Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

La chute d'un géant

· Inprecor n° 342, 6 décembre 1991 · p. 8 · 720 mots

URSS et Russie

Les 27 et 28 septembre 1991, l'Union communiste soviétique de la jeunesse

(Komsomol) a tenu son XXIIe et dernier congrès à Moscou. Un hebdomadaire a rapporté cet événement sous le titre : "Les vampires assistaient aux funérailles".

En effet, le congrès était essentiellement consacré à la répartition de l'immense fortune de l'organisation, et non à une discussion approfondie sur la jeunesse soviétique. Poul Funder LARSEN

CE COLOSSE qui, au milieu des années 80, comptait 42 millions de membres, et regroupait encore en juin 1991, plus de 20 millions de jeunes, au moins sur le papier, s'est effondré du jour au lendemain. A sa place, se sont créées des "unions républicaines de jeunes" sur une base apolitique. Mais, la plupart des fonds et des propriétés des Komsomols ont déjà disparu, investis dans des compagnies privées et des affaires dirigées par d'anciens bureaucrates.

Pendant des décennies, la participation aux Komsomols était obligatoire pour les étudiants et les jeunes travailleurs ; ils jouaient un rôle de "représentant" du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) et de "construction socialiste" dans la jeunesse ; c'était un relais pour le contrôle social, organisateur d'activités de loisirs et pourvoyeur de privilèges. Pendant les années de perestroika, l'organisation est devenue de plus en plus discréditée dans des couches importantes de la jeunesse, en tant que fidèle subordonné du système bureaucratique et que symbole de sa corruption et de son népotisme.

Quand les Komsomols ont perdu le monopole des activités de jeunesse, à la fin des années 80, l'appareil de l'organisation a dû chercher de nouveaux moyens pour assurer sa subsistance. Les bureaucrates des structures centrales, républicaines et régionales ont dès lors été à l'avant-garde du "tournant vers les affaires". Ceci a été facilité par des lois accordant des exonérations d'impôts importantes aux entreprises gérées par les Komsomols.

La jeunesse soviétique a été fortement frappée par la crise sociale de ces dernières années. La plupart des étudiants reçoivent entre 90 et 130 roubles par mois de bourse de l'Etat ; or, il faut aujourd'hui de 4 à 5000 roubles pour vivre (1). De fait, tous les étudiants dépendent de leurs parents — beaucoup d'entre eux travaillent à temps partiel ou font du commerce informel. De nombreux diplômés sortant du système éducatif connaissent situation semblable, ne gagnant qu'environ 2 ou 3 000 roubles par mois.

Génération marché

Un sous-prolétariat marginalisé de jeunes est en train d'apparaître : exclus de l'école, soldats démobilisés, etc. Quand le processus de privatisation va s'amplifier, des centaines de milliers de jeunes chômeurs, bénéficiant uniquement d'une maigre allocation temporaire, risquent de les rejoindre (2).

La pénurie extrême de logements est un trait permanent de la vie soviétique, obligeant souvent les jeunes à vivre avec leurs parents, même quand ils ont fondé leur propre famille. Il est peu probable que les privatisations changent quelque chose à cela, car les jeunes ne disposent pas d'assez d'argent pour acheter un ap-

La crise touche toutes les sphères de la vie : il y a des coupes sombres dans l'éducation alors que l'éventail et la quantité des activités de loisir pour les jeunes ont diminué. Le manque de contraceptifs et de logements rend très difficile la vie des jeunes couples. Dans certaines régions, comme à Moscou, il paraît qu'aujourd'hui le nombre des avortements dépasse celui des naissances (3).

Durant toute la dernière période, les Komsomols n'ont pratiquement rien fait, malgré cette myriade de problèmes, s'accrochant aux anciennes routines bureaucratiques, tout en essayant de se bâtir un empire commercial.

Depuis quelques mois, des luttes embryonnaires sont apparues chez des étudiants qui protestaient contre leurs conditions sociales et contre l'impact de la privatisation sur l'éducation. Les jeunes ont également joué un rôle dans certaines grèves — surtout dans le mouvement des mineurs — mais il ne s'agit pas là d'une tendance générale.

20 novembre 1991

1) Selon la Fédération des syndicats de Moscou, le minimum vital est de 510 roubles par mois. De plus, le système d'indexation traine loin derrière le taux d'inflation, qui dépasse 10% par mois

2) L'allocation chômage à Moscou est en moyenne de 265 roubles par mois, mais après sept mois de chômage, l'on ne re çoit plus que 45% de cette somme, et après un an, plus rien. Argumenty i Fakty n° 44, novembre 91.

3) Voir Inprecorn° 303 du 23 février 1990.

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