Pour mieux comprendre la crise des Komsomols, Inprecor a rencontré Igor Maliarov, étudiant de troisième cycle à l'Institut d'économie de 'université d'Etat de Moscou, qui est l'un des dirigeants del'Initiative communiste du mouvement de la jeunesse, qui veut succéder aux Komsomols.
INPRECOR : Que penses-tu du
XXIle Congrès des Komsomols, qui vient de décider de dissoudre l'organisation?
Igor MALIAROV : Le XXIIe Congrès a été convoqué par les bureaucrates des Komsomols, en violation des règles de l'organisation, qui exigent une période préparatoire de trois mois et l'élection des délégués — ce qui a été ignoré. Ainsi, le congrès a réuni 90 % de permanents des Komsomols, la moyenne d'âge des délégués était très élevée et les opinions des militants de base n'ont pas été prises en compte avant la dissolution de notre organisation. Notre groupe a fait le siège de la réunion avec des banderoles, et nous avons présenté une ligne alternative à celle de la direction. Nous voulons la renaissance d'une organisation qui rassemble les jeunes socialistes. Cette position a été appuyée par une vingtaine de délégués.
• Quelles tâches une organisation de ce type devrait-elle assumer ?
En ce moment, un cercle étroit d'intellectuels, qui constituait déjà une couche de parasites durant les "années de stagnation", sous Brejnev, est en train de s'enrichir et de consolider son pouvoir. La partie de la société la plus exposée à ce processus est la jeunesse. Il faut canaliser sa protestation dans des formes organisées pour demander la création de nouveaux emplois, pour qu'il existe une protection en cas de licenciement, pour que l'éducation reste gratuite, pour que des crèches fonctionnent, etc. Si nous y arrivons, nous attirerons de larges couches de jeunes. Les travailleurs doivent apprendre à protéger leurs droits — personne ne le fera à leur place.
• Que sont devenus les biens des Komsomols ?
La propriété est formellement passée aux mains de la société anonyme Coopération, qui est le garant des avoirs des Komsomols : l'imprimerie Jeune garde, la maison d'édition Echo, les bâtiments, les voitures, etc. En réalité, elle a été donnée à d'anciens permanents des Komsomols reconvertis en hommes d'affaires.
Nous pensons qu'une partie considérable des biens est utilisée par ces dirigeants pour leur propre compte. Ainsi, le deuxième secrétaire du comité central des Ces firmes commerciales versent de l'argent à plusieurs "fonds indépendants" ; or, ces fonds sont également gérés par d'anciens permanents qui avaient fait main basse sur l'argent à l'époque où ils étaient "militants" de l'organisation.
• Lors du congrès, certains délégués des républiques non-russes ont qualifié de conspiration grand-russe la décision d'abolir les Komsomols.
C'est vrai que l'organisation russe des Komsomols s'est taillée la part du lion en accaparant les propriétés, ce qui a provoqué le mécontentement dans les autres délégations. Les décisions du congrès ont été en grande partie dictées par les Komsomols russes, qui soutenaient à fond la dissolution. Dans ce processus, l'organisation de Routskoy, le Parti démocratique des communistes russes, aujourd'hui rebaptisé Parti de la Russie libre (1), a joué un rôle équivoque. Cette organisation regroupe en grande partie d'anciens apparatchiks des Komsomols, qui veulent maintenant s'en débarrasser.
• Quelle est la base sociale de votre courant oppositionnel ?
Nous avons réuni notre conférence de fondation en décembre 1990. A l'époque, nous avions décidé de créer une opposition au sein des Komsomols, parce qu'il n'existait pas d'autre réel mouvement de jeunesse politique. La plupart des militants sont des étudiants, de jeunes employés et des diplômés à la recherche d'un emploi ; il y a peu d'ouvriers. Nous pensons que comme le chômage va devenir un danger imminent, nous devons aussi chercher le soutien des jeunes ouvriers.
• Etant donnée l'atmosphère actuelle, fortement opposée au Parti communiste, il semble difficile — peut-être même déraisonnable — d'essayer de "refonder" les Komsomols. Les suites du putsch ont-elles modifié votre opinion là-dessus ?
Nous pensons que les structures actuelles des Komsomols ne sont ni léninistes ni communistes. Or, nous voulons justement fonder une organisation communiste. Nous essayons de rassembler l'ensemble de la jeunesse communiste, susceptible de travailler au sein d'une telle organisation. D'ailleurs, nous ne comprenons pas pourquoi le force d'août a été qualifié de "communiste". Nous ne considérons pas ces gens comme des communistes, et l'attaque du PCUS qui a suivi était parfaitement illégale. S'ils peuvent aujourd'hui interdire le PCUS et confisquer ses biens, ils pourront faire la même chose demain avec n'importe quel parti dont la ligne ne conviendra pas aux dirigeants. Je pense que les démocrates radicaux, qui, en août, ont applaudi la chute du PCUS et ont renversé des statues, seront les premiers à en pâtir.
• Après la chute du PCUS, plusieurs initiatives pour créer de nouveaux partis ont été lancées. Qu'en penses-tu ?
Nous essayons de ne pas diviser les forces qui veulent de nouveaux Komsomols. Les gens soutenant notre projet ont points de vue différents. sommes très intéressés par le projet de Parti du travail mais voulons attendre et voir s'il se concrétise.
En revanche, nous portons une appréciation négative sur le parti de Roy Medvedev (2). Il n'est pas difficile de se rendre compte qu'il s'agit d'une manœuvre de l'appareil. En fondant un nouveau parti, le vieil appareil espère probablement recevoir sa part des restes de la fortune du PCUS. Je pense que les nouveaux dirigeants vont même les aider afin d'éviter la formation d'une opposition plus sérieuse.
Moscou, 5 octobre 1991 Propos recueillis par P. F. Larsen
1) Voir inprecorn° 341 du 22 novembre 1991.
2) Ibidem.