait pas remplir à lui seul tout l'espace de la gauche socialiste, qui jusqu'en 1988 avait été plus vaste que le nôtre.

Pour retrouver cet espace, nous avons été à l'origine de la création d'un Front électoral socialiste (FES), cherchant à regrouper tous les militants de la gauche socialiste, qui continuaient à se revendiquer individuellement de ce projet mais qui s'étaient dispersés à la suite de 1988.

Nous avons cependant dû faire face à de nombreux préjugés et au sectarisme car ce projet était impulsé par le PRT. Beaucoup de gens, surtout au PRD, se sont opposés à notre lutte pour l'obtention du registre car ils pensaient que nous leur ferions du tort et que leur formation pouvait occuper tout l'espace à gauche.

Cependant, il me semble que cette expérience a été un succès. En termes électoraux, le PRT a vraiment retrouvé des voix : en 1988, les résultats officiels nous donnaient 80 000 votes ; aujourd'hui, un peu plus de 140 000. Je pense que le nombre de voix que nous avons obtenu aurait été suffisant pour atteindre les 1,5 % qui permettent de conserver le registre, si le PRI n'avait pas tant "bourré" les urnes en sa faveur.

Cette amélioration de notre position électorale montre que le projet du FES était correct. Il est encore possible de lutter en développant une option radicalement socialiste et en soulevant des questions parfois à contre-courant - présenter une prostituée comme candidate à l'Assemblée de représentants du district fédéral n'est pas quelque chose qui attire spécialement les voix (voir p. 18) -, dans des conditions particulièrement difficiles, en très peu de temps, avec de maigres ressources et très peu de cadres (le PRT a été très affaibli par sa scission de 1988, quand certains cadres nationaux ont rejoint Cardenas). Cela confirme qu'un secteur de la population se retrouve dans la gauche socialiste et qu'il est disposé à voter pour elle.

Le FES aurait sans doute pu avoir de meilleurs résultats. Mais nous n'avons obtenu notre registre qu'à la fin du mois de janvier 1991, ce qui nous a laissé peu de temps. En outre, beaucoup de gens attendaient les résultats du 18 août pour en finir avec leur expérience cardéniste et oser revenir à la constitution d'un nouveau regroupement socialiste.

6) Lazaro Cardenas, père de Cuauhtemoc, fut président du Mexique entre 1934 et 1940 ; il réalisa la nationalisation du pétrole mexicain. Il œuvra à ce que la majeure partie des organisations ouvrières et paysannes entrent dans le Parti de la révolution mexicaine (ancêtre lointain du PRI) qu'il avait créé.

7) Il s'agit d'un registre légal que les partis politiques n'obtiennent, selon la loi mexicaine, que s'ils dépassent la barre des 1,5 % des voix lors des élections. Il donne droits à des subventions de l'Etat.

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• A part le PRT, qui formait partie du FES ? Dans le FES s'est opéré un regroupement de camarades dont on ne peut pas dire qu'ils soient de simples satellites du PRT. Nous avons travaillé avec des camarades avec qui nous avions déjà milité lors de la campagne de 1988 — surtout les membres de trois associations de voisins, qui se sont formées à la suite du tremblement de terre de 1985 dans les quartiers populaires pour revendiquer un reloge-

Mais il y avait également des gens qui venaient d'une autre expérience, et sur(PSM, PC mexicain). Ce sont d'anciens dirigeants du PC qui, en 1989, se sont opposés à la dissolution du PMS dans le PRD de Cardenas; ils avaient alors fondé

Ce courant a donné beaucoup de crédibilité au FES. Les gens voyaient clairement qu'il s'agissait d'une confluence entre différents courants. De nombreux anciens militants du PC ont participé à la campagne sans entrer pour autant au PRT. Certains anciens membres du PC, qui étaient entrés au PRD, en sont même sortis pour participer à la campagne du FES. C'est le cas dans l'Etat du Yucatan où tout le comité du PRD, à l'exception de deux personnes, nous a rejoint et a mené une excellente campagne. Cela s'est également produit, de manière moins spectaculaire, dans les Etats de Jalisco et d'Hidalgo.

Depuis le début, nous sommes conscients qu'il ne faut pas accélérer les choses en vue de la création d'un nouveau parti; nous avons pensé qu'il valait mieux faire une première expérience unitaire et voir ensuite, sans brusquer les choses. Nous devons encore discuter de nombreuses questions politiques avec ces camarades, afin d'arriver à un meilleur ni-

De plus, entre 1988 et 1991 se sont d'importants bouleversements mondiaux, concernant le mouvement socialiste, le stalinisme, etc. Je pense que nous devons nous confronter à ces camarades avec une attitude plus modeste que par le passé et qu'il faudrait que nous discutions de ces changements avec eux pour trouver des réponses neuves — ils ont abandonné le stalinisme et posent la nécessité d'un socialisme démocratique.

A partir de là, existe une possibilité de rapprochement et de fusion. Pour l'instant, nous sommes au moins d'accord sur la nécessité d'une expression autonome de classe de la gauche socialiste face à la bourgeoisie. = Inprecor n° 336 du 13 au 27 septembre 1991

Tous les membres du FES ont défendu la nécessité de continuer à travailler ensemble. Il ne s'agira plus d'un front électoral mais sans doute d'un front politique, qui cherchera à appliquer une ligne commune dans les luttes sociales et dans le mouvement de masse. Nous aboutirons peut-être à un nouveau parti, mais c'est un processus à long terme, lent et complexe, mais on peut dire qu'il a déjà commencé. *

Mexico, 24 août 1991 Propos recueillis par Paquita Gomez

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