IL NOUS FAUT examiner quelques uns des remèdes administrés par le FMI ei la BM aux pays endettés leur réclamant un prêt. Ce sont les célèbres "conditions ad-jointes" à l'avance de divers crédits du FMI et de la BM ou même au simple feu vert du FMI qu'attendent les banques, lorsqu'elles renégocient la dette d'un pays.
Mais, tout d'abord, il est toutefois utile de remettre à leur place les critiques paternalistes des "experts occidentaux" qui font des "élites corrompues du tiers monde" les responsables essentiels → quand ce ne sont pas les seuls — de la situation actuelle de crise des pays dépendants. Si les pouvoirs en place dans la périphérie souscrivent, parfois en négociant un peu, les "accords" imposés par le FMI, c'est parce qu'au moins une fraction décisive des classes dominantes qu'ils représentent y trouve son compte. Par contre, les peuples en paient les décomptes.
La hiérarchisation de l'économie mondiale (pays dominants et pays dominés) se traduit aussi au plan sociopolitique : les régimes du Sud sont liés de mille manières aux pays développés — économiques, techniques, militaires, culturelles. Ils sont en quelque sorte leur dépendance. La trop lourde structure de l'appareil d'Etat — qualifiée d'"'hydrocéphalie" (1) — a été livrée par l'ancien pouvoir colonial ou la nouvelle puissance protectrice. Elle est l'analogue d'une usine achetée clés en mains par un pays sous-développé. Elle n'est pas conçue en rapport aux ressources et aux besoins locaux.
Ceux qui tirent sur les pouvoirs en place — généralement au moment où ils sont au bord du précipice — oublient de se poser une question élémentaire. Quelles forces sociales les régimes du Nord soutiennent-ils au Sud? Celles susceptibles de s'engager sur la voie d'un développement durable, en harmonie avec les nécessités de la grande majorité de la population et de leur "environnement", ou celles assurant la "stabilité" et l'"ajustement" aux exigences du Nord ? La profusion d'exemples — de la Jamaïque en passant par le Nicaragua ou Haiti — sont là pour en fournir la réponse.
La corruption à grande échelle est-elle possible sans sa contrepartie au Nord : depuis les contrats rentables, avec leurs dessous de table, jusqu'au recyclage et à la fuite des capitaux ?
Le FMI parle aujourd'hui de désarmement — nous y reviendrons — mais est-ce une raison pour taire que « les industries militaires des pays développés ont tout fait pour promouvoir la vente lucrative de leur matériel aux pays du Sud ; les crédits destinés à financer les achats d'armement étaient parmi les plus faciles à obtenir, excepté pour les mouvements de libération auxquels les fournisseurs occidentaux ont généralement refusé ce type d'aide » ? (2).
Dans la crise extrême où sont plongés nombre de pays du tiers et du quart monde, l'Etat acquiert une fonction tout à fait logique pour ses "occupants". Dans la lignée de N. Nzongola, l'économiste
Samir Amin souligne que la débandade socio-économique « prive l'Etat de toute possibilité d'asseoir sa légitimité sur un développement avouable quelconque, et de trouver une base sociale convenable pour mener à bien la stratégie qui lui correspondrait. Non seulement la paysannerie, la classe ouvrière, et les marginaux urbains n'ont rien à attendre, et le savent, mais la bourgeoisie elle-même est privée de toute perspective d'un développement significatif. Il ne reste alors que l'exploitation directe du pouvoir comme source d'enrichissement personnel, ou son exploitation indirecte par le canal d'activités économiques pseudo-privées dont la profitabilité dépend exclusivement des relations avec l'administration » (3). La rentabilité de ces dernières dépendant, à leur tour, des connexions fournies par l'Etat avec I'"extérieur", avec le Nord.
Tout le monde connaît le prix inestimable d'une place de diplomate à Genève.
Dévaluer : en avant toute !
Il serait donc salubre d'avoir en mémoire ces quelques éléments plutôt que de découvrir, avec stupéfaction, le rôle des
"élites" au Sud pour ainsi mieux camoufler un acquiescement à la politique économique du FMI, censée "rétablir l'ordre". A nouveau, par un raisonnement d'une ironique circularité, les néo-convertis aux remèdes du FMI oublient une double interrogation :
l'ordre de qui et en faveur de qui ?
donc à l'exa-
Passons peu schématimen - un que — des mesures de libéralisation proposées dans le cadre d'un plan d'ajustement structurel. Dans la pratique du FMI, le financement (prêts de divers types)
est un moyen pour imposer un "ajustement" à un mo-
Des rem
exa La discussion sur les choix économi conjointement aux pays du Sud le Fonds, mondiale (BM) ne peut être faite sans al capitalisme mondial réellement existant. | Europe, Japon) et les pays de la périphérie s
Centre les pays du tiers monde qui tra Le FMI et la BM interviennent comme des ajuster à l'accumulation du capital internal
"centres". Cet ajustement — avec les iné international et au sein des pays co l'appauvrissement par le commerce (le Su imposant des capitaux se dirigeant des pay dette, des intérêts et du principal au FMI, et
Charles-A dèle économique international dominant. Il ne vise pas à assurer en premier lieu le remboursement du prêt (le tirage) au FMI, même si cela est exigé avec rigueur.
La dévaluation massive de la monnaie nationale par rapport aux devises fortes
¡THANK YOU!
NOMIE edes sous men ques, sociaux et politiques qu'imposent monétaire international (FMI) et la Banque order des lignes de forces qui modèlent le la polarisation entre les centres (Etats-Unis,
'accentue ; ainsi que l'éventail des différences uit le cours pris par cette polarisation.
uteurs des économies périphériques pour les ional commandée, elle, par les exigences des galités croissantes qui en découlent au plan acernés — trouve deux expressions :
d exporte plus pour gagner moins) et le flux pauvres vers les pays riches (paiement de la s.) (voir Inprecor n° 335 du 19 juillet 1991).
ndré UDRY
(dollar, deutsche mark, etc.) est l'un des premiers remèdes prescrits. Nous ne nous attarderons pas sur l'impact récessionniste provoqué par l'ampleur et la brutalité d'une dévaluation, accompagnée par d'autres mesures (libération des prix, tassement des salaires, restrictions budgétaires, etc.), sur l'économie, à cause de la contraction sévère de la demande qu'induit un tel interne
"paquet".
Selon le FMI, une monnaie surévaluée (un taux de change trop élevé) rend les produits locaux trop chers.
Cela stimule les importations, ce qui détériore la balance commerciale
(le rapport entre importations et exportations). De plus, les exportateurs ne sont pas encouragés à investir, car ils obtiennent moins de monnaie locale contre les devises acquises en exportant. Une dévaluation doit améliorer la position relative des prix des produits exportables, donc accroître leur production, tout en réduisant leur demande interne. Les produits importés étant plus chers (en monnaie locale) ils seront moins demandés. Conclusion : il faut libéraliser complètement le taux de change, avec des chutes vertigineuses de la monnaie locale par rapport aux devises fortes du Nord.
La validité de ce raisonnement est loin d'être vérifiée dans les faits. Inutile d'insister sur le cas, pourtant fréquent pour les biens de base des pays périphériques, où la fixation en dollars par exemple des prix des biens sur le marché mondial implique que l'incitation exportatrice de la dévaluation relève d'un vœu pieux.
Un premier constat est largement partagé : la demande de nombreux produits de base sur le marché mondial n'est pas sensible à une fluctuation des prix (donc à l'effet d'une dévaluation). Les raisons sont multiples. La saturation de la demande s'exprime pour certains produits ;
des substituts sont aussi en voie de com- полова от ворони
(stocks); ils proviennent des politiques pération et de développement économique (OCDE): en 1990, quelque 300 milliards de dollars y ont été consacrés. Cette production des pays riches — des stocks qui attendent un signal de la demande — est partiellement protégée du recul des prix sur le marché mondial (grâce aux aides).
Le service de la dette provoque aussi une surproduction de produits primaires qui fait baisser les prix. Le rapport 1991 de la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) souligne le problème : « Le besoin d'honorer sa dette extérieure conduit à l'introduction de mesures macro-économiques, en particulier une dévaluation, pour encourager l'ensemble des exportations. Dans la plupart de ces pays [les pays en voie de développement - PVD]. le secteur des biens de base est beaucoup plus susceptible de répondre à l'exportation que le secteur manufacturier, même si existent des preuves selon lesquelles les dévaluations n'aboutissent pas nécessairement à une hausse des revenus d'exportation et, dans certains cas, ne conduisent même pas à une augmentation du volume des exportations » (4).
En effet, les pays dépendants — par définition — ne disposent pas d'une souplesse productive pour répondre à des fluctuations de prix sur le court et, y compris, sur le moyen terme, ou encore à des modifications qualitatives de la demande dans les pays consommateurs. Patrice Robineau, expert de la CNUCED, constate, au simple plan de l'information sur les développements des marchés des matières premières, que « très souvent, cette bonne information sur les marchés est captée par les pays consommateurs et par les firmes transnationales, notamment les grandes firmes de négoce et de com-
Nombre de cultures (café, cacao, etc.) nécessitent des investissements qui ne se rentabilisent qu'après plusieurs années. Dès lors, soit la pression est grande de même de les accroître sur les "ordres" des gouvernements à la recherche, à tout prix, de devises — bien que les prix de vente en dollars diminuent ; soit les producteurs hésitent à engager des investissements, car il est très difficile de savoir si une hausse est durable. La mise à disposition de nouvelles terres et l'obtention d'intrants (souvent à importer et donc plus chers à cause de la dévaluation) ne s'effectuent pas aisément.
Des exportations pour une économie appauvrie Enfin, le rapport déjà fragile entre production de biens vivriers et production pour l'exportation peut vite basculer... vers la faim. Les ressources mobilisées pour l'exportation (qui sont prélevées sur d'autres secteurs) conduisent à l'affaiblissement des services de base (transports, équipements, énergie, etc.) dont la déficience se répercute sur l'ensemble de l'économie (production vivrière) et aussi sur les possibilités d'exportations. Voilà
Jean-Pierre Gem, spécialiste des questions de développement, souligne un problème-clé : « Si l'on dévalue pour rendre plus compétitives les exportations, on fait payer en quelque sorte au reste de l'économie une partie des coûts de l'exportation. Cela signifie qu'appauvrissant le reste de l'économie pour rendre les exportations plus compétitives, on rend nécessairement plus faible l'impact des exportations sur le reste de l'économie. Etant appauvrie, elle ne peut pas tirer les bénéfices de l'exportation supplémentaire » (6). Effectivement, sous-jacent aux dévaluations forcenées du FMI réside
1) Jean-Pierre Gem, Le développement de l'Afrique confronté aux politiques d'ajustement structurel, Centre de recherches sur le développement, Neuchâtel 1987.
2) Rapport de la commission Sud, Défis au Sud, Economica, 1990.
3) Samir Amin, L'Empire du chaos, L'Harmattan 1991 et Natalaja Nzongola, Revolution and Counter-Revolution in Africa, Zed Book, London 1988.
4) UNCTAD, Trade and Development Report, 1991
5) Patrice Robineau, Les matières premières peuvent-elles encore être un moteur pour le développement ? Centre de re cherches sur le développement, Neuchâtel, avril 1991.
6) Jean-Pierre Gem, Renouveler le tissu socio-économique des pays non-industrialisés qui ont sombré dans la crise de l'ajustement", colloque, octobre 1990, Centre de recherches sur le développement, Neuchâtel, EDES 1991.
= ECONOMIE un "modèle de croissance" reposant avant tout sur les exportations, plus exactement sur une certaine structure (composition) et une direction des exportations. Ces deux éléments sont dictés, entre autres, par les besoins des "centres" et le rééquilibrage le plus rapide possible de la balance des paiements. L'échec de ce modèle est évident non seulement si on le mesure à partir des critères mêmes du FMI, mais aussi à l'aune des besoins de la population.
L'abime des dévaluations
Examinées sous l'angle des importations, les dévaluations massives imposées par le FMI ne sont pas plus convaincantes. Tout d'abord, les pays de la périphérie, déjà endettés, ne disposent pas de capacités de substitution pour l'essentiel des produits importés antérieurement, dont le prix augmente sous l'effet de la dépréciation du taux de change. Une fraction significative de ces importations est compression de la demande n'a qu'une limite : la mort. Ici, pour paraphraser Keynes, c'est à court terme que les pauvres sont morts, sous les coups de renchérissement-disparition d'un certain nombre d'importations (et de produits nonsubventionnés).
Comme les dévaluations s'accompagnent de mesures de libéralisation du commerce (et des capitaux), les hauts revenus privilégiés peuvent exercer, eux, leur demande à fort contenu d'importations. Elles concernent divers produits — pas uniquement de luxe, genre tax freeshop — et ne sont pas freinées par les dévaluations. Ces importations donnent naissance à de multiples commerces spéculatifs, où s'engage une part non-négligeable des revenus d'exportation. Ainsi, le nouvel "élève chéri" du FMI, le Ghana, a vu passer ses importations de 500 millions de dollars en 1983 à 1172 en 1990 ; malgré une dévaluation impressionnante de la monnaie nationale, le cedi (8,83 cedi pour un dollar en 1983, contre 270,27 cedi pour un dollar en 1990). En 1990, le solde de la balance commerciale est nettement plus négatif qu'en 1983. Depuis 1989, les exportations reculent : 826 millions de dollars en 1990 contre 881 en 1987 (7). Ainsi, des magasins peuvent être approvisionnés, mais l'essentiel de la population n'a pas accès à ces biens (8).
Diverses études (9) indiquent que ce sont bien plus les régimes des changes (octroi de devises en priorité à des acteurs économiques précis) qui influencent avant tout les importations et non la "barrière protectionniste" uniforme (renchérissement de tous les bien importés) bâtie par les dévaluations à répétition.
Les dévaluations massives et uniformes, combinées avec la libéralisation absolue du commerce, ne constituent pas les instruments nécessaires pour stimuler une diversification productive, qui se répercuterait, demain, sur les exportations. Cette diversification nécessite une gestion sélective des importations — donc un régime des changes et une politique de taux de change diversifiés, attribuant des préférences à certains flux-produits — afin qu'elles puissent avoir un effet dynamisant sur l'ensemble de l'économie, en termes d'investissements entre autres, en facilitant l'articulation entre exportations imputions le comte al et importations (au plan régional entre teurs moteurs diffusant leurs effets aux plans social et spatial.
Le schéma de dévaluations-exportations extravertit encore plus des économies fragiles en direction des "centres". Et cela sur la base d'un secteur qui a peu d'effets d'entraînement étant donné celui précaire des produits primaires exportés.
Il ne s'agit pas de nier le besoin de dévaluation dans certains cas précis; mais ce n'est pas la politique choisie par le FMI : il impose une glissade sans fin de la monnaie nationale, une libéralisation totale du régime des changes et des échanges (import-export), donc la perte d'emprise du gouvernement sur un élément-clé de la gestion économique (ce qui, a contrario, est confirmé par les exemples tant cités du Sud-Est asiatique).
Modifier la répartition des revenus
Toute réflexion sur la politique de dévaluation du FMI aboutit au problème de la redistribution des revenus en faveur de certains groupes sociaux. En effet, en tant que telle, une dévaluation implique une redistribution de la richesse, puisque les détenteurs de devises (dollars) — avant tout les personnes liées à l'exportation — peuvent s'approprier une part croissante du revenu global en changeant ces dernières contre plus de monnaie locale dépréciée.
Toutefois, là n'est pas l'essentiel. Dans le modèle du FMI-BM, toutes les mesures — présentées comme techniquement "neutres" — doivent concourir à un transfert de ressources en faveur du secteur économique et social axé sur l'exportation (le secteur externe). Il faut donc favoriser les fractions sociales qui participent à l'''ouverture" de l'économie. Les "distorsions" auxquelles s'attaquent les programmes d'ajustement sont considérées comme des obstacles à une amélioration de la position de ce qui est devenu la référence suprême pour évaluer l'"'efficience" d'une économie: les exportations... de café ou de cacao.
Sous cet éclairage, on peut comprendre le sens d'une série de décisions découlant de tout "accord" avec le FMIBM. On peut les énumérer. Une réduction de la masse salariale dans le public (avec l'élimination de secteurs vitaux) et un abaissement des salaires dans le privé. La réduction des revenus peut s'exercer de manière directe et indirecte. Par exemple, l'inflation, au mieux partiellement compensée, permet de tasser les "coûts de travail" de façon moins visible. La diminution ou la suppression des subventions attribuées à divers biens de première nécessité, l'augmentation des tarifs publics et la levée de tout contrôle des prix visent aussi les revenus réels et contribuent à réduire la demande (donc les importations).
On constate que, dans une majorité de pays soumis à des plans d'ajustement, les prix des biens alimentaires croissent plus vite que ceux des autres catégories de produits. Si la consommation de la population urbaine et même rurale dépend fortement (directement et indirectement) des produits importés, elle va être d'autant plus durement touchée, étant donnée la hausse des prix de ces biens. Les taux d'intérêts réels élevés — censés encourager l'épargne nationale, ce qui pratiquement est loin d'être toujours le cas, alors qu'ils découragent l'investissement au moins pour le marché national — favorisent les gros revenus plus ou moins spéculatifs au détriment des autres.
Il s'agit donc d'une redistribution de la masse profits/salaires (au sens général) à l'avantage du premier terme. La réallo-
"économisées" (hausse des tarifs publics, liquidation des subventions, etc.) en faveur des producteurs-exportateurs s'effectue sous la forme d'une détaxation des exportations, d'exemption de droits à payer pour des importations ou de dégrèvements fiscaux pour des revenus obtenus à l'exportation. Ceci s'ajoute évidemment aux effets de la dévaluation décrits ci-dessus.
Le choc social provoqué par cet ajustement structurel n'est pas contesté. Le FMI et la BM ont d'ailleurs été contraints de mettre en place des "programmes sociaux" pour amortir les coups et tenter de ne pas faire exploser la marmite. Mais il faut constater qu'ils ne sont pas appliqués avant que l'effet de redistribution se soit
7) Jeune Afrique Economie, n° 147, septembre 1991.
8) Financial Times du 24 septembre 1991 et Die Weltwoche du 2 mai 1991.
9) Elsa Assidon et Pierre Jacquemot, Taux de change et ajustement en Afrique, Documentation française, 1989 ; cette étude porte sur quinze pays africains.
opéré à plein. Ce sont des ambulances ou, plus exactement, des corbillards. De plus, ces programmes sont complètement détachés - donc sans efficacité - de la logique d'ensemble, prédominante, des plans d'ajustement. Ce qui est tout à fait normal, car ils leur sont antithétiques. La tragédie sociale du Ghana, où ces premiers plans (les PAMSACD) ont été mis au point, illustre pleinement ce propos.
Rigueur ou austérité ?
Deux points sont généralement débattus au sujet de cette politique redistributive socialement régressive du FMI-BM. Le premier concerne la prétendue neutralité de ces mesures : il s'agit de plans de rigueur et non d'austérité. Le second a trait à l'avantage que la libération des prix et les dévaluations octroient aux paysans, au détriment des milieux urbains, anciennement "privilégiés".
Le terme rigueur — opposé à celui d'austérité - sous-entend que la diminution de la demande interne (pour rééquilibrer la balance commerciale) pourrait se faire en touchant proportionnellement tous les revenus. Cela tient de la fable... Les acteurs économiques ne peuvent pas réagir identiquement face à une décision de réduction d'un revenu. Un salarié peut engager une lutte syndicale, pour autant que les syndicats ne soient pas interdits ou en aient la force, pour défendre ce qu'il gagne. Par contre, le titulaire de profits peut effectuer une conversion de la monnaie avant la dévaluation. Il peut faire sortir ses capitaux, avec tous les moyens que donne une économie ouverte (liberté de flux de capitaux, sur et sous-facturation des exportations, prêts et emprunts, etc.). Pour contrecarrer de telles réactions, il faudrait disposer d'un appareil de contrôle — et encore, son efficacité serait limitée — qu'interdit précisément la libéralisation des relations avec l'extérieur dictée par le FMI. Par contre, la surveillance des salaires, le contrôle de ce prix-là est exigé par le FMI et appliqué par l'Etat, avec l'aide du chômage.
Un contrôle sélectif des importations serait nécessaire pour que des biens intermédiaires et des biens d'équipement soient favorisés au détriment d'importations de biens de consommation non indispensables pour la majorité populaire. Or, toute la dérégulation du commerce extérieur va à l'encontre de telles mesures. La dévaluation-renchérissement se charge de comprimer la consommation (donc l'importation) de biens indispensables pour les moins privilégiés.
On revient donc à ce qui sous-tend les options du FMI : créer les conditions, par une politique donnée de l'Etat, d'une rerépartition des revenus favorisant le secteur externe
La redistribution en faveur des campagnes, grâce à la libération des prix agricoles internes et aux dévaluations, est un autre thème que martèle le FMI. En effet, l'amélioration des revenus des petits et moyens paysans constitue un facteur important du développement.
L'exemple du Sénégal permet de se faire une première opinion sur la valeur de cette argumentation. Nous indiquerons ici quelques "difficultés" portant sur la réalisation de ce transfert de revenus ville-campagne.
• La libéralisation des prix agricoles ne conduit pas automatiquement à leur hausse. En effet, simultanément, le pays s'ouvre aux importations, par exemple de céréales étrangères (en stocks importants). Ces importations font pression à la baisse sur les prix des produits vivriers Or, leur augmentation est effectivement importante pour la majorité de la petite paysannerie. Faudrait-il encore que la demande solvable existe, alors que la récession est impulsée par les plans d'ajustement.
• La structure de la propriété des ressources agricoles (des terres et du produit de la terre) peut aboutir à une croissance des revenus d'une mince couche de propriétaires au détriment des petits, avec, y compris, une accentuation de la concentration desdites ressources.
• Les effets induits par la dévaluation (inflation, prix élevés des intrants importés, taux d'intérêts réels) peuvent annuler en termes réels les gains d'une hausse no-
ECONOMIE = minale des prix agricoles.
• Le bénéfice de la hausse des prix, pour autant qu'elle se produise, peut être capté par les intermédiaires (commerçants) ou même par l'Etat et ne pas profiter aux petits paysans. La libéralisation peut aller jusqu'à détruire des structures de vente (les magasins d'Etat au Mali), laissant les paysans sans débouchés.
• Le cas peut exister de petits paysans ayant accès directement à l'exportation. L'exemple est statistiquement marginal. Lorsqu'il se produit, ces derniers deviennent complètement dépendants des fluctuations du produit exporté sur le marché mondial. De plus, ils disposent de possibilités très réduites de se recycler face à des mutations de la demande. Les relations entre les grands négociants et ces "coopératives" se concluent à la longue en faveur des premiers.
• L'exode rural se développe avec une forte autonomie par rapport au niveau de revenu des paysans, ce qui augmente la population urbaine. Ainsi, une hausse des entrées des petits paysans ne compense pas obligatoirement la baisse des revenus urbains, dont dépend en retour une partie de la famille élargie à la campagne. Sur ce plan aussi, l'examen des cas concrets démontre que le seul effet positif de "justice redistributive" que le FMI-BM revendique (dans ses brochures de propagande) a de la peine à s'imposer face aux lois réellement existantes du marché, dans des économies qu'ils externalisent encore plus. *
La Brèche, 25 octobre 1991