remporter des succès significatifs, le mouvement syndical a organisé une grève générale contre la nouvelle loi budgétaire, qui vise à frapper davantage le niveau de vie des travailleurs (alors que vient d'être approuvée une nouvelle remise de peine pour les coupables de fraude fiscale, s'ils s'acquittent de 25 % des sommes dues). L'aspect le plus détestable des mesures projetées est l'augmentation prévue de la part des médicaments et des analyses médicales payée par le patient, qui réduit les remboursements des frais médicaux à une somme dérisoire et constitue
Austérité ...
Vous avez dit austérité ?
Reprise ou pas reprise ?... Les plus optimistes annonçaient une sortie douce de la récession américaine et donc une possible relance de l'activité mondiale. Las | Le marché américain ne réagit pas comme prévu et se maintient dans la stagnation. Sidney Jones, le secrétaire adjoint chargé de la politique économique au Trésor, n'a pas caché sa perplexité : • Nous sommes dans la pire des situations, la baisse des taux d'intérêt n'a plus d'effets sur la demande de crédit, tandis que le déficit budgétaire, évalué à 340 milliards de dollars pour 1992, n'autorise aucun allégement de la fiscalité et que la dépense des ménages, qui représente les deux tiers du produit national brut (PNB), refuse de repartir - (Le Monde, 31 octobre 1991).
Ainsi vont les choses, malgré la victoire dans le Golfe, la "reconstruction" du Koweit, et l'aspiration des pays de l'Est à passer à l'économie de marché | Car ce qui ne tourne pas rond, d'abord, ce sont les économies des pays les plus industrialisés. On assiste, entre autres, à une nouvelle agitation boursière faite d'Offres publiques d'achat (OPA) diverses et coûteuses et à une nouvelle vague d'alliances, de rachats et de fusions internationales. Tout cela mobilise les trésoreries de beaucoup d'entreprises alors que d'autres (parfois les mêmes) n'ont toujours pas épongé leurs engagements financiers de la frénésie de 1986-88
Tout coûte cher 1 De l'unification allemande à l'unification européenne dans son ensemble, avec son cortège de mesures draconiennes pour discipliner et homogénéiser les différentes économies nationales. Les coûts de la réorganisation mondiale du capital se révèlent chaque jour infiniment plus élevés que prévu, alors que le tiers monde a déjà été saigné et que l'Europe de l'Est ne permet pas encore, loin s'en faut, d'y trouver un nouveau gisement de profits. Les divers gouvernements doivent donc maintenir et renforcer les politiques d'austérité. Il leur faut ruser avec leurs opinions publiques pour faire passer la pilule amère des besoins patronaux. Le capitalisme s'internationalise de plus en plus mais on demande encore à la classe ouvrière de chaque pays de se serrer la ceinture pour que "ses" patrons se présentent avec les meilleurs atouts sur le grand marché des reconversions.
Même les bureaucraties syndicales comprennent que leur propre sort se joue maintenant, et qu'il faut redonner un peu de la voix pour ne pas se retrouver marginalisées dans les nouveaux enjeux institutionnels. En Hollande, en France, en Italie, en Australie, et ailleurs des secteurs sociaux importants s'impatientent et cherchent à lutter. Les appareils syndicaux en profitent pour maintenir la pression, tout en canalisant ces révoltes dans l'illusoire recherche d'un nouveau pacte social, comme au bon vieux temps de la croissance. Mais le retour de celleci ne pourra se faire (de manière stable et sur un long terme) qu'après avoir mis à genoux les travailleurs. Ainsi se comporte le capitalisme. *
Claude Gabriel = Inprecor n° 338 du 11 au 24 octobre 1991
ITALIE
La grève générale
du 22 octobre
A près des années de trêve relative, qui ont permis au patronat italien de un nouveau coup porté à un système de santé déjà malmené (1). Antonio MOSCATO
LA PLATE-FORME éla-
BASTAZA
borée en riposte à ces attaques par les trois centrales syndicales, la Confédération générale du travail (CGIL), la Confédération italienne des syndicats libres (CISL) et l'Union italienne du travail (UIL) (2) est malheureusement plutôt ambiguë et, surtout, ne dénonce pas assez clairement un autre aspect de la politique antiouvrière du gouvernement de Giulio Andreotti : la "contre-réforme" du système des retraites, qui devrait élever considérablement l'âge de la retraite.
Les syndicats ont non seulement donné une réponse peu claire aux graves menaces que la Conféderation patronale de l'industrie (Confindustria) a fait planer sur l'échelle mobile des salaires, mais ils se sont aussi montrés prêts à négocier et à faire des concessions sur ce terrain.
Malgré tout cela, la grève a été suivie de façon importante presque partout. En revanche, la participation aux manifestations, aux cortèges et aux meetings a été relativement modeste. Si la présence des retraités a été très importante et celle des salariés du secteur public (menacés de réductions salariales très importantes) теlativement élevée, les travailleurs de l'industrie ne se sont engagés que d'une façon très limitée. Il est vrai qu'un certain désarroi avait pu être provoqué, notamment à Milan, par le fait que certaines coordinations de comités de base et de la Fédération des travailleurs métallurgistes unis (FLMU, un petit syndicat né d'une scission milanaise de la Fédération de l'industrie métallurgiste — FIM —, un syndicat d'origine démocrate-chrétienne qui a joué un rôle important dans la radicalisation ouvrière des années 70), avaient décidé de faire grève trois jours plus tard, indépendamment des centrales syndicales, et que les coordinations avaient par la suite rectifié cette décision en s'associant à la grève du 22 octobre. Mais la passivité relative de la base a été fondamentalement déterminée par la méfiance à l'égard des directions syndicales. Les travailleurs voulaient donner un signal en adhérant à la grève, mais n'étaiant pas prêts à se mobiliser pour participer à des meetings, somme toute, routiniers.
Il est intéressant de noter que, dix jours avant la grève, le Mouvement de refondation communiste (MRC) avait convoqué une manifestation nationale contre la nouvelle loi budgétaire sous le mot d'ordre « L'opposition est de nouveau dans la rue ». Le cortège, animé et combatif, qui a défilé pendant deux heures dans les rues de Rome, le 12 octobre, comptait plus de S0 000 personnes, dont de nombreux jeunes.
Milan, 28 octobre 1991
1) Pour réduire son déficit, le gouvemement italien veut réduire ses dépenses de 115 milliards de francs. Outre la diminution des dépenses de santé (de 20 milliards de francs), le gouvernement entend faire des économies grâce à la rigueur salariale (dans la Fonction publique, la progression des traitements ne devrait pas dépasser 4,5 % — l'inflation prévue pour 1992 oscile entre 5 et 6 %).
2) La CGIL, qui compte environ 4,5 millions d'adhérents, est le syndicat historique de la classe ouvrière italienne. Sa direction majoritairement réformiste, est contrôlée par l'ancien Parti communiste (rebaptisé Parti démocratique de gauche PDS), ainsi que par un courant social-démocrate. Il existe aussi un courant lutte de classe, Democrazia consiliare (Deco). Voir Inprecorn° 313 du 13 juillet 1990.