Inprecor 1974–2004

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UNION SOVIETIQUE

Nouvelle donne

· Inprecor n° 342, 6 décembre 1991 · p. 8-9 · 1 315 mots

URSS et Russie

Dimitri Solonnikov, étudiant à l'Institut électrotechnique de Léningrad, est un des dirigeants de la Fédération de la jeunesse socialiste (FJS) dans cette ville. La FJS publie le Nouveau Journal, diffusé à 20 000 exemplaires, dont Dimitri est le responsable politique. Inprecor l'a interrogé sur les buts de son organisation.

INPRECOR : Comment est née la

Fédération de la jeunesse socialiste ?

Dimitri SOLONNIKOV : En 1989, un courant d'opposition est apparu au sein des Komsomols, l'Alternative Surgut, qui demandait la réorganisation de cette organisation (1). Nous pensions qu'il fallait démolir cette structure totalitaire et la remplacer par différentes organisations de jeunesse, selon des critères sociaux et politiques. J'ai été délégué de ce courant au XXIe Congrès des Komsomols. Nous avions fait des propositions alternatives dans tous les domaines — nous proposions un candidat à la présidence, nous avions prévu de changer le nom et les statuts, etc. Et nous avons perdu.

Après cela, l'opposition a donné naissance à deux structures de jeunes : la FJS et l'Association démocratique russe de la

1) Ce courant a été baptisé ainsi car il avait tenu sa première conférence dans la ville de Surgut.

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jeunesse, qui s'identifie au Parti démocrate ; les uns sont allés vers la gauche, les autres vers la droite. La FJS existe dans sept villes, mais sa branche de Léningrad est l'une des plus fortes. Nous sommes soutenus par des organisations de base des Komsomols, qui regroupent 10 000 personnes sur le papier. Mais c'est bien sûr fictif; en réalité, nous pouvons compter sur 25 à 30 militants actifs.

• Quel type d'activités menez-vous ?

Pour vous donner un exemple, la semaine prochaine nous allons distribuer un tract protestant contre le service militaire. Il y a quelques se- ПАТЕЛЬСКЕ maines, le recrutement pour l'armée soviétique a été annoncé, alors qu'un mois auparavant Gorbatchev avait amnistié tous les soldats condamnés pour désertion. En faisant cela, il admettait que la situation de l'armée est anormale et inhumaine et que les tribunaux militaires ne sont pas capables de s'en occuper. Cependant, le service militaire reste obligatoire.

Nous pensons qu'il ne peut être effectué que si les lois sur la désertion sont modifiées ; si les gens subissent des conditions inhumaines, ils doivent avoir le droit de déserter et les pouvoirs des tribunaux militaires devraient être transférés à la juridiction civile.

• Quelle opinion portes-tu sur la dernière période de l'existence des Komsomols et quelles conclusions politiques tires-tu de leur effondrement ?

Je pense qu'il y a déjà environ un an et demi que cette organisation — qui a traditionnellement servi de courroie de transmission de la politique de l'Etat dans la jeunesse et surtout de caisse de protection sociale — a cessé d'exister. Ainsi, lors de la XXXe conférence régionale des Komsomols à Léningrad, en 1990, la question de sa transformation en structures sociales (syndicats d'étudiants, de jeunes travailleurs, etc.) était à l'ordre du jour. Mais cela ne s'est pas fait et, depuis lors, aucune idée n'a été avancée sur l'avenir de cette organisation, qui a sombré dans le déclin ; début 1991, en fait, il n'y avait plus ni base militante ni activité concrète.

Pour moi, le seul aspect négatif de l'effondrement des Komsomols est qu'aujourd'hui il n'existe plus aucune organisation de jeunesse. Mais le fait que ce mons-tre totalitaire ait disparu est positif. Dans un certain sens, les Komsomols ne pouvaient exister que dans un Etat totalitaire. Les structures des organisations de jeunesse en Europe de l'Est n'ont pu être préservées ou réorganisées non plus.

• Que sont devenus les biens des

Komsomols à Léningrad ?

Les biens des Komsomols [au niveau de toute l'Union soviétique] atteignaient environ 3 milliards de roubles, or aujourd'hui il n'en reste presque plus rien. Il y a deux ans, les Komsomols de Léningrad contrôlaient une fortune de 25 à 30 millions de roubles; ils détenaient un hôtel, un bureau de tourisme pour la jeunesse, divers autres biens et de l'argent sur des comptes bancaires. Mais les permanents, conscients du fait que l'organisation allait couler, ont ces deux ou trois

ЧОЛОДАЯ ГВАРДИЯ dernières années a investir

l'argent plusieurs structures commerciales. L'hôtel de Léningrad a été vendu, mais les Komsomols ont gardé 40 % des actions. Cependant, le contrat était établi de telle manière que les Komsomols ne pouvaient pas réclamer leur part en cas de dissolution. Il est donc probable que, dans un avenir proche, l'hôtel se transforme en société anonyme. Il y a deux semaines, il ne restait que 200 000 roubles sur le compte régional : nous sommes fauchés !

• Est-il possible de créer des organisations de jeunesse indépendantes maintenant que les Komsomols n'existent plus?

Il y a eu des tentatives. Des syndicats et des associations d'étudiants existent dans la plupart des instituts, mais ils sont très faibles. Ainsi, l'association de notre institut, qui compte 7 000 étudiants, n'a que dix membres. La plus grosse est sans doute celle de l'université de Léningrad — mais elle n'a cependant qu'une centaine de membres sur 15 000 étudiants. Cela illustre l'apathie de la jeunesse face à la politique et aux questions sociales.

Il existe aussi un syndicat des jeunes travailleurs à Léningrad, qui intervient dans une douzaine des plus grandes entreprises. Créé à l'initiative des Komsomols, il est aujourd'hui relativement indépendant ; peu à peu, les organisations des grandes entreprises se sont séparées de la direction des Komsomols régionaux et se sont regroupées.

Selon moi, l'apathie de la jeunesse vient du fait que les réformes de ces dernières années ne vont pas dans la bonne direction. Dans les premières années, les jeunes étaient les plus ardents partisans de la perestroïka. Les gens croyaient que la politique de libéralisation de Gorbatchev ouvrirait de nouvelles possibilités, que l'individu reprendrait ses droits et que la jeunesse en bénéficierait.

Mais, alors qu'auparavant la bureaucratie brimait les jeunes, aujourd'hui, la nouvelle structure, le capitalisme, ne s'intéresse ni à leurs initiatives ni à leurs vies. Son principal but est le profit, souvent au détriment des jeunes. Ils se rendent compte que ce pourquoi ils se sont battus ne s'est pas matérialisé ; beaucoup se sentent dupés, ce qui renforce sa passivité.

Il y a trois ans, quand le Front populaire a été créé à Léningrad, en tant que bloc démocratique d'opposition au Parti communiste, il regroupait de nombreux jeunes. Il était facile d'y entrer : il suffisait de participer à une action, d'aller à une réunion et on était intégré.

Nous avons aussi créé une branche du Front populaire et avons essayé de mettre en pratique nos idées démocratiques. Mais quand les événements se sont accélérés, et qu'il a fallu délaisser les slogans généraux et démocratiques pour un travail plus idéologique, la plupart des jeunes ont abandonné. Bien sûr, du 19 au 21 août, quand il a fallu défendre les grands idéaux abstraits de la démocratie, beaucoup de jeunes sont allés sur les barricades dressées autour de la Maison-Blanche à Moscou et du bâtiment du soviet local à Léningrad (2). Mais après, ils n'ont rejoint aucune organisation.

• Penses-tu qu'en Russie, aujourd'hui, les jeunes soient partisans des courants libéraux ?

En ce moment, la jeunesse a tendance à se renfermer sur ses problèmes; tout le monde se demande comment survivre à la crise. Il existe des illusions sur les prétendues chances de tous de devenir des hommes d'affaires et sur le fait que, par conséquent, l'action collective n'est pas nécessaire. Les gens évitent de s'engager.

Mais, en réalité, les étudiants connaissent une situation très difficile. Auparavant, l'on pouvait aller en Sibérie pour travailler dans la construction et économiser environ 2 000 roubles. Avec cela et la bourse, l'on pouvait vivre pendant toute une année. Mais aujourd'hui, c'est impossible à cause de la rupture des liens économiques. *

Moscou, 14 octobre 1991 Propos recueillis par P. F. Larsen

2) Voir Inprecorn° hors série du 29 août 1991.

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