mouvement fasciste militant en Allemagne, dont les agissements provoquent systématiquement des blessés ou des morts. Or les choses évolueront. Il est déjà évident que des armes ont été stockées et que des groupes spéciaux ont commencé à s'entraîner militairement. La terreur contre les opposants politiques et une terreur de masse indiscriminée peuvent intimider la population, comme cela a été le cas dans les années 70 en Italie et en Turquie.
Il faut riposter :
Le choc de la terreur a provoqué des manifestations et d'autres ripostes ; ainsi les gens qui sont d'accord avec les fascistes n'osent plus applaudir les terroristes. Cela pourra aussi servir de base à la création d'un travail antifasciste permanent, qui aura peut-être pour résultat une diminution de l'influence de l'extrême droite dans la population — mais sans plus. Cela n'arrêtera pas la construction des gangs fascistes militants. Le réel problème est que l'extrême droite attire et se construit dans la jeunesse ouvrière, alors que la gauche et les mouvements sociaux ont pratiquement perdu toute leur influence auprès de cette couche sociale.
Le danger fasciste ne peut pas être uniquement combattu par des protestations. De plus, l'utilisation de la loi interdisant certaines organisations, l'antidote favori des réformistes et des anciens staliniens, n'est pas viable. En cas d'urgence, les fascistes représentent le dernier recours de l'Etat bourgeois et il les protégera. De toute façon, même si un groupe était interdit, rien ne l'empêcherait de réapparaître sous une autre forme, comme le prouve toute l'histoire de l'interdiction des organisations nazies ouest-allemandes.
Ce qu'il faut, c'est construire un mouvement unitaire large et permanent ancré dans des initiatives locales et des coordinations qui puissent organiser des actions et des mobilisations, construire des structures d'autodéfense et faire de la propagande. Ce mouvement devra être au premier rang pour s'opposer à l'hystérie xénophobe et s'en prendre aux racines du chômage et des problèmes de logement. Il devra centrer son travail sur les banlieues les plus défavorisées, travailler dans les usines et tisser des liens avec les immigrés.
Il ne faut pas seulement s'affronter directement aux groupes terroristes, il faut aussi changer les mentalités. *
Inprekorr, novembre 1991
AUTRICHE
Poussée
d'extrême droite
Lors des élections provinciales du 10
novembre 1991, la social-démocratie a perdu la majorité absolue à la mairie de Vienne. Les conservateurs du Parti autrichien du peuple (OeVPchrétien-démocrate) se sont vus devancés par la droite populiste du Parti libéral (FPOe) et les Verts ont doublé le nombre de leurs sièges. Hermann DWORCZAK
LE SCORE obtenu par le Parti social-démocrate (SPOe) est le plus bas depuis 1945. En perdant 7,1 % de leurs voix, les sociaux-démocrates ne gardent le contrôle de la majorité absolue des siè ges de la Diète viennoise (conseil municipal) que grâce à l'arithmétique électorale.
La formation bourgeoise traditionnelle, le Parti autrichien du peuple (OeVP), a connu une débâcle de taille : il perd 10,3 % de son électorat et se voit devancé par le FPOe.
Lors des élections de 1987, l'OeVP avait obtenu 28,4 % des voix et le FPOe seulement 9,7 % ; le 10 novembre 1991, en revanche, l'OeVP en a recueilli 18 % et le FPOe 22, 5 %. L'Alternative verte a obtenu 4,7 % des suffrages et sept sièges au conseil municipal de Vienne. Le Parti communiste autrichien (KPOe) a reçu moins de 5 000 votes et ne parvient pas à garder son dernier et unique siège au gouvernement local.
Ces élections locales ont été dominées par le thème de l'immigration. Le FPOe a mené une campagne de masse contre les immigrés. Les conservateurs se sont engouffrés dans le sillage de l'extrême droite et les sociaux-démocrates, gênés, ont essayé de contourner autant que possible le sujet.
Seule l'Alternative verte s'est clairement opposée à cette xénophobie, même si elle n'a pas toujours su être assez conséquente - le tête de liste des Verts, Peter Pilz, a répondu aux attaques de l'extrême droite, en rejetant le mot d'ordre « Etrangers dehors » (« Auslanders
Raus ») mais il a ajouté « Notre parti n'encourage pas l'immigration ».
Les boues émissaires
Dans ce contexte, le FPOe a réussi à rafler 45 000 voix aux sociaux-démocrates. Dans des circonscriptions électorales traditionnelles de la classe ouvrière, le FPOe a parfois atteint le record de 25 % des voix. La faillite de l'administration social-démocrate, durant des décennies, dans des domaines importants comme le transport, la santé, les crèches ou la construction de logements, ainsi que l'absence d'une politique d'intégration pour les immigrés ont favorisé le fait que la xénophobie ait été un point de cristallisation de toutes sortes de mécontentements diffus.
Les conservateurs, qui avaient déjà souffert des revers lors de précédentes élections régionales dans les provinces de Styrie et de Haute-Autriche, connaissent une crise importante après leur déroute électorale à Vienne. De nombreux observateurs pensent que le FPOe est déjà en sérieusement concurrencer le OeVP au niveau national — ce qui constituera une pression supplémentaire sur la coalition gouvernementale des sociaux-démocrates et des conservateurs.
La seule surprise agréable de ces élections a évidemment été constituée par les bons résultats de l'Alternative verte. Les efforts des Verts pendant cette campagne ont été fortement marqués par la personnalité de Peter Pilz, véritable leader populaire ; mais la gauche n'était pas pour autant absente. Un syndicaliste bien connu, Jean Margulies, a été élu au conseil municipal de Vienne.
Ce scrutin a surtout mis en évidence la polarisation qui existe en Autriche. Le bloc des conservateurs et des sociaux-démocrates s'effiloche. A droite, le FPOe gagne du terrain avec son tribun populiste Jörg Haider. A gauche, les Verts (1) ont l'opportunité de devenir un pôle d'attraction. La question reste de savoir si l'Alternative verte sera capable de se saisir de cette chance. *
Vienne, 19 novembre 1991
1) Les militants de l'Alternative socialiste (section autrichienne de la IVe Internationale) travaillent au sein de l'Atternative verte.