Dès le lendemain de l'annonce du retrait du contingent militaire soviétique stationné à Cuba, l'organe officiel du Parti communiste cubain, Cranma, réagissait. Nous reproduisons des passages de son éditorial. DOCUMENT LA DECISION unilatérale, et sans consultation préalable, des autorités soviétiques concernant leur personnel militaire à Cuba a des conséquences politiques graves, compromettant notre sécu-
Ceux d'entre nous qui ont connu l'issue de la crise d'octobre [la "crise des missiles", en 1962, ndlr] ne devraient pas non plus être surpris — un de ses résultats, après de multiples conversations à La Havane entre notre direction et Anastas Mikoyan, entre le 3 et le 22 novembre 1962, et l'accord signé à Moscou le 29 mai 1963, a justement été que ce contingent
Cette brigade, comme convenu, a progressivement constitué la seule présence militaire soviétique — ce que le gouvernement des Etats-Unis savait, même si ce n'était pas un sujet public — ; elle est devenue un motif de scandale lorsque les Etats-Unis ont étalé sur la place publique l'existence de la Brigade motorisée des forces armées de l'URSS à Cuba, dix-sept ans après [son installation]. La direction soviétique de l'époque a cédé à la pression nord-américaine, sans tenir compte de notre avis — nous étions hostiles au fait de nier la présence de cette brigade — et alors que les discussions sur la question étaient en cours. Dans des déclarations officielles, les Soviétiques ont transformé du jour au lendemain cette unité de combat, qui devait agir en cas d'invasion des Etats-Unis, en un "inoffensif centre d'études" et ce avec l'indulgence des gouver-
A la veille du 29e anniversaire de cette brigade, qui n'a jamais cessé d'être une unité de combat, il est question de la retirer unilatéralement, parce que cette présence symbolique, nous dit-on, appartient = Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991
CUBA à une époque révolue. Pour nous, le mot symbolique — que nous avons été les premiers à employer - a deux sens: les forces [de la brigade] ne sont pas numériquement significatives dans la défense militaire de Cuba ; cependant, elles avaient un sens profond, elles exprimaient l'amitié et la solidarité [de l'URSS] face aux menaces des EtatsUnis.
La confrontation Est-Ouest est considérée comme terminée ; l'un des blocs disparaît et, au nom de nouvelles donnes dans les relations internationales, on semble avoir recours à des pratiques regrettables, déjà apparues à des moments très difficiles des relations bilatérales entre Cuba et l'URSS. Mais alors, que signifie et à quelle époque appartient le blocus inhumain que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis plus de trente ans ? Que signifie et à quelle époque appartient l'occupation illégale de notre territoire où les Etats-Unis maintiennent, contre la volonté de notre peuple, une base militaire totalement obsolète pour leur défense stratégique?
Le nouvel ordre mondial
A la lumière des événements actuels et de notre propre expérience, nous nous sommes fait une idée sur le fameux nouvel ordre mondial, basé sur une logique de subordination aux diktats des EtatsUnis. Nous essayons d'imaginer comment se matérialiseront dans l'avenir les responsabilités historiques, politiques et morales de l'URSS.
Nous avons rejeté toutes les pressions et même toutes les propositions des différentes administrations nord-américaines qui nous ont demandé d'abjurer et de rompre nos liens étroits avec l'Union soviétique. Nous avons toujours été fidèles et loyaux à nos engagements.
On est saisi et indigné en pensant que l'on avance vers un ordre mondial dans lequel les petits pays du tiers monde, comme Cuba, dont le système social déplaît aux Etats-Unis, n'ont d'autre choix que de se soumettre ou de risquer de disparaître ; il n'y aura plus la place pour des loyautés idéologiques, ni pour les principes élémentaires éthiques. Néanmoins, nous gardons confiance dans les peuples et dans l'avenir.
Il serait immoral et injustifiable d'accepter aujourd'hui, justement lorsque les discours sur la fin de la guerre froide atteignent leur paroxysme, lorsque personne ne peut utiliser le prétexte de l'expansion communiste, ni faire un danger du contingent militaire soviétique réduit, qu'une base nord-américaine et ses troupes agressives demeurent sur le territoire national cubain, alors que l'unité soviétique se retire. Nous serions disposés à accepter le retrait simultané du personnel militaire soviétique et du personnel militaire nord-américain. Ce serait la seule alternative équitable, juste et honorable dans les circonstances actuelles. En outre, ces questions doivent être discutées avec nous, car nous sommes directement concernés.
Si le processus de concertation entre l'Union soviétique et les Etats-Unis en est au point où des problèmes comme celuici [le retrait des troupes soviétiques] peuvent se résoudre sans soupçons ni craintes, après la déclaration de l'URSS, il ne nous reste qu'à négocier le retrait de la brigade soviétique, que nous avions accueillie avec fraternité et avec gratitude, et aussi celle de la base navale de Guantanamo, suivant nos propositions.
Cuba est disposée, dans ce but, à participer à un accord international devant les Nations-Unies. Dans cet accord, avec toutes les garanties, on pourrait [souscrire] des clauses de confiance satisfaisantes pour les deux parties, parmi lesquelles, évidemment, l'arrêt des exercices d'invasion de Cuba que le commandement nord-américain dans la région réalise systématiquement depuis des années.
On peut compter sur Cuba, comme l'ont démontré récemment les cas de l'Angola et de la Namibie, pour le règlement politique négocié de tout conflit régional auquel notre pays puisse contribuer. Cuba ne menace aucun pays ni aucun gouvernement de la planète.
Mais personne ne doit espérer comp ter sur Cuba pour qu'elle renonce à ses principes, pour qu'elle se soumette ou qu'elle tire des avantages au détriment des intérêts d'autrui.
La décision unilatérale, inconditionnelle et sans nous consulter, prise par l'URSS de retirer son unité équivaut à donner le feu vert aux EtatsUnis pour qu'il appliquent leurs desseins agressifs contre Cuba. Voilà ce que symbolise moralement le retrait de ce contingent militaire symbolique.
Cuba n'acceptera jamais de se rendre ni de se vendre aux Etats-Unis ; nous sommes disposés à lutter jusqu'à la mort pour ne jamais redevenir esclaves.
La Havane, 14 septembre 1991